ROUGEOLE
$ I. Considérations générales , et Histoires particulières. yet
54. L'origine de la rougeole semble , comme celle de la variole , se perdre dans la nuit des temps ; mais l’un et l’autre. sont , sans doute , le produit des com-
(x) SrNonruie. Morbilli, Sypennau, Juxoxer , Franck;
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munications des peuples d'Europe avec ceux de l'Afrique : c’est à la médecine arabe que nous en devons la connaissance , et les prennères ébauches de leur descripüon ne remontent point au-delà des écrits de Rhazès. Une sorte d’affinité naturelle, certaines ressemblances pour les signes précurseurs , la forme de l'éruption dés les premiers jours, le siége apparent de la maladie ont fait placer ces deux exanthèmes Pun à côté de l’autre par une foule d'auteurs qui en ont traité, mais qui les ont considérés séparément , à cause de leurs différences marquées. Les compilations sur
point de médecine se sont mulipliées sans fin, comme sur tant d’autres, sans aucun véritable fruit pour ses progres , puisqu'on n’a fait que prodiguer les théories les plus vaines et les plus frivoles. La gloire de perfectionner ce que Rhazés n'avait fait qu'ébaucher était réservée à l’illustre Sydenham , qui donna non-seulement la descripuon la plus exacte des symptômes de la rougeole, mais quü fit connaître sa marche comme épidémie , et son développement régulier , ainsi que ses anomalies ; qui fixa avec sagacité les principes du traitement , déduits de Fhistoire même des symptômes , en ot proscrire l usage 8 GE néral des süimulans , admis depuis un temps immémorial dans la vue de faciliter l'érupuon. Il ne restait qu'à la faire considérer dans ses complications diverses, et à savoir séparer, dans son histoire , ce qui peut être dû à une autre fièvre primitive , qui peut devenir plus où moins dangereuse , comme l'ont appris cer-
Febris morbillosa , HorFmaxx , V OGEL ; Rubeola , Savvaces, CULLEX.
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taines épidémies de rougeole très-meurtrières. Pour procéder avec régularité, 1l est utile de suivre la mé- -thode analytique , de considérer d’abord la maladie sous sa forme la plus simple et la plus bénigne , de l'envisager ensuite dans quelques-unes de ses due cations diverses.
55. Peut-on la voir dans unlus grand état de simplicité que dans l observation suivante (1)? Un jeune homme de vingt-un an, d’une forte consutution , éprouve une sorte de malase. Le premier jour , lassitude générale , pouls fébrile. Le deuxième, céphalalgie , fièvre , face animée ; le soir | érupuons de peütes taches rouges. Le troisième , face très-animée , légère dyspnée, toux, chaleur brülante à la peau , pouls fréquent , un peu dur. Le quatrième , fièvre moindre, päleur des taches. Le’ cinquième et sixième Le changement en mieux , quelques déjections jaunâtres Gotluités par une potion laxative ; le sepueme, convalescence.
56. Stoll rapporte un exemple manifeste d’une rougeole compliquée avec un embarras gastrique. ( Rat. Méd. ) Un homme de quarante-cinq ans, après une saignée habituelle pratiquée sans mouf, est soudain attaqué d’une maladie qu'il avait sans doute contractée auparavant par contagion. Le premier jour, dégoût pour les alimiens, amertume de la bouche , vonnssemens de matières amèêres , alternatives de frisson et de chaleur , lassitudes dans tous les membres , toux fréquente, sèche, avec un senument d’ardeur au bas
(x) Dissertation sur la Rougeole simple , etc. , par G. Roux, Paris , 1602.
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du sternum. Le deuxième, fièvre , vomissemens fréquens de matière jaunâtre , symptômes de la veille plus intenses , ainsi que le lendemain. Le quatrième , même état ; le malade se lève et marche avec peine. Le cinquième, éruption de petites taches rouges , avec persévérance des autres symptômes. Le sixième, le malade n'éprouve que quelques nausées ; mais éruption morbilleuse continue sa marche. Leseptième, le pouls est fort, plein sans être fréquent ; urime très-colorée. Le huitième , l'érupüon pâlit ; enduit jaunâtre de la langue , fièvre modérée | sédiment furfuracé de l’urine d’une couleur citrme. Un émétique provoque l'expulsion de matières jaunâtres ; fièvre légère , peu de toux, douleurs vagues vers le cardia. Le neuvième, déjections fréquentes , disparition des taches de rougeole, toux rare , douleur très-lésère. Le dixième et onzième , progrès de la convalescence. »
57. I est important de remarquer , pour l’histoire de la rougeole , que , quelque analogie qu’elle manifeste avec la variole , ces maladies ont paru quelquelois ne pouvoir marcher ensemble, et que l’une a paru enchaîner l’autre, qui s’est déclarée ensuite à son tour (1). Un jeune homme de seize ans est inoculé avec le virus variolique , ‘et dès le deuxième jour, on observe une céphalalgie violente , du dégoût, un accablement , des nausées, une fièvre vive. L’éruption de la rougeole a lieu : mal de gorge , larmoiement , diarrhée , toux vive et fréquente ; les incisions varioleuses se flétrissent le jour de l'invasion de la fièvre de
(1) Traité historique et pratique de l’inoculation , par Dézoteux et Valentin. Paris , 1800.
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la rougeole » et trois jours aprés elles paraissent en ‘tiérement sèches et ferméés. Trois : Jours se passent eh core ; la diarrhée cesse et l’enrouement augmente. Le ee jour , diminution sensible des symptômes ; commencement de desquamation. Le huitième , l’incision dû bras droit paraît se ranimer. Le neuvième et le dixième , lécère douleur autour de lescarre , et le travail commence à l’incision du bras gauche. Le treizième , la fièvre est très-intense , et à son déclin lé ruption varioleuse a lieu. Mais cette dernière maladie est bénigne ; les boutons de la face, aprés avoir parcouru se périodes ordinaires , se desséchent , et le malade entre en convalescence , après avoir éprouvé de la toux et la diarrhée. Dans ce cas, la variole a suspendu, pour ainsi dire, .sa ESS durant le cours de la rougeole ; mais , d’un autre côté, on trouve des exemples contraires dans les écrits de Dehaën , Vogél et Horne. Macbride assure même qu’en 1709, plusieurs enfans trouvés de l'hôpital de Dublin , qui “avaient été moculés de la variole , furent pris en même temps de la rougeole ; et il ajoute que l’une et l’autre érupuon étaient simultanées et parfaitement distinees. L’alternative ou la coexistence de la rougeole et de la variole üent-elle, dans c ces Cas , à a dispositions individuelles ?
58. La rougeole s’offrit à Londres avec dei irrégularités dans labidémie de 1674 : éruption , précipitée ou’retardée , avait son siége d’abord aux épaules et aux autres parties du tronc, tandis que , dans l’autre épidémie, elle commencait toujours par la face. On n’observait pas non plus, ou du moins c'était très-rare , cette desquamation de l’épiderme qui distingue la rou--
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seole régulière ; le traitement mal dirigé avait des suites “ré plus souvent funestes. "
59. Une des circonstances les plus favorables pour . bien observer la rougeole s’est aussi offerie:, en 1799, à la Salpétrière. Douze enfans en furent d'abord attaqués en février : l'érupuon, d'un rouge vif, était disposée par plaques où on distinguait quelques peuts boutons ; la fièvre la devançait de deux ou trois jours, mais sans Coryza n1 toux ; les taches paraissaient d’abord à la tête et à la poitrine , puis aux extrémités. La fièvre diminuait après la soruede l’éruption, qui se desséchait et tombait en peutes écailles farineuses le troisième , quatrième Où Cinquième jour. Quelques jours après , la rougeole attaqua encore plus d’enfans : mémes caractères ded'érupuon , mais coryza et toux. Symptômes caractéristiques de la rougeole encore plus développés le mois suivant , époque à laquelle plus de quarante enfans en furent attaqués : coryza , toux trésincommode ; rougeur et tuméfacuon de la face , Jarmoiement. L’éruption commenca alors à être umquement formée de petuts boutons assez élevés et disposés en grappes ; 1l y avait quelquefois complication avec la fièvre biieuse ; d’autres fois l’éruption était précédée de diarrhée ou de saignement de nez avec soulagement. La rougeole fit des progrès vers la fm de mars ; cinquante-cinq énfans au moins en furent at taqués : la maladie s’offrit sous diverses formes ; quelquefois l'éruption sans fièvre , d’autres fois l’éruption précédée d’une fiévre catarrhale ou bilieuse ; mais nul rapport constant ne fut observé entre la violence de la fièvre et l'abondance de l'éruption ; car quelquefois une érupuon peu abondante était précé-
ROUGEOLE. 63 dée d’une fièvre trés-vive, souvent accompagnée de douleur aiguë au côté, et quelquefois de crachemens de sang : : la toux persistait, en général, plusieurs jours après la desquamatuon. On observa une singularité remarquable sur deux enfans : l’éruption, après avoir tour-à-tour paru et disparu en parüe , finit par prendre une couleur livide , avec tous les symptômes d’une fièvre ataxique, et ces deux enfans succombèérent. Dans le commencement de mars et durant la derniére semaine de février, l’éruption était quelquefois en plaques et en forme d scarlatine , comme au déBut de Fépidémie ; mais d’ autres fois les boutons étaient plus élevés , et la forme de rougeole était plus prononcée. ja deuxième semaine fut caractérisée par un moindre nombre de nouvelles rougeoles , et1l n° yen a eu presque plus durant les deux dernières semaines. 60. Le grand nombre d’enfans attaqués de la rougeole , durant cette é pidémie, n’a pu permettre de les admettre tous dans les infirmeries, et plusieurs.ont été soignés dans leurs dortoirs. am: ces derniers , cinq sont tombés dans une sorte de marasme à la suite de la rougeole ; et à l'ouverture des corps de deux d’entre eux , On a trouvé les poumons et la trachée-artère gorgés de mucosités, La maladie n’a donc point été. fu neste par elle-même, mais seulement par ses en cations avec quelque fièvre d’un mauvais caractére , ou par les circonstances d’un état. de langueur de d’une constitution détériorée. Le tartrate de potasse antimonié a produit les effets les plus heureux , soit contre l'affection catarrhale des poumons , soit contre le fièvre bilieuse, souvent compliquée avec l'éruption. On faisait usage de boissons mucilagineuses sucrées
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quand la maladie était simple , de stimulans et de toniques dans certaines complications. À quoi üent le précepte irrévocable que fait Méad de la saignée dans cette maladie ? Je n'ai même fait saigner aucun des six enfans qui ont-craché du sang, et leur guérison a été cependant bien complète. Exalter l’efficacité de la saignée par la seule raison que les malades ont guéri, cest tout donner à la prévention , à moins qu'on ne prouve que la maladie ne peut guérir d'une manière plus simple. |
S IL. Description générale de la Rougeole.
Gr: Causes occasionnelles. La rougeole peut se manifester dans tous les climats; mais cértaines-constitutions de l'atmosphère sont favorahles à son développement. Elle règne presque toujours comme maladié épidémique ; et se déclare au commencement de l'hiver, augmente jusqu'à l’'équinoxe du printemps, puis disparaît entièrement vers le solstice d'été. On la contracte à tout âge , mais plus particulièrement dans l'enfance, et plutôtencore dans l’âge adulte que dans la vieillesse. Elle est contagieuse , et n’attaque le. plus souvent qu'une fois dans la vie.
62. Symptômes. L’invasion de la rougeole est marquée par un frisson plus ou moins intense, avec des alternatives de froid et de chaud : une fièvre plus ou moins vive succède; tristesse , anorexie , langue blanche ethumectée, coryza , éternuement; toux violente, | céphalalgie si c'est un adulte , ou seulement douleur gravatve de la tête si c'est un ‘enfant ; assoupissement, les yeux rouges, larmovans , et les paupières tuméfiées.