‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 76 sur 111 · PHLEGMASITES DU TISSU CELLULAIRE ET DES ORGANES PARENCHYMATEUX · texte numérisé non relu

PHLEGMASITES DU TISSU CELLULAIRE ET DES ORGANES PARENCHYMATEUX

& I°'. Considérations générales.

431. Ox connaît les recherches successives qui on! été faites sur le tissu cellulaire par Malpighi, Ruisch , Winslow, Albinus , etc., et dont on retrouve l’exposition sommaire dans la Physiologie de Haller ( de Teli cellulost). Ce üssu, qui s'offre immédiatement au -dessous des tégumens, exisle encore entre les muscles, à la face externe de la plèvre, du péritoine,

| autour des vaisseaux sanguins et des nerfs, etc. On

avait d’abord paru lui faire jouer un rôle purement passif, lorsque Bordeu, le considérant sous un point de vue plus médical, lui a attribué plusieurs fonctions de l'économie animale, ce qui est devénu de plus en nbnent dm uen, je Ets pe un péter

(1) Dans un recueil d'observations justement estimé ( Collectanea Societatis medicæ Hafniensis), on trouve, dans le : premier tome, un article très-important, et donnant les résuliats de l'expérience même, sur les moyens de faire cesser la fièvre puerpérale dans les hôpitaux : de simplicissimä Methodo tractandi puerperas in domo obstetriciä regi& Hafniensi , etc. Dans l'hôpital des accouchées de Copenhague, sur trois cent trente-sept accouchemens qui eurent lieu en 1772; il ne survint que deux cas de fièvre puerpérale.

444 PHIEGMASIES DU TISSU CELLULAIRE plus digne d'attention, à mesure qu'on s’est aidé du concours des lumières acquises par l’histoire des ma-

ladies, et les recherches de pathologie interne ( Ana

tomie générale appliquée à la Physiologie et à la Medecine , par Bichat}. Le tissu cellulaire est iInÉ ga lement réparti et trés-abondant dans certaines r6g'ons, tandis qu'il semble manquer dans d’autres. On

en trouve peu à l'intérieur du crâne, ainsi qu'à l’exté=

rieur , et il est en plus grande proportion à la face ; 1l prédomine dans l'abdomen, le bassin ; AUX environs de l'anus ; le creux de l’aisselle en est presque remph, ainsi que le pli de l’aîne ; ses couches sont plus serréés dans les membres, et elles diminuent à mesure qu'on s'approche de leurs extrémités. Toutes les cellules dé ce tissu communiquent entre elles, en sorte quil est perméable dans toute l'étendue du corps, depuis les pieds jusqu’à la tête. Il paraît vraisemblable que les filamens et les lames blanchâtres, dont l'assemblage

forme le tissu cellulaire, ne sont autre chose que des

vaisseaux exhalans et absorbans que les injections rendent plus sensibles , et qui sont encore manifestés par des transsudations qui arrivent quelquefois dans les cellules lorsque les injections sont poussées avee force : l'exhalauon de la graisse et de la sérosité , et leur absorpuon, la résolution des infiltrations séreuses, étrangeres ou purulentes, n’indiquent-elles point aussi cette même composition du tissu cellulaire ?

452. Il importe de connaître les changemens qu’éprouve ce même tissu , suivant un état morbifique particulier, ou même dans les simples limites de la santé. Îl est plus où moins resserré dans les progrès successifs de l’amaigrissement, ou bien plus où moins

distendu et volumineux par l'embonpoint; il est susceptible de divers degrés de ténuité et de mollesse,

ou bien de dureté et d'épaisseur, Changemens qu'on

‘ebserve dans toutes les parties du corps qu'il concourt

former. « On aperçoit à peine , di Méry (1), quelque vice dans les viscèges lors de l’autopsie ca davérique, qu'on ne trouve un changement dans leur ussu cellulaire, devenu plus ou moins volumineux , dur ou épais. D'ailleurs, les connexions

. contre nature de diverses parties ont presque tou-

jours lieu par des vices du tissu cellulaire, qui manque quelquefois, comme dans la suppuration,

qui devient dur et calleux , ou qui éprouve d’autres

affections d’une nature quelconque. Ce sont presque toujours les suites d’une inflammation qui à été mal jugée. Si la nature ou l'art, ajoute le même auteur, n'ouvre point une issue à la matière puru-

», lente déjà formée, elle pénètre dans les cellules

voisines, et, en faisant des progrès successifs , elle

vient à former des ulcères , des sinus, des fistules ,

qui laissent quelquefois à nu les fibres musculaires À sans leur causer aucune lésion ; il peut arriver que, par la continuité du trajet de la matière purulente ,

-ses amas soient éloignés de leur source primitive. » Survient-il des métastases de cette matière, elle finit par aboutir dans la parue la plus déclives et dans laquelle le üssu cellulaire abonde le plus : de là

vient que ces mêmes métastases sont plus fréquentes aux lombes, aux aînes, sous les aponévroses , aux

(x) An in celluloso textu Jrequentius morbt et morborum

mutationes.

446 PHLEGMASIES DU TISSU CELLULAIRÉ

» aisselles , autour des paroudes : c’est ainsi que l’é- » piploon, le mésentére et le foie, sont plus suscep= » übles de recevoir la matière purulente qui s’est for- » mée ailleurs. Le ussu cellulaire peut aussi s’aflecter » sympathiquement, et devenir le siége d’une inflam= » mauon et de foyers purulens, à la suiie des maladies » aiguës du poumon, de l'estomac, desintestins, etc. » Quelquefois le système cellulaire, comme le remarque Bichat, exerce une influence sympathique sur les

autre organes. Dans les phlegmons trés-intenses, on.

voit souvent se manifester des dérangemens dans les fonctions du cerveau, du cœur , du foie, de l'estomac, et survenir un état de délire, un embarras gastrique, ou quelque fièvre concomitante plus ou moins grave, C’est en imitant la nature que l’art se sert de cette in-

fluence sympathique dans les maladies invétérées des

yeux, en donnant la préférence à un séton pour obtenir un effet dont l'application d’un vésicatoire n’est pas susceptible. |

433. On sait avec quelle sagacité Fanton a rap= proché les opimons de divers anatomistes sur la struc= ture du foie, de la rate , du pancréas , des reins

(J. Fantoni Observationes anatomicæ), en y joi= |

gnant le fruit de ses propres recherches. Les injecuons les plus fines, les préparations anatomiques les plus délicates , ont donné l'avantage aux opimions de Ruisch , et on ne peut guère nier que les viscères destinés à quelque sécrétion , et surtout leurs follicules glanduleux , ainsi que les glandes conglomérées , ne soient formés d’un simple entrelacement de vaisseaux soutenus par le üssu cellulaire. L'identité des symptômes qui caractérisent les phlegmasies de ces parties

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ajoute de nouvelles preuves à ces traits de ressem-

blance dans la structure Ôrganique : gonflement , r'énitence extrême , sensibilité , formation graduée d’une congestion inflammatoire , chaleur, douleur pulsaüve , avec producüon d’une maticre purulente connue par ses caractères distincüfs et par ses propriétés

chimiques ; enfin diminution graduée des symptômes,

“expulsion , soit artificielle, soit naturelle, de cette même matiére, et formation de la cicatrice. On peut

suivre , pour ainsi dire, à l'œil ces changemens suc-

cessifs dans un phlegmon extérieur, dans une grande plaie. Avant donc de parler de l’inflammation in- ‘terne, la méthode analytique demande une exposition

exacte et précise des symptômes qui caractérisent un phlegmon à l'extérieur ; et ce n’est pas là le seul'exemple de points de contact de la médecine externe et interné , et de la nécessité de posséder les principes de l'une et de l’autre, si on veut éviter d’avoir des idées fausses et incomplètes.

434. Plusieurs histoires de tumeurs phlegmoneuses, recueillies avec soin au lit des malades, et leurs sympiômes rapprochés de ceux d’une inflammation interne, d’une péripneumonie , d’une hépatite , etc. , aménent en quelque sorte à la connaissance des signes disuncufs de ces dernières. D'abord la congestion inflammatoire est annoncée par la lésion des foncuons du viscère affecté , par la difficulté de la r'espirauon , la douleur gravative de la poitrine , la toux avec expectoration, elc. , si C’est une péripneumonié ; ou bien par la constipation , la tension douloureuse de l’hypochondre droit, une toux sèche , etc. , si le foie est frappé d'inflammation. Les autres symptômes

tiennent à la fièvre générale excitée par suite de l'affection locale : pouls dur et fréquent, chaleur intense , soif vive , etc. Il y a aussi certains symptômes qui dépendent des connexions sympathiques du vis. ‘cère affecté avec d’autres parties déterminées , comme douleurs de tête, rougeur des joues , dans la péri pneumonie ; stupeur de la jambe, rétraction du tes= ücule , convulsions , dans l’inflammatuon du rein. Des indices analogues annoncent et la résolution be nigne d’une inflammation interne , et celle d’une tumeur phlesmoneuse extérieure : diminution graduée de la douleur , de la chaleur et de la fievre à une époque déterminée. Mais la terminaison par la suppuration , qui est si favorable dans un phlegmon, peut devenir funeste dans une inflammation interne , | ou amener une autre maladie chronique , suivant | que l’épanchement de la matiere purulente se fait à | Thnode ou se porte au dehors. La cessation brusque | de la douleur , la faiblesse et la dépression du pouss | la prostration des forces , etc. , accompagnent éga- | lement la gangrène interne comme celle d’un phlegmon, et sont les présages certains d’une mort prompte. | Pour pousser encore plus loin le parallèle ; je fera | remarquer que le phlegmon aboutit à un ulcere pu= rulent d’une nature plus ou moins bénigne , ce qui | forme une sorte d'affection chronique qui succède à | la marche de l'inflammauon prinutive. Or , les Traités de médecine sont remplis de faits analogues qui prouvent que l'inflammation d'un viscère ‘peut finir par un état ulcéreux , qui quelquefois parvient à se consolider, et qui d’autres fois dégénére en un état de consomption et. de phthisie.

435. Une cause ir sitänte > COMME un coup, une blessure , l'impression de la chaleur suivie de celle du froid , etc. , a-t-elle agi d’une manière vive et forte sur un viscére, linflammation peut se manifester bientôt par des signes non équivoques : frissons plus ou moins prolongés , ensuite ardeur interne , soif vive, sentiment de tension dans la région du viscére affecté, quelquefois douleur obtuse et gravative si le siége du mal est profondément situé dans le parenchyme du viscère, ou douleur vive et pongitive si l'affection se transmet à la membrane dont il est revêtu. Ces symptômes , aprés s'être soutenus avec plus ou moins de vivacité , el s'être compliqués avec d’autres, suivant la structure , les usages et le rapport sympathique du viscère affecté , finissent par diminuer par degrés à une époque déterminée , et la maladie se termine par une résolution bénigne. Mais si la fièvre continue après le quatorzième jour, ou qu'après s'être un peu calmée, et avoir éprouve une sorte de rémission , elle se reprodise avec des exacerbaüons vers le soir alors 1l se prépare une suppuration interne , accompagnée de plus ou moins de danger , dont la ee est plus ou moins précipitée , lente ou irréguliére, sui-

vant que linflammation est aiguë ou chronique, ou qu'elle se renouvelle successivement dans plisieurs parüues du viscére.

SIT. Description générale des Phlegmasies du tissu cellulaire et des organes parenchymateux.

. 436. Prédispositions et causes occasionnelles. Ce

sont les mêmes que celles des inflammations en géné-

ral appliquées aux organes dont il est ici question. Tels Il. 29

sont surtout le refroidissement subit, des coups, des chutes , la suppression d’évacuations habituelles , etc.

457. Symptômes. L’invasion est précédée de frissons et de chaleur ; la douleur est d’abord poignante ; elle devient ensuite pulsative ; 1l y a chaleur, tuméfacuon , tension et rougeur ; la sensibilité locale est augmentée , en même temps quil y a lésion des fonctions de l'organe , et même de celles des parties voisines. À ces symptômes se joint un mouvement fébrile secondaire qui a des caractères particuliers , guivant la partie affectée ou la disposition individuelle. Ces symptômes locaux augmentent sraduellement d'intensité; ils durent plus ou moins long-temps selon le degré de l'inflammation, l’âge , la force du malade, les lieux , les saisons , etc. Il en résulte que ces phlegmasies peuvent être; aiguës ou chroniques : dans ce dernier cas , les symptômes sont quelquefois si légers, qu'il est alors difficile d’en connaître l'existence : telles sont entre autres les péripneumonies , les hépattes latentes , etc. ; leur terminaison peut avoir lieu par résolution ; la suppuration en est une des suites les plus fréquentes : dans ce cas, la douleur pulsative diminue , devient gravative , et il survient des fris-

sons irréguliers ; le pus s'accumule et forme un ab-

cès ; il peut se faire jour au dehors, fuser plus ou moins loin, et s'épancher dans une des cavités splanchniques. Il n’est pas très-ordinaire de voir la gangrène succéder à ces inflammations ; elle n’a lieu le plus souvent que par excès d'irritauon. L'induration est une suite assez fréquente de plusieurs d’entre elles. Enfin on en voit beaucoup devenir chroniques ou donner lieu à des lésions organiques variées.

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