‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 1 sur 129 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Chez J. A. BROSSON, Libraire, rue Pierre-Sarrazin » N°. 9.

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2 | DES PHLECGMASIES

obstruction des vaisseaux ; Van-Swiéten, un accrois-

sement de vitesse du sang : Sauvages (1) enchérit encore sur les opinions de ce dernier par un appareil

scientifique de calcul qu'on ne lit point quand on

ignore les mathématiques, et qu’on lit encore moins quand on les cultive avec un goût épuré. Hoffmann et

Cullen, en s’éloignant des principes de lécolede Leyde,

ne font que LHRnde d'opinions hypothétiques , et leur subsutuer leur FA pointulleuse des causes pro= chaines, c ’est-à-dire , le spasme des extrémités artérielles.

Que reste-t-il à faire à une époque où un goût universel pour toutes les parties de l'histoire naturelle indique la

méthode la plus sûre à suivre dans l’histoire des mala-

dies, considérées d’abord sans avoir attention à leurs

variétés, pour fixer leurs vrais caractères ?

2. Avec quelque arüfice que la théorie de l’obstruc-" üon, comme cause de linflammation , ait été développée par Boerhaave, n’a-t-on point à lui opposer des faits constamment observés qui déposent le contraire ? Il y a rougeur, mais y a-t-1l inflammation dans une foule de cas où le sang s'échappe des vaisseaux , ou bien reste en stagnation dans le système capillaire , et puis se dissipe spontanément sans exciter aucun trouble ? Il n’est que trop ordinaire, en médecine, de prendre l'effet pour la cause, par la haïison étroite et constante ‘qu’on observeentre certains phénoménes de l'économie animale. C’est ainsi que le cours plus rapide du sang est transformé en mobile primitif de l'augmentation de la chaleur animale, de la rougeur , dela tension, de la douleur, qui font le caractère de linflammation. On

(1) Dissertation académique sur l'inflammation.

EN GÉNÉRAL. 5 voit cependant que, dans les exercices viclens et prolon- . gés pendant quelques heures, limpétuosité du sang est très-augmentée et la chaleur tres-intense; mais 1l n’y a point d’inflammation. Cette augmentation dela chaleur animale ne se dissipe-t-elle point par degrés, soit par la transpiration cutanée, soit par les émanations des poumons? Les expériences faites par Fordyce, dans des chambres très-échauffées ( Med. Comment. vol. IV ); ont appris aussi jusqu’à quel point la chaleur animale et le nombre des battemens de l’artère peuvent être augmentés sans produire l’inflammation. Home , médecin anglais , a aussi démontré, pardes observations comparatives faites avec un thermometre et une montre à secondes, que, dans certaines maladies, l’accroissement du nombre des battemens de l'artère par minute ne correspond point avec l’'augmentauon de la chaleur animale. La douleur, qui est si souvent la suite d’une inflammation locale, peut-elle en être la cause ? Que d'exemples à citer de douleurs sans inflammation ! migraines, colique des peintres, odontalgie, passage des calculs biliaires à travers le conduit cholédoque , descente du calcul des reins à travers les uretères, etc. Une règle assez générale et soumise à très-peu d’exceptons, est que toute douleur sans symptômes fébriles tient à une simple lésion de la sensibilité, ou à une inflammation légère qui ne doit être nullement comptée parmi les maladies aiguës.

3. Quelque variées que soient la structure, les propriétés vitales et les fonctions des parties, l’inflammation se manifeste, en général , par la chaleur , la rougeur, la tension et la douleur ; maisseulementàdifférens degrés, eten diverses proportions dépendantes du siége lui-

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même. Sa cause paraît tenir à un principe irritant , 1n= terne ou externe; c'est ce qui se mamifeste aux yeux mêmes dans toute inflammation visible. Mais toute irritation ne produit point une mflammation , car si la première est prompte ét courte, elle est souvent sans effet, ou n'occasionne que de la Ads ; siau contraire elle est prolongée, comme lorsqu? un cobpiseale est entré sous la paupière, ou lorsqu'un corrosif est resté appliqué sur cet organe, alors 1l survient, suivant les lois générales de l’économie animale , de la douleur, un afflux de sang, de la tension et de la rougeur. Quelques personnes sont si sensibles, qu’elles sont sujettes à des imnflammations d’une grande violence par l'effet de causes légères ; tandis que dans d’autres mdividus l’inflammation est légère, quoique la cause occa- sionnélle soit très-intense. Que de modifications d’ailleurs introduites dans les phlegmasies par l’âge, le sexe, la constitution ; une/mamiere de vivre régulière ou irréguhére !

4. M n’a jamais peut-être paru plus nécessaire , pour s'entendre et saisir les conformités générales ou les différences des phlegmasies comparé es les unesaux autres, que de leur appliquer directement les principes de l’analyse, et d'isoler la considération des symptômes fondamentaux decelle des autres affectionsaccessoires. Une . phlegmasie quelconque ne peut se présenter à examen d’un observateur qu'avec tous les caractères que lui | impriment la structure propre de la partie affectée , son tissu , ses fonctions, ses liaisons respectives avec les parties voisines , les variétés relatives à la constitution individuelle, ou bien quelque complication avec toute autre maladie. Quel tableau de confusion et de désor=

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dre si on se livre indistincitement ét sans méthode à toutes ces considérations, et si on ne commence d’abord par fixer son attention parüculière sur les symptô— mes fondamentaux d’une phlegmasié proprement dite avant de passer aux accessoires ! La nécessité de cette méthode devient surtout absolue pour l'application des principes de la Nosographie, quiconsistent à faire bien connaître les affinités qui lient certaines phlegmasies entre elles , eten forment , pouransi dire, des fanulles particulières.

5. Mais comment établir cette marche sévère, si on nimite celle qui est suivie dans toute les parties de l'histoire naturelle, si on ne joint l'étude des objets euxmêmes avec célle des meilleurs ouvrages publiés sur ces matières et si, en écartant toute vaine théorie, on ne cherche surtout à les disunguer par des signes sensibles bien caractérisés? La fréquentation assidue des bôpiiaux, et la description méthodique des phlegmasies considérées d’abord dans leur état de simplicné , puisdansleurs complications variées , doiventse joindre à la lecture des monographies les plus exactes, et à la connaissance des faits d’un heureux choix qu'onen publie dans les ouvrages périodiques, en les rapportant toujours à un cadre nosologique pour en former un ensemble régulier. Or, ‘un rapprochement judicieux de tout ce qu’on a pu recueillir sous ces divers rapports parmi les anciens et les modernes , indique que toutes. les phlegmasies internes ou externes se réduisent, en général, 1° à celles qui ont leur siége à la surface du. corps , 2° aux phlegmasies des membranes muqueuses, 3° aux phlegmasies des membranes séreuses,, 4° à celles. des glandes et du tissu cellulaire, 5° à celles des mus-

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cles, des tendons, et des surfaces articulaires. T'els sont les résultats que donnent les observations sur les symptômes diversifiés des phlegmasies, comparées avec les changemens que manifeste l'anatomie pathologique, quels que soient d’ailleurs les changemens qui üennent aux variétés prises de l’âge, du sexe, de la manière de vivre, du climat, dela saison, ou des complications qui peuvent s'y joindre.

6. Rien ne s'oppose plus aux progrès solides de la médecine que l'habitude d’examiner superficiellement Vétat d’un malade, et de n’acquérir que des idées confuses et incomplètes, ce qui arrive LOuJOurs si On ne s’asservit à une marche régulière et graduée ; elle consiste à choisir d’abord dans les hôpitaux des exemples bien caractérisés dans chaque ordre de phlegmasies , de prendre d’abord pour type fondamental celles qu'éprouvent une consütution forte, la jeunesse où

âge adulte ; pour saïsir nettement et sans équivoque les changemens trés-marqués survenus dans la respiration, la digestion, les sécréuons , les fonctions des sens ou de l’entendement , etc. Les préludes et l’invasion seront déterminés avec précision pour bien fixer le vrai caractère de la maladie ; et des notes recueillies :

avec un grand soi, jour par jour , en feront connaître les pr ogres btesot , les périodes d'irritation ou d’acrisie, et, si l'événement estheureux, celle du déclin jusqu’ à la convalescence. La terminaison , favorable ou funeste ,'sera indiquée avee une sévére Htpattialité : et on cherchera ensuite à s’éclairer par les résultats de l'anatomie pathologique si le traitement échoue. Quand on aura été ainsiexercé à suivre, durant tout leur cours, quelques phlegmasies simples et dirigées avec sagesse,

EN GÉNÉRAL. 7 on considérera les mêmes dans divers états de complicauon. C’est là la seule manière de bien interpréter et de commenter ce qui a été écrit sur les mêmes objets

par les Anciens ou les Modernes.

7. Une étude dirigée avec méthode exige encore de mettre une certaine liaison entre les objets qu'on veut approfondir , et qu’on mène de front , à certaines époques, des phlegmasies qui ont des affinités marquées entreelles, et qui deviennent plus fréquentes et plus remarquables par leurs complications variées. C'est ainsi, par exemple , que, durant un trimestre d’automne , on étudiera plus particulièrement dans un hôpital les divers catarrhes , les péripneumonies , les pleurésies , etc. , avec leurs diverses complications. On en fera de même, dans une autre saison, pour les maladies éruptves , pettes-véroles , rougeoles , Scarlaunes , miliaires , érysipèles, eic. Pour nueux graver et retemir dans sa mémoire leurs conformités et leurs diftérences réciproques , 11 ne suflit pas de saisir seulement quelques traits caractéristiques, à l'exemple des Nosologistes ordinaires ; maïs l’histoire des symptômes de la maladie doit être tracée avec soin jour par jour , et suivie durant tout son cours , pour apprendre à connaître sa durée la plus ordinaire , les variétés de ses terminaisons , ses métastases , dans quelques cas , ses crises , SON passage à un état chronique : dans les événemens funestes , on doit y joindre tous les détails de l'anatomie pathologique. C’est sur des résultats d’études semblables que sont fondés les traits distineufs des di- vers Ordres et des Crenres des phlegmasies qui seront exposés aprés ces Rrnees.

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