ANGINE GUTTURALE
& I. Considérations générales et Histoires particulières.
262. Bocrhaave, dans ses Aphorismes, ne semblet-il pas s'être proposé d’éclaireir la doctrine compliquée de l’angine inflammatoire , en adoptant dans toute sa rigueur la méthode analytique , puisqu'il commence par examiner séparément l’ordre des symptômes qui suivent l’inflammation de la trachée , ceux qui caractérisent séparément l’inflammation des muscles du larynx et des pars de la glotte, les phlegmasies des muscles propres à élever l'os hyoïde et le larynx, la phlegmasie du pharynx, et enfin celle des amygdales, de la luette et du voile du palais ? Il s'élève ensuite au résultat général que donnerait une phlegmasie simultanée de toutes ces parties. Mais , quelque séduisant que soit ensemble de cette doctrine, n'est-ce pas plutôt une simple spéculation de cabinet, et un résultat de connaissances étendues en anatomie et en physiologie, que la suite d’un enchaînement rigou— reux de faits bien observés, et d’une détermination précise de signes extérieurs propres à faire bien disüinguer ces différentes phlegmasies? Peut-on établir une véritable ligne de démarcation entre ces diverses sortes d’angines qu’assigne Boerhaave ? et lorque les
causes de l angine hifiarainaigis e sont un peu violentes, n étaient Îles pas en même temps toutes les
e SYNONFMIE. Angina cum tumore, BOERHAAVE ; Cynanche tonsillaris et pharyngea , Sauvaces, CULLEN.
ANGINE GUTTURALE. 257 parties que cet auteur suppose pouvoir être exclusivement lésées? J’admire comment Van-Swiéten, qui est si fécond et si prolixe dans ses Commentaires des Aphorismes de son ancien maître, sans se per-
- mettre la moindre critique, paraît ensuite , dans ses Constitutions épidemiques, si stérile en observations directes et propres à éclaircir la même doctrine, quoiqu’il rapporte dix exemples d’angines sans les caractériser. Sans admettre non plus les divisions de l'angine adoptées par Selle dans sa Pyrétologie , je pense que si on ne veut point anticiper sur les faits observés, on doit se borner à admettre l’angine qui affecte le pharynx ou les amygdales , et celle qui attaque le larynx ou la parue supérieure de la trachée, soit avec formation d’une concrétion albumineuse , ce qui constitue le croup , soit sans cette concréuion.
265. Je ne connais point d'histoire plus propre à donner une juste idée de l’angine gutiurale , que celle de la maladie qu’éprouva Alexandre Monro , et dont il a rapporté les symptômes dans le troisième volume des Mémoires de la Société d'Edimbourg (medical Essays and observations ). Îl s'était exposé au froid : et en se couchant , 1l senut des frissons qui se prolongèrent jusqu’au lendemain maün (décoction de tamarin pour boisson). Le troisième jour, tonsille droite gonflée et douloureuse. Le quatrième jour, ionsille moins affectée , et seulement un peu d’amertume dans la bouche ; mais , dans l’aprés-diner, la tonsille gauche était affectée de douleur au moindre effort qu'il faisait pour avaler ; le pouls était fréquent sans être fort (saignée à la jugulaire). La douleur de la tonsille gauche, au heu d’être diminuée, continue d’augmen-
ter, et toutes les dents de la mâchoire inférieure deviennent douloureuses, surtout durant les efforts de la dégluution. Rien de paruculier dans l'arrière bouche, excepté un peut gonflement de la tonsille gauche et la rougeur plus intense de la luette et du voile du palais. 11 éprouve la nuit des douleurs trèsvives en avalant la salive, ce qu'il ne peut s'empêcher de faire malgré tous ses efforts ; puis des frissons avec des tremblemens suivis d’une sueur. À minuit, le ma lade fait des fumigations avec l’eau chaude, et 1l laisse couler librement sa salive au dehors. Le cinquième jour, dégluution trés-dificile et très-douloureuse , enrouement , mais nulle difficulté dans la respirauon, fréquence du pouls et mêmes apparences dans lintérieur de la bouche ( répétition de la boisson laxative, fumigations , cataplasme émollient appliqué sur les parties affectées); le soir, douleur moindre, mais toujours enrouement ( application d’un vésicatoire à la nuque, et boisson émulsionnée); excréuon des mucosités favorisée par un doux gargarisme , et diminution progressive des symptômes les jours suivans. Le neuvième jour, les douleurs se renouvellent à la tonsille gauche et aux dents, mais la respiration est toujours hibre : l’acuon d’un masticatoire irritant est suivie d’une évacuation abondante de mucosités par la bouche, et de la diminution de la douleur. Le douzième jour, 1l ne restait que peu de gonflement à la tonsille gauche ; le malade reprit ses occupations ordinaires, avec un senument de débilité dans les parues affectées, ce qu'il fut aisé de corriger par le ns
régime. |