Les affections aiguës et chroniques des intes
uns et les altérations organiques qu’ils peuvent contrac-
ter, sont un des objets sur lesquels Morgagni a le plus RUE ses recherches : il revient à plusieurs reprises , dans son immortel ouvrage, sur la tuméfaction de
1 bdômen et la distension du conduit intestinal par des fluides aériformes, sur la couleur plus ou moins rouge, hivide ou noirätre qu'il a contractée, sur les signes d’une inflammation plus ou moins intense, et sur la gangrène de quelques-unes de ses parties, etc. Il restait encore (et on est loin d’avoir épuisé la matière) à insister particulièrement sur l’ordre des symptômes corréspondans à ces différentes lésions, ‘et c’est dans cette vue que j'ai pubhé ailleurs ( Médecine clinique) des observations pour servir à l’histoire des affections
organiques des intesuns. Des diarrhées chroniques ,
avec des douleurs sourdes et un dépérissement progressif plus ou moinslent , paraissent, d’après ces résultats, tenir à des lésions variées de la membrane muqueuse des intestins, d’où le mal: se propage quelquefois aux
autres tuniques. Dans un de ces exemples, la mem-
brane muqueuse du duodénum , du jéjunum et de liléum était très-rouge et plus épaisse que dans l’état ordinaire ; les tuniques musculaire et séreuse étaient sans altération; dans ün autre, la membrane muqueuse d’une portion de l'iléum , celle du cœcum, du colon et du rectum , étaient très-rouges, épaisses et parsemées de points noirâtres. Une singularité remarquable, c'est qu'on a quelquefois trouvé une ou plusieurs excroissances fongueuses dans l’estomac ou dans les intestins. Dans un cas de cette nature, PARWiIEUE a vu . la surface muqueuse de l'estomac très-rouge et épaissie, et vers le milieu de ce viscère , deux tumeurs fongueuses non-pédiculées , du volume et de la forme d’un
ENTÉRITE. 50g pois; et au commencement du duodénum, deux tumeurs enplogues. Plus près de l’orifice pylorique 402 remarqué un fongus rouge, pédiculé , de IE longueur de quatre centimètres, fixé obliquement à l de de deux branches, dont l’une naissait de la circonférence du pylore, et l’autre de l’intérieur du duodénum. La surface muqueuse du duodénum, du jéjunum et de liléum était d’ailleurs épaissie et d’unerougeurintense, leur cavité remplie d’une mucosité épaisse et.sanguinolente : les tuniques soujacentes étaient dans l’état ordinsire: En poursuivant ces recherches sur les affections chou abdominales , Serain a souvent rencontré ces mêmes tumeurs FR etanalogues aux polvpes, variées de forme et de volume, 6 ou groupées dans différentes régions de l'estomac, et souvent prés de l’orifice cardiaque : elles étaient toujours assez molles et surtout vers leur sommet, qui, dans des cas trés-rares, était le siége d’une Lo 4 premier point, sans doute, d’ un véritable cancer de l'estomac. Du reste, tant que la membrane n’est point entamée, ces excroissances ne donnent lieu à aucun symptôme qui puisse les faire reconnaître. L’inflammation a porté , dans certains cas, plus particulièrement, mais sans produire d’ulcération, sur les gros intestins ; et leur membrane muqneuse s’est trouvée rougeätre , tuméfiée, inégale , mais sans ulcération : la cavité était remplie de matières jaunâtres. Après avoir séparé cette membrane de lamusculaire, lesinégalités disparurent, et sa surface ne présenta aucune trace d’ulcération; elle était seulement plus rouge et plus épaisse que dans l’état ordinaire , et les tuniques soujacentes étaient saines. Chez une femme attaquée aussi d'une diarrhée chroni-
que, la lésion était portée plus loin : la surface muqense de F'iléum , du cœcum , du colon et de l’extré= muité PRPPREUEE du rectum était très-rouge ot épaissie ; ; il s'étant formié divers points d’ Tera Ène qui laissaient à nu le üissu sous-muüqueux et la tunique musculaire. Aprés avoir séparé soigneusement cette membrane muqueuse par la dissection, elle parut comme criblée de trous ovalaires ; une partie seulement de son épais seur était détruite dans certains points ; le liquide contenu dans les gros intestins était grisâtre, visqueux , puriforme et féide. Enfin, dans certains cas extrêmes, Ja lésion s'était propagée jusqu’ à la LOTAIES péritonéale. Une femme à qui l’on avait persuadé , à la suite de ses couches, qu'elle devait insister sur l'usage des purgaufs trés-acufs, usa long-temps de ce qu’on appelle la poudre de C Lire int g," et tomba enfin dans une diarrhée très-rebelle , avec des douleurs plus ou moins vives des intestins. Pat arrêter ce flux de ventre, on lui fit prendre pendant une vingtaine de jours une boisson styptique où entrait le tartrate de potasse et de fer (boule de mars) : les douleurs de coliques devinrent habituelles ; plus de sommeil ni d’appéut, fièvre hectique avec des exacerbations le soir, douleurs vives et continues , décomposition des traits de la face, dépérissement progressif, et la mort. A l’ouverture du corps, On trouva les intestins gréles dans leur état naturel, et leur surface mtérieure unie et couverte d’une mucosité jaunâtre ; mais les gros intestins étaient contractés, rétrécis, et leurs parois endurcies; toute la surface interne d’une FAîUÉ de l'arc du colon et de presque tout Je cœcum était inégale, rugueuse et ulcérée, ou plutôt leurs tuniques avaient acquis l’épais-
| ENTÉRITE 11 NOR seur de plus d’un demi-pouce, avec formation d’une matière lardacée , et tousles caractères d’un vrai cancer : Vinflammation de la partie correspondante de la membrane péritonéale avait donné lieu à l’épanchement d’une sérosité abondante dans la cavité abdominale.
324. Parnu les nombreuses observations recueillies à la Salpétrière par Serain , pour éclairer le diagnostic des affecuons chroniques de l'abdomen, -j'en choisis une qui prouve jusqu’à quel point l'inflammation de presque toute la membrane muqueuse des voies digestives peut être intense , sans amener de symptômes graves et sans déterminer de véritables lésions organiques, lors même qu’elle existe depuis long-temps. Une femme adonnée aux boissons alcooliques avait cessé d'être menstruée à cinquante ans, sans aucun accident ; à soixante , des pertes utérines se sont mamifestées et ont duré jusqu’à soixante dix-sept ans. Vers cette dernière époque, les symptômes d’une inflammation obscure des intestins parurent et augmentérent lentement pendant six mois , jusqu’au moment où la malade entra à l’infirmerie , se trouvant dans l’état suivant : consüipation opiniâtre , sensibilité douloureuse de tout l'abdomen , perte d’appétit, soif légère; les alimens, même les plus solides, sont encore digérés ; douleur des membres , frissons irréguliers, mais si fréquens que cette femme ne se plaint de rien autre chose que d’avoir toujours la fiévre. Le sang se méle souvent aux selles, et parfois même il est rendu pur. Cependant , depuis quelques jours , on n’en aperceyvait plus de traces; mais la sensibilité du ventre était devenue plus vive et les frissons étaient presque conurus , lorsque, le douzième jour
Are PHLEGMASIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.
depuis son entrée, à la suite d’une violente colique qui la prit à cinq heures du matin, la malade vomit des maüères noirâtres et féüdes ; le soir, elle eut des celles abondantes de même nature, et mourut quelques heures aprés, n'ayant ainsi gardé le lit que trés-peu detemps. À l’ouverture , on trouva plusieurs taches rouges sur la face interne de l'estomac. La membrane muqueuse de tous les intestins était fortement enflammée, et sa couleur passait par degrés d’un rouge obscur au brun livide, en allant desi intesuins grèles vers les gros intestins. Un fluide muqueux , peu abondant , te d’un sang vermeil exactement mélangé » enduisait tout le conduit alimentaire , même de les parties les plus brunes, qui n'étaient point d'ailleurs altérées dans leur texture, et dont les différens tissus conservaient toute la tenacité qu'ils ont dans l’état naturel. A l’extérieur, les intestins paraissaient seulement un peu plus violets qu'ils ne le sont ordiñairement ; le péritoine offrait cette teinte dans toute l'étendue de la cavité abdominale , Où 56 “trouvait épanché une pinte d’un liquide couleur de café, et qui n’était rien autre chose qu’une sérosité sanguinolente altérée par son séjour. Que faire dans des affections semblables, sinon insister sur les bois— sons mucilagineuses émulsionnées, sur des applicauons émollientes etsur le régime le moins irritant ?
6 Il. Description générale de l'Entérite.