‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 57 sur 111 · RE EE RE QU LR D · texte numérisé non relu

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(1) On trouve dans la Médecine légale de Mahon , ainsi que dans l’ouvrage du docteur Fodéré, sur le même objet, un recensement général des poisons divisés en classes et en ordres.

(2) Cicutæ aquaticæ historia el ox, à J. J. Vepfero. Rasileæ, 1079.

GASTRITE. / 297 sur les animaux ,, marche sage pour s'élever de ces cas parüculiers aux lois générales de l’économie animale ; tout, dans cet ouvrage, porte le caractère d’un esprit heureusement né pour la médecine et propre à en reculer les limites. L’acüon de l'acide nitrique et celle de l'acide arsenieux ont été l’objet de dissertaüons très-remarquables soutenues à l'Ecole de Médecine par MM. Tartra et Renault ( 1) : mais la Toxicologie publiée par M. Orfila (2) présente, sur les eflets des poisons , un ensemble de connaissances qui ne laisse rien à desirer.

514. Sans entrer ici dans des détails qui n’appar- ‘uennent qu'à la médecine légale proprement due, je ne puis omettre certaines considérations pathologiques qui peuvent éclairer cetie maticre. Les ouvertures nombreuses faites à la Salpétriére, et dans lesquelles on à observé avec soin l’état de tous les viscères , prouvent que , chez des individus morts à la suite de maladies qui n’affectaient point l'estomac, la membrane muqueuse de cet organe offre souvent des taches rouges de différente étendue , et quelquefois. d’une couleur assez intense pour faire soupconner une inflammation qui n’a cependant point existé pendant la vie : combien ne serait-on pas encore plus disposé à se

faire 1llusion dans un cas où l’on aurait des doutes sur

OR ter Re mnr séreneemmarrége mem ess (1) Essai sur LE mpoisonnement par l'acide nitrique ; eic.,

par À. E. Türtra. Paris, 1802.

Nouvelles expériences sur les contre-poisons de l’arsenic, ete. ,

par Casimir Renault. Paris, 18or.

(2) Traité des Poisons tirés des règnes minéral ; Végétal et

“animal, où Toxicologie générale, etc. ; par M. Orfila, 2 vol.

in-8°. Paris, 1818.

les causes d’une mort violente! Souvent, chez les femmes adonnées aux boissons alcooliques, nous avons trouvé un grand nombre de petites ulcérations de l'estomac et des intestins , sans phlogose marquée : les fonctions digestives se faisaient encore assez bien jus— qu'au moment de la mort causée par une affection de poitrine, une apopilexie, etc. Mais quand on appelle spontances certaines altérations graves de l'estomac, ne s’est-on pas fait une idée fausse, ou qui du moins n'est pas suflisamment établie par Re Sans causes connues , et sans qu aucun smploe parti culier existât pendant la vie, on a trouvé, dit-on , des Pons gangrenés dans, les intestins et dans l'estomac, des érosions , des perforauons même de ce dernier viscère (Dissertation de M. Morin sur les Érosions de l'estomac. Paris, 1806 ) ; mais elles n'ont encore été vues que sur des sujets dont l'histoire était ineon— nue , ainsi que le genre de mort. Si l’on ne doit plus les attribuer à la vertu corrosive des sucs gastriques , combien d’autres causes peuvent. prodrixé de pareils altérations ! l’action de substances vénéneuses dont les premiers effets n’ont pas été mortels (et dans ce cas on a même vu l'ouverture faite à l’esitomac bouchée par les viscères voisins auxquels elle adhérait dans son contour ); une inflammation quelconque produite par un principe morbifique répercuté, OU par une violence extérieure ; la rupture même du viscère, qui n’est pas sans exemple ; des vers qui ont pu être ensuite évacués ; enfin, n'est-il pas singulier que ces perforations se soient rencontrées plusieurs fois chez de nouvelles accouchées, comme l’ont vu MM. Chaussier et Dupuytren? Sans l’histoire des phénomènes

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GASTRITE. 209 qui ont lieu pendant la vie, l’anatomie pathologique peut-elle devenir utile à la médecine ? On voitau contraire que la description exacte des symptômes, jointe ar autopsle , appos te dans la distinction des maladies une facilité qu'on n aurait point osé en attendre. La gastrite et l'empoisonnement par l'acide nitrique sont deux affections qu'il n'est Dés permis maintenant de confondre quand les symptômes en sont bien prononcés , comme on peut s'en assurer par la comparaison des observations suivantes. M. Quincieux ( Dissertation sur la Gastrite. Paris, 1811) donne un ‘exemple de gastrite dans sa plus grande simplicité : un maréchal-de-logis , venant de porter une ordonnance pressée, par une journée très-chaude , but d’un seul trait une bouteille de bière qui avait été plongée dans la glace. Vers le soir, six heures apr és avoir pris cette ei il éprouva un violent frisson , suivi de chaleur. Bientôt après, une douleur vive, une cha- Jeur sèche et un sentiment de tension se.font senur dans la région épigastrique ; impossibilité de conserver dans léstomac les boissons même. Îles .plus douces { saignée répétée deux fois , lavement émollient ).. Le malade éprouvait des anxiétés extrêmes: et une soif ardente ; le pouls était fr équent et Ja respiralion gênée. Le quatrième jour, prostration des forces, accablement; pouls petit, déprimé; frissons. Diminution subite de. la douleur, face hyide, hoquet et mort à onze heures du soir, le cinquième jour de la maladie. On trouva la membrane muqueuse de l'estomac très enflammée et gangrenée en plusieurs endroits ; les orifices cardiaque et pylorique étaient tres - os et l'estomac contenait une maüère noirätre , semblable

à celle que rejetaient les derniers vomissemens. M. Tartra ( Dissertation citée ); parmi ses observaons nombreuses, rapporte le cas suivant d’un empoisonnement par l'acide nitrique. Une femme de Quarante-cinq ans, plongée dans une misère profonde, avala, dans un moment de désespoir , deux onces (soixante-quatre grammes ) d’acide nitrique y elle ne reçut d’abord aucun secours, et ce fut seulement quelques heures après qu'on la transporta à l’Hôtel- Dicu. A son arrivée, em preinte sur son visage d’une morosité sombre, état continuel d’anxiété , frissonnement général , pouls peut et presque imperceptible ; douleurs sourdes à la gorge et surtout à l’estomac, dont l'intensité est augmentée au moindre contact de la région épigastrique ; nausées répétées , vomissement par intervalles (/ooch blanc , et pour boisson une dissolution de gomme arabique çoupée avec le lait ) : la surface du corps et surtout les membres ne tardent pas à se refroidir ; sueur froide et rassemblée en petites gouttes sur la face et la poitrine. Cette femme succomba environ vingt-quatre heures après son entrée à l’hôpital. A l'ouverture du COrps , Pintérieur de la bouche fut remarquable par l’altéra uon de la membrane muqueuse devenue épaisse , blanche, lésèrement citrine en quelques endroits , s'enlevant avec facilité et par petits lambeaux ; l’épiderme se détachait de même sur le bord libre des lévres ; la langue , la voûte et le voile du palais eussent été facilement dépouillés de la totalité de leur mem brane muqueuse , déjà détachée en plusieurs parues ; on ne voyait au-dessous de cette membrane aucune altération remarquable , simon un état de sécheresse

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très- évident. L’œsophage présenta , à l’intérieur , un

enduit grenu, en apparence graisseux, d’une belle couleur orangée , ayant une surface sèche et absolument dépourvue de mucosité. Ce cylindre était-3l forme par une couche albumineuse ; Ou par le détachement de la membrane muqueuse ? L'estomac était fort distendu et couvert de taches noires ; 1] contenait une assez grande quantité d’un liquide bourbeux , jaune , floconneux et gras, dont une parue plus dense semblait attachée à la surface interne des parois de l'estomac , et y formait une couche grenue, diversement épaisse et d’un jaune verdâtre. A l'ouverture de l'abdomen, le péritoine, le conduit intestinal et d’autres parties offrirent une couleur d'un rouge sale. 515. Quelle que soit d’ailleurs sa cause » la gastrite devient chronique et peut amener une véritable dégénérescence squirreuse du pylore , du cardia ou de toute autre région de l'estomac ; cependant il ne faut pas regarder cette dernière maladie comme étant. toujours la suite d’une inflammation : car on trouve souvent le squirre du pylore sans phlogose comme sans ulcération. Les cas de gastrite chronique bien constatés sont assez rares. Dans les cas d’empoisonnement par l'acide nitrique , quand les malades survivent pendant un certain temps, tout le conduit alimentaire affaibli s’atrophie au point que l'estomac n’a plus que le volume d’un intestin grêle. Cependant il n'offre alors aucune trace d’inflammation > quoiqu’on reconnaisse sur ses membranes internes les cicatrices qui ont succédé aux ul cérations.. |

6 IL. Description générale de la Gastrite.

816. Prédispositions et causes occasionnelles. La gastrite peut être occasionnée par des contusions exercées sur l’épigastre , et par une boisson froide prise après un violent exercice , où après un emportement de colère ; elle est souvent produite par une hernie, ne des aphthes, par lintroduction de substances âcres dans l'estomac , par l'emploi iniprudent des vomitifs , par l'empoisonnement, et enfin par la suppression de la goutte et de différens exanthèmes.

317. Symptômes. Cette afflecuon est précédée ou non des frissons et de la chaleur ; elle est caractérisée par une douleur vive, une FREE ardente , et un sentiment de tension et de plénitude dans Ja région épigastrique ; les liquides même les plus doux sont rejetés par le vomissement ; l'anxiété est extrême, la soif brûlante , le pouls peut et fréquent et même inégal , la respiration génée , l'abattement considérable. Cette maladie parcourt ordinairement sa marche avec beaucoup de rapidité ; le plus souvent elle est mortelle et suivie de Ja pAnErene lorsqu'elle est portée à un haut degré d'intensité. Sur sept exemples de gastrite rapportés par Frédéric Hoffmann , six ont été suivis dé la mort. Un grand accablement , le hoquet , des défaillances , des convulsions , le délire , Sont les présages d’une mort prochaine. Si l’inflammation est moins intense , on n’éprouve souyent que des nausées et des vomissemens fréquéns de matière visqueuse ; la douleur et la chaleur sont moins fortes , et les autres fonctions sont à peine lésées. Cet état est souvent |

GASTRITE. 303 €hronique ; il peut être accompagné de fièvre lente , et occasionner le squirre de l'estomac. La suppuration peut aussi succéder à la gastrite. L'ouverture cadavérique a souvent présenté des traces semblables à celles que cause l'inflammation de l'estomac, sans que les symptômes qui caractérisent la gastrite se soient manifestés.

# $ IT. ZYraitement de la Gastrite.

318. Les moyens généraux qu'il convient d’employer contre cette affection ne diffèrent gucre de ceux qu'on conseille contre les autres inflammations des membranes muqueuses. Néanmoins, comme l’estomac est alors dans un état tel qu'il ne saurait sup porter même les liquides les plus doux, on ne doit faire usage que des mucilagineux, et en donner trèspeu à-la-fois. C’est en lavemens qu’on est souvent obligé d'administrer les médicamens. Les sédatifs ne sauraient convenir avant que la chaleur de l'estomac ne soit considérablement diminuée, et que la douleur et les vomissemens ne présentent une rémission notable.

319. Tous les points de contact de la médecine avec la chimie , toutes les applications heureuses qu’on peut faire de cette dernière, soit à l’histoire des maladies 1 soit à leur traitement , ont un point de vue si imposant, qu'on doit peu s'étonner que la méthode des neutralisans dans le traitement des poisons corrosifs ait acquis une certane vogue. On ne peut mer en effet que, si une personne avait pris, par exemple, une certaine quantité d'acide nitrique , et qu’on fût appelé à temps, il ne füt utile de faire prendre des substances terreuses

et alcalines, ou bien une eau chargée de savon , de la magnésie , etc. ; mais l'effet de ces poisons estsi prompt et si violent, 1l importe tant d’en affaiblir aussitôt l’action par des moyens qui se trouvent pour ainsi dire sous la main , que la méthode des adoucissans méritera toujours la préférence, comme lusage des boissons aqueuses abondantes , des mucilagineux , tels que l’eau de lin, l’eau de guimauve, la dissolution de gomme arabique , le lait, etc. : il en est de même d’un empoisonnement par l’arsenic. Mais M. Renault fait rejeter l'usage des huileux, d’après de nombreuses expériences faites sur les animaux vivans, qui succombaient bien plus vite lorsqu'on leur donnait un poison dans du beurre ou de la graisse , que quand ils le prenaient seul ou combiné avec toute autre substance.

520. D'ailleurs, l’objet primitif à remplir n'est-il pas d’exciter un prompt vomissement ? et rien ne le favorise autant que la plénitude de l'estomac par des substances liquides, mucilagineuses, gélatineuses et adoucissantes, parce qu'elles ont le double avantage de favoriser par leur volume l’expulsion du poison et de modérer et affablir lirritation qu’il a déjà produite. « On gorgera donc les malades de lait, d’infusion de graine de lin, de décocuon de racine de guimauve , de feuilles de mauve, d’eau de riz, de bouillons gélau-

neux, Comme ceux de veau, de jeunes volailles, d'é-

crevisses, elc., et même d’eau tiède toute pure, en attendant qu'on puisse se procurer des boissons plus convenablès; car le salut du malade dépend presque toujours de la promputude des secours , surtout quand l'estomac est vide; et des remèdes mieux adaptés deviennent souvent de nul effet lorsqu'ils sont appliqués:

, GTA SNL UNI VR ES 505 trop tard ». On peut voir d’ailleurs , dans louvrage du professeur Portal, les variétés dont le traitement est Suscepüble dans ( 1) les cas d'empoisonnemens produits

par différentes subsiances végétalés ou minérales. On sait qu'on donne souvent avec succès les acides végétaux aux personnes empoisonnées par des substances narcotiques.

321. Une femme pour laquelle j'ai été consulté avait pris de l’arsenic dans l'intention de se donner la Or : seCOUrue à temps par l'usage abondant du lait = de tisanes mücilagineuses , de l’eau de veau et de poulet, des fomentations, elle n’a point succomhé ;. mais son existence est encore des plus pénibles et des plus douloureuses : Les Symptômes qu’elle éprouve sont des anxiétés, un état fébrile irrégulier, sécheresse à Ja peau , aridité de la langue et du gosier , soif trés-vive, inspiration pénible, douleur profonde dans la région de l’estomac, tension de l'abdomen » CONSUpatiON Opi- Mâtre , constriction Spasmodique des extrémités, avec des douleurs errantes et vagues dans ces parties. J'ai beaucoup insisté sur l'usage des boissons sucrées où niellées, ou du sucre méme en substance , et ce trai= tement a été suivi d’un soulagement Lrés-Marqué : mais est-il au pouvoir de la médecine de réparer les désor— dres produits sur le tissu et la structure du viscéi

e par une substance aussi délétère?

{1) Observations sur Les vapeurs méphiliques dans l’'homhe ; elc. , auxquelles ori a joint des Observations sur Les effets de plusieurs poisons dans l’homme > €t sur les moyens d'en #npécher les suites funestes, Paris, 1787: |

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