CATARRHE PULMONAIRE
SL”. Considérations générales.
302. Le principe d'irritation des catarrhes consiste souvent dans des variations brusques ou des qualités peu connues de l'air atmosphérique. Plusieurs épi
(1) Srnonrmrs. Pleuritis humida , Srorx ; peripneumonia notha, Sypexnan, Bornnaave, Serre, etc. ; peripneumonia catarrhalis , Hüxnam; Febris catarrhalis , Fnen. Horrmaw.
CATARRHE PULMONAIRE. 289 démies catarrhales ont paru à diverses époques , et dans plusieurs contrées de l'Europe ; elles ont été décrites avec soin depuis celle de 1557 ; car, dans les temps antérieurs, la route tracée par Hippocrate , pour la description des épidémies, Parait avoir été abandonnée où méconnue. Cette dernière épidémie fut observée dans les provinces méridionales , et la marche de ses symptômes est rapportée dans les écrits de Rivière : ardeur dans l’arriére-bouche , toux violente, fièvre, douleur de tête très-vive, enchifrenement si intense qu'il rendait l'inspiration de l'air presque insupportable. Les maux de gorge très-vio— lens , et devenus épidémiques en 1558 , ont été décrits par Forestus ( Gb. 1). Les pluies et les vents du midi qui régnérent durant l'été et l'automne de 1574, contribuèrent sans doute aux affections catarrhales variées dont Baïllou nous a conservé la description. Une complication avec la peste distingua l'épidémie de 1580, dont Forestus et Sennert nous ont tracé le tableau. Celle de 1658, que Willis a décrite, doit être aussi mise au rang des plus meurtriéres et des plus violentes. C'est assez garantir l'exactitude extrême de la description de l'épidémie de 1675 et 1676, que de citer le nom des auteurs qui l'ont tracée, Etumuller et Sydenham : toux fréquente et trèsvive, surtout la nuit, d'abord sans expectoration, puis avec excrétion d’une grande quantité de matière Vis queuse ; respiration très-génée el avec danger de suffocation, etc. Baglivi fait mention de l'épidémie catarrhale de 1702; mais une des plus universelles et des plus violentes fut celle de 1728 et 1729, com pliquée avec une fièvre ataxique : pouls faible et dé-
primé, toux sèche, aussi incommode par sa continuité que par sa violence ; respiration très-difficile » Vertiges, délire, éternuemens, diarrhée : Hoffmann en donne une description exacte (Constitutio aeris , ete., ann. 1728). @e qui rend remarquable l'épidémie de 1732, qu'on trouve décrite dans les Mé ires de la société d'Edimbourg (tom. II }, c’est que l’affection s’étendit également aux organes dela respiration et à ceux du conduit alimentaire ; elle parcourut presque toute l’Europe , et fut connue à Paris sous le nom de folette. Huxham l’a décrite avec sa sagacité ordinaire, et telle qu’il l'avait observée à Plymouth. Le même auteur a décrit celle de 1737 (de Aere et Morbis epidemicis). Haller nous a conservé ( Pisput, morb. tom. V ) le tableau des affections variées produites par l'épidémie catarrhale de 1 741, et Sauvages nous à laissé celui de l'épidémie de 1745. On voit dans celle de 1761 une nouvelle preuve de l'affection presque générale des membranes muqueuses : toux sèche et importune , les yeux enflammés et supportant à peine l'impression de la lumiere , enrouement , éternuemens fréquens , quelquefois ardeur très-vive le long de la trachée-artère jusqu'au cartilage xiphoïde, et d’autres fois le long du gôsier et jusqu'à l’estomac , comme si l’œsophage avait été enflammé. Razous ; médecin de Nîmes, l'a très-bien décrite dans ses Tables nosologiques, sous le nom de baraquette ou de grippe. Enfin les épidémies catarrhales qui régnerent en Europe, en 1779 et 1780 , ne furent pas moins violentes que les autres : elles ont été décrites par le docteur Saillant ( Tableau raisonné des Epidémies catarrhales ). Celle de 1780, qui fun
CATÂRRHE PULMONAIRE. + S05 trés-générale à Paris, et que j éprouvai moi-même, était remarquable en ce qu'elle affecta presque toutes les membranes muqueuses, celle de la trachée-artère et des bronches, la onotse la, membrane pituitaire, le palais, l’arrière-bouche , et le conduit alimentaire.
303. Le catarrhe pulmonaire ne peut être mieux connu , et sa doctrine mieux développée , que par la descripuon d’une épidémie de cette nature observée dans un lieu trés-propre à rendre la maladie plus intense, par la constitution naturelle de l'atmosphère, et he laquelle on ait rassemblé un grand nombre de cas paraenier , rapportés suivant ‘la méthode d’'Hippocrate : c’est là un avantage précieux qu’on ne peut contester à l’istoire de la constitution catarrhale de l'année 1770, décrite à Roueñ, par Lepecq-de-la- Clôture (Oôservations sur les Malaclies épidémiques), et suivie de treize histoires particulières. Le catarrhe , | dit l’auteur , est une maladie fort commune et comme endémique à Rouen, surtout au printemps et en automne , ou même en d’autres saisons , lorsque le vent du sud ou sud-ouest soufile avec plus ou moins dim pétuosité , et qu'il se fait dans les venis une variation subite du nord au sud, lors même que l’atmosphera est surchargée d'humidité. La première impression semble se porter sur le nez, les joues, et les différentes parties de la face et du cou, avec un gonflement douloureux : alors céphalalgie plus ou moins violente, assoupissement et lassitudes spontanées : lPembarras gastrique vient souvent se joindre à ces affections. Les habitans de Rouen sont si sujets à contracter les catarrhes ; qu'il est fort rare que les personnes délicates
puissent les éviter au retour des équinoxes , Surtout: celles qui s’exposent à fréquenter , dans les jours variables , le port etles bords de la Seine. Les étrangers qui sont accoutumés à respirer un air plus sec et plus élastique , payent le même tribut en établissant leur résidence à Rouen. De là naïssent différens degrés d’affections catarrhales, les coryza, les angimes , les rhumes, les catarrhes aigus et avec fièvre ; maladies ui sont loin de se manifester pendant de fortes gelées ou un froid sec continu , mais qui ont lieu surtout lorsqu'il règne une humidité froide , à l'époque de la fonte des glaces ou des neiges , et lorsque le thermomètre indique quelques degrés au-dessous de la température moyenne, Ou pendant les grandes pluies , ou enfin lors des grandes variations du froid au chaud ou réciproquement. epeeq-de-la-Clôture observe que , dans la description de lépidémie catarrhale qui régna en 1770 , 1l joint les deux saisons d'été et d’automne , parce que la température et la variauon de l'atmosphère ont été à-peu-près pareilles , et qu'elles n'ont présenté qu'une constitution prédominante. 304. Unedes causes les plus ordinaires de la phthisie catarrhale est une suite d’affections inflammatoires de la membrane muqueuse des voies aériennes , que contractent ordinairement , pendant l'hiver , des personnes délicates et d’un tempérament lymphatique : cette membrane perdant de plus en plus ses forces vitales, par l'habitude d’une excréuon surabondante , sa structure finit par être altérée et offrir des marques d’une sorte d’ulcération qui se borne quelquefois à cette membrane, et d’autres fois se propage dans le ussu mème du poumon , en y produisant différens foyers
LA
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de suppuration ou des vomiques plus ou moins étendues. Bennet ( Theatrum tabidorum ) assure avoir vu plusieurs phthisiques réduits au dernier degré de marasme après avoir rendu long-temps des crachats puriformes ; et cependant , après leur mort, on n'aper— cevait aucun foyer de suppuration ni aucune marque d’altérauon dans le ussu même du poumon. Reid, Morgagni , Lieutaud, M. Portal , attestent les mêmes faits , et c’est ce que j'ai souvent eu occasion d'observer à l’hospice de la Salpêtriére , où ces sortes de phthisies sont fréquentes. Un homme d’un moyen âse, dont parle M. Portal (1) , fut atteint, au commencement de l'hiver de 1785, d'un léger rhume, qui ne l’empêcha point d'abord de vaquer à ses affaires; bientôt après , gêne de la respiration et difficulté de soutenir une conversation, soit à cause de ses quintes violentes de toux , soit par le ton rauque de sa voix ; par degrés insensibles , bouflissure du visage , œdématie des pieds et nécessité de garder le lit ; la fièvre hectique se déclare et conunue avec des paroxysmes tous les soirs : toux trés-fatigante, avec une expectoration d’abord écumeuse et mêlée de sang , puis devenue muqueuse, gluante , quelquefois blanchâtre et souvent grisâtre , avec une apparence puriforme et des stries sanguinolentes ; paroxysmes la nuit, d’abord avec moiteur ; puis avec sueur ; dépérissement progressif, oppression de poitrine : comme le pouls était plein , on pratiqua une saignée du bras, et on appliqua des sangsues à anus, pourdiminuer l’état d’irritation et la congestion EN AS
(1) Observations sur la nature et le traitement de La 1 ’hthisie pulmonaire. Paris, 1792.
inflammatoire du poumon : dès-lors , diminution de l'oppression et du sang mêlé aux crachats , plus grande facilité de soutenir une position horizontale dans le | lit, et de goûter quelques heures de sommeil ; toux moins fréquente , voix plus forte et moins rauque. Il eut l'attention d'éviter pendant long-temps lexercice de la parole , pour ne point éprouver de quintes de toux violentes. Pendant les premiers temps de la phthisie, le malade prenait pour boisson de l'eau d'orge avec le sirop de violette, de l’eau de poulet légérement aitrée , et pour nourriture deux ou trois bouillons de veau et autant de bouillons de grenouilles ; on lui permit ensuite un peu de compote de fruit , quelques: pommes crues, quelques grappes de raisin , etc. L'irritation de la poitrine étant calmée , on fit succéder pendant un mois Pusage des sucs épurés des plantes , coupés avec le petit-lait, ce qui rétablit les forces et la santé ; mais six mois après, retour de tous les sÿmptômes , difiiculté de respirer, hémoptysie, toux fréquente , etc. Le traitement antérieur fut suivi du même succès; mais, pour éviter toute récidive, on appliqua un vésicatoire au bras et les sangsues à l'anus, à des distances éloignées : ces moyens furent secondés par l'usage des eaux sulfureuses de Bonnes , les sucs épurés des plantes chicoracées , les extraits des mêmes plantes pendant l'hiver , et des boissons adoucissantes légérement diurétiques. Ce traitement , aidé par les autres moyens de l’hygiéne et un régime sage, produisit un rétablissement qui ne s’est plis détient! 505. Le catarrhe suffocant n'est point, comme
quelques-uns le pensent, le résultat d’une complication ou d’un accident qui survient dans le cours d'un catar-
:&+ CATARRHE PULMONAIRE 289 rhe simple; c’est une varicté de cette dernière maladie, dont la terminaison est le plus ordinairement funeste ; à l’ouverture, on ne trouve souvent aucune altération du poumon, et la membrane muqueuse est toujours vivement enflammée. |
506: Si l’on veut avoir des idées précises sur Les variétés et les complications du catarrhe » On peut consulter la thèse déjà citée de M. Lebeau; on y trouvera des observations faites Pour prouver combien , dans la maladie la plus simple, les moindres détails sont utiles au médecin praticien et observateur. L'auteur de cette these distingue le catarrhe intense de la péripneumonie, et établit les diverses nuances des catarrhes atoniques et adynamiques ; il a rassemblé des cas intéressans qui prouvent le degré d'importance que peuvent avoir certains phénomènes accessoires, tels que la douleur pleuréuqu e.J’indiquerai seulement ic: un état particulier des poumons qu'il appelle hépatisation en blanc, et. quenous avons rencontré plusieurs fois dans lesrecherches faites à la Salpétrière pour établir la constitution médicale de chaque année. Cet état > Qui consiste en une induration du poumon devenu en effet aussi dense que le foie, est produit par la seule accumulation des mucosités dans les bronches et les dernières ramificauons des vaisseaux aériens ,; letissu propre de l'organe n'étant n1 enflammé ni infiltré d'aucun fluide.
S IE Description générale du catarrke pulmonaire.
507. Prédispositions et causes occasionnelles. Le catarrhe pulmonaire se manifeste surtout durant les # . , + .
températures froides et humides, lors des vicissitudes
é 290 PHLEGMASIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.
atmosphériques, et lors du passage subit du chaud au froid ; il peut aussi être occasionné par la suppression d'évacuations habituelles. Il est sporadique et souvent épidémique ; 1l règne endémiquement dans certaines contrées.
508. Symptomes. Les caractères généraux du catarrhe pulmonaire sont, dans le commencement, un léger sentiment de fatigue , une débilité plus marquée, une sorte de stupeur et d’assoupissement, une face un peu animée, la fréquence de la respiration , des anxiétés et un sentiment d’oppression ; peu où point de fièvre, excepté durant le paroxysme du soir, et quelquefois alors des horripilations ou des alternatives de chaud et de froid , avec augmentation de la gène de la respiration et de la débilité; une toux opiniätre et dont les efforts augmentent la douleur de tête ; une expectoration muqueuse plus ou moins abondante, etqui, au déclin , devient plus opaque et plus consistante (1) ; l'urine est tantôt pâle , tantôt d'une couleur très-foncée; elle se trouble dès qu’elle est rendue, et cependant elle ne devient sédimenteuse que vers le déclin de la maladie. Des crachats blancs et opaques, la sueur, une urine sédimenteuse , des selles comme glaireuses, une hémorrhagie du nez chez les jeunes sujets, telles sont les évacuations critiques les plus ordinaires du catarrhe
hip eos SE
(1) Certains catarrhes , à cause de leur intensité, donnent lieu à des crachats plus ou moins teints de sang, à une fièvre intense et continue , à une oppression de poitrine, à un sentiment d'ardeur, etc., sans cependant qu'il y ait une douleur pongitive au cêlé : cette maladie est alors placée sur les confins du catarrhe et de la péripneumonie, et lon peut la regarder comme un catarrhe très-iptense ou une péripneumonie faible.
CATARRHE PULMONAIRE. 29t simiple. Cette maladie peut, dans son état de simplicité, Se terminer au quatrième Jour par des sueurs abondan= tes, ou se prolonger jusqu'à la fin du premier, du deuxième ou troisième septénaire dans les adultes les mieux constitués , Où mémeau-delà dansdes personnes affaiblies par l’âge ou d’autres infirmités > Comme nous en remarquons des exemples dans l’hospice de la Salpêtrière. L’habitude que j'ai d'observer cette maladie m'a donné la facilité d'en muluplier les exemples (Médecine clinique) , et de la considérer sous ses différentes formes, qu’elle soit simple ou compliquée ; et on imagine facilement combien une semblable distinetion fondée sur l'analyse est propre à donner des idées précises de cette maladie , soit pour la bien connaître, soit pour déterminer les principes du traitement: ; êt le plus ou moins de danger dont les divers cas sont susceptibles. Les caractéres qui distinguent le catarrhe suflocant sont : réspiration toujours trés-génée , op pression extrême, avec un sentiment d’ardeur où de gêne vers la partie moyenne de la poitrine; expecto= ration nulle, où sanguinolente , ou muqueuse ; pouls ordinairement très-fréquent; face altérée ; anxiété, Cette affection , très-aigué > Survient subitement ou succède au catarrhe ordinaire ; Sa marche est continue, les symptômes restant toujours à un haut degré avec des exacerbations journalières ; sa terminaison » le plus souvent funeste , arrive ordinairement ayant le septième jour , à compter du moment où le catarrhe a pris lé caracteré suffocant, Le catarrhe aigu qui attaque des personnes ayancées en äge peut devenir chronique P et dégénérer en une toux catarrhale plus où moins opiüitre, qui finit quelquefois par la phthisie, si on ne
peut point parvenir à arrêter cette dégénération par un exutoire , l'usage des toniques et surtout les ressources de l’hygiène. Le catarrhe pulmonaire peut se compliquer avec l'embarras gastrique, les fièvres bilieuse ; muqueuse , adynamique el ataxique. Il coexiste souvent avec l’ophthalmie, le coryza, l’angine , et même avee la péripneumonie.
LE
S IL. Traitement du catarrhe pulmonaire.
509. Lorsque le catarrhe pulmonaire est simple, on doit se borner à seconder la nature par des boissons douces, mucilagineuses et gélatineuses, comme les bouillons de veau avec les navets et l'oignon , ou quelques cuillerées du suc exprimé de ces végétaux, avec un sirop de capillaire ou de coquelicot, quelquefois l’hydromel, l’oxymel , la décoction blanche de Sydenham , les gelées de salep , les bouillons de gruau d'avoine, et par intervalles linfusion de fleurs de sureau avec loxymel pour les malades débilités par les progrès de l’âge ou des maladies antérieures. Je ne parle pas ici de l'usage des loochs et des juleps, qui est si fanulier à tous ceux qui exercent la médecine. À une époque plus avancée de la maladie , il faut remplacer les mucilagineux par des substances aromatiques , telles que la sauge , le romarin, la mélisse, etc. , en infusion ; le soufre sublimé est aussitrès-convenable. Mais c'est surtout l'ipécacuanha qu'on emploie avec le plus d’avantage : on l’admimistre en pastilles ou en sirop, et à petites doses. L'usage destoniques est nécessaire pour prévenir le passage du catarrhe aigu à l’état chronique; il est aussi souvent, à cet effet, nécessaire de pratiquer un
GASTRITE. 295 exutoire, de faire des frictions sur la peau , d’habiter un lieu sec etélevé, et de prendre beaucoup d’exercice en plein air.
510. Le traitement de la phthisie muqueuse doit être dirigé d’après les mêmes principes. Quant aux complications du catarrhe pulmonaire, on doit suivre à leur égard les principes généraux que j'aiexposés en parlant de chacune des maladiesavec lesquelles cette af. fection peut exister. Et l’on peut consulter la disserta= uon déjà citée de M. Lebeau > Si l’on veut connaître en détail les modifications importantes que nécessitent , dans l'emploi des moyens thérapeutiques , les variétés de la maladie et ses complications dangereuses: on 4 trouvera des exemples d’un traitement sagement com biné dans l’histoire de plusieurs malades dirigés par AT. Landré-Beauvais.