J'ai parlé (page 74 de ce volume ) d’une
ANGINE GUTTURALE. 239 scarlatine angineuse trés-violente ; et 1l me reste à rapporter ic1 plus en détail l’histoire de la maladie de ce jeune homme , sous le rapport de l’angine du pharynx et des tonsilles : cette maladie est d'autant plus remar= quable qu’elle a été compliquée d’une fièvre gastrique. Le premier jour, après un frisson très-violent, chaleur vive, peau sèche, céphalalgie intense, goût d’amertume. Le deuxième jour, boisson émétisée suivie d’une évacuation abondante de matières jaunâtres , déglutition difficile , sentiment d’ardeur dans la bouche, yeux larmoyans, face animée, surtout dans les exacerbations du matin et du soir. Le troisième jour, gonflement de la face, et particulièrement des parties latérales du cou où répondent les tonsilles , écoulement très-abondant de mucosités visqueuses par le nez, la gorge, la conjoncüve , et le conduit auditif externe : tonsilles très-tuméfiées et couvertes d’un enduit blanchâtre , langue chargée d’un enduit muqueux , dégluutuon très-difficile et douloureuse » Voix basse, mais point de géne dans la respiration , céphalalsie, éruption scarlatine sur le visage et sur le reste du COrps , chaleur vive et mordicante, pouls fréquent, constipauon, urine trés-colorée, agitation très-forte (application d'un vésicatoire à la nuque, inspiration de vapeurs émollientes, onction pratiquée avec le liniment camphré sur les parties latérales du cou ); le soir, durant le paroxysme, agitation extrême, face tres-animée, déglutition très-difficile ; Cfforts réitérés pour sortir du lit et s'échapper, incohérence dans les idées (application de huit sangsues aux parties laté- Tales du cou, suivie d'un écoulement abondant de sang). Le quatrième jour, déglutition un peu plus
240 PHLEGMASIES DÉS MEMERANES MUQUEUSES.
facile , mais évacuation excessive de salive et de muca sités , au point de tremper plusieurs serviettes comme le jour précédent ; urine colorée et sédimenteuse ; deux paroxysmes , l'un vers les dix heures du matin et l’autre vers les quatre heures du soir : à sept heures, divagation , eflorts pour s'échapper et, fuir vers Ja porte, visage très-animé (application de douze sang sues aux malléoles pour débarrasser la tête), l'éva cuation du sang continue par les piqûres, l'agitation cesse, et le malade s’assoupit à difflérens intervalles ; Ia déglutition est plus facile. Le cinquième jour, l’assour: pissement continue, la déglutiion devient plus aisée diminution de la tuméfaction des tonsilles , ainsi. qué du gonflement des parties latérales du cou ; conti nuaüon de l’excréuon muqueuse par le nez, Ja SOrgE et le conduit auriculaire ; urine colorée et sédimen teuse , selle naturelle, exacerbation le matin et le soir: Le sixième jour, assoupissement moindre, déglutitiot aisée ; la‘face se dégonfle, l'excrétion muqueuse con: tinue , ainsi que le sédiment de urine; la langue es encore muqueuse, et le malade rend une selle. Le
pie
septième jour, desquamation de l'épiderme , conti nuation de l’'excrétion muqueuse, celle du nez prenat beaucoup de consistance ; déglutuiuon lbre, ur moins colorée. Le huitième jour, 1l ne reste plus q des symptômes de fièvre gastrique, avec des exacer bations le matin et le soir : on conüunue l'usage des boissons acidulées , comme depuis le commencement dé la maladie ; l’excrétion des mucosités persiste , mais | elles sont plus consistantes et plus opaques. Le dou= zieniejour, rémission des symptômes de la fièvre gas= trique , ce qui continue les treizième et quatorzièmes |
ANIGINE GUTTURALE. 241
et le malade entre en convalescence. Il ne restait plus
qu'un. écoulement par les conduits des oreilles, qui
a continué encore quelques mois aprés l'époque de la convalescence. On voit dans cetie histoire l'exemple d’une phleemasie trés-intense des tonsilles terminée par résolution, tandis que, sur une autre personne qui avait contracté la même maladie par contagion, la tumeur des tonsilles se termina par la suppuration. On peut rapprocher le cas que je viens de rapporter de deux autres histoires d’angine tonsillaire publiées dans mon ouvrage sur la Médecine clinique.
265. Je vais tracer maintenant l'histoire particuliére d’une angine pharyngée. Une femme âgée de quarantecinq ans, aprés s'être exposée imprudemment au froid , éprouve tout-à-coup un frisson suivi de chaleur générale et d’enrouement. Le deuxième jour, elle se plant de chaleur et de douleur dans le fond de la gorge ; la douleur se continue jusque dans l’intérieur de l'oreille ; la déglutition est diflicile, et les boissons sont rejetées par les narines. La respiration n'est pas génée ; le pouls est fréquent et la chaleur générale augmentée ; en examinant l'intérieur de la gorge on n'apercoitaucun changement de couleur m de volume dans les amygdales et le voile du palais ; mais la paroi postérieure du pharynx paraît très-rouge. Le troisième jour, augmentation de la douleur et de la gêne dans la déglutiion. Les quatrième et cinquième jOUrs ; même état. Le sixième, diminution de la douleur et de la rougeur, expectoration abondante de mature visqueuse et Himpide. Le sepuème, la matiére qui s'écoule de la bouche devient opaque , blanche-jaunâtre ; elle est moins abondante. Le huitième , même état.
242 PALEGMASIES DES MEMBRANES MUQUEUSES. Le neuvième, sueur générale , urine sédimenteuse, disparition de la douleur et de la dificulté d’avaler, diminution graduée de l’expectoration , guérison. 266. Rien n'offre un tableau plus vrai et plus frappant de l’angine pharyngée, que l'exemple qui nous en a été transmis dans un recueil publié sous le nom de Stahl ( Collegium casuale sit dictum minus ). Un jeune homme de vingt-cinq ans , sujet autrefois à des hémorrhagies fréquentes du nez, d’un tempérament sanguin et pléthorique, adonné en même temps à la bonne chere et à la boisson des liqueurs fermentées , boit de l’eau froide après s'être livré à un exercice de corps violent et à des éclats de rire immodérés : 1l éprouve aussitôt un sentiment d’âpreté dans l’arrièrebouche, et, rentré dans sa maison , il a encore l’imprudence d’ôter en parte ses habits et de rester assis à demi-nu dans une chambre ombragée et fraîche : aussitôt malaise et frissons, engourdissement particulier des membres, douleur gravative de la tête; en méme temps, sentiment de prurit dans larrièrebouche , et sorte d’excitation à la déglutition, comme si des molécules du liquide y étaient arrêtées ; douleur pongitive qui augmente en avalant, qui semble s’accroître par degrés, et va jusqu'à produire non-seule+ ment des élancemens, mais encore une ardeur vive avec une tuméfacüon progressive du gosier, une augmentation de céphalalgie, la rougeur des yeux, le tintement des oreilles, le gonflement des vaisseaux des tempes et du front , et un coloris très-animé de la face. Le malade éprouve de plus en plus des anxiétés extrêmes , une très-grande difficulté de respirer, et même la crainte d’une suffocation imminente.
ANGINE GUTTURALE. 243 2067. On a des exemples , rares à la vérité , d’une suffocation complète amenée par RUN des environs de la gloute, qui obstrue cette cavité et ferme ainsi tout passage à l'air. Il est de ces. angines œdémateuses dont la terminaison est promptement funeste , d’autres sont atoniques et lentes. Un homme de trente ans, lymphatique etaffubli » éprouvait depuis quelques jours tous lés symptômes d’une angine pharyngée ; mais à un léger degré : cependant la respiration devenait de plus en plus difficile , et rien n° annonçait une affection des organes pectoraux , n1 même du larynx : la face était pâle, le pouls fréquenÿ , petit et faible. Les autres phénomènes restant à-peu-près au même état, la suffocation devenait de plus en plus menacante , et amena enfin la mort le dixième ; jour de la de > Sans qu al survint aucune complication , ét sans qu'aucun excitant interne ou externe eût pu influer d’une manière bien apparente sur la marche de cette affecuon. A l'ouverture, on trouva une inflanmation légère et un he considérable de toutes les parties voisines de la glotte , et cette ouver— ture presque oblitérée. Le ussu cellulaire sous-mu- Nueux était engorgé , ou plutôt infiltré par un liquide séreux, jaunâtre, épanché méme au-delà des limites de RARES » Mais surtout abondant au-dessous d'elle, c’est-à-dire dans la partie du pharynx qui environne la glotte, dans les replis que forme celle-ci co et au-dedans du larynx. La trachée-artère et les poumons se trouvaient parfaitement sains.
24/4. PHLEGMASIES DES MEMPRANES MUQUEUSES.
S I. Description générale de l’Angine gutturale
268. Prédispositions et causes occasionnelles. L’angine gutturale affecte particulièrement l'enfance, l’adolescence, le tempérament sanguin ; elle survient au printemps et en automne, ainsi que durant les vicissitudes atmosphériques. Ses cauges les plus ordinaires sont le refroidissement subit des pieds et de la nuque, un courant d'air frais qui frappe sur le cou, des boissons froides prises pendant que le corps est échaufté, la déglutiion de substances irritantes, l'exercice de l'équitation dans une direction opposée à un vent froid, des cris, des chants forcés, la suppression de cer taines évacuations , etc. ; elle peut être épidémique ou sporadique.
260. Symptômes. L'angine gutturale s'étend au voile du palais, aux amygdales , à la luette, et souvent aussi sur les parois du pharynx ; elle est souvent précédée par du frisson et de la chaleur. Si l’inflammation attaque les amygdales (angine tonsillaire), on, éprouve de la douleur et de la chaleur dans l’arrièrebouche ; la dégluution est gênée et douloureuse ; une tonsille, ou même les deux , ainsi que le voile dupalais, sont rouges , tuméfiées , parsemées de points blancs ; ja sécrétion muqueuse de la gorge est d’abord supprimée ; succèdent ensuite, par une expectoration fatigante , des mucosités filantes et visqueuses. Îl existe souvent une douleur d'oreille vive qui paraît se trans mettre par la trompe d’Eustache : la respirauon est quelquefois difficile et ne peut avoir lieu qu'à travers} les narines. Cet état se continue pendant quatre, sept}
AOPCRRE EMEA ES 1 22 ou quatorze jours ; il se termine par la résolütion et par l’expecioration d’un müucus opaque ét jaunâtre. La suppuration de l’intérieur des amygdales peut en être la suite; il se forme alors un abcës qui s'ouvre le plus souvent dans la bouche. Une métastase sur le cerveau, les poumons ou les viscères abdominaux , s'oppose quelquefois au cours régulier ‘de cette maladie , en même temps qu'elle occasionne les accidens les plus graves. L'induration est une autre terminaison de l’angine’ tonsillaire , dont elle favorise la POCHE PAR AEUT se ROMEO TENS Ut
270. Lorsque linflammation occupe le pharynx (angine pharyngée) , la respiration eêt assez libre , la déglutition est douloureuse et quelquefois impossible ; la matière alimentaire ou les boissons sont souvent rejetées par les narines. En faisant ouvrir la bouche, on trouve la partie postéricure du pharynx qui répond aux vertébres cervicales plus rouge que dans l’état naturel ; et ’trèsisouvent parsemée de taches blanchâtres ; le malade expectore abondammept un mucus d’abord Empide et filant, puis opaqüe jaunâtre et consistant ; il éprouve une douleur vive qui semble se transmettre par la trompe d'Eustache. La durée ordi naire de cette affection est de sept à quinze jours : elle se termine fréquemment par résolution » quelquefois par la suppuration, dont le siége est presqué toujours dans les glandes amygdales. Les abcës du tissu cell laire qui environne le pharynx sont, dans certains cas ; des-phénomènes critiques : dans d’autres , ils ne sont que les accidens d’une inflammation trop intense. La suffocation déterminée par l'œdéme où l’engorgement des environs de la glotte ; arrive rarement j'ainsi que
le passage à l'induration , qui suppose d’ailleurs que la maladie à été chronique, et qui ameéne toujours le marasme et ha mort. La gangrène est encore une terminaison de l angine, fr équente surtout dans les complications adyn: amique et. ataxique.
271. Lesonflement, des tonsilles peut étre quelquefois si intense, etl inflammation. peut tellementaffecter la membrane muqueuse du pharyax, que la déglution soit. très-diflicile çt trés douloureuse , que la voix même em SOI altérée oEE l'articulation des sons très-pénible et très-emb: irrassée ; mais alors les-organes
Kai:
seulement par | la tuméfaetion des tonsilles, de la. Juette
de la respiration ne s soufrent.que.: secondairement, et
et du voile du palais ; et, On doit, EE général, espér CE une “heureuse solution de: la maladie, .en,s ’auachantà diminuer les sy mpiômes: -dominans: 6. l'espèce de: con gestion trop forte quia dieu vers Ja, tête, et .en, ayant soin de livrer à elle-même. l'excréuon des, mucosités de la bouche, du nez, .et gralqnehis des jets et des
or reilles.
yefT ” 1:
L'angine & A ee se FSU avée frs fé vres inflammatoire, bilieuse. etmuqueuse; elle coëxiste quelquelois avec J'angine trachgale, le .catarrhe pul+ MODALE, ; SG Er et. le catarrhe,de l'or cille.,
s IL. Traitement, de E re. suiturale
272. il en est du HR de l'angind-gaaireld comme de celui de la plupart des autres’ phlegmasies. Lorsque cette affection est peu intense, élle.iend naturellement vers une terminaison Vers : aussi le
à À , Æ LU 7 ° .
médecin n’a-i-1l besoin que d'éloigner les carconstances
ANGINE GUTTURALEF. 247
propres à entraver la marche de la nature, et que de chercher à favoriser le retour à l'état de santé. Mais il n'en est pas de même lorsque l’angine gutturale est trés-intense , et le gonffement des tonsilles considé rable : c’est alors qu'il convient de réunir tout ce qui compose la méthode perturbatrice. Vomiufs, lavemens, purgaufs, pédiluves irritans, sternutatoires , rubéfians : voilà les moyens qui doivent être alors employés. Il est quelquefois nécessaire de faire précéder leur usage de celui des saignées générales et locales. On ouvre la veine du pied lorsqu'il y à suppression de la menstruation ; dans tout autre cas , on préfére l’ouvertute des veines dn bras ; on applique les sangsues sur les parties latérales du cou. Aï-je besoin de rappeler que les Saignées ne doivent avoir pour but que de modérer l’inflammation ? Des vapeurs aqueuses , des cataplasmes émolliens doivent être , dans Ja première période de cette maladie, associés aux moyens indiqués ci-dessus ; mais à une époque plus avancée , 1l est nécessaire dé rendre ces applications topiques plus excitantes : on se sert pour cet effet de l'alcool , de plantes aromatiques, etc. Lorsque la réso- Jution termine l’angine gutturale, le médecin doit Chercher à la favoriser :-se forme-t-il un abcès dans les amygdales ou dans l'épaisseur du pharynx , on le ramollit à l’aide de vapeurs émollientes ; on en fait l’onverture avec l'instrument tranchant > SL On craint qu'il s'ouvre vers la peau , ou si la nature ne se suffit pas à elle-même. On a recours à la résection lors de linduration des amygdales : que n'ayons-nous un moyen aussi efficace lorsque le pharynx a passé à l’état d'induration ! Mais malheureusement l'introduction
de la sonde est la seule ressource qui nous reste, et encore ne fait-elle que retarder de quelque temps le marasme et la mort , suites funestes du rétrécissement du conduit de la déglutition.
(YNCINÉ GUTTURALE GANGRENEUSE (1)
& {. Considérations générales et ITistoires particulières. |
273. L'histoire du mal de gorge gangreneux pu bliée en 1769 par le docteur Fothergill (or: the sore throat attended with ulcers) ne peut que donner l'idée la plus favorable de la sagacrié et de l'exactitude de ce médecin observateur, et justifier la célébrité qu'il s’est acquise. Get auteur donne d’abord un extrait sommaire des écrits des médecins qui ont traité avant lui le même objet, comme Wierus, Forestus, Ramazzini, Ludovicus Mercatus, Andræas Sgambatus, Japtista Cortesius , Heredia, etc., et il y joint le résultat de ses propres observations.
274. Les caractères de cette maladie , recueillis par Fothergill dans les ouvrages des médecins qui l'avaient précédé, se réduisent aux suivans. Elle attaque plus fréquemment les enfans que les adultes, et
EE EEE)
(1) SrNoNrMIE. Morbus strangulatorius , E pidemica gutturis lues, Affectus suffocatorius , Carbunculus anginosus , Phiegmone anginosa,, Morbus puerorum , Tonsillæ pestilentes, Aphthæ malignæ , Garotillo des Espacxots ; Cynanche maligna , SAUVAGES, CULLEN ; Angina maligna , JORNSTONE ; Angina gangrænosa, Vivace ; Cynanche gangrænosa , Cynanche ulcerosa.
ANGINE GUTTURALE GANGRENEUSE. 249 Jeur est, en général, plus funeste. C'est d’abord une douleur dans l’arrière-bouche, un sentiment de constriction au Cou, et souvent aussi une gêne dans la respiration avec une odeur fétide. À la simple inspecüon , la lueité s , les tonsilles et le pharynx semblent RES d’une couleur rouge fleurie ou plus ou mois foncée ; ces parties sont plus ou moins enflées , mais sans que la respiration soit autant affectée que dans l'angine ordinaire. Si la maladie à un grand degré de violence , la difficulté d’avaler et de respirer est exirême ; la face etle cou sont rouges ; la voix est altérée, la soif inexunguible ét la suffocation imminente; quelquelois, en regardant la bouche, l’enflure et les ulcères de l'arriére-bouche sont manifestes ; dans d’autres cas, rien ne s'offre à la vue , mais on sent üne odeur féude très-désagréable. An étie éruption sé joignent quelquefois les symptômes d’une fièvre putride ou adynamique avec des pétéchies , ou bien, suivant Mercatus, une fièvre qu'il appelle maligne des plus dangereuses. Le même jour ou le lendemain, les parties affectées prennent une couleur plus foncée , deviennent blanchâtres , d’une teinte cendrée ou quelquefois noire ; ce qui n’est le produit d'aucune croûte, mais d’une dégénération gangreneuse ; la voix devient enrouée, non comme dans un rhume ordinaire, mais comme dans les ulcères vénériens de 6 bouche. Le cou et Varrière-bouche commencent à s enfler : à l'extérieur , et la tumeur, qui est œdémateuse , augmente en VO Jume suivant les progrès de la maladie. Tous les sym— ptômes sont aggravés pendant la nuit. Vers lequatrième jour , latumeur est, en général, irès-étendue ; les taches blanches deviénnent noires, et il s'écoule par la
bouche et les narines une sanie putride et corrosive $ l’haleine est alors tres-féude ; la respiration, qui auparavant avait été peu affectée, devient trés-difiicile, et la mort est alors prochainé. Cette terminaison funeste a lieu à diverses époques ; quelques malades succombent le premier jour, d’autres le deuxième, troisième , ou un autre jour avant le septième : ceux qui peuvent vivre au-delà du quatorzième jour sont hors de danger. Quoique la marche générale de la maladie soit telle , on observe quelquefois des symptômes trés-différens. La difficulté de la respiration est quelquefois éxirême dés le premier jour ; d’autres fois une toux violente se déclare : quelques malades éprouvent une affection comateuse, d’autres un état de délire, ou une héimorrhagie nasale funeste; certains expirent subitement dans un état de suffocation. L’œsophage se irouvé quelquefois sphacélé jusqu’à l’estomac.; d’autres fois Ja irachée l’est jusqu'aux poumons ; on rend, dans certains cas , une matière ichoreuse, féude, mélée avec du sang, d’autres fois un sang pur et sans mélange. Mercatus rapporte l'exemple d’un énfant dont l’ulcère rendait une matière st infecte, qu'il s’ensuvit une inflammation et la gangrène au sein de la nourrice qui allatait cet enfant. Les épidémies de maux de gorge gangreneux sont d’abord très-meurtrières, puis elles diminuent de violence et finissent par disparaître. 275. Fothergill ne s’est pas borné à une simple compilation, 1l a déerit en outre la maladie avec toutes les circonstances qui l’ont accompagnée durant une épidémie de cette sorte qui régna à Londres et aux environs en 1746 et les deux années suivantes. I] à observé que, lorsqu'elle se déclarait dans une famille ,
ANCINE GUTTURALE GANGRENEUSE. 251
tous. les enfans en étaient ordinairement attaqués, si on ne séparait aussitôt les enfans bien portans d'avec les malades ; il a tracé Iui-même qéelques histoires particulières qui sont trés-propres à faire connaître sa marche. À
276. «Une jeune fille de douze ans fut attaquée d'un frisson , d’une douleur de tête avec nausées, vonussemens et déjections abondantes ;. ces symptômes se calmerent dans peu d'heures , et 11 succéda une chaleur violente , la rougeur de la peau et un mal de gorge ; la luette, les tonsilles et les parties voisines étaient rouges et si enflées que , dans l’espace de huit à dix. héures , elles étaient contigüës et semblaient intercepter l'entrée du pharynx ; la respiration était ires-difficile et la dégluutuon itrès-douloureuse, avec un crachement abondant. Vers les six heures du soir, la difliculié de respirer fut portée jusqu’à un.sentiment de strangulation. Elle expira peu après , et avant qu'il se füt écoulé vingi-quaire heures depuis l'invasion de la maladie. La bouche, après la mort, parut remplie d’une grande quantité d’un fluide visqueux, ce qui contribua, avec la tuméfaction de la luette et des ionsilles, à fermer la glotte et à RS à respiration,.
277. Une jeune din , rétablhie DR quelques jours d’une affection gastrique , éprouva un retour de cette affection à la suite d’un chagrin violent, et prit par contagion un mal de gorge gangreneux en rendant visite à une autre personne qui éprouvait celte maladie: dès-lors sentiment de froid avec de violentes secousses du trone. et des membres, comme dans un accès de fièvre intermittente; défullance , céphalalgie
vive et vomissemens répétés. La chaleur se déclara vers le soir avec une douleur dans l’arrière- bouche et la cessation des symptômes gastriques. La face , le cou et les mains étaient très-ronges. Elle soupirait fréquemment , et on pouvait présager par son aspect èt ses gestes l'approche du délire. Elle avait peudormi la nuit, et le lendemain maun, le pouls, qurauparavant était peut et accéléré, énidaés plus plein sans être plus lent. La malade se plaignait de défaillances et d'anxiétés ; les parues dé l’arrière-bouche paraissaient relâchées y trés-rouges y € même livides dans quelques endroits. Ces symptômes persévérérent sans s'accroître jusqu'à la nuit, et il survint alors’ une diarrhée qui amena bientôt l'épuisement des forcés. La rougeur de la péau disparut, les extrémités devinrent froides , les yeux térnes, le pouls à peine sen sible, la respiration très-difficile, et la mort survint le matin du troisième jour de la maladie.
$ Il. Déscription générale de l’Angine gutturale L'angreneuses
278. Prédispositions et. causes occasionnelles. L’angine gangreneuse attaque plus particulièrement les femmes, les enfans, les adolescens , les personnes d’un tempérament lymphatique; celles qui sont affaiblies par des maladies antérieures où par destévaeuations excessives. Elle est rarement sporadique , et le plus ordinairement épidémique. |
270. Symptômes. L’invasion de la maladie est ordinairement marquée par un vertige ,°et par des’frissons: ou un sentiment de froid pareils à ceux d’un accés
ANCINE GUTTURALE GANCRENEUSE. 25% de fièvre intermittente ; il succède une chaleur vive, et cette alternauve a lieu quelquefois durant quelques heures, jusqu'à ce qu'enfin la chaleur persévère. I se déclare alors une douleur de tête, ou plutôt une douleur dans le gosier, une roideur de cou, ordinairement avec des nausées, des vomissemens ou la diarrhée, quelquefois l’un et l’autre. La maladie se déclare souvent le matin, où à mesure que la nuit approche ; la chaleur et lagitauon augmentent et continuent jus qu'au point du jour. Après un sommeil troublé, la sueur se déclare, ce qui adoucit la chaleur et l'agitation , et semble donner à la maladie un caractère intermittent. La couleur fleurie que prend l'intérieur de la bouche est encore plus marquée vers les piliers postérieurs du palais, dans les angles au-dessus des tonsilles , et sur les glandes même, Au lieu de cette rougeur, On voit quelquefois une tache étendue et irrégulière , d’un blanc pâle, avec des bords rouges. En général, le deuxième jour de la maladie, le visage, le cou , la poitrine, les mains et les doigts paraissent gonflés et érysipélateux ; à mesure que la peau prend cette couleur, les envies de vomir et les déjections cessent enticrement. L’apparence de l’arrière-bouche conunue d'être la même , excepté que les taches blanches prennent une couleur cendrée ; et alors on voit que ce qu’on ayait pris pour l’extérieur d’une tumeur en suppuration est réellement une escarre qui couvre une ulcération des tonsilles plus sensible dans les angles au-dessus et sur les tonsilles même, quoique souvent On en aperçoive sur le.voile du palais, à lin térieur du pharynx ou à la base de la langue. Au lieu de ces escarres, et lorsque la maladie à un caractère
de bénignité, on aperçoit unc ulcération superficielle et irrégulière sur ces parties. Les parotides de l’un et de l'autre côté s’enflent , deviennent dures et douloureuses au toucher, d’où résulte un gonflement œdémateux à l'extérieur et à l’intérieur, qui s'étend queluefois sur la poitrine , et qui, en resserrant le larynx, augmente le danger. Vers la nuit, la chaleur et lagitation augmentent, et souvent il s’y joint un état de délire et des propos incohérens, ôu bien la stupeur et une affection comateuse ; ce qui continue ainsi pen dant deux ou trois jours et même davantage. C'est vers le matin qu’il survient des sueurs plus ou moins colliquatives.
280. On reconnaît aux symptômes suivans, lorsqu'ils surviennentfau troisième, quatrième Ou Cinquième jour, que la maladie prend une marche favorable et qu'on peut espérer le rétablissement : la rougeur de la peau disparaît, la chaleur diminue, le pouls devient moins précipité et le gonflement du cou s'affaisse ; les escarres tombent et les ulcérauons se séparent, pendant que le sommeil et l’appétit se rapprochent de l’état naturel. Le pouls, durant le cours entier de la maladie , est très-fréquent, et les battemens du pouls sont au nombre de plus de cent vingt par minute ; quelquefois il'est concentré et dur, et d’autres fois souple et pleim, mais sans ce degré de force qui accompagne les phlegmasies pures. L'urine est d’une couleur pâle ou comme du petit-lait ; elle prend une teinte plus jaune à mesure que la maladie avance; et elle est trouble et sédimenteuse aussitôt qu'il se manifeste des signes de rétablissement.