‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 58 sur 111 · RE · texte numérisé non relu

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206 PHLEGMASIES DES MEMDRANES MUQUEUSES.

ENTÉRITE (1) GET. Considérations générales.

359. L'entérite forme une des maladies les plus cruelles dont l'humanité puisse être aflligée ; les exemples en sont si multiphiés dans les auteurs qu'il suffit d'indiquer 1c1 la place que leur résultat doit occuper dans un système général de la science médicale ; ceux que rapporte Morgagni, en les rapprochant les uns des autres eten les soumettant à la discussion la plus sage et la plus lumineuse (Æpist. XXXIV et XXXV, de Intestinorum Dolore) , méritent surtoutd'être profondément médités. Cet auteur a non-seulement soin de noter les causes matérielles qui peuvent boucher le conduit intestinal, mais encore lesstimulans divers qui peuvent troubler le mouvement péristaluique, et donner lieu à ce qu'on appelle volouius, intussusception , passion iliaque : de ce nombre est la présence des vers intestinaux , dont les signes sont quelquefois si équivoques. Quelle instruction solide ne renferment point d'ailleurs les remarques judicieusess que fait le même auteur sur les vrais caractères d’une inflammation partielle des intestins ! « Les auteurs, dit-il, ne citent » pour signes caractéristiques qu’une douleur véhé- » mente et une fièvre aiguë; gardons-nous cependant » deconclure, ajoute-t-l , qu'il n°y a point d'inflam- » mation ou qu'elle est très-légère , sans crainte de la à CP TRE ET D OR ES

(1) SrNONTMIE. Énteriis ; Sauvaces, Linnæus, VoceL, Saçar , Cuiex ; Intestinorum inflammaüo , Bornnaave ; Febris intestinorum inflammatoria ex mesenterio , HOFFMANN.

ENTEÉRITE. 507 » gangrène, lorsque ces deux signes manquent à-la- » fois ou seulement l’ün ou l’autre. Albertinus , dans » Ma Jeunesse, m inculquait Qu'il fallait toujours veil- » ler et être en garde dans les douleurs des intestins ; » qu'il avait quelquefois vu, après des douleurs lé- » géres Où peu intenses > Sans aucune fièvre manifeste, » sans convulsions , sans VOmissement, sans une grande » altération de l’état moral et physique , les malades » périr d'une manicre inopinée, et être enlevés par » une inflammation. latente et le sphacéle. Pendant » qu'il m'inculquait ces vérliés, je demandai à cet » observateur trés-attentif et trés-exact quels signes » pouvaient lui faire présager un danger évident ; il » me répondit que c'était l'état du pouls, de l'abdomen » et de la face. Le pouls est déprimé et fable, avec » une sorte d’inégalité ; l'abdomen esttendu et dur, » un peu douloureux ; la face Présente quelque chose » d’insolite et qui varie suivant les cas > COMme une » sorte d'évarement dans les Jeux et un air d'épou- » vante, d'autres fois une lividié autour des lèvres, » ce qui arrive le plus Souvent; quelquefois la langue » paraît altérée, avee une ceriaine soif ». Morgagni avait confirmé dans la suite ces vérités par sa propre ex- Périence. J'ajouterai à ces remarques sur les variétés ‘ue peuvent offrir la douleur des intestins et la violence de la fièvre, que, lorsqu'elles sont faibles » linflammation et Ja gaugréne semblent attaquer principalement quelque portion de la membrane muqueuse, qui est douée d’une bien moindre sensibilité que les autres tu DIques , et surtout que la péritonéale. | 523. Les affections aiguës et chroniques des intes. uns et les altérations organiques qu’ils peuvent contrac-

Bo$ PHLEGMASIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

ter, sont un des objets sur lesquels Morgagni a le plus muluphé ses recherches : il revient à plusieurs repri— ses , dans son immortel ouvrage, sur la tuméfaction de l'abdomen et la distension du conduit intestinal par des fluides aériformes, sur la couleur plus ou moins rouge ; livide ou noirâtre qu'il a contractée, sur les signes d'une inflammation plus ou moins intense, et sur la gangrène de quelques-unes de ses parties, etc. 1] restait encore (et on estloim d’avoir épuisé la matière) à insister particuhérement sur l'ordre des symptômes correspondans à ces différentes lésions, et c’est dans cette vue que j'ai publié ailleurs (Médecine clinique) des observations pour servir à l'histoire des affections organiques des intestins. Des diarrhées chroniques ;, avec des douleurs sourdes et un dépérissement progressif plus où moinslent , paraissent, d’après ces résultats, enir à des lésions variées de la membrane muqueuse des intestins, d’où le mal se propage quelquefois aux autres tuniques. Dans un de ces exemples, la mem brane muqueuse du duodénum , du jéjunum et de li- Jéum était tres-rouge et plus épaisse que dans l’état ordinaire ; les tuniques musculaire et séreuse étaient sans altération; dans un autre, la membrane muqueuse d’une poruon de l'iléum , celle du cœcum, du. colon: et du rectum , étaient très-rouges, épaisses el parsenées de poinis noirâtres. Une singularité remarquable, c'est qu'on a quelquefois trouvé une où plusieurs ex— eroissances fongueuses dans l'estomac ou dans les in= testins. Dans un cas de cette nature , Schwilgué a vu! ja surface muqueuse de l'estomactrès-rouge et é paissie; | et vers le milieu de ce viscère , deux tumeurs fongueu-| ses. non-pédiculées , du volume et de la forme d'ua}

ENTÉRITE 509 pois; et au commencement du duodénum, deux tumeurs analogues. Plus pres de l’orifice Pylorique, il a remarqué un fongus rouge, pédiculé, de la longueur de quatre centimètres, fixé Obliquement à l’aide de deux branches , dont l’une naissait de la cHconférence du pylore, et l’autre de l’intérieur du duodénum. La surface muqueuse du duodénum, du jéjunum et de l'iléum était d’ailleurs épaissie et d’une rougeurintense, Jeur cavité remplie d'une mucosité épaissé.et sangui— nolente : les tuniques soujacentes étaient dans l’état ordinaire. En poursuivant ces recherches sur les affections chroniques abdominales , Serain a souvent rencontré ces mêmes tumeurs fongueuses etanalogues aux polypes, variées de forme et de volume, isolées ow groupées dans différentes régions de l'estomac’, et souventpres de l’orifice cardiaque : elles étaient toujours assez. molles et surtout vers leur sommet, qui, dans

des cas trés-rares, était le siége d’une ulcération , premier point , sans doute, d'un véritable cancer de l'estomac. Dureste, tant que la membrane n’est point ‘entamée, ces excroissances ne donnent lieu à aucun symptôme qui puisse les faire reconnaître. L’inflammaon a porté, dans certains eas, plus particulièrement , mais sans produire d’ulcération , sur les gros intestins 5 et leur membrane muqueuse s’est trouvée rougeätre , tuméfiée , inégale , mais sans ulcération : la cavité était remplie de matières jaunâtres. Aprés avoir séparé cette . membrane de la musculaire, les mégalités disparurent, | et sa surface ne présenta aucune trace d’ulcération ; elle était seulément plus rouge et plus épaisse que dans l’&. tat ordinaire, et les tuniques soujacentes étaient saines. Chez une femme attaquée aussi d’une diarrhée chronis

que, Ja lésion était portée plus loin : Ja surface muqueuse de liléum , du cœcum , du colon et de l’extrémité supérieuredu rectum était très-rouge et épaissie ; il s'était formé divers points d’ulcérations qui laissaient à nu le tissu sous-muqueux et la tunique musculure. Après avoir séparé soigneusement céuté «membrane muqueuse par la dissection , elle parut comme criblée detrous ovalaires ; une partie seulement de son épäisseur était détruite dans certains points ; le liquide contenu dans les gros intestins était grisâtre, visqueux , purñforme et féude. Enfin, dans certains cas extrêmes , la lésion s'était propagée jusqu’à da tunique péritonéale. Une femme à qui l’on avait persuadé ; à la suite de ses couches; qu’elle devait insister sur l'usage des purgatifs trés-actifs, usa long-temps de ce qu'on appelle la poudre de Clairembourg, et tomba enfin dans une diarrhée très-rebelle ; avec des douleurs plus où moins vives des intestins. Pour arrêter ce flux de ventre, on lui fit prendre pendant une vingtaine de jours une boisson styptiqe où entrait le tartrate de potasse et de fer (boule de mars ) : les douleurs de coliques devinrent habituelles ; plus de sommeil mi d appéut, fièvre ‘hectique avec des éxacerbations le soir, douleurs vives et continues ; décomposition des traits de la face, dé-

périssement progressif, et la mort. A l'ouverture du.

corps, On trouva les intestins gréles dans leur état nature, et leur surface intérieure! unie et couverte d'une mucosité jaunâtre; mais les gros intestins étaient con tractés, rétrécis, et leurs parois endurcies; toute Ja surface interne d’une partie de l'arc du colon et de presque tout le cœcum était inégale, rugueuse et ulcérée, ou plutôt leurs tuniques avaient acquis l'épais-

ENTÉRITE.. ne Bret seur de plus d’un demi-pouce » aveC formation d’une matière lardacée , et tousles caractères d’un vrai cancer : linflammation de la partie correspondante de là mem brane péritonéale avait donné lieu à l'épanchement d’unesérosité abondante dans la cavité abdominale.

$24. Parmi les nombreuses observations recueillies à Ja Salpétrière par Serain , pour éclairer le diagnostic des afféctions chroniques de l'abdomen, jen choisis une qui prouve Jusqu'à quel pont l'inflammation de Presque toute la membrane Muqueuse des voies di- .gesuves peut étre intense > Sans amener de symptômes graves el.sans déterminer de véritables lésions Organiques, lors même qu’elle existe depuis long-temps. Une femme adonnée aux boissons alcooliques avait cessé. d’être menstruée à Cinquante ans, sans aucun | accident ; à soixante » des pertes utérines se sont Manifestées et ont duré Jusqu'à soixante dix-sept ans. Vers cette dernière époque , les Symptômes d’une Ainflaromation obscure des intestins Parurent et augmentérent lentement pendant six mois » Jusqu'au moment où la malade entra À l'infirmerie , se trouvant dans l’état suivant : Constipation opiniâtre » Sensibilité douloureuse de tout l'abdomen , perte d’appétit, soif légère; les alimens, même les plus solides, sont encore (ligérés ; douleur des membres, frissons 1 TÉGUliers, mais si fréquens que cetie femme ne se plaint de rien autre chose que d’avoir toujours la fièvre. Le Sang se mêle souvent aux selles » Ct parfois méme il est rendu pur. Cependant , depuis quelques jours , on nen aperceyait plus de traces ; Mais la sensibilité du ventre était devenue plus vive et les frissons étaient Presque continus , lorsque, le douzième joué

depuis son entrée; à la suite d’une violente colique qui la prit à cinq heures du matin, la malade vo

mit des matières noirâtres et féudes ; le soir, elle eut

des selles abondantes de même nature, et mourut

quelques heures aprés, n'ayant ainsi gardé le Hit que

très-peu de temps. À l'ouverture , on trouva plusieurs

taches rouges sur la face interne de l'estomac. La

membrane muqueuse de tous les intestins était for-

tement enflammée, et sa coujeur passait par degrés d'un rouge obscur au brun livide, en allant des intestins grèles vers les gros intestins. Un fluide muqueux , peu abondant , coloré d’un sang vermeil exactement mélangé, enduisait tout le conduit alimentaire , même dans les parties les plus brunes, qui n'étaient point d'ailleurs altérées dans leur texture, et dont les différens tissus conservaient toute la tenacité qu'ils ont dans l’état naturel. À l'extérieur, les intestins paraissaient seulement un peu plus violets qu'ils ne -le sont ordinairement ; le péritoine offrait cette teinte dans toute l'étendue de la cavité abdominale, où se trouvait épanché une pinte d'un liquide couleur de café, et qui n’était rien autre chose qu'une sérosité sanguinolente altérée par son séjour. Que faire dans des affections semblables, smon insister sur les boissons mucilagmeuses émulsionnées , sur des applicaüons émollientes et sur le régime le moins 1rritant ?

6 Il. Description générale de l’'Entérite.

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