HÉPATITE
$ I. Considérations générales et Histoires particulières.
477. Le desir de connaître cette phlegmasie, et tout ce qui se rapporte au foie » fait recourir d’abord :
(1) SrNowrmrs. Hepattis, Savvaces, Livwæus ; Vocer : ?
SaGan, BOEnHAAvE, Horruann, Juxoren, Curzey. |
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avec avidité , à l'ouvrage volumineux de Bianchi ( Historia hepatica ): on espère y l'ouver l'exposition la plus exacte et la plus détallée des symptômes de l'hépatite. Combien on est déçu dans son espoir lorsqu'on lit la définition et les divisions de cette phlegmasie en chaude ou bilieuse sanguine , en froide ou bilioso-séreuse , en mixte ou composée de chaud et de froid ; c'est-à-dire qu'au lieu de faits exacts et précis , on ne trouve guère que les théories galéniques les plus frivoles ! Il a fallu une longue suite d'années , et les progrès successifs qu'on a faits dans l'histoire des maladies , dans l'anatonue pathologique et la médecine externe, pour porter un certain degré de lunüère dans cetobjet obscur et embarrassé ( Morgagni , piste LT, de Morb. chirurg. ; Bertrand, Mém. sur les Abcès du foie, Acad. de Chir. 1. IX; Haller , {fist. morb. eic., tom. VI; Journal de Desault, tom. Îl. etc. ). Le foie peut être lésé par des corps extérieurs , par les suites d’une forte commoüon, ou par des plaies de tête. Il contracte des adhérences contre nature, €l 1l eSbsujet à l'inflammaton ,
au squirre , alu cancer. Des abcès formés dans sa substance dégénérent en fistules habituelles , et quelquefots incurables ; et des.hémorrhagies de ce viscére ne sont souvent que les suites de ces diverses affec— tons. On doit d’ailleurs remarquer, avec le pro feseur Portal (Mém. de l Acad. des Sciences, année 1777), que le foie, qui remplit des fonctions si importantes dans l'économie animale , est un des organes dont on méconnaîit souvent les altérauions ; que tantôt on lui attribue des maladies dont il n'est point attemt, et que quelquefois on se trompe sur
MÉPATITE. 485 celles qu ont leur siége dans ce viscére , au point de les rapporter à des parues qui sont dans l'état le plus naturel : c’est ainsi qu'on a attribué faussement à ce viscère des lésions dont les poumons étaient le siége. 478. C'est aux faits observés à faire bien connaître le caractere de l’hépatite ; et une des plus simples à à indiquer est celle, sans doute, qui se termine par résolution. Un de mes anciens élèves, qui avait passé plusieurs mois à rester courbé sur son bureau et à faire peu d'exercice, éprouva um frisson suivi de chaleur et de douleur dans l’hypochondre droit. Le lendemain, lassitudes spontanées, bouche amère, peau brûlante , insomnie. Le troisième jour , efforts de vomissement, et le soir, augmentation de tous les symptômes, chaleur intense, bouche amère, douleurs aiguës et brülantes rapportées aux lombes , tension douloureuse de lhypochondre droit, urine foncée , rendue avec un sentiment d’ardeur, constipation. Le quatrième jour, vomissement d’un liquide jaunâtre et amer , déterminé par un demi-grain (3 centigrammes de tartrate de potasse antimonié ; couleur jaune de la face et de la conjonctive, ddiestsn dif: ficiles et blanchâtres ; le soir, chaleur et sécheresse de la peau , impossibilité de rester couché, douleur des lombes et de lhypochondre droit, qui s'étend: jusqu’au côté opposé , sentiment de constriction dans l'épigastre. Le cinquième jour au matin, sueur , couleur jaune plus foncée, s'étendant sur le tronc; le soir, augmentation de chaleur, douleur profonde à l'hypochondre droit ; aigué à l’hypochondre gauche ; sentiment de pesanteur à à l'épigastre, impossibilité de rester couché, couleur d'un jaune fauve sur tout le
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corps, urine d’un brun noirâtre, peau sèche et brùlante, constipation. Le sixième jour au matin, légère sueur qui teint la chemise. Le sepuème jour, augmentauon de la douleur à l'hypochondre droit. Le neuvième jour, sueurs copieuses, diminution des symptômes ; le soir, exacerbation, déjections blanchâtres, urine d’une couleur plus foncée. Le dixième jour au maun, couleur du visage moins jaune; le soir, douleur de l’hypochondre et de l'épigastre plus intense, chaleur dans l'abdomen, urine plus abondante et plus colorée, rendue avec douleur et difficulié, insomnie. Le onziéëme jour, paroxysme intense , douleur des hypochondres augmentée par la respiration. Le treizième jour , urine abondante , diminution des symptômes; le soir, exaspération , colique , borboryg rmes, tension de l'abdomen. Le quatorziéeme jour au man, diarrhée abondante ; -diminutuon notable des symptômes, urine copieuse ; d'une couleur moins foncée , ictère diminué ; le soir ; léger park; sie , diarrhée de matières jaunâtres. Le q'unzièine jour , apyrexle, CHiparsion de presque tous les syimpiômes; 1l ne restait qu ‘un enduit jaunätre de la langue, avec un goût pâteux de la bouche ; de tenips en temps, et pendant quelques jours , Dur à lhyp-chondre, urine sédimenteuse ; peu
drpou disparition de l’icière, retour de l’appéut , guérison complète.
479: Les exemples de l’hépatite que nous a transmis Hippocrate (Ep: d. lib. 1, æger v23 lib. TT, æger 2 ) sont de vrais modèles d’une exacte description des symptômes ;' 1l ne manque à ces hstoires que le résultat de l’autopsig cadavérique , ce qu'on
HÉPATITE. : 487 ne pouvait guére attendre que des progrès successifs de l’anatomie pathologique. Un homme qui avait déjà la fièvre sonpa et but amplement; il vomit pendant la nuit tout ce qu'il avait pris : alors fièvre aigné , douleur à l’hypochondre droit avec inflammation interne sans dureté exicrieure ; nuit mau= vaise , urine épaisse et rouge sans sédiment, langue sèche et soif légère. Le quatrième jour, fièvre aiguë, douleurs universelles. Le cinquième jour , urine huileuse et abondante , fièvre toujours intense. Le sixième jour, vers le soir, délire ; la nuit, insomnie. Le septième jour, redoublement général, urine de même nature, loquacite, délire, (szppositoire ) déjecuons alvines liquides , troubles, mélées de vers ; nuit laborieuse. Le huitième jour au matin, frissons suivis de fièvre aiguë et d’une sueur chaude, puis cessation de la fièvre , sommeil léger ; au réveil, senument de froid, expectoration de matière limpide ; vers le soir, délire considérable, vomissement peu abondant de matière noire, bilieuse. Le neuvième jour, refroidissement , délire intense, insomnie. Le dixième jour, douleur considérable aux oreilles, délire, augmentation des accidens. Le onzième jour, mort. Hermocrate, qui demeurait auprés du nouveau mur, fut attaqué d'une fièvre violente , avec douleur à la tête et aux lombes, tension à l’hypochondre droit sans dureté extérieure ; langue sèche dés'les premiers jours; surdité, insommie , soif peu intense ; urine rouge , épaisse sans sédiment ; déjec- Gonspeu abondantes dematièressèches. Le cinquième jour , urine ténue, sans dépôt, avec un nuage sus pendu au nulieu du vase ; vers la nuit, délire. Le
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sixième jour, ictère, redoublement général, perté de connaissance. Le sepuème jour, augmentation des symptômes ; urine ténue, comme les jours précédens ; même état les jours suivans. Vers le onzième jour , diminution apparente des symptômes, assoupissement, urine épaisse , rougcâtre, mais ténue au fond du vase, sans sédiment ; absence du délire. Le quaiorziéme Jour ; fièvre moindre , point de sueur , sommeil , point de délire , même état de l’urme. Le dix-sepüème jour , retour de la fièvre, qui est aiguë ; les jours suivans, urine ténue. Le vingtième Jour , oint de fièvre ni de sueur , continuation du dégoût , absenee du délire, mais impossibilité de parler , lan gue seche , soif nulle , assoupissement. Vers le vinetquatrième jour, retour de la chaleur fébrile, déjecuons alvines fréquentes et liquides. Les jours suivans, fièvre aiguë, langue sèche. Levingt-sepuème , mort. Il avait été sourd pendant tout le cours de la maladie; l'urine était épaisse et rouge sans sédiment, ou ténue , sans couleur, avec suspension au milieu ; il avait une aversion constante pour tous les alimens.
480. Les écrits de Capivacaius, d'Hercule Saxomia , de Vanderviel , de Saviard , etc., nous ont transmis des exemples de formation d’un abcés à la parue antérieure et convexe du foie, et d’une issue de la matière purulente pratiquée à l'extérieur ; mais 1} est important de voir les routes singuliéres que cette matière peut se frayer, avec l’histoire des symptômes d'une pareille hépatte. Un homme, dit Raymond (1),
(1) Maladies qu'il est dangereux de guérir, t. I.
MÉPATITE.. 489 d'un tempérament mélancolique, après beaucoup de fatigues et de travaux de cabinet, éprouve successivement des frissons, des douleurs vives au côté droit, une toux seche et une respirauon difficile (saignée du bras répétée le lendemain, puis pratiquée au ed le soir du méme jour ; boisson pectorale et délayante , fomentation, onctions émollientes sur le côté douloureux : ces moyens furent répétés , et oh y joignit deux fois un laxatif ). Vers le quatorzième jour , retour apparent à l’état de santé, appétit ; : le malade se lève et prend quelques alimens, ce qui continue jusqu'au vingtième jour. À cette époque , frissons prolongés , retour de la fièvre et des symptômesprimiufs (nouvelle saïgnée , purgatif, émétique qui eut pleinement son effet); diminution très-marquée de la fièvre et des sympiômes , sueur générale tres-copieuse. Malgré laghére soigneusenient observée, les frissons reparurent encore sous le type de fièvre üerce , toujours avec une douleur à l'hypochondre droit, et une toux séche, ce qui parut encore céder à une sueur générale de vingtiquate heures. Il y eut ensuite de nouveaux reiours de frissons irréguliers, soit pour l'heure, soit pour la durée. La fièvre continua avec des paroxysmes plus ou moins violens, surtout vers le soir, en prenant tous Îes caractères de la fièvre lente, ce qui indiquait naturellement une suppuration interne ; et quoique rien ne se manifestât au dehors, ni par l’attouchement, ni par l'inspection du côté douloureux , Ray mond n’en jugea pas moins que l'affecuon inflammatoire avait son siége dans le foie, suriout dans la pans convexe postérieure et supérieure de ce vicère. a
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toux continua d’être sèche jusqu’au quarantième jour, el alors elle fut suivie de crachats purulens, verdâtres et féudes; elle persista ainsi, et augmenta à un tel point les jours suivans, que le malade rendait par la bouche, non-seulement du pus. mais encore de peus lambeaux de chair hachée, grise, faune, verdâtre et tres-féude. On cherchait à diminuer les secousses de la toux par des pilules balsamiques et narcotiques qu’il
prenait le soir, par l'usage du lait d’ânesse, et par
quelques prises d’infusion de plantes vulnéraires : l'expectoration continua d’être la même, et le malade mourut dans un état d’épuisement , de consomption et de bouffissure. A l'ouverture du COrps , on trouva la parue supérieure et interne du grand lobe du foie dans un état d’ulcération et de décomposiüon. La maucre purulente avait rongé et ouvert la substance charnue du diaphragme , et, par cette ouverture., cle Mat passé dans le lobe droit du pounion > Qui était aussi ulcéré, et infiltré d’une matière entiérement semblable aux crachats que le malade avait rendus. Les conduits hépatique , cystique et cholédôque étaient dans leur état naturel : aussi la maladie parcourut-elle ses périodes sans ictère.
481. Parnn les causes multipliées de l'hépatite, les plaies de la tête on un coup violent porté sur cette parue, ont un caractère de singularité qui ne peut disparaître qu’en indiquant les faits observés les plus exacts et les plus précis. Sans avoir recours aux autorilés imposantes d'Hippocrate, de Paré, de Bonet, etc., n'est-ce point une vérité constante, reconnue en chirurgie, et sur laquelle il n’y a eu de variation
HÉPATITE. 49t
ou de contrariétés que dans la manière d'expliquer le phénomène ? Les abcès du foie, d'aprés Desault ( Traité des Malad. chir.), sont souvent l'effet de la commotion qu'éprouve cet organe dans le moment d’une chute; mais comment rendre raison de l'exemple d'un semblable abcès produit par une plaie de tête, et tel que celui qu'a publié ce chirurgien doué des talens les plus rares (Journal de Desault, tome II, page 11)? Un soldat ägé de trente ans, et d’une forte constitution, reçut deux coups de sabre : l’un avait porté sur le masseter et la glande parotide du côté gauche ; l’autre avait été tellement dirigé , que la table externe du coronal était divisée dans l'étendue de deux pouces. La plaie et les symptômes n'offrirent rien de parüculier les premiers jours ; mais le huitième jour , vomissement bilieux, et les jours suivans augmentation de la fièvre , avee un enduit jaunâtre de la langue ; la suppuration se PHprmes et le malade mourut à vingi-cinquième jour de sa blessure. À l'ouverture du corps, on trouva le foie parsemé de petites ulcérations, et recouvert dans toute son étendue d’une légère couche de matière purulente jaunâtre. Je donnerais 1e1 le résultat d'expériences faites sur des cadavres, dans lesquelles on a laissé tomber ces derniers d’une ccrtaine hauteur, si je n'étais convaincu d'abord que des expériences cadavériques exactes sont infideles dès qu’on veut juger d’après elles l'état des fonctions tant en santé qu'en maladie. Ces expériences exphiqueront-elles pourquoi l'affection du foie n'a pas constamment lieu , même dans le cas où la commotion a été forte; pourquoi c'est plutôt la sup-
492 PHLEGMASIES DXS RARENCHYMES.
purauon de cet organe qui survient alors que toute autre lésion ; pourquoi l'hépatite se manifeste quel-
quefois, même lorsque le cerveau s’est enflammé par toute autre cause nullement propre à occasionner une |
commoton générale , ete., etc. ? Le nombre des faits importans dont l’histoire des maladies se com-
pose est si considérable, qu’on ne doit pas consumer |
un temps précieux dans l'acquisition de connaissances
inutiles. Ce ne sont pas des observateurs qui ont |
embrassé lart de ces explications forcées et de ces faux raisonnemens.