‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 21 sur 129 · ÉRUPTION MILITAIRE · texte numérisé non relu

ÉRUPTION MILITAIRE

$ I. Considérations générales.

93. Doit-on, en général , admettre l'existence del’érupuon milaire comme maladie primitive et 1diopa-

thique , qui a son origine particuhere et des sympiômes caractéristiques ? Sans se jeter ici dans les dé-

(1) SrNonrmie. Febris esserosa, ‘Lacurus Lusrranus ; HMiliartis , SAUVAGES , Saçar ; Miliaria, Linwzxs, CuLLEN ; Febris miliuris, Vocsr; Febris purpurata, rubra et alba Miliaris, Horrmaxx; Millet, Millot, Fièvre miliaire, Maladie miliaire, etc.

“ÉRUPTION MILIAIRE. 95 © bats et les contrarictés d'opinions qui se sont élevés entre les médecins sur cet objet , on ne peut s'empécher de regarder comme symptomatique l’éruption miliaire qui , dans certaines épidémies , a accompagné tantôt une fiévre inflammatoire , tantôt une fièvre catarrbale et putr ide , quelquefois des phlegmasies diverses , soit séparées , soit combinées , souvent aussi ce qu'on che la jièvre puerpérale. Withe (1) ; après avoir mis en Opposition tout ce que les anciens et les modernes ont écrit sur l’éruption miliaire , et après avoir fait part du résultat de ses propres observations, finit par conclure que l’érupüon miliaire est si souvent D Ronmtique » que l'on à le droit de soupconner qu'elle n’est jamais maladie principale idiopathique ; qu elle accompagne souvent les fièvres de prison et les autres fièvres nerveuses ou putrides ; que , dans la plupart de,celles qui produisent des pétéchies , lé éruption est encore souvent de l'espèce mihaire ; qu’on la remarque souvent dans les maux de gorge gangreneux

ainsi que dans les fièvres catarrhales épidémiques , les fievres inflammatoires et plusieurs fièvres intermittentes ; qu’elle se manifeste Le plus souvent avec des sueurs copieuses dont elle est accompagnée ou précédée ; qu'ellé survient surtout fréquemment dans les fièvres des femmes en couches , mais toujours alors comme sporadique, et sans la moindre a pparence de contagion ou d'épidémie. Le même auteur ajoute que, lors même

cu

(1) Avis aux femmes enceintes et en couches, ou Traité des moyens de prévenir et de guérir les maladies qui les affligent dans ces deux états. Traduit de l'anglais de Cheries White, etc. Paris, 1774.

96 PHLEGMASIES CUTANÉES.

qu'elle accompagne certaines épidémies , on remarque * qu'elle n’est pas constante, et qu’elle est loin d'attaquer toutesles personnes qui éprouvent la fièvre é pidémique.

94 Dehaën ( Rat. Med. pars v ) communique ses observations particulières sur des fièvres accompagnées d’une érupuon pétéchiale ou miliaire , et il rapporte plusieurs exemples de ces fiévres , qui ion indiquer que ces exanthèmes sont purement symptomaques ; il en conclut qu'on les observe rarement si le traitement de ces fièvres est dirigé avec méthode ; et 1l prétend que si on les voit survenir, on doitatt'ibuer plutôt leur origine à un traitement mal dirigé qu'à l'influence de Pie ou du climat : si l'on ex cepte , ajoute-t-il , quélqués cas où ils naissent d’euxmêmes ou par contagion. On voit que , dans cette cir= constance, ce médecin célébre est tombé dans un écueil qui n’est que trop ordinaire en médecine : est de tirer des conclusions trop générales de quelques faits paruculiers. Lepecq-de-la-Cloture a évité cet in= convénient en mulüpliant plus que. Dehaën les faits observés , et en tirant ses conclusions avec une grande. réserve, dans l’histoire qu’il a donnée de l’épidémie de Louviers en 1770 (1). Il reconnaît avec ingénuité, en faisant des remarques sur les histoires particulières qu'il a rapportées dans la description de cette épidémie, qu’une érupüon de péiéchies , qui n’était nullement critique ni même d'aucune utilité , précédait d’abord ; que ces pétéchies étaient infailhblement suivies de l’éruption miliaire , et qu’alors on ne voyait plus de trace de la première. Le même auteur ajoute , qu'en

(1) Observations sur les Maladies épidémiques.

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tômparant simplement ses observations ; on reconnaît qué l éruption miliaire a té critique dans cinq cas parüculiers ; qu elle a été , sinon. critique , du moins trèsutile ét trés-avantageuse, dans quatre autres exemples ; qu'enfin elle a été douteuse pour deux malades ; peu ounullement avantageuse pour trois haises, dan géreuse et funeste pour un seul. Il a remarqué aussi, que; lorsque cette érupuon n'avait pas lieu , ou qu'e "elle, sortait et disparaissait à l'instant, la La était suivie d'un grand danger qu elle devenait funeste, où au moins très-difhcile à guérir: | |

95. M. Gastélier a surtoutsu établir urie AE nu entré l’éruption miliaire idiopathique et. celle qui. est purementsymptomatique (Æssaisur la fièvre miliaire). M. Baraïon a recueilli beaucoup de faits sur ce qu'il appelle la miliaire déguisée. Je vais en rapporter un exempleoù elle était déguisée sous une péripneum ome. Plusieurs personnes os attaquées de l'éruption Im liaire dans la même maison ; deux fréres eurent tous les symptômes d'une péripnenmonies L’aînése plaignait d’une douleur au côté droit , l’autre rapportait la sienne sous le sternum ; tous due toussaient., crachaient du sang et respiraient difficilement. Le pouls ne répondait point à la violence des douleurs; les sueurs étaient peu considérables; les malades se plaignaient de quelques picotemens dans la peau. L'érupuon miliaire se manifesta chez l’un le quatrième, jour; et chez l’autre le sixième. Les douleurs de côté ettous les autres symptômes de l’inflammation s ’évariouirent apres l spphca tion des vésicatoires, et la maladie parcourut ses périodes à l'ordinaire.

it. 7

S IL... Description générale ‘de l'Eruption miliaire,

06. Prédispositions eééauses occasionnelles. Les’ femmes sont plus particulièrement affectées de cette maladie que les hommes. Il'en est dé même des per— sonnes d’une constitution faible et délicate , des hypochondriaques, des hystériques , des nouvelles accouchées , etc. Gette maladié regne surtout dans les heux bas et humides, durant les consuitutions humides et froides : ‘elle survient facilement chez les individus qui se nourrissent mal et chez les femmes affectées de leüicorrhéé: “Une vie sédentaire et des affections morales tristes én sont aussi des causes fréquentes ; : mais une des’ circonstances qui l’occasionnent le pluscommunément, c'est l’äbus des sudorifiques dans le cours id maladies aiguës. Elle n ’ést pas contagieuse.

97. # ympiômes. L’éruption miliaire se déclare d’abord par de petits boutons rouges, souventisolés , ou rassemblés et plus ou moins nombreux. Cette: éruption s'élève d’abord très-peu : au-dessus du niveau de la peau , ét se distingué mieux au tact qu'à la vue. Vers le deuxième jour, il'se forme une petite vésiculé au sommet dé chaque bouton > vésicule d’abord d’une couleur jaunâtre , et qui devient bientôt blanche et transparente, en formant un petit 8 slobule sur le som met du bouton ; après deux ou trois jours, ces globules se rompent où s’énlévent par le frottement, et ils sont remplacés par de: petites croûtes qui bientôt après torbent en peutes écailles: Peridart que cette éruption parcourt ainsi ses périodes , et après qu’elle est terminée , 11 se manifeste un autre ordre de petits boutons qui suivent la même marche : ce qui peut amsi survenir à

ÉRUPTION MILIAIRE. . 99 une ou à plusieurs reprises, et après des intervalles plus ou moins longs. Certaines personnes ont même

- une telle disposition à cette maladie, eommé l’observe Cullen , qu'elles en sont plumes fois affectées dans le cours de léur vie. |

08. L’érupuon miliaire peut être fable, Ou compliquée avec quelque autre fièvre primitive ou avec une phlegmasie : de là vient la grande variété qu’on trouve dans les symptômes et la marche qu’en tracent les auteurs, si l’on veut comparer entre elles les histoires qu'on en rapporte. Mais tout se concilie aisément et devient simple, dans ce genre de phlegmasiés comme dans les autres, si on procède par la voie de l’analyse : qu'on se forme d’abord une idée exacte de lérupuon miliaire bénigne et indépendante de toute complication, et qu on la considère ensuite comme modifiée par sa coexistence ayec une fièvre essentielle ou une phlesmasie. C’est.ce qu'Allioni paraît avoir présenté dans le traité qu'il donna de cette fièvre ( Febris miliaris et Morbus miliarium ,.1758), puisqu'il la décrit comme simple et bénigne, puis comme maligne, et ensuite comme fièvre avec récidives.

09- Il serait inutile de retracer ici les sy mptômes des fièvres primitives ou des phlegmasies qui péuvént com pliquer l’éruption miliaire, et produire ce qu’Allioni à appelé miliaire maligne, miliaire gp se-renouvelle (miliaris recidiva). Les symptômes généraux qui ap- | set o à cés dernières complications peuvent être ‘rapportés, en général , à ceux des fièvres ataxiqués et à toutes les variétés dont l'éruption miliaire est susceptible pour sa forme , sa couleur, son étendue ; ; $a délitescence.

100 PHLEGMASIES CUTANÉES.

100. En général, les signes d’un mauvais augure dans l'éruption miliaire sont des sueurs abondantes et prématurées ; ; le pouls étant contracté , une urine aqueuse et limpide, une sorte de stupeur Nuniquel Le présage est sinistre si l'é éruphon est prompte; par exemple, si elle a lieu le troisième ou quatrième jour : c’est le contraire si elle a lieu le sixième jour ou méme plus

tard. En général , sa délitescence subite est d’un trés- “mauvais augure, ainsi que les mouvemens convulsifs qui surviennent après l’érupüon. f

S IL. Traitement de l'Eruption miliaire.

101. Un des principes fondamentaux du traitement ‘est d'éviter d'augmenter la chaleur externe du corps. On est aujourd'hui convaincu que la pratique anciennement adoptée dans le cas d’une éruption miliaire, de couvrir parfaitement le corps, et d’exciter, par des moyens externes et par des remèdes internes, lessueurs qui accompagnent cette éruptuon , est défectueuse; on a appris même que les différentes éruptions mihiaires non-seulement permettent, mais même exigent l’impression d’un air frais. Il est facile de juger que, alors même que l’éruption miliaire a paru , on doit employer tous les moyens indiqués en général pour modérer la sueur , à moins que, d’après la marche de la maladie , on ne juge que l’érupuon miliare et les sueurs sont critiques; les boissons d’ailleurs qu'on doit donner à l'intérieur doivent être délayantes et légèrement acidulées. Si enfin l'éruption miliaire est compliquée d’unefièvre primitive ou d’une phlegmasie quelconque, on pense bien que le traitement doit être dirigé d'apres

TRTICAIRE. 301 le caractère particulier de cette fièvre et de cette phlegmasie : aussi trouve-t-on de grandes différences dansles principes de traitement adoptés par les auteurs dans de pareilles maladies érupuves. F

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