La découverte de la circulation du sang, l'a
nalogie de ce mouvement avec cehui des fluides en dénérdbs et l’espoir d’une heureuse application des lois de l’'hydrodynamique à à l'économie animale , pouvaient-1ls en de donner l'éveil à des esprits acufs et nés pas les sciences ? Peu d objets aussi ont donné lieu à plus de recherches que le mouvement progressif du sang : expériences nombreuses faites sur les animaux , observations poursuivies avec COnstance et variées avec sagacité , apphcations spécieuses du calcul pour adratee la vitesse relative du sang, les obstacles divers que son cours peut éprouver ;, les lois de son décroissement dans les extrémités artérielles, etc., Stœhelin, Haller, Keil, Jurin, Michelot, Cole, Pitcairn, Sauvages, Robinson, se sont tour-à-tour exercés sur cette théorie mécanique, avec d'autant plus d’ardeur que le ütre de géomètres qu'on leur donnait flattait leur vanité, et bte leur assurer une sorte de prééminence ie les autres médecins n’osaient leur contester. On eût HR, | - SSP TUE ESA ROSE
(1) On conçoit aisément qu ‘il ne s’agit ici que des hémorrhagies par exhalation , et nullement de celles qui sont le ré-
sultat de la rupture et de l'érosion des vaisseaux , soit artériels, soit veineux.
570 DES HÉMORRHACGIES
dit que nulle partie de la médecine n’était plus avan cée , et qu'on ne manquait plus d'aucun moyen pour résoudre tous les problèmes relatifs aux hémorrha-
gles, comme un élève de l’école de Leyde en avait
donné l'espérance (1), et comme toutes les exphcations (2) scientifiques du battement des artères et de la théorie du pouls semblaient le promettre,
2. Un des caractères distinctifs de l'école de Stahl est de dédaigner ces applications hasardées de la physique et ces notions étrangères aux lois de l’économie animale , de combiner profondément sa marche dans la doctrine des hémorrhagies , et de reprendre avec sévérité le fil de lobservation » presque abandonné sur ce point depuis Hippocrate (Aph. 28, 20, 50, section [IT ). Stahl avait vivement senti qu'en médecine, comme dans toute autre science > On se perd en fausses combinaisons et en divagations superflues , si on ne fixe d’abord fortement sa vue sur l'objet dont
on s'occupe , et sion ne l’isole de toute autre consi-
dération | pour bien saisir ses traits distinctifs ,; Ses divers rapports et ses dépendances. L'histoire exacte et complète des phénomènes des hémorrhagies , les circonstances qui peuvent les faire naître, l’ordre des efforts combinés qui les annoncent ou les préparent , les troubles et les affections diverses que leurs anomalies peuvent produire, ont été pendant une longue suite d'années l'objet de ces recherches et de ces méditauons les plus profondes. Les principes
RS Un MD SE
(1) Meditationes theoretico -practicæ de furore hœmorrhoidum ënternarum. Aut. Arnotdo Gulich. Lugd. Batav, ann. 1799. (2) Haller, £lem. Physiol., tom. IL.
EN GÉNÉRAL Bar de cette doctrine ont été établis d'abord dans diverses Dissertations (de Motu tonico vitali), (de Mecanismo motüs progressivi sanguinis ) , (de Morbis ætatum ) ; il les a développés ensuite avec étendue dans son Traité de Médecine ( Theoria medica vera), et dans deux Dissertations (de Mots hæmorrhoidalis et Eluxûs hœmorrhoidum diversitate bene distinguendä), etc. J’omets de parler de ses disciples Alberti , Juncker , Carl, etc., qui ont suivi et quelquefois même exagéré cette même doctrine, regardée comme le fondement unique des maladies internes,
3. La disposition aux hémorrhagies ne ent point nécessairement à une constitution forte et athléuque , pourvu qu'on mène une‘vie calme et réguliere , qu'on évite des exercices immodérés du corps, des excès dans les travaux du cabinet , des emportemens violens des passions. Une expérience constante ap prend, au contraire, que les hémorrhagies les plus fréquentes et les plus copieuses sont le partage ordinaires des jeunes-gens sains et agiles, mais doués d'une grande sensibilité , amis de la bonne chère, et disposés aux affections tristes ou à la colère ; c’est quelquefois une disposiuon héréditaire qui fait comme prédominer l'énergie du système vasculaire, et cette prédominence augmente encore par l'usage intérieur des aromates, des boissons alcoolisées , par la respiration d’un air humide et chaud, par l'impression brusque du froid lorsqu'on est échauflé par un exercice violent. Des apparences extérieures qui peuvent faire présager l’éruption prochame de l’hémorrhagie , sont non-seulement l’intumescence des vaisseaux artériels et veineux dans la partie qui en doit être le
b72 DES HMÉMORRIHAGIES
siége , mais encore une sorte de CONstrICtIon tonique dans des parties éloignées ; le sang paraît, 1l coule ordinairement sans trouble et sans excès , etil s’arrête de lui-même. L'hémorrhagie ne s'aggrave guère que par l'effet des causes morales y Où par l'influence puissante de l'habitude ; lorsqu'elle est modérée , elle est loin de produire un état de débilité; au contraire , le sentiment de stupeur et de pesanteur qui la précédait se dissipe , la gaité se rétablit ‘et souvent on prévient par là d’autres maladies. Que de maux , au contraire, peuvent produire des efforts laborieux ou avortés qui préparent l'écoulement du sang ! congestions locales, douleurs, ardeur, inflammations, spas mes, palpitations, mouvemens convulsifs > OU même état fébrile dangereux et rebelle.
4. Les hémorrhagies critiques ont leurs caractères propres, et elles sont souvent immodérées si la fièvre est violente. Veut-on frayer une route artificielle au sang par une saignée ou l’application des sangsues , 1k s'ensuit quelquefois une profusion énorme de ce fluide et une difficulté extrême d'en arrêter le cours. Qu'on Oppose à contre-temps un obstacle à une hémorrhagie critique, où qu’on la modère , elle cesse d’étre efficace , ou bien il succède pour le reste de la vie un état de langueur , des dégoüts , des inquiétudes , une fiévre hectique , un rhumatisme ou quelque dépôt sur un des membres. Peut-on >» dans une hémorrhagie nasale, méconnaître la tendance des efforts critiques vers les parties supérieures ? gonflement des artères temporales , accroissement des douleurs de tête » Ver— tuiges, idées confuses, stupeur, phrénésie, refroidissement, pâleur, constriction spasmodique des ex
EN GÉNÉRAL. 573 trémités inférieures. À cette sorte d'hémorrhagie , qui entre si bien dans l’ordre de la nature, on peut en opposer d’autres qui marquent une aberration bizarre, une violation des lois générales auxquelles elle est assujetüe : le flux menstruel, par ses dérangemens, en offre des exemples nombreux consignés dans les recueils d'observations. Qu'une circonstance particulière ait dirigé une fois l'effort hémorrhagique vers un endroit déterminé, cette direeuon peut devenir comme habituelle ; et c’est ainsi qu'on a vu quelquefois. le sang sorur périodiquement par une des nt par l'angle interne de l’oail , par l'oreille , etc. : cette route insolite peut avoir été d’abord frayée par une contusion fortuite , une blessure, des tubercules variqueux , etc., surtout à l’époque ordinaire des menstrues.
5. La doctrine des hémorrhagies, comme maladies primitives du système LEE asie offrait de grandes incohérences, ou plutôt des points de vue snpuel rement erronés avant les recherches exactes et sh pliées de l’auteur de l'Anatomie gén 1érale, puisqu'on me parlait qe de rupture des vaisseaux , et que les Stahliens même n'étayaient leurs considérations sur les forces vitales des vaisseaux d'aucun résultat d’anatomie pathologique. La menstruation elle-même , quoiqu'une deé foncüons de l’économie animale considérées dans l’état de santé, à servi à répandre les plus grandes lumières, comme objet de comparaison , sur les autres hémorrhagies : l'abord du sang dans la matrice n’est-1l point Teffet d’une excitation parüculière , d’un surcroît de vie dans les parties de la génération , et le mariage n'est-il pomt le meilleur
574 DES HÉMORRHACGIES remède contre les dérangemens ou la suppression de la menstruation qui tiennent à une constitution faible et délicate ? En examinant d’ailleurs la surface interne de la matrice d’une femme morte à l’époque de la menstruaton , ne la trouve-t-on point teinte de sang , sans pouvoir y découvrir aucune division ou rupture des vaisseaux ? la membrane muqueuse qui la tapisse à l'intérieur n'est-elle point épaissie , et n’offre-t-elle point un tissu spongieux très-fin, dont on fait sortir par la pression une infinité de petites gouttelettes sanguines qui , essuyées, ne laissent voir à leur issue aucune déchirure niérosion quelconque ? Peut-on enfin méconnaître l’analogie qu'ont avec la menstruation les autres hémorrhagies qui apparüennent à la pathologie interne ? Comme la première, celles-ci sont précédées d’une irritation préliminaire qui appelle le sang dans la partie par laquelle il doit sortir et où 1l établit une congestion locale ; comme la première, elles sont soumises aux plus grandes variations suivant l’exaliauion des forces vitales du systéme où elles ont leur siége et leurs affections immédiates ou sym— pathiques ; et d’ailleurs les surfaces muqueuses , Où elles ont le plus souvent lieu, n’ont offert, d’après les recherches les plus multiphées, aucune trace d’érosion mi de déchirure : lors même que ces surfaces ont
été lavées, macérées où même examinées à la loupe,
on y distingue, comme sur la membrane muqueuse de la matrice, une augmentation dans leur épaisseur et un Ussu spongieux très-fin d’où découlent également une foule de gouitelettes sanguines. Ne doit-on point conclure de ce parallèle que, de même que la menstruation , ces hémorrbagies ont lieu par la
EN GÉNÉRAE, 575 voie des exhalans, dont les forces vitales ont été altérées ou inégalement distribuées ? On doit ajouter à ces considérations qu'aucun système n’est plus disposé que celui des membranes muqueuses aux hémorrhagies par exhalation, puisqu'il jouit d’une part de propriétés vitales très-développées, qu'il est sou mis à l’acuon d’un grand nombre d’excitans immédiats ou sympathiques , qu'il contient d’un autre côté beaucoup de sang dans le système capillaire, et que par conséquent ses vaisseaux exhalans doivent être trés-courts. Sous ces différens points de vue, le Sys— tèeme cutané doit être beaucoup plus rarement le siége des hémorrhagies , et plus rarement encore les systèmes cellulaire, séreux et synovial , dont les propriétés vitales sont moins énergiques , qui sont moins exposés à l’action des excitans , et dont le système capillaire est presque entièrement privé de sang. On doit remarquer aussi que les hémorrhagies actives , favorisées par la présence du sang , sont infiniment rares sur ces trois derniers systèmes, et que l’exhalauon sanguine qui s’y fait quelquefois est presque toujours passive et le résultat de la débilité générale de lindividu , au moyen de laquelle les vaisseaux exhalans ne jouissant plus de leur sensibilité propre , laissent passer indifféremment toute espèce de fluides.
6. Stahl ( Theoria medica vera) comprend sous la dénomination d’hémorrhagies passives celles qui appartiennent proprement à la chirurgie, puisqu'il. les regarde comme produites par une violence extérieure, telle que des déchirures, des érosions , des dissections , etc. Dans l’état actuel de nos connaissances, l’histoire exacte de certaines hémorrhagies
576 DES HÉMORRHMAGIES
idletnés , éclairée par les recherches de l’anatomie pathologique , force d'admettre que quelques-unes d’entre elles ont des caractères particuliers qui les
distinguent aussi des hémorrhagies actives, autant.
par les causes qui sont propres à les faciliter où à les produire , que par la série et l’ensemble de leurs symptômes. Les dispositions naturelles qu’on porte à
ces hémorrhagies paraissent être une constitution fai= « ble, un régime débilitant, des maladies de longue
durée, des veilles excessives, des affections organiques des viscères, la lactation trop long-temps prolongée, la masturbation , etc. Les causés directes qui peuvent les produire sont des hémorrhagies actives qui ont précédé, un état scorbutique, les passions tristes , iout ce qui peut, en un mot, entraîner un état de
fublesse et d’atomie, de sorte que les vaisseaux éxhalans «
ue. puissent plus résister à l’abord desfluides dans certaines parles, ni repousser ceux qui leur sont étrangers. Le caractère particulier de ces hémorrhagies est de n'être précédées d'aucune excitauon préliminaire , ni par conséquent de congestion dans la parue otelles doivent paraître; de n'être point jointes à une sorte de picotement ou sentiment d'ardeur dans la partie , de ne point tenir à un surcroît d'action vitale et à
une inégale répart ion de la chaleur comme dans les :
hémorrhagies actives. La pâleur de Ja face et la faiblesse du pouls, quelquefois des lipothymies, des tintemens d'oreilles, et toutes les autres apparences d’une défaillance des forces , accompagnent ces hémorrhagies et les rendént plus rebelles. Je pourrais citer des histoires particulières d’épistaxis ; d'hémopiysies, d'hématémeses , d'hématuries , qui ont réum plus ou
AY
; EN GÉNÉRAL. | 597 moins certains de ces caractères ; et à ces différentes hémorrhagies du système muqueux, je pourrais joindrer quelque autre exemple d’hémorrhagies par les systèmes cutané, cellulaire, séreux, etc. Les faits qui pourraient servir à établir les différentes espèces d’hémorrhagies passives manquent encore d'une sorte d’exactitude et de précision dans quelques-unes des “histoires particulières. Les caractères sont équivoques : plusieurs de ces hémorrhagies paraissent être sim plement des symptômes du scorbut, comme, par exemple , dans l'épistaxis avec éruption de pétéchies sans fièvre (Duncan, medical cases ), dans les hématémèses avec affection des viscéres, dans l’hématurie des vieillards, dans certaines ménorrhagies. L'ordre des affinités ne demande-t-il pas d’ailleurs de placer le scorbut au rang de ces hémorrhagies passives, puisqu'un de ses caractères les plus marqués et les plus tranchans est d'être joint à des hémorrhagies. paruelles dans ses diflérentes périodes, hémorrhagies indiquées par des ecchymoses à la peau ou dans le tissu cellulaire, par des écoulemens sanguins de quelqu’une des membranes muqueuses, ou par des épanchemens de sang à l'intérieur même , avec destruction de la partie charnue des muscles ? Je pense \ donc qu'il y a encore une lacune à remplir en médecine , relativement aux hémorrhagies passives (1) ; (1) On doit s'étonner que Cullen, qui fait presque consister sa doctrine sur les hémorrhagies en théories subtiles et’en explication des divers symptômes, ne parle que de celles qu'on appelle actives , ce qui doit sans doute être attribué à sa manière exclusive de considérer ces affections du système vasculaire du vagin.
il. 3
578 DES. HEMORRHAGIES
que leurs différentes espèces peuvent cependant être assignées : On doit les indiquer par des exemples ; mais on ne doit cesser de provoquer l'attention des vrais observateurs sur cet objet paruücuher de recherches , qui ne peut être éclairci que par les histoires les plus fidèles et les plus exactes.
7. On ne doit point omettre , parmi les considérations générales qui s'étendent à toutes les hémorrhagies actives et passives, une distinction fondamentale qui s'applique à toutes les espèces qui ont lieu par exhalation : c'est qu'elles peuvent être déterminées par un surcroît d'énergie vitale dans la partie même si elles sont actives , ou par un état de débilité et d’asthénie de même purement locales st elles sont passives, indépendamment de la disposition générale de l’individu. La membrane muqueuse de la matrice n’est-elle pas souvent le siége d'une hémorrhagie particuhère (1) par un état d'irrtauion et une congestion qui en est la suite ? et ne voit-on pas des personnes faibles, délicates , et douées d’une grande sensibilité | qui sont attaquées de ménorrhagie pour avoir usé fréqueminent des droits du mariage , et pour avoir pris l'habitude de provoquer des excitations étrangères dans les par-
(1) L'utérus ne doit pas être considéré seulement comme le siége de la menstruation ; mais il faut encore remarquer que cet
organe contracte par là une sorte de disposition à des hémor-
rhagies critiques, comme on le voit souvent dans les maladies aiguës des femmes , à des hémorrhagies locales par des irritations particulières, à des hémorrhagies passives par un état d’asthénie , ete. La considération de l’écoulement sexuel et de ses anomalies doit donc accompagner celle des autres hémorrhagies. à
\ EN GÉNÉRAL. 559 ties de la génération ? N'est-ce point à l’usage des chauffereties , comme cause irritante locale , que sont dues souvent des meénorrhagies violentes et fréquemment répétées ? La quantité de sang menstruel que rendent certaines femmes donne encore des preuves d’une congesuion utérine locale, puisque celles qui sont d’une complexion délicate et naturellement maigres , en évacuent souvent plus que celles qui ont de l'embonpoint et toutes les apparences d’une pléthore géné- rale. Les autres membranes muqueuses peuvent, aussibien que celle de la matrice, offrir des exemples de ces sortes d’hémorrhagies. Combien de fois n’a-t-on point lieu d’observer des personnes débiles éprouver des retours périodiques d'hémoptysie, soit qu’elle üenne à une disposition héréditaire, soit qu'elle vienne d'une cause accidentelle , comme de l’action d’une vapeur malfaisante (1), d’une compression sur la poitrine , du jeu d’un instrument à vent, d’une affection triste ou d’une émotion morale trés-vive ! Dans tous les cas semblables , il existe une irritation locale propre à'donner lieu à des hémorrhagies habituelles , et dès-lors les principes du traitement doivent être dirigés de manière à changer cette répartition inégale des forces vitales, par l'application des vésicatoires ou des ventouses de une partie éloignée , ou bien par limmersion des pieds ou des mains dans l’eau froide
ou chaude , ou enfin par tout autre moyen propre à re un iitur fionlifulig miuf rite slide “ (1) J'ai vu autrefois , en fréquentant l’hospice de Vaugirard ; plusieurs ouvriers occupés à la fabrication de l'acide sulfurique dans la manufacture de Javelle, éprouver des hémoptysies trèsfréquentes , et finir par tomber dans une phthisie pulmonaire des plus caractérisées. ñ