‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 54 sur 111 · On convient qu'il est difficile de distinguer le · texte numérisé non relu

On convient qu'il est difficile de distinguer le

croup d'avec l'asthme aigu des enfans décrit par Millar.

Quand la premuere de ces affections est intermit-

tente , la difficulté est telle qu'on regarde alors cette

variété du croup comme formant le passage à l'asthme

aigu. Voici les caractères disunctifs de ces deux mala-

dies indiqués par M. Jurine : « L'/asthme aigu n’est pas

épidémique comme le croup ; la toux est rare pendant l'accès, et quand elle existe , elle est plutôt sèche que rauque; la respiration est stertoreuse plutôt que siflante ; les malades ne se plaignent point de douleur au cou; les intermissions sont fortement prononcées et quelquefois long-temps prolongées ; les urines sont limpides pendant laccès ; enfin , lorsqu'on ouvre les individus morts de cette maladie, on ne trouve point de concrétion dans le larynx ni dans la trachée. » I est bien plus

facile de distinguer le catarrhe suffocant d'avec le croup aigu, et voici quelles sont les bases de ce diagnostic indiquées par le même auteur : « Il ya, dans

lun et dans l’autre, toux, oppression , sécrétion abondante de mucosités plus ou moins épaisses et quelquefois concrètes ; progrès rapides des symptômes, nécessité d’un traitement prompt et acuüf : seulement, dans la seconde de ces deux maladies , la toux est moins rauque que dans la première ; l'inspiration est plutôt stertoreuse que siilante ; l'oppression est plus constante, et les rémissions

( CROUP. 270 » sont beaucoup moins sensibles. » Mais je pense que l'auteur force un peu l’idée qu’on attache au mot croup , lorsqu'il dit que le catarrhe suffocant est un croup des bronches. Je m’appuie sur la différence même des symptômes qu'il indique , et sur ce que, le plus souvent , dans le catarrhe suffocant on ne trouve qu'une petite quantité de mucosités épanchées dans les bronches , quelquefois méme on n’en voit point $ jamais enfin il n’y a de ces fausses membranes parfaitement analogues à celle que produit un véritable croup, comme le prouvent des ouvertures faites à la Salpêtrière. ( Voyez ma Médecine clinique, et la thèse de M. Lebeau sur le Diagnostic du Catarrhe pulmonaire. Paris, 1812. )

208. Une pareille maladie offrirait une obscurité impénétrable s1 lPanatomie pathologique n’en avait indiqué le vrai caractère et le siéce. Rarement on trouve une conformité aussi prononcée entre la marche progressive des symptômes et l'autopsie cadavérique ; et combien de semblables exemples ne pourrais-je point citer, soit d’après divers auteurs, soit d’après mes journaux d'observations faites dans les hospices(Médecine clinique) ! Depuisla dissertation du doeteur Home, les observations les plus multiphiées ont fait voir que le siége du croup' est dans le conduit aérien ; Et qu'il consiste dans une sorte d’inflammation de lamembrane muqueuse. Cette phlegmasie a plus où moins d’étendue ; quelquefoisellese borne à la portion de la membrane qui apisse l'intérieur du larynx, d’autres fois à celle de la trachée, tantôt à ces deux portions à-la-fois, et souvent elle se continue jusque dans les ramifications des bronches. Mais il restait à indiquer les symptômes qui,

pendant la vie, peuvent faire connaître le siége spécial de l'inflammation; et voici, d’après les observauons de M. Jurine, ceux qui peuvent être disincufs : « Lorsque le premier foyer d'irritation existe dans le » larynx, la maladie éclate presque subitement ; sa » marche est rapide, ses symptômes sont violens ; le »-larynx est douloureux au toucher; les rémissions » sont courtes , les accès rapprochés, et la mort ter- » mine promptement cette scène effrayante , si l'artne » parvient à arrêter les progrès du mal. Siau contraire » le premier foyer d'irritation se manifeste dans la » trachée, l'invasion est précédée de symptômes in- » certains, équivoques, et qui durent quelquefois plu- » sieurs jours ; la marche de la maladie est plus lente, » les rémissions sont plus longues, les accidens spas- » modiques moins prononcés au début, etla mort, » lorsqu'elle doit arriver, est beaucoup plus tardive.» A l'ouverture, on trouve les régions qui ont été le siégé de l’inflammation tuméfiées, et d’un rouge plus vif , surtout à la partie postérieure de la trachée (1) ; la sé créüon du mucus qui lubrifie les voies aériennes est altérée : au lieu d’une humeur consistante, visqueuse , non-coulante , on trouve ordinairement une couche menmbraniforme où pulpeuse , et des mucosités écumeuses ou puriformes. Ces couches varient en étendue ainsi que l’inflammation. Tantôt le conduit aérien est

(1) L'augmentation de rougeur de la membrane muqueuse ne s’observe pas cependant constamment après la mort, quoique tous les autres phénomènes du croup aient existé, soit que l'exsudation albumineuse qui a eu lieu ait empéché l’engorgement inflammatoire de la membrane muqueuse, soit que la mort n'en ait laissé aucune trace.

EROUP. Li 277 entièrement gorgé ; d’autres fois les ramifications bronchiques le sont seulement ; mais il reste encore assez ‘d'espace dans le larynx et la trachée pour donner passage à l'air. La concrétion est souvent membraniforme dans le larynx, la trachée et les premières divisions des bronches, tandis qu’elle est pulpeusedans les dernières ramifications : sujette d’ailleurs à des variétés pour la couleur , l'épaisseur , la consistance et les adhérences ; elle n’a pas été mieux connue, dans sa composition chimique, par les dernières analyses qui en ont été faites ; elle semble n'être qu’une sorte d’albumine coagulée (Dissert. déjà citée de Schvilgué) ; elle est insoluble dans l’eau froide et dans l’eau bouillante ; mais elle est dissoluble dans les acides et les alcalis , par l’intermède de la chaleur : par l’incinération, elle donne du carbonate de soude et du phosphate de chaux. Ce: sont des portions plus où moins grandes de cette con— crétion que l’on rend souvent sous forme tubuleuse par les efforts de la toux et du vomissement. Il paraît aussi que la fausse membrane peut, lorsqu'elle est très mince, rester adhérente à la membrane muqueuse des voies aériennes, et ne point être rejetée par l’expectorauon , dans des cas cependant où la guérison a lieu. Les concréuions pulpeuses et les mucosités qu'on trouve dans les voies aériennes des malades qui ont succombé au croup (1) sont aussi, suivant l'analyse chimique! qu'en a faite Schwilgué, d’une nature albumineuse. A a fait voir en outre que le sédiment blanchâtre que

M ne nn di) ee SAN Re

(x) Les faits recueillis jusqu'ici indiquent quele croup est, err général, plus intense , plus aigu et plus dangereux pour les enfans que pour les adultes; ce ‘qui est d’ailleurs conforme à ce

dépose l’urine des enfans attaqués du croup n'a rien de commun avec les mucosités rejetées par l'expectoration comme on l’a cru pendant si long-temps, puisque & sédiment se redissout par l’action de la chaleur, etc. L'inflammation de la membrane muqueuse des voies

aériennes devait être la seule cause qui püt développer les fausses membranes.et le mueus plus ou moins concrété et purulent qu’on trouve dans le larynx, la trachée etles bronches; mais les expériences de M. J. -

Abraham Albert ont donné sur €e point la cerütude la

plus complète. Au moyen d’un mélange d'huile de iérébenthine et d'oxyde rouge de mercure, injecté dans la trachée d’un animal, il a développé plusieurs symptômes du croup, et à l'ouverture on à trouvé un cylindre membraniforme, qui s'étendait depuis le carülage cricoïde jusque dans les deux divisions des bronches : la membrane muqueuse seule était enflammée.

$ HT. Zraitement du Croup.

209. C’est tomber dans une cruelle perplexité, que de comparer les diverses méthodes de traitement du croup , vanices par certains auteurs , proscrites par d’autres, ou proposées comme au hasard et sans aucun mouf solide. Bard, Kuhn rejettent la saignée ; au contraire , Bayley et Middleton prétendent qu'il faut saigner jusqu'à la syncope. Ghisi, Salomon et Home ne veulent qu’une saignée modérée ; ils proposent

qu'apprend lanatomie comparée des différens âges, puisque M. Kicherand a observé qu'avant la puberté la glotte n'ofire que la moitié des dimensions qu'elle a après cette époque. { Mémoires de la Société médicale d Emulation, 3° année. )

C R# UP. 270 les sangsues autour du cou ou bien les ventouses scarifiées. Même opposition d’avis pour l’'émétique : Home Je proscrit, et Crawford le regarde comme un reméde héroïque; Salomon, Callisen et Michaëlis ne l’adoptent qu'après l'emploi des saignées, soit générales , soit locales. Ce parallele, qui peut être si favorable aux détracteurs de la médecine , et qui prouve seulement que le caractère fondamental du croup a été jusqu'ici trés-peu approfondi, doit faire place à des vues plus saines et plus directes, fondées sur la nature des phlegmasies muqueuses et sur le siége de la maladie, qui peut amener un danger trés-imminent, même dés le premier jour. Deux points principaux doivent fixer l'attention dans le traitement : la formation de la couche albumineuse qui menace de boucher ou d’obstruer les voies aériennes , et la sensibilité particuhére de la membrane muqueuse du larynx ou de la trachée, quise refuse au contact de toute autre substance que Fair. Pour prévenir, troubler, ou suspendre la formation de la couche albumineuse qui se forme dans les voies aériennes , 1] faut chercher à diminuer l’irritaion qui règne dans la membrane muqueuse de ces voies, ei faisant une heureuse diversion, et en excitant d’autres points d'irritation dans des parties voisines ou éloignées, par des doses répétées d’'émétique, quiirritent l’estomac et facilitent l'expulsion des mucosités des voies aériennes , par des clystères purgatifs qui excitent le canal intesunal, par des pédiluves chauds répétés, et par des épispastiques appliqués à la partie antérieure où postérieure de la poitrine, ete. Pour prévenir ou diminuer les contractions spasmodiques du conduit aérien , qui augmentent'encore le danger de la suffocation , et

en même temps pour faire cesser les spasmes sympio=

matiques qui peuvent être excités dans différentes parües, on doit avoir recours aux topiques anodins ow sédaufs, à linspiration de la vapeur de l’éther sulfurique , à l'application du liniment camphré sur la partie antérieure du cou, ou bien à des fomentations avec

des préparations d’opium , etc. : on a donné à l’intérieur

l’assa-fœtida et le muse. En remplissant ainsi ces objets fondamentaux , c'est-à-dire, en écartant , autant qu'il est possible , les symptômes dangereux qui peuvent accompagner la phlegmasie de la membrane muqueuse des voies aériennes, on réduit cette phlegmasie à son état de simplicité , eton lui laisse parcourir ses périodes ordinaires, comme dans le catarrhe pulmonaire, par des boissons mucilagineuses où légèrement aromatisées. Mais c’est dans des cas semblables que le médecin a besoin d’être secondé par le zèle et les bons offices de tous ceux qui entourent le malade, par les soins les plusassidus et les plus mfatigables, soit de jour soit de nuit (Médecine clinique), par une succession ou une alternative continuelle des moyens internes et externes déjà proposés, soit pour déranger l’ordre des mouvemens et la direcuon vicieuse qu'affecte la nature en obstruant les voies de la respiration , soit pour empécher une sorte d'assoupissement qui se renouvelle sans cesse, et qui semble donner un nouveau degré d'intensité à la maladie.

300. D'ailleurs, on a reconnu combien les variétés particulières du croup influent sur son traitement. Cette affecuon est-elle fortement et franchement inflammatoire , les anti-phlogistiques sont indispensables et cloivent être employés de suite. Est#élle plutôt spas-

CR O U b. 28

modique, nous avons indiqué la plupart des sédatifs qu'il convient d'employer alors , soit à l’intérieur, soit à l'extérieur. Si elle revêt le caractère adynamique, on . doit être sobre des évacuations sanguines, les graduer avec la plus grande prudence : les moyens internes sont ceux qui conviennent aux fièvres adynamiques elles-mêmes. D'ailleurs, une expérience réitérée a prouvé que toute espèce de traitement ne peut être efficace qu'autant qu'il est employé des l'origine du mal: c’est alors seulement qu’il peut sauver le malade; à une époque plus avancée, on ne doit espérer de succés que dans les cas où la maladie était bénigne par sa nature. Aux observations qui attestent cette vérité, Jen joindrai une qui prouve combien les moyens les plus simplesont d'efficacité lorsqu'ils sont employés à temps. Un de mes enfans, alors âgé de deux ans et demi, après avoir été exposé pendant quelques heures à un air froid, fut pris, Ners la milieu-de Ja nuit , des premiers symptômes du croup : anxiété extrême, oppression ; menace de suffoeation , toux rauque, voix obscurcie , inspiration sifllante et aiguë, douleur et chaleur au larynx , le cou tendu ei la tête renversée, les yeux saillans, larmoyans , et les traits décomposés par la violence de l’accés. Averti par ces symptômes alarmans , je mis aussitôt en usage les moyens que j'avais SOUS Ja main : je plongeai presque tout le corps de l’enfant dans de l’eau très-chaude, et je fis en même temps inspirer de l’éther. Les accidens continuant au sortir du bain, je plaçai entre les épaules un large vésicatoire , et les symptômes cessérent six heures après son application. = 3or. La vertu empirique de quelques médicamens mérite quelquefois toute l'attenuon, du médecin,

mais ne peut être réduite à sa juste valeur que par des expériences nombreuses, bien faites, et justement appréciées. L'auteur d’un mémoire envoyé au concours a indiqué le sulfure de potasse comme un : moyen vraiment héroïque dans le traitement du Croup, employé par son père et par lui-même avec un succès Constant quand on y a recours dés le principe. Il est important que les praticiens vérifient de pareilles asseruons. Voici de quelle manière on doit administrer ce médicament :

« L'auteur mêle ordinairement le sulfure de po- » tasse avec le miel pour le faire prendre. La dose » de ce remède, depuis l'invasion du Croup jusqu’à » sa diminution bien marquée , est de six à dix grains » matin et soir : on réduit ensuite peu à peu cette » quantuté à mesure que la maladie paraît s'é- » tendre, et dans les derniers jours , on ne donne » plus que la dose du matin. Ce n’ést point, au sur- » plus, l’âge du malade qui doit déterminer à donner » la dose plus ou moins forte; c’est uniquement le » danger. »

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