M. Alibert a d’abord suivi et étudié les dar
tres dans les différens siéges qu'elles occupent. La peau a des emplois si variés, que les maladies dont
elle est atteinte changent continuellement d'intensité à
mesure qu'elle change de structure et d'usage. C’est ainsi que la dartre squameuse est d’un caractère plus pernicieux et plus opiniâtre lorsqu'elle attaque l’intérieur des oreilles où se sécrète le cérumen, les bords des levres fréquemment arrosés par la salive ou irrités par le contact des alimens , les fosses nasales habituellement remplies par le mucus qui leur est propre , les paupières baignées de l'humeur que filtre la glande lacrymale , etc.
151. M. Alibert rappelle un fait que les médecins modernes paraissent avoir perdu de vue : c’est que les dartres se propagent souvent du système dermoïde jusque sur le système muqueux : alors il s'établit, sur les membranes de ce dernier système, des douleurs vives qu’on rapporte sans fondement à une irritation nerveuse , lorsqu'elles ne sont que le résultat de la présence du virus herpétique. Ces éruptions funestes
rampent quelquefois sur les membranes qui tapissent
l'intérieur des fosses nasales, de la bouche, du larynx. On à vu le vice dartreux détruire la faculté de l’odorat. On le voit journellement se jeter sur les yeux et altérer diversement ces organes , suivre le trajet du conduit auditif et produire la surdité. Il est peu d’organes sur lesquels il se porte avec plus de facilité que sur la matrice. La vessie en est fréquemment infectée, et cette observation remonte jusqu’au temps d'Hippocrate. Souvent les dartres se compliquent avec l’engorgement des glandes, soit à la région cervicale , soit aux
DARTRES. : 141 aisselles , soit aux aînes, etc. Enfin, M. Albert a observé les effets du vice dartreux lorsqu'il se porte sur le cerveau , sur le foie, ou sur d’autres viscères non moins importans.
152. M. Alibert a constaté que les propriétés exha- Jantes de la peau sont presque nulles, dans certaines circonstances , pendant l'existence des dartres. Il a vu des malades dont la transpiration cutanée était, pour ainsi dire , interrompue , et remplacée par une exhalation pulmonaire beaucoup plus abondante que de coutume. La matière de cette exhalation sortait quelquefois en quantité si considérable , qu'après s'être transformée en vapeur , elle se condensait par la fraicheur de l'air, et retombait en rosée sur les draps ou couvertures des lits qu’elle mouillait et imbibait dans une grande étendue : cette vapeur était d'autant plus considérable que latmosphère était plus refroidie, et que les malades étaient restés plus long-temps , la veille, plongés dans le bain.
153. Si l’on remonte à la source primitive de cette afflecuon, l’on voit d’abord que le virus herpétique n'est pas aussi transmissible par la voie de la contagion que le vulgaire le présame. D’après des expériences tentées sur lui-même, sans en avoir jamais été atteint , M. Alibert affirme que le virus dartreux ne se communique qu'avec une extrême difficulté ; qu'il faut des causes intérieures ou organiques qui nous y disposent.
154. Cet auteur a souvent observé que, pendant l'administration d’un remède, les affections herpétiques augmentaient pour quelques jours , et qu’alors la moindre commotion dans le mouvement du sang
142 PHLEGMASIES CUTANÉES.
et des humeurs suflisait pour faire éclater , avec toute leur énergie , des maladies cachées auparavant. Dans une telle cireonstance, 1l ne faut pas sans doute se désister des moyens qu'on avait adoptés. Lorry a vu le mal s’accroître durant, les quarante premiers jours, et diminuer ensuite ‘successivement par l’effet des procédés qu'il employait. Une observation non moins importante, c’est qu'il faut combattre cette affection long-iemps même apres, quelle a disparu. |
195. Ïl faut surtout soigneusement disunguer les dartres d’une foule d’autres érupüons qui ne sont que l'indice ou le symptôme de plusieurs autres maladies , telles que les exanthèmes scrophuleux , scorbei etc. Îl les faut bien distinguer aussi des signes extérieurs de la syphilis. Toutes ces affecuons, liées avec les darires par plusieurs traits de ressemblance , par les écailles , les croûtes et les ulcérations qu “elles développent , ont néanmoins des caractères propres qui seront exposés dans la suite.
S IL. Description générale des Dartres.
156. Les pathologistes indiquent ordinairement , sous le nom général de dartres , des phlegmasies cutanées qui affectent le plus souvent une marche chronique , et qui présentent une multitude de formes diverses. Lorsqu’elles commencent à se manifester , on aperçoit sur la peau un assemblage de petits boutons rouges, abondans , épars ou réunis, dont l'ap- -parition est annoncée par un senument de tension trèsincommode , ou d’un prurit plus où moins violent.