‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 14 sur 129 · PALEGMASIES CUTANÉES · texte numérisé non relu

PALEGMASIES CUTANÉES

mumications des peuples d'Europe avec ceux de l’Afrique : c’est à la médecine arabe que nous en devons la connaissance , et les premières ébauches de leur description ne remontent point au-delà des écrits de Rhazes. Une sorte d’affinité naturelle, certaines ressemblances pour les signes précur$eurs , la forme de l’éruption dés les premiers jourc, le siége apparent de la maladie ont fait placer ces deux exanthèmes lun à côté de l'autre par une foule d'auteurs qui en ont traité, mais qui les ont considérés séparément , à cause de leurs différences marquées. Les compilations sur ce point de médecine se sont mulipliées sans fin, comme sur tant d’autres, sans aucun véritable fruit pour ses progrés , puisqu'on n’a fait que prodiguer les théories les plus vaines et les plus frivoles. La gloire de perfectionner ce que Rhazés n'avait fait qu'ébaucher était réservée à l’illustre Sydenham , qui donna non-seulement la description la plus exacte des sym— piômes de la rougeole, mais qui fit connaître sa marche comme épidémie , et son développement régulier , ainsi que ses anomalies ; qui fixa avec sagacité les principes du traitement, déduits de l’histoire

même des symptômes , en faisant proscrire l’usage gé—

néral des stimulans , admis depuis un temps immémorial dans la vue de faciliter l’éruption. H ne restait qu’à la faire considérer dans ses complicaüons diverses, et à savoir séparer, dans son histoire , ce qui peut être dü à une autre fiévre primiuive , qui peut devenir plus où moins dangereuse |, comme Font appris cer

Febris morbillosa , Horruanx, Vocer; Rubeola , Sauvacrs, CuzLen. ; |

taines épidémies de rougeole très-meurtrières. Pour procéder avec régularité, il'est utile de suivre la méthode analytique , de considérer d’abord la maladie sous sa forme la plus simple et la plus bénigne, de l’envisager ensuite dans quelques-unes de ses complications diverses.

55. Peut-on la voir dans un plus grand état de sim plicié que dans l'observation suivante (1)? Un jeune homme de vingt-un an , d’une forte consutution , éprouve une sorte de malaise. Le premier jour , lassitude générale , pouls fébrile. Le deuxieme, céphalalgie , fièvre , face animée ; le soir , éruptions de pettes taches rouges. Le troisième , face très-animée , légère dyspnée, toux, chaleur brülante à la peau, pouls fréquent, un peu dur. Le quatrième , fievre moindre, pâleur des taches. Le cinquième et sixième jour, changement en mieux , quelques déjections jaunâtres produites par une potion laxative ; le septième, convalescence. |

56. Sioll rapporte'un exemple manifeste d’une rougeole compliquée avec un embarras gastrique. ( Rat. . Med.) Un homme de quarante-cinq ans, après une saignée habituelle pratiquée sans mouf, est soudain attaqué d’une maladie qu'il avait sans doute contractée auparavant par contagion. Le premier jour , dégoût pour les alimens , amertume de la bouche , vomissemens de matières amères , alternatives de frisson et de chaleur , lassitudes dans tous les membres , toux fréquente, sèche, avec un sentiment d'ardeur au bas

(1) Dissertation sur la Rougeole simple, etc. , par G. Roux. Paris, 1802. * ;

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du sternum. Le deuxième, fièvre , vomissemens fréquens de matière jaunâtre , symptômes de la veille plus intenses , ainsi que le lendemain. Le quatrième , même état ; le malade se lève et marche avec peine. Le cinqueme, éruption de petites taches rouges , avec persevérance des autres symptômes. Le sixième, le malade n’éprouve que quelques nausées ; mais l’éruption morbilleuse conunue sa marche. Lesepuème, le pouls est fort, plein sans être fréquent ; urime tres-colorée. Le huitième , l'érupuon pâhit; enduit jaunâtre de la langue , fièvre modérée , sédiment furfuracé de l’urine d’une couleur citrime. Un émétique provoque l'expulsion de matières jaunâtres ; fièvre légère , peu de toux, douleurs vagues vers le cardia. Le neuvième, déjections fréquentes, disparition des taches de rougeole, toux rare , douleur très-légère. Le dixième et onzième , progrès de la convalescence.

57. Il est important de remarquer , pour l’histoire de la rougeole , que , quelque analogie qu’elle manifeste avec la variole , ces maladies ont paru quelquefois ne pouvoir marcher ensemble, et que l’une a paru enchainer l’autre, qui s’est déclarée ensuite à son tour (1). Un jeune homme de seize ans-est moculé avec le virus variolique, et des le deuxième jour , on observe une céphalalgie violente , du dégoût, un accablement , des nausées, une fievre vive. L’érupuon de la rougeole a lieu : mal de gorge , larmoiement , diarrhée , toux vive et fréquente ; les incisions varioleuses se flétrissent le jour de l’invasion de la fièvre de

(1) Traité historique et pratique de l'inoculation > par Dézoteux et Valentin. Paris , 1800.

ROUGEOLE. Gr la rougeole, et trois jours aprés elles paraissent entiérement sèches et fermées. Trois jours se passent encore ; la diarrhée cesse et l'enrouement augmente. Le septième jour , diminution sensible des symptômes ; commencement de desquamation. Le huitième , lin-

» cision du bras droit paraît se ranimer. Le neuvième et le dixième , légère douleur autour de l'escarre , et le travail commence à l’incision du bras gauche. Le treizième , la fièvre est trés-intense , et à son déclin l’érupuon varioleuse a lieu. Mais cette dernière maladie est bénigne ; les boutons de la face, après avoir parcouru leurs périodes ordinaires , se dessèchent , et le malade entre en convalescence, après avoir éprouvé de la toux et la diarrhée. Dans ce cas , la variole a suspendu, pour ainsi dire, sa marche durant le cours de la rougeole ; mais , d'un autre côté, on trouve des exemples contraires dans les écrits de Dehaën , Vogel et Horne. Macbride assure même qu'en 1769 , plusieurs enfans trouvés de l’hôpiial de Dublin, qui avaient été moculés de la variole , furent prisen même temps de la rougeole ; et il ajoute que l’une et l’autre érupüon étaient simultanées et, parfaitement distinctes. L’alternative ou la coexistence de la rougeole et de Ja variole üient-elle, dans ces cas , à des dispositions individuelles ?

58. La rougeole s’offrit à Londres avec des irrégularités dans l'épidémie de 1674. : l’'érupuon , précipitée ou retardée , avait son siége d’abord aux épaules et aux autres parties du tronc, tandis que, dans l’autre épidémie, elle commençait toujours par la face. On n’ob-

servait pas non plus, ou du moins c'était trés-rare , cetie desquamation de l’épiderme qui distingue Ja rou-

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geole régulière ; le traitement mal dirigé avait des suites de plus souvent funestes.

59. Üne des circonstances les plus favorables pour bien observer la rougeole s’est aussi offerte, en 1709, à la Salpétrièére. Douze enfans en furent d’abord atia-

qués en février : lérupuon, d’un rouge vif , était dis

posée par plaques où on distinguait quelques petits boutons ; la fièvre la devançait de deux ou trois jours, mais sans COryza n1 toux ; les taches paraissaient d’abord à la tête et à la poitrine , puis aux extrémités. La fièvre diminuait après la sortie deT’éruption, qui se desséchait et tombait en petites écailles farineuses le troisième , quatrième ou cinquieme jour. Quelques jours après , la rougeole attaqua encore plus d’enfans :’mémes caractères de léruption , mais coryza et toux. Symptômes caractéristiques de la rougeole encore plus développés le mois suivant , époque à laquelle plus de quarante enfans en furent attiqués : cor yza , toux trèsincommode , rougeur et tutnéfaction de la face, larmoienient. L/ éruption commenca alors à étre uniquement formée de petits boutons assez élevés’ et disposés

en grappes ; 1l y avait VECE complication aveë la fièvre bilieuse ; d’autres fois l’éruption était précédée de diarrhée ou de saignement de nez avec soulagement. La rougeole fit HE pr ogrés vers la fin de mars ; cinquante-cinq enfans at moins en furent at taqués : la maladie s’offrit sous diverses formes ÿ quelz quefois l'éruption sans fièvre , d’autres fois l'éraie tion précédée d’une fièvre catarrhale où bilieuse ; maïs nul rapport constant ne fut observé'éntre la violence de la fièvre et l'abondance de éruption; car quelquefois une éruplüon peu abondante était précé-

dée d’une fièvre tres-vive, souvent accompagnée de douleur aiguë au côté, et quelquefois de crachemens de sang : la toux persistait, en général, plusieurs jours après la desquamation. On observa une singularé remarquable sur deux enfans : l'érupuon , apres avoir tour-à-tour paru et disparu en parte, finit par prendre une couleur lvide , avec tous les symptômes

d’une fièvre ataxique, et ces deux enfans succomberent. Dans le commencement de mars et durant la dernière semaine de février, l’'éruption était quelquefois en plaques et en forme de scarlaune , comme au début de lépidémie ; mais d’autres fois les boutons étaient plus élevés , et la forme de rougeole était plus prononcée. La deuxième semaine fut caractérisée par un moindre nombre de nouvelles rougeoles , etil n'y en a eu presque plus durant les deux dernières semaines.

60. Le grand nombre d’enfans attaqués de la rougeole , durant cette épidémie, n’a pu permettre de les admettre tous dans les infirmeries , et plusieurs ont été soignés dans leurs dortoirs. Rats ces derniers , cinq sont tombés dans une sorte de marasme à la suite de la rougeole ; et à l'ouverture des corps de deux d’entre : eux , on a trouvé les poumons et la trachée-artère gorgés de mucosités. La maladie n’a donc point été funeste par elle-même, mais seulement par ses complications avec quelque fièvre d’un mauvais caractère , ou par les circonstances d’un état de langueur et d’une constitution détériorée. Le tartrate de potasse antimonié a produit les effets les plus heureux , soit contre l'affection catarrhale des poumons, soit contre le fièvre bilieuse , souvent compliquée avec l'ér uption. On faisait usage de boissons mucilagineuses ‘sucrées

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quand la maladie était simple , de stimulans et de to-

niques dans certaines complications. À quoi tient le

précepte irrévocable que fait Méad de la saignée dans

cette maladie ? Je n’ai même fait saigner aucun des

six enfans qui ont craché du sang, et leur guérison

a été Apt bien complète. Exalter l'efficacité

de la saignée par la seule raison que les malades ont. guéri, c’est tout donner à la prévention |, à moms

qu’on ne prouve que la maladie ne peut guérir d’une

manière plus simple.

S IL Description générale de la Rougeole.

Gr. Causes occasionnelles. La rougeole peut se manifester dans tous les climats; mais certaines consututions de l'atmosphère sont favorables à son 4 loppement. Elle règne presque toujours comme ladie épidémique, et se déclare au commencement de l'hiver, augmente jusqu à l’'équinoxe du printemps , puis disparaît entièrement vers le solstice d’été. On la contracte à tout âge , mais plus particuliérement dans l'enfance, et plutôt encore dans l’âge adulte que dans la vieillesse. Elle est contagieuse , et n’attaque le plus souvent qu'une fois dans la vie. |

62. Symptômes. L’invasion de la rougeole est mar- quée par un frisson plus ou moins intense, avec des alternatives de froid et de chaud : une fièvre plus ou moins vive succède ; tristesse, anorexie, langue blanche ethumectée, coryza , éternuement; toux violente, céphalalgie si c’est un adulte , ou seulement douleur gravative de la tête si c'est un enfant ; assoupissement, les yeux rouges, larmoyans, et les paupières tuméfiées.

SS

Vers le quatrième ou cinquième jour, petites taches rouges qui né s'élévent pas communément au-dessus du niveau de la peau ; et qui se répandent successiz vement sur le visage, l’abdoméen , la poitrine ; à quel ques exceptions prés. Quelquefois ces taches rouges s'élèvent en peuts boutons, et: finissent -par des aspérités souvent plus sénsibles au toucher qu'à la vue. E’éruption terminée ; les autres symptômes sont loin de cessér, et souvent méme il arrive que la toux et la dificulté de respirer augmemient. C'est vers le sixième ou septième jour que le rouge vif des taches s’obscureit ; la peau du front devient un peu rude, et Féruptuion commence à disparaître. Le plus ordihairément , la desquamation s'opère le huitième où neuviéme jour ; tantôt l'épiderme s’enlève en largés plaques, et tantôt 1l se sépare én écailles ;/on a vu, dans quelques cas, toute la surface du corps couverte d’une poudre furfuracée. La durée ordinaire de la rougeole meple est de huit à neuf jours ; mais les autres symptômes, comme l'affection des membranes muqueuses, la toux et la difficulté de respirer, peuvent durer plas long-temps, ou même occasionner, dans certamscas , le marasme , l’anasarque , des ophthalmies où ds diarrhées rebelles.

65. Il est à peme nécessaire dé remarquer gi rougeole se complique souvent avec Fembarras gastrique, puisque ce dernier est, en général, si fréquent, surtout au début de toutes les maladies aiguës. La fièvre gastrique coexiste aussi quelquefois avec la rougeole sans entraver sa marche, mais en lursurajoutant quelques-uns de ses symptômes qu'il est superflu d'exposer ici: Dans les deux épidémies de rougeole que

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