CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Nous croyoDS avoir montré d’une façon suffisante^ pour n’avoir pas à y revenir que l’hystérie a joué un rôle important dans les chorées épidémiques et, qu’à défaut de descriptions symptomatiques, cette action pathogénique nous autorisait à les relier aux chorées rythmiques. Eu effet celles-ci sont indubitablement des manifestations de la névrose hystérique et on peut comparer l’hysléro-chorée, la grande chorée actuelle, aux paralysies et aux contracliires hystériques. Dans notre esprit, et c’est un point que nous nous sommes attaché à faire ressortir, la plupart des faits de spasme saltatoire devaient également se rattacher à la chorée rythmée. Peut-être faut-il, avec M. Charcot, faire une légère réserve à ce sujet et admettre que dans quelques cas la chorée rythmée pourrait exister d’une manière autonome : c’est aux faits de répondre.
Nous ne reprendrons pas les arguments qui nous ont servi à séparer des chorées un certain nombre d’affections désignées fréquemment sous ce nom. Reste à fixer la place attribuable dans la nosographie à la maladie des tics convulsifs. Les éléments susceptibles de nous servir ne peuvent être empruntés à la nature de l’aflection dont l’anatomie pathologique nous est absolument inconnue, et nous ne pouvons guère faire que
des rapprochements symptomatiques. A ce point de vue, la maladie des tics convulsifs nous paraît se rapprocher singulièrement de la grande chorée d’une part, de la chorée de Sydenham de l’autre.
Comme nous l’avons déjà dit, les mouvements des tics ressemblent d’une manière frappapte à ceux de la chorée rythmée ; ils n’en diffèrent que par une question de degré et par une succession moins régulière, bien que fréquemment celle-ci présente un caractère rythmé des plus nets. Si le mouvement de la chorée rythmée est coordonné et systématique, se reproduisant toujours identique, il en est de même de celui du malade atteint de tic : toujours ou presque toujours le mouvement qu’il exécute est la reproduction d’un geste ou d’un mouvement de la vie ordinaire. Ce mouvement involontaire et irrésistible ne diffère pas au point de vue de la forme et de la direction du mouvement analogue qu’aurait déterminé la volonté. Le tic des paupières, par exemple, est couslilué par le mouvement que ferait le malade s’il voulait cligner de l’œil. Le tic, dans lequel le malade tourne brusquement la tête de droite à gauche ou l’incline brusquement sur la poitrine, est constitué par le même mouvement que b rait le malade s’il voulait dire non ou oui ; et ainsi de suite.
D’autres caractères peuvent encore servir au rapprochement et nous noterons en premier lieu l’émission involontaire de sous plus ou moins nettement articulés : nous ne voyons pas qu’il y ait de différence fondamentale entre la malade Deb... de M. Charcot, qui émettait pendant son accès une sorte de chant modulé, toujours le même, et les malades atteints de tics convulsifs qui émettent un cri ou une série de paroles obscènes, tou-
jours les mêmes aussi. Lorsque le malade, atfeint de tic convulsif à son plus haut degré de développement, comme les sauteurs de Beard ou comme le malade de Hammond, répèle un mot en écho, imite le mouvement le plus compliqué ou exécute instantanément l’ordre qui lui est donné, il est en réalité dans le même état que riiypnoliquc dont on a absolument annihilé la volonté : il obéit à une suggestion et l’impulsion motrice est déterminée brusquement chez lui par la perception sans que sa volonté intervienne pour régler la décharge nerveuse. Or nous avons vu que précisément le même phénomène se passe chez la malade dont nous venons de parler, puisqu’il a suffi d’esquisser tel mouvement constitutif de sou accès de chorée rythmée pour l’obliger à le reproduire elle-même surle-champ. D’ailleurs n’avons-nous pas dit que dans la grande chorée les mouvements paraissaient précédés de leur représentation psychique? Entre celte représentation, dont 1 origine nous est inconnue, et celle que détermine un ordre donné chez le latah ou chez le jumper, l’analyse psychologique ne trouverait sans doute pas de dilféreuce bien accusée.
L’analogie est plus marquée encore avec la chorée de Sydenham. Pour un grand nombre d’auteurs, dit Letulle, le tic n’est qu’un reste de la chorée incomplètement guérie. C’était l’opinion de Spring (1), par exemple, qui décrit le tic musculaire non douloureux comme une chorée partielle. 11 peut provenir d’habitudes contractées par négligence, dit-il, mais le plus souvent il se présente comme le reste de désordres
(1) Spring, loc. cit., p. 730.
convülsifs ou choréiques passés. Axenfeld (1) a fait ressortira diverses reprises les analogies qui existent entre les lies et la chorée vulgaire : même importauce reconnue aux causes de l’ordre moral, même contraste (îûtre la faiblesse de la contractilité voloutaire et l’intensité des coutraclions involontaireSj même influence du sommeil amenant la cessation des mouvements choréiques. Axenfeld ajoute que l’intervention de la volonté est, dans les deux cas, impuissante à maîtriser la convulsion ou même agit à l’égal des émotions pour déterminer le retour du giouvemeut morbide et pour en exagérer la force; nous avons vu que ce caractère ne pouvait être invoqué et que la volonté avait une influence manifeste, au moins snr certaines formes de tics convulsifs.
Ce qui montre bien l’analogie des caractères objectifs des tics et delà chorée, c’est que les auteurs, lorsqu’ils traitent du diagnostic, ne peuvent arrivera le faire qu’en se basant sur la localisation des premiers. Aussi c’est <à peine si on trouve d’observations de tics un peu généralisés et complexes avant.le travail de Gilles de la Tourelle : si on relit ses observations ainsi que celles de Guinou, on constate que tous ces malades ont été traités comme des choréiques. De fait, lorsqu’on n’est pas prévenu, rien u’esl plus facile que de confondre, chez les enfants, la maladie des tics convulsifs avec la chorée: une analyse attentive des mouvements, en faisant ressortir leur rapidité, leur instantanéité et leur systématisation, la. recherche des manifestations d’ordre psychique,, peuvent seules faire
(1) Axenfeld et Huchard, Traité des névroses, 1883, p. 478.
éviter l’erreur. Nous ne doutons pas pour notre part que la grande majorité des cas publiés depuis Thilenius sous le uotn de chorée chronique, n’appartiennent à la maladie des tics convulsifs.
Telles sont les raisons qui nous ont fait placer les tics convulsifs non pas dans les mouvements choréiques, mais à côté d’eux, et qui nous ont permis de les cousidérer comme étant en réalité une sorte d’intermédiaire entre la chorée rythmée et la chorée de Sydenham.
Notre fâche était plus facile pour celle dernière et nous n’avons pas,^eu de peine à montrer combien les différentes modalités qu’elle présente se rapprochent de l’hémichorée et des autres mouvements posthémiplégiques. Ce travail avait été fait depuis longtemps par l’école de la Salpêtrière et il nous a permis de comprendre de quel côté il fallait entamer la névrose pour avoir quelque chance d’arriver un jour à sa connaissance anatomique et pathologique, si la chose est possible. Chemin faisant, nous avons indiqué la tendance de certains travaux récents à rapprocher l’hystérie et la chorée sur le tronc commun des névroses.
Nous ne voulons pas terminer sans répondre au reproche qu’on pourrait nous faire d’avoir ramené la confusion en employant le même mot pour deux affections que nous considérons comme différentes : ou ne confondra pas plus la grande chorée, L'hystéro-chorée, avec la chorée de Sydenham qu’on n’a confondu les grandes attaques hystériques avec l’épilepsie le jour où M. Charcot, daus.ses descriptions si nettes et si vivantes, leur eut donné le nom d’hystéro-épilepsie.