‹ Nosographie des choréesChapitre 1 sur 13 · INTRODUCTION ET DIVISION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ET DIVISION

Pris dans son sens étymologique, le moi chorée veut dire danse, car il vient du grec Xopeia, danse, et c’est avec cette acception qu’il fut employé primitivement. Au point de vue historique, le nom de danse de Saint- Guy, chorea Sancti-Viti, s’appliqua tout d’abord aces singulières affections épidémiques du moyeu âge dont un des caractères principaux était justement une danse désordonnée et frénétique que l’intervention des saints, et surtout de Saint-Guy, semblait seule pouvoir arrêter.

Sydenham qui, suivant la remarque de Trousseau, ne se piquait pas d’érudition, appliqua le nom de danse de Saint-Guy à la névrose que nous connaissons aujourd hui sous le nom de chorée vulgaire. Bien qu’il n eut vu que cinq malades, il eu donna une description si nette et si précise que tous les médecins se rangèrent à ses idées et qu’on oublia la chorée des auteurs antérieurs.

On alla même plus loin et en étudiant rétrospecti-

Lasnois. .

vement les épidémies du xiv® et du xv® siècle, au moyen de documents incomplets ou suspects, on arriva à cette conclusion qu’elles n’avaient rien de commun avec la vraie danse de Saint-Guy. Autant eut valu dire que les premiers écrivains avaient eu le tort d’appliquer aux épidémies observées par eux un nom dont un médecin anglais devait changer le sens ultérieurement (1).

Bouteille (2) qui trouvait tout « extraordinaire dans cette maladie, son nom ridicule, ses symptômes singuliers, son caractère équivoque, sa cause inconnue, son traitement problématique, » voulut en vain remplacer le nom de Danse de Saint~Guy par celui de Chorée ; il n’arriva qu’à nous donner une synonymie. Et si le mémoire de Bouteille apprit à connaître eu France une affection qui y était jusqu’alors inconnue, il n’empêcha pas les confusions de se produire. Le mot de chorée devint avec Trousseau une sorte d’appellation générique, répondant à une foule d’affections disparates, depuis la chorée proprement dite jusqu’au tremblement de la paralysie agitante et à la crampe des écrivains (3). Duchenne (de Boulogne) appelait la sclérose en plaques paralysie choréiforme.

Pour nous, nous estimons, ne faisant d’ailleurs en cela qu’accepter les idées fréquemment émises par le professeur Charcot dans ses leçons, que l’on a eu tort d’enlever aux épidémies dansantes le nom qui leur appartient de par l’histoire et de par l’étymologie. On doit leur laisser, aussi bien qu’à certaines manifesta-

(1) Raymond, art. Danse de Salnt-Guy in Dict. encyclopédique.

(2) Bouteille, Traité de la chorée ou dame de Saint-Guy. Paris, 1810.

(3) Trousseau, Clinique de VHôtel-Dieu, t. IL

tions de l’hystérie qui en sont les derniers vestiges, le nom de chorée ou mieux de grande chorée (1).

D’autre part, l’expression de chorée est tellement passée dans nos habitudes pour désigner l’affection décrite par Sydenham, qu'il serait inutile de chercher à la remplacer, chose qui d’ailleurs ne manquerait pas de difficultés. Nous verrons de plus qu’il existe des intermédiaires entre la grande chorée et la chorée vulgaire ou de Sydenham, Il en résulte que nous devons, nous aussi, considérer le mot chorée comme un terme générique, s’appliquant à des affections multiples. Nous ferons remarquer d’autre part que le titre même de notre thèse est une indication pour nous de prendre le mot chorée dans son sens le plus large.

Nous n’irons pas toutefois aussi loin que Trousseau et nous chercheroQS à donner à ce terme un sens plus restreint et plus précis que ne l’a fait le clinicien de 1 Hôtel-Dieu. Les mouvements choréiques seront pour nous des mouvements musculaires à grand rayon^ involontaires^ hien que le plus habituellement conscients, occupant principalement la tête et les membres, incessamment renouvelés sans repos ni trêve et ne s’arrêtant que pendant le sommeil. Ce n’est là, du reste, qu une simple énumération de caractères attribuables

gesticulations choréiques bien plutôt qu’une définition, et cette énumération elle-même est incomplète. Nous verrons, en effet, de nouvelles particularités dans les contractioQS musculaires venir prendre une place importante dans la symptomatologie des différentes

(1) Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveuæ, 1.1, 4« édit., 1880 et Progrès médical, 1885,1.1, n®* 12 et 13.

espèces de chorées. Dans la chorée de Sydenham, les gesticulations, tout en conservant leurs caractères fondamentaux, deviendront, en outre, contradictoires^ et illogiques^ ne présenteront ni cadence ni signification déterminée, c’est-à-dire n’imiteront aucun mouvement expressif ou professionnel ; dans la grande chorée, au contraire, elles deviendront rythmées, cadencées, systématiques et imiteront des mouvements, d’expression, comme la danse, ou professionnels comme les mouvements des forgerons, par exemple.

Enfin, nous pourrons les voir aussi s’associer à des phénomènes beaucoup plus bizarres, à l’émission également involontaire de sons ou de phrases entières comme dans les tics convulsifs que nous considérons comme très voisins des chorées.

Si imparfaite qu’elle soit, l’énumération des caractères que nous venons d’indiquer nous fournit cependant des éléments de diagnostics différentiel suffisants pour nous permettre d’éliminer de notre cadre un certain nombre de mouvements musculaires qui présentent des analogies nombreuses avec les chorées et qu’on a fréquemment confondus avec elles ; nous voulons parler

tremblements, éiQ'S) mouvements ataxiques et des spasmes fonctionnels.

11 est une catégorie de tremblements que l’on ne peut confondre avec les mouvements choréiques, ce sont ceux .de l’alcoolisme, de l’intoxication mercurielle, de la paralysie générale et de la maladie de Basedow. Ces tremblements en effet, s’ils sont bien aussi des mouvements involontaires, appartiennent à la catégorie des oscillations rapides et rythmées, à rayon court, en d’autres termes, de durée courte et de petite étendue ;

leur nombre s’élève à huit ou neuf par seconde et il ne s’agit plus là de gesticulations, mais de tremblements vibratoires. La même chose pourrait se dire du tremblement hystérique dans lequel les secousses sont au nombre de cinq à sept par seconde et qui tient le milieu entre les secousses rapides dont nous venons de parler et les oscillations plus lentes (4 à 5 par seconde) du tremblement sénile, de la paralysie agitante et enfin delà sclérose en plaques. C’est le tremblement de cette dernière affection qui prête le plus facilement à confusion et nous venons de faire remarquer que Duchenne (de Boulogne) l’appelait paralysie choréiforme. Et cependant l’analogie avec le mouvement choréique n’est que superficielle; le tremblement de la sclérose n’existe pas pendant le repos, il ne se manifeste qu’à l’occasion des mouvements voulus (tremblement intentionnel) et il présente ce caractère essentiel, bien mis en évidence par les tracés de M. Charcot (1), de s’exagérer progressivement pour arriver à son maximum au moment où le mouvement atteint le but fixé. Comme dans les chorées le mouvement est devenu une oscillation à grand arc, mais tandis que dans celles-ci nous verrons les gesticulations contradictoires troubler la direction générale du mouvement et faire manquer le but (chorée de Sydenham) pu au con traire cesser complètement au moment du mouvement voulu (certaines chorées rythmées), dans la sclérose en plaques au contraire, la direction générale du mouvement est conservée dans son ensemble. Cette possibilité d’accomplir le mouvement intentionnel malgré des

yl) Charcot, Leçon citée (Progrès médical, 1885).

oscillations plus ou moins étendues est, du reste, un caractère commun à tous les tremblements. Nous ne pouvons insister plus longtemps sur ce point et nous pensons que ces quelques considérations suffiront à faire comprendre pourquoi nous avons éliminé les tremblements de notre cadre.

La distinction est encore bien plus facile à faire avec les mouvements ataxiques. La volonté n’a rien à faire dans les mouvements choréiques ; leur caractère le plus important, nous l’avons vu, est précisément d’être involontaires. Le mouvement ataxique au contraire n’est jamais spontané; l’incoordination motrice, le défaut d’arrangement et de mesure des mouvements ne survient qu’au moment où le malade veut faire un mouvement déterminé. L’ataxique peut faire à volonté disparaître son incoordination motrice, il lui suffit de s’arrêter. C’est là un point capital à côté duquel les autres différences qu’il serait facile d’invoquer n’ont plus qu’un intérêt secondaire.

Il serait inutile de distinguer spasmes ou crampes fonctionnelles des mouvements choréiques, si la confusion n’avait pas été faite par les auteurs. 11 suffit d’avoir vu une fois par exemple la contraction continue et progressive, sans secousses appréciables, qui se produit dans, les muscles chez les malades atteints de crampe fonctionnelle du cou pour ne jamais plus confondre cette affection avec les mouvements irréguliers des choréiques vulgaires ou avec les secousses régulières des chorées rythmées. De même pour la crampe des écrivains que Duchenne (de Boulogne) rangeait dans les spasmes fonctionnels et dont Trousseau voulait faire une ohorée, la çJ^oreçt sçripto'rum :

ici encore il s’agit le plus souvent de véritables contractions musculaires continues, plus rarement de tremblement ou d ataxie, quelquefois même, comme d’ailleurs dans tous les spasmes fonctionnels, de paralysies de certains groupes musculaires. De plus ces contractions spasmodiques ne se montrent qu’au moment où la volonté intervient pour mettre le muscle en action. On peut remarquer aussi que dans les spasmes fonctionnels tout ne se passe pas dans les centres nerveux eux-mêmes, mais qu’il y a toujours un point de départ périphérique.

Le champ que nous avons à parcourir est encore assez vaste, bien que d’après le litre même de notre thèse nous n ayons pas à insister sur la nature et sur la physiologie pathologique des diverses chorées .que nous avons à étudier et à classer. Nous aurons à montrer que ce n est pas seulement par raison étymologique ou historique, mais aussi en tenant compte des caractères symptomatiques, que nous croyons devoir laisser le nom de chorée aux affections rythmiques que nous voyons aujourd’hui se manifester dans certaines conditions spéciales et qui ont régné épidémiquement il y a quelques siècles, affections qu’un lien commun réunit. 11 nous faudra également justifier la manière de voir qui nous fait donner aux tics convulsifs une place entre les chorées rythmiques et les chorées arythmiques. Nous recueillerons chemin faisant les éléments de cette justification, nous réservant de les réunir et de les grouper dans un dernier chapitre après avoir étudié les différentes chorées indiquées dans le tableau suivant :

Chorées

rythmiques.

Pseudo-'

chorées.

Chorées

arythmiques.

Chorées

épidémiques.

Chorées rythmique s proprementdites.

1er Groupe.

2® Groupe.

Chorée

de Sydenham.

le Danse de Saint-Guy épidémique.

2“ Tarentisme.

3» Tigretier.

4“ Jumpers, etc.

1» Chorée rythmique hystérique ou grande chorée.

2® Spasme réflexe saltatoire.

/ Maladie de Du- Tic de Salaam. J Chorées électriques. |

bini.

) Maladie de Ber- 1 V geron.

f Pseudo-chorées du larynx et du \ diaphragme.

( Maladie des tics convulsifs.

{ Paramyoclonus multiplex.

| l« Chorée de Sydenham proprement dite.

2» Chorée molle.

3“ Chorée de la grossesse.

4» Chorée des vieillards.

S» Chorée héréditaire ^ Hémichorée et hémiathétose symptomatiques.

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