‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 13 sur 129 · CE · texte numérisé non relu

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\ VARIOLE. | 49 que l’on rencontre dans la vraie vaccine à la place de l'aréole , quand elle est dissipée.

48. Cette seconde variété , bien disuncte de la précédente par sa marche ; ses apparences extérieures et ses causes , est aussi plus facile à reconnaître. Les observations qui en constatent l’exisitence sont aujourd’hui très-nombreuses ; on est même , à cet égard parvenu à un tel degré de connaissance , qu’on peut à volonté la produire , si on met en acüon une des six causes suivantes : 1°. l’usage de lancettes oxydées par le vaccin ; 2°. l’inoculation par les fils; 3°: l'emploi du fluide vaccin trop avancé et parvenu à l’état purulent; 4°. celui de la matière confiée aux verres sans avoir été suffisamment délayée ; 5°. l'usage d’un instrument mal eflilé, peu pointu ; 6°. enfin les incisions profondes.

Après douze ans d'expériences faites dans tous les pays civilisés, depuis la découverte de la vaccine , la Classe des Sciences physiques et mathématiques de l'Institut (1) a pensé qu'il était uule de rassembler les résultats de l'observation sur un objet si important pour l'humanité. Un autre motif rendait ce travail nécessaire : des objections et des doutes avaient été élevés par des hommes instruits, dont le témoignage était fait pour avoir de linfluence sur l'opinion | publique. On a même été jusqu'à mettre en quesion si linoculauion de la peute-vérole ; considérée comme préservauf , et, dans quelques cas, comme remède de diverses maladies , n’était pas encore pré-

(1) Analyse des travaux de la Classedes Sciences a Li et mathématiques , pendant F année 1812.

Il. ; | 4

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férable à celle de la vaccine, ou ne méritait pas au moins d’être conservée conjointement avec elle.

MM. Berthollet, Percy et Hallé, commissaires , se sont occupés des recherches nécessaires pour satisfaire aux intentions de la Compagnie , et ont présenté , par l'organe de M. Hlallé, un rapport étendu dont la Classe a ordonné l'impression. Ils y ramènent les divers. points de la discussion à six questions principales. Sous leurs différens ütres , 1ls réunissent , d’une part, autant qu'il leur a été possible , tout ce qui à été au- ‘ thentiquement et exactement recueilli sur les effets de la vaccine en Europe et dans les contrées où les Européens ont pu faire adopter la vaccination.

Ils rapprochent ainsi un grand nombre de faits observés surtout en France, en Angleterre, en Italie, dans les Indes orientales et dans les Amériques , et vus sur des individus de classes, de constitution , de genre de vie, d’habitudes et de mœurs très-différens. D'une autre part, ils cherchient à évaluer les faits principaux sur lesquels ont été fondées les objections les plus raisonnables , qu'ils ne therchent point à éluder ni à dissimuler. Comparant ainsi la somme appré- . ciable et calculable des observauons , 1ls sont conduits nécessairement et par des conséquences aussi exactes qu’on les peut obtenir dans une matière semblable , aux conclusions par lesquelles ils terminent leur rapport ; Savoir :

« Que l'insertion du virus vacein n’introduit point dans le corps une matière qui puisse y porter un trouble remarquable, et qui ait besoin d’être expulsée par un mouvement comparable à celui qui résulte de linoculation ; que les‘érupuons qui se sont jointes

VA RIOLE. | 5t quelquefois , lors des premières vaccinations , aux effets ordinaires de la vaccine, étaient dues non pas au virus lui-même, mais à des circonstances le plus sou vent connues et déterminables au milieu desquelles ‘ces vaccinations s'étaient faites ; |

» Que les événemens malliéèreht ébservés dans … guélques cas ont tenu évidemment à des causes étrangéres , quise sont développées pendant le cours de la vaccine, ou qui, déjà existantes ? ont acquis une intensité due , non pas , comme On l’a dit; à l’accéssion du virus vaccin , mais à l’état particulier des sujets ;

Que les désordres consécuufs | quand ils ne sé rapportaient pas à des maladies préexistantes , ont évidemment été des cas très-paruculiers , tenant à des circonstances individuelles ; etque leurnombre n'ayant aucune proporuon avec la somme immense des observatiôons exemptes de suites. fâcheuses ; ils ne peuvent donner lieu à aucune conséquence générale ;

» Que ces observations malheureuses , en les supposant incontestables , sont plus que compensées par les nombreux exemples de maladies chroniques et rebelles qui ont complètement et inopinément cessé à la suite des vaccinations : exemples qui, éomparés à ceux d'effets semblables de l’inoculation ordimaire, et surtout si l’on met en ligne de compte la différence d’intensité et de danger des deux maladies, donnent toute supériorité au virus Vaccin.

» Enfin, qué la vertu préservative de la vaccme , quand le virus a été pris dans les circonstances aujourd’hui bien déterminées qui en assurent la pureté, etque son développement a été complet, est pour le moins aussi assurée que celle de la petite-vérole elle-même,

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et que la vaccine jouit de plus de l’avantage , immense pour la société , de circonscrire les épidémies varioliques, et peut faire raisonnablement espérer, si sa pratique continue d’être encouragée , que l’on verra enfin disparaître l’un des plus déplorables fléaux dont

l'humanité ait eu à gémir. »

4 49. IL est une inflammation pustuleuse de la peau que l’on a souvent confondue avec la variole , et cette erreur a contribué à retarder les progrès de l’inoculation : cette affection est la varicelle. Elle à été connue

dans le sixième siècle , et peut-être longtemps avant. On en avait donné des descripuons propres à la disünguer de la variole , avant que linoculauon fût connue en Europe. Zinguer , médecin à Bâle, l’a décrite d’après l'épidémie qu'il. a observée durant le printemps de 1712. Maret de Dijon , Cullen et d’autres , ont aussi distingué la varicelle de la peute-vérole. Dézoteux et M. Valentin en 6nt surtout donné une description étendue dans leur Traité de l'Inoculation.

5o. On distingue deux varicelles , que-les médecins anglais nomment chicken pox ( pustules de poulet), et swine pox (pustules de cochon). Dans la premiére, les boutons sont plus petits, moins élevés, et contien-

-nent une humeur absolument limpide et incolore. Dans la seconde, les boutons sont plus gros, plus remplis ; ils contiennent une liqueur plus épaisse, qui

(1) Srnonrure. Petite -Vérole volante, fausse Variole ; Vérolette ; V’aricella, Cuzrex, ete,

VARICELLE. | 53 blanchit et se rapproche davantage du pus. C’est cette dermère que l’on peut confondre plus aisément avec la variole , parce que, dans un peut nombre de cas, on aperçoit une aréole à la base des pustules ; mais elles n’ont pas la forme coniqueÿ elles sont plutôt sphériques que lenticulaires ; plus larges à leur corps qu'a leur base, et plus molles. On n’apercoit pas dans le centre du sommet ce point brunätre et cet aplatissement qui sont propres à la variole légitime. La dessiccation a lieu plus tard ; les pustules, en se desséchant, forment une pellicule dont la chute laisse apercevoir une tache d’une couleur moins vive que dans la variole ; mais aussi elle y laisse quelquefois une marque.

51. On a vu des personnes avoir les deux especes de varicelles en différens temps , sans être à l'abri pour cela de la variole. De même ; il n'est pas rare de voir régner en même temps la variole et la varicelle (Huxham en a donné plusieurs exemples dans ses Observations de Aere et Morbis epidemicis). Cest “dans cette double épidémie qu’on confond quelquefois les deux maladies. Afin de mettre à l'abri d’une pareille confusion , je vais, avec*‘M. ne faire le parallèle de ces deux affections. À

52. L'une et l’autre éruption ne s’annoncent pas de la même mamiére. La variole spontanée ou inoculée est précédée de lassitudes, de malaise , d’abattement, | d’assoupissement , de frisson , suivis de fièvre et de chaleur qui augmentent rapidement. Les douleurs dans les lombes , dans les membres, et surtout dans les cuisses ; la céphalalgie , les nausées , les vomissemens , qui sont 1ct plus rapprochés , plus soutenus et

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plus opiniâtres que dans les autres fiévres , sont les symptômes essentiels qui ne manquent jamais de paraître dans cette maladie , à moins qu’on ne soit disposé à n'avoir qu'un petit nombre de pustules. Rien de semblable dans la varicelle, où la fièvre commence ordinairement sans frisson ; et s'il arrive , il | est très — léger , à peine sensible , et la chaleur qui suit est peu considérable. — Dans la variole imoculée , la fièvre dure trois jours ; 1l n’est pas rare de la voir se prolonger jusqu'au quatrième jour. Si la variole est survenue spontanément , elle s'accompagne souvent de l’assoupissement , d’un léger délire, de la rougeur et de la tuméfaction des paupiéres , du larmoiement , etc. On n'aperçoit aucun de ces symptômes dans la varicelle ; la fièvre dure douze , vingtquaire , ou tout au plus trente-huit à quarante haies : le plus souvent elle est à peine sensible , accompagnée de légères douleurs dans les membres et de céphalalgie.— Dans la variole naturelleou inoculée , l’'éruption commence , aprés trois jours de fièvre , sur différentes parties du corps, surtout à la face, au cou et à la poitrine , par de petites taches semblables à des morsures de puces, qui s’élévent peu à peu, augmentent insensiblement , et n'acquiérent toute leur grosseur qu'au bout de quatre à cinq jours. La fièvre , qui s'était presque éteinte lors de l’éruption , se réveille avec plus ou moins de force: Jorsqu' il ya une grande "quantité de pustules. Elle s ‘accompagne alors de frissons irréculiers, de céphalalaie, de douleurs des lombes , des membres ; suivent une augmentation de chaleur, de la soif, de l'agitation , etc. La face se tuméfie ; 1l y a salivation ; les pieds et les mains de-

VARICELLE. et viennent comme œdémateux à mesure que la face se désenfle, etc. Dans la varicelle , l’'érupuon paraît ioutà-coup à la fin du premier jour, quelquefois le second, et rarement le troisième. Dans certains cas, elle a lieu sans phénomenes précurseurs. Les pustules , d’abord rouges , deviennent pâles , ternes , et s’arrondissent en vingt-quatre heures. Le lendemain elles s'affaissent , se flétrissent et se dessèchent , puis disparaissent le jour suivant. Quelquefois on voit des boutons blancs pendant qu'il y en a encore de rouges. Il ny a point de fièvre de suppuration , n1 aucun des symptômes que nous venons de rapporter , excepté dans un très-peut nombre de cas. D'ailleurs , la varicelle est déjà terminée à l’époque à laquelle se déve+ loppe la fièvre de suppuration dans la variole.— Dans celle-ci , les pustules s'élèvent, s’élargissent,, blanchissent et se remplissent d’un yériréble pus ; qu il y ait une fièvre secondaire ou non. Elles jaunissent , brunmissent, et, en se séchant , forment une croûte qui tombe du quinzième au vingtième jour de la maladie , lorsqu'elle est tres-discrète. Elles laissent des taches violettes ou pourprées dont les bords sont plus ou moins relevés , et dont le milieu offre un enfoncement. Ces taches , de la même largeur que l’étaient les pustules, subsistent très-long-temps avant de s'effacer ; et, lorsque la variole n’est pas abondante , elles sont quelquefois élevées , et ne s’affaissent qu’au bout de plusieurs jours. Dans la varicelle, les boutons , qu se sont élevés promptement et en même temps sur tout le corps, acquièrent toute leur grosseur en deux ou trois jours; 1ls. deviennent clairs , transparens, se remplissent d'une liqueur roussâtre OU jau-

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nâtre ; puis ils s'affaissént , se séchent et tombent le cogne ou le sixième jour, quelquefois le sep— ième, sans avoir subi aucune espèce de suppuration. Il ne reste point de taches , ou elles sont petites (excepté dans le swwire pox). , et reprennent bientôt la couleur de la peau , à moins que les malades ne les irritent en les grattant. Il-faut cependant avouer qu il y a des cas de variole où les pustules, trés-rares , ne suppurent presque point, se terminent par résolution et se séchent promptement. Cette courte espèce ne peut néanmoins être confondue avec la varicelle, à cause de la durée de la fiévre, de celle de léruption, du caractere des pustules, etc. ù … 53. Il y a cependant des cas extraordinaires où l’invasion et les syrhptômes paraissent tellement ressem-— blans dans la variole et la varicelle, qu'on pourrait croire aisément à leur identité : en voici un exemple. Un homme est attaqué , pendant trois jours consécutüifs, d’une fièvre très-intense, accompagnée de douleurs, de lassitudes, de rougeur aux paupières, de larmoiement et de tous les symptômes de la variole, mais particulièrement d’une douleur vive à lépigastre avec un vomissement continuel. Le quatrième jour , 1l sort-une grande quantité de petites pustules au tronc en même temps qu'à la face ; elles sont rouges , élevées , confluentes à la face , et couvrent bientôt toute la périphérie du corps et des extrémités : la fièvre et le vomissement se calment , et cessent complètement. Le cinquième au main, les pustules sont remplies d’une sérosité claire ; ellés sont tirés élevées en pointe. Le même jour au soir, elles de-

viennent ternes et pâles ; le malade recouvre son

ROUGEOLE. Prs

} sommeil , sa gaîté et son appétit. Le sixième , les pustules sont presque toutes desséchées. Le septième, elles tombent en pellicules ou écailles nunces , blanchâtres , qui laissent des taches rouges , surtout à la face, pendant quelque temps. L’irrégularité de l’érupüon, la forme plus pointue des pustules , et la rapidité de la marche, le défaut de suppuration, etc., sont autant de phénomènes qui disunguent le cas de cette observation d'avec la variole. Le président d'Héricourt avait été inoculé avec succes par Tronchin : vingt-deux ans après , il fut atteint d’une éruption qu’on regarda généralement comme la variole. D’Arcet inocula de cette matière à deux enfans ; l'insertion n'eut aucun effet; mais ces mêmes enfans ayant été rémoculés avec de la matière variolique , cinq semaines aprés cette époque , ils eurent la petite-vérole bien caractérisée , et aussi régulière qu'elle l’est ordinairement par l’inoculauon. Cette observation fait voir combien certaines dispositions individuelles peuvent apporter de modifications dans la marche de la varicelle , et jusqu’à quel point l’inoculation est un moyen certain d'éviter l'erreur.

S I. Considerations générales , et Histoires | particulières.

. 54. L'origine de la rougeole semble , comme celle de la variole , se perdre dans la nuit des temps ; mais l’un et l’autre sont , sans doute , le produit des com-

x) Srnonruie, Morbilli, Sypexnan, duncrenr , Franck;

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