Lorsque la terminaison de cette maladie de
vient funeste , elle a lieu ordinairement du troisième
au septième jour. À l'ouverture du corps , on trouve alors, soit une infiltration du sang dans le tissu des poumons, soit des concrétions Iymphatiques dans les ramifications des bronches , qui donnent au poumon une apparence de carnification , en sorte qu'en le divisant avec le scalpel , il paraît avoir la consistance du
474 PHLEGMASIES DES PARENCHYMES. æ
joie. On trouve souvent aussi, suivant la violence de Pinflammation , que la partie de la plèvre où répondaut la douleur latérale est enduite d’une concrétion lymphatique plus où moins épaisse. Quand la plèvre costale participe ainsi à l’état inflammatoire, elle adhère à la plèvre pulmonaire au moyen de cette exsudation albumino-sélauneuse. Quand la suppuration à eu lieu dans le üssu du poumon, il existe deux ou trois VO=. milfues qui peuvent même avoir été évacuées par les bronches. Quelquefois on trouve une vomique considérable qui a existé pendant un temps plus ou moins long sans se manifester au dehors par des signes sen— sibles , et dont la rupture a occasionné la mort. Le pus peut aussi se faire jour à l'extérieur du poumon , s'épancher dans ia poitrine, et constituer ce quonnomme empyème ; enfin labcès formé dans le poumon peut | se prononcer au dehors lorsque cet organe a contracté | des adhérences avec la plèvre, et alors il se montre au | côté de la poitrine un point douloureux avec empâtement, où une tumeur dans laquelle on sent une fluciuauon obscure. WF}
469. J'admire toujours Sioll lorsqu'il trace avec précision et avec sagacité des histoires particulières , soit de la péripneumonie , soit de la plévro-péripneumomie bilieuse, qu'il désigne sous le nom de pleurésie | bilicuse ; mais lorsque, cessant de jouer le rôle de simple historien | 1l semble vouloir pénétrer dans les secrets profonds de l’économie animale ; et rémonter au mécanisme +même des maladies , comme lorsqu'il attribue à Ja simple acuüon de la bile les pleurésies où plévro-péripneumonies désignées sous les noms de dilieuses, putrides, malignes, pestilentielles ,
PÉRIPNEUMONIE. 47?
en assurant que c’est toujours la même maladie , qui
ne diffère que par le degré et l'intensité, je ne puis
voir. dans ce jugement qu'un jeu de l'imagination, et une vraie fiction donnée pour une réalité, surtout depuis que l'analyse nous a appris à décomposer les sympiômes de ces maladies compliquées, et à distinguer ceux qui üennent à une phlegmasie de la poitrine, de ceux qui appartiennent à quelqu'une des fièvres essentielles, (Méd. cliniq. ). M. Joseph Frank n’abuse-tsil pas d’une autre manière des dénonuñations, en comprenant sous le ütre de péripreumonies nerveuses ou malignes , de simples péripneumonies
gastriques ou bilieuses { Ratio insthtuti medici Fici-
nensis ) 4 +
S IT Traitement de la Péripneumonie.
470. Dans l'état actuel de nos connaissances, je pense qu 1l est facile d'éviter toute équivoque , de faire saisir avec exactitude les diverses complications de Îa péripneumonie , et de fixer les principes généraux de traitement qui doivent être une suite de ces modifications, quoiqu’on ne puisse se dissimuler que les fièvres adynamiques et ataxiques, en se combinant séparé
ment avec la péripneumonie, entraînent le plus grand
danger. Pour éviter des répéutions superflues , je dois donc indiquer surtout les principes à suivre dans le traitement de la péripheumonie simple ouinflammatoire. Que d'opinions opposées, que d'écrits polémiques n’a point enfantés, l’usage de Ja signée, soit relauvement à l’époque de la maladie où au choix du côté où il faut la pratiquer, soit par rapport à la
quantité du sang qui doit être évacuée ! L'observaieur
“#Hrb | PRLEGMASIES DES PARENCHYMES.
attentif, qui ne donne rien ni à l'autorité ni aux ré
sultats vagues d’uneexpérience bornée, se dirige d'après le caractère de la maladie, et, si les symptômes en sont modérés et qu’elle marche avec régularité , il est
trés-sobre sur la saignée ; mais , si la respiration est
trés-génée , et que les symptômes inflammatoires conunuentd'être intenses, ilne balance point de la répéter ; où, Si] craint son effet trop débilitant relativement à la constitution de l'individu , il a recours aux sangsues appliquées sur le côté, ou bien aux ventouses scarifiées. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que ce moyen doit être secondé par des boissons mucilagineuses et sucrées, des juleps, des loochs, puisque ces objets sont connus des personnes les plus étran-
géres à l'étude de la médecine. Ce qui distingue d’al-
leurs l’homme doué d’un savoir solide » Ce n'est pas de
prescrire telle ou telle formule plus ou moins élé-
gante où compliquée , objet de pure convenance, mais de suivre avec l'attention la plus scrupuleuse l’ensemble et la série successive des symptômes , et de pénétrer la direction qu'aflecte la nature, pour la seconder si elle . \ 4 s est favorable , ou chercher à la détourner si elle est contraire. Ce n’est guère que dans des complications gastriques qu'on peut se permettre une boisson éméusée; et quant à ce qu'on appelle béchiques, qu'on m'explique clairement la valeur de ce terme, à moins qu'on ne l’applique à la force médicatrice de la nature } et à ses eflorts conservateurs. Que peut-on attendre par conséquent de la scille, de l'anamoniaque , des gommes-résines ? Il n'en est pas de même des fomentauons émollientes appliquées sur la poitrine ou sur
les membres , qui, souvent renouvelées, peuvent pro-
CARDITE,. 477
duire une détente très-favorable, par la correspon-
dance sympathique qui existe entre les poumons et la
surface externe de la peau. Ce n'est guère que dans ‘un état avancé de la péripneumonie , et par une complication avec la fièvre adynamique , lorsque l’expectoration devient difficile, ou vient même à se suppri-
mer, qu'il convient d'appliquer un vésicatoire, ou
entre les épaules , ou sur les parties latérales de la
poitrine , et de seconder les effets de ce moyen par des
décoctions de quinquina, de serpentaire de Virginie :
l'usage du camphre, du musc, de l’éther ou de l’o- V )
pium. Mais, au née de toutes ces ressources de la
pharmacie , faut-il perdre de vue l’objet principal , qui est une sorte d’impossibilité de faire marcher, avec régularité et avec ordre, l’affecuon inflammatoire si puissamment entravée par la prostrauon des forces et les autres symptômes de la fièvre adynamique ?
CARDITE (:).
$ I. Considérations générales et Histoires | particulières.
471. Le beau traité de Sénac sur la structure du Cœur , son action et ses maladies , les recherches st exactes de l’auteur , ses vues si saines et si philosophiques , ont été tour-à-tour l’objet de diverses compilauons. Sauvages répète ce qui est rapporté à ce sujet dans le traité de Sénac; Selle répète encoré ce
(1) SrNonNrmiEr." Cardiis, Sauvaces, VocgL, Séxac, Mecs, M. Convisarr.
478 PHLEGMASIES DES PARENCHYMES.
qu'ont dit ces deux auteurs , et, sans former aucurr
doute sur les vrais caractères de la cardite, il les fait consister dans une douleur pongitive sous le sternum, des palpitations de cœur, des anxiétés continuelles,
un pouls peut et inégal, peu de chaleur. Stoll dif-
fère un peu de Selle, et 1l admet pour indice de la même inflammation, un señtiment d’ardeur, une douleur obtuse , uné sorte de constriction autour du cœur, avec des anxictés , des inquiétudes , la syncope , un pouls fable ; il ajoute qu'il à vu cette inflammation compliquée avec celle du péricarde > Sans ajouter cependant des détails plus précis. Comment ces auteurs n'ont-ils point profité des remarques excellentes que fait Morgagni ( Epist. XXV ) sur cette inflammation, ur les distinctions à faire entre les érosions apparentes et les érosions vraies du cœur , ainsi que sur l'instabilité des signés qui peuvent faire connaître les ulcérations ou l’état inflammatoire de ce viscère ? On est encore plus vivement frappé de la nécessité de recherches ultérieures sur cet objet, en se rappelant les principes exposés dans les trois Ordres précédens des phlegmasies. La membrane extérieure du cœur ne peut-elle point contracter l’inflammation qui est l’objet de l'Ordre IT, et se recouvrir d’une matière con-
érescible ou albuminée, ou bien donner lieu à un épan-
cherent lymphatique ? Le cœur, à cause du tissu cellulaire qu'il contient , est sujet aussi aux inflammauons de ce issu, et quels en sont les signes partieuliérs ? Enfin sa nature proprement musculaire l’expose-t-elle aux imflammations rhumatismales , et par quels indices peut-on les reconnaître ? Une observation prise des Transactions philosophiques , et dont on
| CARDITE. . 479 peut voir les détails dans une traduction (1) abrégée de cet ouvrage, fait augurer que le cœur est susceptble de cette dernière affection. L'homme qui en four-
nit l exemple avait éprouvé un violent rhumatisme qui, après avoir attaqué différentes arüculations , s'était fixé sur les genoux : l’usage des bains froids dérdriina l’'affection sur la poitrine , et des-lors oppression, syncopes, anxiétés, palpitations dü cœur , etc. A sa mort, le cœur parut principalement affecté. Ce viscère avait acquis un volume énorme ; il était très-adhérent au péricarde , d’une couleur pâle et d’un ussu très-làche ; ses parois étaient trés-minces en comparaison de son volume. Meckel { Mémoires de l’Académie de Berlin, 1756) donne l'observation d’un jeune homme robuste, âgé de vingt-deux ans, qui éprouvait une douleur vive dans la région du Cœur avec des angoisses qui s’opposaient à ses oc@upations ordinaires. À cet état se joignit de la fièvre, avec un pouls dur et fréquent; la douleur parut diminuer ‘ l'effet de plusieurs saignées ; mais elle ne tarGa pas à reparaître et même à s’accroître : 1l mourut le vingtierme jour de la maladie , souffrant sans interruption des douleurs poignantes dans la région du cœur. Lors de l'examen cadavérique , les poumons étaient rouges et gorgés de sang, le péricarde enflammé et adhérent un peu au cœur , la surface externe de ce dernier inégale , rouge, privée de sa membrane séreuse, et recouverte d’une couenne épaisse et difficile à enlever ; ses
fibres étaient cachées sous une grande quantité de
(1) Abrégé des Transactions Shot Anatomie et Physique anirale , ann. 1790.
480 PHLEGMASIES DES PARENCHYMES.
graisse, lches et pâles jusque dans l’intérieur des ven tricules.
472. La cardite est quelquefois latente. Meckel ayant fait l'ouverture cadavérique d’un jeune homme âvé de vingt-six ans , mort subitement sans s'être plant d'aucune douleur , trouva du pus blanc dans le pé-
ricarde, le cœur corrodé par la suppuration et ent |
iouré de graisse molle , le ussu musculaire des deux !
Te lâche et privé de sang , l'aorte contenant. une concrétion polypeuse , et Pas veines remplies de sang liquide. Dans une autre ouverture qu'il fit du cadavre d'un homme de soixante — quatre ans qui, s'étant beaucoup adonné au vin, mourut après des angoisses de quelques jours, 1l trouva une grande
quantité de pus blanc dans le péricarde ; le cœur
rouge, corrodé à l'éxtérieur » et Couvert enuérement
d'une couche purulgnte , tenace , de l'épaisseur de
deux lignes; le tissu musculaire pêle ; ; la cavité remplie d’un sang épais et coagulé , à l GAospuoR du ventricule gauche, qui ne contenait qu’ une concréüon polypeuse d'une couleur blanche.
473. Mais c’est surtout dans l’ouvrage déjà cuié de M. Corvisart qu'on trouve des observations propres à faire voir comment cette inflammation existe sans qu’on. puisse, pour ainsi dire, en soupconner l'existence. Un homme âgé de soixante-sept ans, et d’un tempérament sanguin , était depuis trente ans sujet à une dyspnée qui le fauguait beaucoup ; il avait souvent été affecié de rhumes , mais jamais 1l n'avait ressenti de palpitations de cœur. Ayant éprouvé un certain jour plus de gène dans Ja respirauon , 1l sentit une douleur assez faible dans la partie moyenne et inférieure
| CARDITE: ABt du côté gauche de la poitrine ; deux jours aprés, il cracha du sang. Le cmquième jour de sa maladie, il fut admis à l’hôpital de Clinique interne : alors il avait un peu de céphalalgie, la figure était animée, l'œil brillant, la langue blanchâtre , la respiration un peu gênée , la poitrine vaguement douloureuse ; il n° Spronvait point de fans ; le pouls était Gible » irré— gulier , inégal sur les deux bras. Le sixième jour , la respiration était plus difhicile , bruyante , räleuse ; il sentait beaucoup plus de douleur dans la poitrine ; il y avait du délire > aCCOMpagné d’une grande loquacité. Dans la matinée dE ce jour, il se leva plusieurs fois pour | Fespirer ; en se mettant à la fenêtre ; il se leva de nouveau à midi , 1l se recoucha , et expira inopinément le septième jour de la maladie. A l'ouverture du cadavre,
la figure était mégalement livide et violette; les veines sous-cutanées étaient gorgées de sang ; les organes cérébraux étaient en bon état ; le poumon droit , partout adhérent à la plévre, était flasque ,; trés-extensible, infiliré ; le poumon gauche était recouvert ,
dans une grande partie de son étendue, surtout ie du péricarde, d’une couche pseudo-membraneuse de plusieurs lignes d'épaisseur. La plèvre costale de ce cÔté paraissait aussi avoir été le siége d’une inflammauon ; la cavité du péricarde contenait environ une livre de liquide purulent floconneux ; la face interne de cette membrane était enduite d’une fausse mem brane dont la superficie était mamelonnée; le cœur , de volume naturel , était mou et flasque à l'extérieur ; les parois etes des ventricules et des De letres étaient pâles, jatnètres; ; On aurait dit qu’une substance grasse s'était déposée entre les fibres charnues,
482 PHLEGMASIÉS DES PARENC:IYMES.
qui paraissent écartées les unes des autres. On voyait à la surface de ces parois blanchätres , ainsi que dans l'intérieur même de leur substance charnue , un réseau vasculaire bien développé et trés-apparent. En pressant légèrement entre les doigts la substance charnue, on la réduisait facilement en une espèce de bouillie dorit la couleur était pâle et terne ; toutes les cavités du cœur contenaient des concrétions polypeuses qui se continuaient dans la cavité même des gros vaisseaux.
6 EL. Description générale de la Cardite.
474. Prédispositions et causes occasionnelles. Elles paraissent être les mêmes que celles de la péricardite, qui coexiste ordinairement avec l’inflammation du ussu propre du cœur ; elles sont souvent entérement inconnues.
475.8 ymptômes. I paraît bien difficile, dit M. Corvisart, pour ne pas dire impossible , de faire un résumé des signes certains auxquels on peut distinguer la cardite d'avec Pinflammation du péricarde : les symptômes et les signes semblent être les mêmes. Ne pourrait-on pas dire que l'intensité des symptômes et des accidens, plus grande dans un cas que dans l’autre, en constitue la différence? Cependant une douleur vive , poignante, profonde dans la région du cœur, la fréquence plus grande des syncopes sont notées par quelques auteurs comme des signes en quelque sorte pathognomoniques de linflammation essenuelle de l'organe central de la circulauon. Mais on voit ces siones dans la péricardite, à la suite de laquelle on trouve et Le péricarde malade et la substance charnue plus ou
HÉPATITE, | 483 moins profondément altérée. La cardite peut affecter le plus grand nombre de terminaisons propres à l’inflanimation en général ; les plus fréquentes sont la suppurauon , des ulcères , et la gangrène.
S IT. 7r'aitement de la Cardite.
476. Si les symptômes de la cardite se rapprochent extrêmement de ceux de la péricardite > ON CONÇOIt que le traitement doit être établi sur les mêmes bases. Mais cette affeetion est si souvent latente et chronique » qu'on. ne peut que rarement recourir à un traitement methodique ;. d’ailleurs, cette inflammation » Surtout lorsqu'elle est aiguë , est ordinairement compliquée avec celle des organes voisins , et on voit évidemment d’après cela que le traitement doit étre le même, C’est doncaux saignées générales abondantes et à la pplication des vésicatoires sur la région du cœur , qu'il convient de recourir dès que les Symptômes que le malade éprouve font présumer l'existence de cette inflammauon. Il faut joindre à ce moyens l’usage des boissons acidulées et nitrées, F AU » et tout ce qui compose le résime dit anti-phlogistique.