‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 69 sur 129 · Prédispositions et causes occasionnelles · texte numérisé non relu

Prédispositions et causes occasionnelles

L’entérite peut être le résultat de lnssusception d’une portion d'intesun dans un autre ; elle peut être

ENTÉRITÉE 313 occasionnée par l'endurcissement de matières sèches , un état spasmodique , une compression étrangère ,une hernie, des poisons, et, en général, par des substances äcres prises à l’intérieur, par des purgatifs violens, par des laxatifs même légers donnés à contre-temps, par la mélastase de différens exanthèmes cutanés , de la goutte, du rltumatisme. Elle se manifeste souvent durant une température froide et humide, ou chaude et humide, et lors des variations brusques de l'atmosphère : une nourriture malsaine et la malpropreté peuvent aussi concourir à la produire.

526. Symptômes. L’'entérite se reconnaît à des douleurs fixes dans une parue de l’abdomen, avec le sentiment d’une chaleur brûlante ; l'intesuin enflammé forme , vers le siége de la douleur, une tumeur À A et rémitente , et l’abdomen, qui était d'abord contracté, prend une sorte d'intumescence ; 1l y a soif, vomissemens, constipation ; 3 le pouls est dur et déprimé, la respiration fréquente ,; l’urme fortement colorée; il y a hoquet, anxiétés, prostration des forces , et, par intervalles , mouyemens convulsifs, sentiment de stupeur et quelquefois de froid aux extrémités. L’entérite peut être aiguë ou chronique ; les signes d’un funeste présage sont un sentiment de froid qui succède à une chaleur intense " la cessation de la douleur , un pouls faible et intermitient, l’affaissement des traits de la face, etc. L'entérite peut se terminer par résolution , passer à l'état de gangrène, de suppuration, ou produire Pinduration. Souvent enfin l’inflammation des intestins passe à l’état chronique : alors la douleur est fixe k semblable à la morsure ou au déchirement des entrail=

les ; la chaleur est profonde. Ces symptômes peuvent être à peine sensibles ou trés-violens , et leur intensité est ordinairement modifiée par les périodes de la digesuon. Il y a constipauon ou diarrhée , et ces deux phénomènes peuvent alterner : ainsi les matières rendues sont irèes-dures et douloureuses à ;expulser , ou elles sont au contraire liquides et comme séreuses, quelquefois purulentes , sanguinolentes , et le sang peut être rendu sans mélange. Le ventre est dur, resserré, dans certains cas balonné par des gaz. La fièvre estnulle, ou légère , ou erratique. Onest étonné de voir quélquefois les digestions à peine troublées, et les forces se soutenir, avec des désorganisauüons vraiment effrayantes ; le plus ordinairement cependant les fonctions digestives sont altérées ; souvent les alimens les plus légers ne peuvent passer ; une faiblesse extrême et le marasme surviennent enfin. Le malade peut succomber au moment où on devrait le moins s’y attendre, ou après une augmentauon subite dans les symptômes, des déjections noirâtres, des vomissemens et des convulsions.

527. L'inflammation lente de la membrane muqueuse des intesuns grêles (1) peut occasionner un engorgement modéré ou considérable quu obstrue le canal alimentaire, ou enfin des ulcérations. Ces trois circonstances donnent lieu à autant de sympiômes différens. Quand la membrane muqueuse des intesns grêles n’est que modérément gonflée, au lieu de la consupation , le malade éprouve une diarrhée re-

(1) Dissertation sur l'Entérite chronique , par C. À. Perroteau. Paris , 180r.

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| ENTÉRITE. 815 belle ; l'abdomen est affaissé , et quelquefois distendu par des flatuosités ; la respiration n'est point génée , à moins que la tympanite ne soit portée à un haut degré; et, dans ce dernier cas » la situation élevée de la poitrine est déterminée par la dyspnée : l’altération des traits de la face a lieu plus promptement. Quelquefois l’inflammation donne lieu à un engorgement considérable qui rétrécit l'intestin et ferme le passage aux alimens ; alors > au lieu de la diarrhée , il y a un vomissement Opiniâtre ; quelquefois , en touchant l'abdomen , on reconnaît à travers ses parois des tumeurs et des duretés; la douleur est souvent trés-obtuse. Le malade traîne plus où moins longtemps, suivant que la partie affectée est plus ou moins voisine de l’estomac, suivant qu'elle est plus ou moins étendue ; la mort succède enfin à l'épuisement. Quand l'engorgement est suivi d’ulcération , le malade éprouve des douleurs plus vives et une diarrhée séreuse et brülante. Quelquefois, aprés que l'engorgement a été porté au point de boucher le canal alimentaire , l'intesun s’ulcère, diminue de volume dans l'endroit engorgé , et permet le passage des alimens : alors au vomissement et à la constipation succède une diarrhée rebelle, séreuse et brülante. L'époque de ce changement de la constipation et du vomissement est marquée par des douleurs opiniâtres, vives et déchirantes , qui se font sentir vers l'ombilic. Ces dou leurs cruelles persévérent jusqu’à la mort.

S IT. Traitement de l Entérite.

328. Le traitement de l’entérite présente Ja plus grande analogie avec celui de la gastrite ; 1] faut,

316 PHLEGMASIES DES MEMBRANES MTIQUEUSES.

dans chacun de ces cas, diminuer l'irritation lorsqu’elle est trop intense. Des boissons et des po-. tions mucilagmeuses, des lavemens émolliens, des bains ou des fomentations uédes, ‘sont en grande partie les seuls moyens qu'il soit convenable d'employer; l'opium ne saurait être utile que lorsque . Pinflammation est suffisamment apaisée. Celle-ci est quelquefois d’une telle intensité , qu'on a besoin de pratiquer des saignées , soit générales soit locales. Dans le cas de constipation opimiâtre, on a encore recours à de doux laxatifs, tels que la manne, les huiles fixes non rances, et entre autres l'huile dé ricin. Comme le vomissement est un des symptômes fréquens de l’eniénite, 1l faut avoir soin de ne pas gorger l'estomac de liquides tièdes , qui sont si propres à le prorodguen Le traitement de l’entérite chro-. nique présente beaucoup dé difficultés : on peut également craindre de trop exciter et de trop débiliter.

On se contente, en général, de combattre les sym- A ptômes les plus urgens.

DIARRHÉE CATARRHALE (1) S I. Considérations générales.

329. Le conduit des intestins , et surtout la membrane muqueuse qui le revêt à l'intérieur, jouent un rôle si important dans l’état de santé, soit par leurs rapports immédiats avec les autres sécrétions ouexcrétions , soit par les qualités plus ou moins stimulantes.

(1) SyrnonrmiEe. Diarrhæa pituttosa , Sauvacss ; Diarrheæ mucosa, Cuiven ; Pituitaria et leucorrhois , Voeer.

DIARRHÉE CATARRHALE. 317 des matières alimentaires, soit par l'influence des affections morales’; leurs sympathies avec les autres parties sont tellement multipliées dans les maladies aiguës ou chroniqües, qu'aucun objet n’est peut-être devenu plus compliqué et plus obscur pour les noso= logistes, que les affections de ce même conduit intestinal, désignées iour-à-tour sous les noms de dévoiement, de diarrhée, de flux de ventre ; de passion cœliaque , de lienterie, etc. Lie désordreet la confusion ont été portés au comble , en faisant souvent entrer dans ce recensement les affections symptomatiques du conduit intestinal, qui sont innombrables , et en néghigeant de prendre pour fondement des caractères disuncufs les fonctions bien déterminées des membranes muqueuses, et les recherches d’anatomie pathologique. Combien on se serait épargné d’erreurs et de vaines recherches , si on avait suivi la marche sage et circonspecte de Morgagni , et qu’on n’eût point séparé l’histoire des symptômes d'avec les résultats des ouvertures cadavériques ( de alvi Profluviis ; ete. Ep. XXV1)! Un autre auteur a traité le même objet avec encore plus d'étendue et une érudition immense : c'est le docteur Lambsma (1); mais quelques articles seulement de son ouvrage se rapportent directement au flux de ventre primitif, comme ceux qui ont pour. ütre, de ventris Fluxu mucoso, de ventris Fluxw aquoso , de Dejectionibus glutinosis ; et cet auteur est encore loin d’avoir étayé ses recherches de celles de Panatomie pathologique. Une

(x) Fentris Fluxus muliplex , ex antiq. et recent. monumentis proposiius , élc. Amstelodami, 1756.

femme, dit Thomann (Annales Instituti medico= clinici,.etc.), fut purgée après un accouchement pénible et durant l'écoulement des lochies ; on lui avait donné un purgauf drastique , à cause de certains symptômes d'embarras des premières voies, et l’effet en avait été tel, que la personne avait eu plus de vingt déjections. Depuis cette époque, diarrhée continuelle avec des douleurs de coliques et un épuisement progressif. À prés une année, elle fut transportée à l'hôpital de Wurtzhourg : face pâle , légère rougeur des joues, extrême sensibilité de la vue aux rayons du soleil, habitude de corps grêle et que le moindre mouvement | jetait dans un état d’irritation ; en même temps douleur de tête gravative, assoupissement, respiration génée , oppression et resserrement de poitrine, douleurs de colique qui étaient interrompues par les déjections ; l’appétit était cependant bon, mais satisfait par peu d’alimens; la digestion était laborieuse, avec des flatuosités ( décoction de bois de campèche et de racine de valériane, avec quelque calmant et du miel; régime succulent; pour boisson, du vin et de l'eau). y eut plusieurs alternatives de suppression et de retour des déjections liquides , ce qui donna lieu à des variétés pour lPusage des médicamens et du régime ; mais le changement fut de plus en plus favorable, et vers la fin du mois de ce nouveau traïtement,

la diarrhée cessa , ainsi que les autres symptômes, à:

l'aide d’un régime diététique de plus en plus restaurant : la personne sorut de l'hôpital dans un état de guérison confirmée.

330. [1 semble qu'il faille admettre comme une autre sorte de diarrhée primitive celle qu'on nomme

thin

DIARRHÉE CATARRMALE. 518

séreuse , et qui paraît provenir moins d’un état d'irritation Fes les follicules glanduleux , que d’une aug mentation d'action des vaisseaux exhalans qui aboutissent à la membrane muqueuse. Willis, Potérius, Marcellus Donatus, Carolus Piso , ont observé de semblables déjections séreuses excessives ; elles paraissent surtout en automne avec le concours de pluies trèsfréquentes » Comme Si le corps, en pompant avec excés l’humidité surabondante de l'atmosphère , avait : besoin de se débarrasser pe ge par un auirë excrétoire. Quelquefois aussi une évacuation excessive semble tenir à un principe irritant qui a son siége dans l’estomac. Riolan rapporte l'exemple d’une dame qui périt en quinze heures, après une quantité énorme de déjections séreuses : à sa mort on aperçut une ulcération dans le fond de l'estomac. Rien n’est aussi plus : curieux et plus instructif que ce qui arriva à Morgagni lui-même : obligé d’aller én poste pour donner du secours à un cardinal, il fut tout-à-coup saisi d’un flux de ventre séreux si abondant, que, dans douze heures, 1l rendit par l’anus environ seize livres pesant d’un fluide presque limpide ; il n’y avait que peu de douleur; les selles n’étaient point très -fréquentes mais trés-copleuses ; ; Morgagni doute même qu'elles eussent cessé, si, fatigué par des nausces incommodes , 1l n'avait point cherché à provoquer le vomissement par une boisson üède : les efforts qui.en résultérent firent rejeter une sorte de feuille d'herbe. verdâtre, et aussitôt les nausées et le flux de. ventre cesserent. Îl remarque que, voulant se rendre raison de ce fait, 1l se rappelait seulement avoir mangé à la hâte pendant qu'on changeait les chevaux de poste , ce qui

lui avait peut-être donné lieu à avaler quelque substance pernicieuse. Le lendemain, il s’apercut du danger qu'il avait couru , en se trouvant dans un état de faiblesse pareil à celui qu'il aurait pu contracter par une maladie longue et des plus aiguës.

S IL. Description générale de la Diarrhée catarrhale.

331. Prédispositions et causes occasionnelles. La diarrhée est une affection primitive qui tient à un état d'irritation de la membrane intestinale, produite, soit par des matères âcres qu'on a avalées, soit par une sorte de métastase de la matière d’une autre sécrétion sup— « primée où très-diminuée. Le séjour des grandes villes,

comme Paris, Londres, Amsterdam, peut la déterminer dans les premiers temps chez les étrangers qui viennent y résider, peut-être bien moins par l'usage de l’eau que par le concours de beaucoup d’autres causes. Elle peut aussi être produite par les poisons ou les purgaufs violens ; où même par Îles purgatifs légers donnés à contre-temps , et lorsque les viscères abdominaux sont dans un état d'irritauon et de sensibilité

plus ou moins vives. | 352. Symptômes. Ils consistent dans l’abondance de

déjecuons alvines ordinairement très-fréquentes , de nature müqueuse , accompagnées de coliques et d’un ” épuisement progressif ; les materes rendues sont quelquefois liquides ; l’affablissément qui s'ensuit est plus considérable et plus rapide. La diarrhée catarrhale peut être aiguë ou chronique ; elle peut se terminer d'une manière heureuse, ou être suivie d’ulcérauon

ou d'induration et de squirre.

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