NÉVROSES
sations des artères et du cœur , ainsi que la respiration , ne sont point lésées. Ces affections peuvent tenir à des causes physiques ou morales variées , à des frayeurs , des chagrins profonds , des excès d'étude p l'abus des liqueurs alcooliques ou des narcotiques. Les f>ésames sont caractérisées par une lésion plus ou moins marquée dans l'exercice des fonctions de Tentendement , comme la perception des objets , le jugement , la mémoire , l'imagination ; ou tien dans les facultés affectives, comme l'habitude d'une tristesse profonde , ou des emportemens violens sans cause , une aversion insurmontable ou une passion effrépée pour certains objets , la morosité la plus sombre , ou la joie la plus extravagante et la plus évaporée.
44* Affections COMATEUSES. Le plus souvent spo* radiques, elles paraissent aussi quelquefois avoir régné d'une manière épidémique. A quel changement produit dans les qualités physiques de l'atmosphère pourrait-on rapporter l'exemple très -singulier d'une constitution épidémique marquée par des affections soporeuses ? Durant les derniers mois de l'année , froid modéré ^ pluies continueUes , vent du midi îdfnpétueux , orages fréquens ; de là une grande variété de maladies catarrhales ( Ephemerides Nat. Curios.'decuria 11* yorm. i.), puis des fièvres d'un mauvais caractère , des exanthèmes , des accouchemens laborieux, enfin des suppressions de menstrues , des affections hystérique^ , des vertiges ^ des épilepsies , des apoplexies , des paralysies , le carus , la catalepsie. L'auteur a d'ailleurs rapporté des histoires particulières de ces maladies y pour fixer avec plus de
DES FONCTIONS CERIÉbRALES. Sy
précision le résultat de ses observations. Une fille de cinq ans , somnolente et d'un caractère, plein d'aigreur , éprouva une contrariété étant à table , et fut saisie tout-à-coup d'une sorte de roideur universelle , en conservant sa position antérieure et un regard d'indignation fixé sur sa sœur ^ qui avait provoqué sa colère. On lui crie à haute voix, et elle n'entend rien ; ses bras conservent la position qu'on leur donne ; elle ne peut remuer les lèvres; en la conduisant par la main , et en la forçant , elle marche : on l'eût prise pour une statue de cire. Pendant le paroxysme ', elle était froide comme un marbre ; une heure après , rétablissement de la chaleur , avec des pandiculations , des borborygmes et des soupirs profonds; ce qui était suivi de sueurs copieuses. Un magistrat outragé au milieu de, ses fonctions publiques en conçoit tant d'indignation , qu'U reste imhiobile , sans parole et dans un véritable état de catalepsie ; l'impression même en est si profonde, qu'il est bientôt après frappé , comme d'un coup de foudre , d'une apoplexie mortelle. L'auteur de ces .observations a vu aussi , durant la même année, une afieotion carotique qui devint funeste; mais des faits semblables suffisent-* ils pour çn tirer le caractère de la constitution inéditcalç. de l'année ? ( Médecine clinique^ )
La léthargie , ordinairement symptôme d'un^ fièvre aiguë, est marquée par un assoupisseilient continuel. Éveille-t-on les malades , leurs propos indiquent le trouble de leur entendement ; ils oublient ce 'qui s'est passé , et ils retombent aussitôt dans le sommeil. La léthargie tient, en général , à l'affection des viscères abdominaux; ses symptômes précui'seiu«#
33 IVÉVROSBS :
sont une pesanteur de tête i des vertiges , de» an^îet^ , des nausées , des vopiissemehs , etc. Un liomme de 4[uarame*cin(f ans , accoutumé à une vie sédentaire et siijet au flur hémorrhoïdai, éprouva pendant quelque temps des vertiges , une (fouleur de tête grava-» tive, la perte de l'appétit avec des nausées : un emportement de colère, survemi dans ces cirdonfetattces , le jeta dans une léthargief portée à un si haul'dôgré , qu'on pouvait à peine l'éveiller ; mais les évacuais et un régime conrvenable stiffitieftt |)our le'giirfépiï^î :^ ce qui indique que le principe de cette léj,hâfrgiô éiait dans l'abdomen. Le coma ei h barus^ sont des affections sopcM^euses qui ne diffèrent entre telles que par le degré, qui sont produites par les mêmes causes que l'apoplexie , et qui doivent être rènfei?mées dans le même^ genre que cette dernière ; leur foyer primitif est souvent aussi dans l'abdomen , mais quelquefois dans la tête : de là tes succès fré^jnejns de l'émétiqué. ÈOerhaave (çie Môf*b. nerP.) rapporte deux exemples d'un sommeil profond cau$é pafr des excès dans le vin , et guéri par dés vomitifev Je dqis ,àt ce sujet citer une observation très-curieuse , <ju'oiï trouve dans un recueil de faits dé médecine , par HenricUs-âb-Hecrs {Obser^ationes meciicce).<'Un homme , dans un état d'ivresse , était plongé dân« un somtneil profond depuis quatre jours jf on imagina que la cause eu pouvait être une compressioti' du cerveau à la suite d'une fractttre , et on se disposait déjà à faire l'opération du trépan. Henricds-ab-Heers^ en observateur habile , examine les tégiitnens 4^ la tête , et n'y aperçoit aucune trace de lésion ; 3 trouve le pouls bien développé, et la respiratibu libre et pouu
DES FONCTIONS <^£R£BRAL£S. Sq
du tout sterloreuse ; il rapproche toutes les autres circunstauces, et il affirme avec assurance que Topération est superflue. Eu effet , à peine quelques poîls de la moustache de livrogne soInt-iJs arrachés^^ que celui^-ci se réveille en sursaut ; il s'emporte avec violence contre le médecin , avec menaces de lé frapper s'il ose encore toucher à sa barl:>e.
45. J'ai donné autrefois , dans un journal ,^ l'extraie d'un Mémoire du docteur Riisck (i) sur les effets {>ernioieux de la boi^on habituelle de l'alcool ; et c'est là sans doute un beau texte pour un article de médecine morale , pmsqu'il existe peu de principes aussi destructeurs pour l'homme que les excès et la longue habitude des boissons alcoolisées. Quoique l'empire de l'habitude^sur ce point soit si puissant , et que tout le^ préceptes les plus sages qu'on donne puissent être «ans effet , il est toujours utile d'éclairer l'homme sur unedes;soui'ces les plus fécojndes de ses maux et de ses infirmités^ On doit prévenir cependant qu'on entend proprem^i\t par liqueurs alcooliques celles qu'on tire , par la distillatiioa , des substances fermentées de toute sorte, et où l'alcool est à nu. Oh ne comprend point ici sous ce nom le vin , le cidre , la bière , le punch , et autres liqueurs oii l'alcool est combiné avec une matière sucrée , une substance extractive , ou im acide , qui eu tempèrent plus moins Faction stimu*» lante , et en empêchent l'effet nuisible , à moins qu'on ne se livre à des .excès coupables. Un temps humide et froid et un travail pénible portent l'homme à boire
(i) An enquir^- into the effets of spîrituaus liquors , clc..
4o NEVROSE»
des liqueurs alcooliques , parce qu*il en éprouve aussitôt une augmentation de chaleur et de forces , et que sa circulation en est accélérée j mais cette action stimulante est de peu de durée , et bientôt après il retombe dans un état de torpeur et de fSaiblesse qui oblige de recourir au même restaurant pris à une dose plus forte ; ce qui mine insensiblement la consitution et use les organes. On ne fait point attention que le vrai soutien de la chaleur animale et des forces consiste dans l'exercice du corps et une nourriture solide et abondante. Lorsque l'ivresse a lieu par excès des liqueurs alcooliques , la respiration n'est nullement gênée ni stertoreuse , le pouls nullement fébrile ; quelquefois le visage est pâle et tes traits altérés j d'autres fois, la face rouge et fortement colorée; assoupissement profond , flexibilité des membres. L'ivresse , comme le remarque Galien , se termine quelquefois du deuxième au troisième jour oii même plus tard , suivant les qualités du vin , la constitution particulière du malade , sa manière de vivre : le plus souvent elle ne dure point au-delà de six où sept heures. Henricus-ab-Heers et Fbrestus , dans leurs recueils respectifs d'observations , en rapportent des exemples remarquables.
46- En Irlande , les habitans de la campagrie vivent, en général , de pommes-de-terre qu'ils font bomllir dans l'eau et qu'ils mangent avec du lait , après en avoir enlevé la peau. Ces hommes qui, dans leur heureuse simplicité ; né font point usage de liqueurs fermentées , sont les plus forts et les plus robustes. Leurs enfans sont aussi très-remarquables par l'excellente constitution dont ils héritent de leurs pa-
DES FONCTIONS CEREBRALES. 4^
rens (i). Ceux qui ont voyagé dans 1^ Pyrénées savent que les habitans de ces montagnes se divisent en voituriers et en pasteurs. Les premiers , obligés de mener ia vie la plus dure, ont recours Sans cesse à des liqueurs fortes pour soutenir le froid et le travail. Ces hommes, dont le sommeil est semtlable à une léthargie, ont tous les vices attachés à la crapule; ils périssent en général à la fleur de l'âge , et ils ont des enfans faibles et infirmes. Les pasteurs , au contraire , ne se nourrissent que de pain de seigle , de lait et de fromage; ils scmt doux , obligeans, d'une franchise singulière, et remarquables par leur vigueur et leurfoirce, et ils combattent avec avantage les ours et les autres animaux féroces : on les voit aussi parvenir, engéhéraly à une vieillesse extrême. Une constitution robuste., soutenue par un travail pénible , peut , à la vérité, ocmtre-balancer les effets nuisibles des liqueurs^ alcool lisées pendant plusieurs années; maîs'tine longue ha-^ bitude et des excès répétés d'intempérance provO<i[ticnt la langiieur derêstôinac, la perte de l'ajipétit, le tremblement des membres, la jaunisse, Tascite, ou tùémé une hydropisie générale, l'apdplelie,' là paralysie, et d'autres affections^ nerveuses souvent inéurablësL
47- Le rapprochement des essais ide Whytt et dé Ahton y sur les effets de l'opiùrii (Mèd. Essais bj a Socwtj of Edifnburgh ), fait voir qu'une dissolution de cet extrait injectée dans l'àniis d'uti anitnal , dans
(i) César dit^ en parlant du peuple le plus belliqueux de l'ancienne Germanie : Vihum ad se omninb importari non sinunt^ quodeâ re ad laboremferendum remollescere homines atçfue effœminari arbitrantur.
4^ „ BrÉYHOSES
rabdoraen.y dans la poitrine , au moyen d'ttne plaie > ou lorsqu'on l^.p^qnd. par la bouche , prive du senùment et du mpuve.pAçm, ou tout le corps entier ,;oa les parties qu'elle louche, et quelleagit en détruisant la force motrice des muscles , . c'est-i^rdire , en portant: une atteinte dirçqtïç:à,rirritabitlé:et à lasensibili^- En. général , l'opium, pçi^ ^ l'intérieur augmente la chaleur animale, rend la^ i:espiration plu^ . fréqjueAtè et plus difllcUe , déterufine une irritation et un PaptuS du sang yqr^.l^ i^te^, affecte les nerfs de «tupeur , ei ôte ainsi le sentiment, ,d'ui;e. douleur étrangère ^ inspire \fx plus souvent de la gaîié à la m^s^m des liqueur^ vi-* neuses , provoque le sommeil en augipentant la rou-j geur de U face;>^t ^ on le pre(r^, à; trop fprt^ do^e quand on n'en a poinjt l!habit^de,. il prodirit des y^^ tiges^ la liorpeuc^. l'ivrçsse , déj^lite, lt9^s les n^uve^ mens de l'animal, excite un son^meil, profond qui peut devenir ,ïnoi:tel| et finir p^V^^pl^^ ^ l^* convulsions,, çfifante une &orte de délire pç^dafttrC;^ sommeil, fait paraître. 4e& fantômeS' qu'on, prend p0uf i^^ çéalités, et peut produire même, par son uss^g^ prolongé , uu ét^t cla^ronique de folie etd^ dém^n^t Une personne, d'un âge moyen ayai^ pris p^r még^M^de d;çu^ grains (dix centigrarnmes) d'op^Mi^ ^^"^'^^ dose; je fus appelé, pour lui 49^^^r 4u secours; &(>i^ état avait jeté ses parens dans les plus gr^de^ alarmes : vue ^rouble,. les yeux àj demi-fermés, visage " pâle, sons inarticulés, sueur froide, immobilité générale, stupeur. Le suc d'un citron édulcoré, et délayé dans un verre d'eau , fut la seule boisson presrcrite , et l'heure suivante tous les symptôuies finirent par disparaître. La dose ordinaire de l'opium ^ pour
DES FONCTIONS CEREBRALES. 4^
nou» , est d'un quart de grain , d^uïi cïemi- grain , ou tout au plus d'un grain; mais l'habitude que les Turcs , les Perses et les autres Orientaux en ont contractée , leur permet de porter cette dose jusqu'à un gros, une demi-once ou même une once, dans l'espace de vingt-quatre heures. L'action de Fopium sur eux est toute différente que sur nous ; ils ne peuvent obtenir le sommeil qu'eii'pôitaiit là dose au-delà du point ordinaire ; mais il leur procure une sorte de stupeur avec une pesanteur de tête , et les jette dans un état de denii-veille ; suivant enfin que la dose est plus ou moins, forte ^ il les égaie, les enivre, les rend courageux à la guerre , agiles à la course , propres à soutenir un travail pénible, intrépides dans l'adversité, joyeux , voisins de la fureur ou du délire. Les effets miisibles de l-alnis de l'opium sont la perte de Tappétît , l'amaigrissement , la languettr , la mêlant colie, la stupeur, la^ somnolence, la tacitumité , l'abolition de la mémoire , la vacillation des facultés de Tentendement , un vieillesse précoce , • une mort prématurée. Un homme avait pris • neuf pilules qui contenaient trois^ grains et demi d'opium y avec autant de Mifràn : d'abord sommeil agité*, et un quart d'heure après ^ point de mouvement ^ aridité de la boudie qui empêchait d'articuler les sons» : oai cheiî-f clïa à dissiper son sommeil en lui parlant , et on lé forçait de répondre. Après une heure, vertiges , trouh ble <le la tête ; il lui semblait que son lit était suspcnda dans l'air, qu'il volait, et que tout tournait aulonr de lui. On le fit sortir du lit ; il se promena en vacilr» lant , mais peu à peu sa marche fut im plus fermé ; à peine cowervait-il k sentiment de son existence}
44 NÊYROSKS
cependant il répondait avec justesse. Une demi-heure après ^ perte des fonctions des sens, excepté de la vue et de l'ouïe ; on lui faisait flairer en vain le vinaigre et Fammoniaque. Une demi -heure après^ froid des pieds et des mains, avec une sorte d'insenftihilité , excepté ea approchant celles-ci de ses joues j il éprouvait aussi' un sentiment dé froid au dos, comme dans un accès de fièvre intermittente, ei sans cpie l'application de linges chauds pût le dissiper^ Se reposait-il, il semblait éprouver les langueurs de la mort , en sorte qu'on le faisait promener sans cesse , quoiqu'il fermât, ses paupières^ et que ses genoux nç pussent Je. soutenir. Vers la troisième heure , a dater de la prise de l'opium , il Semblait que les ténèbres de son entendement commençaient à se dissiper : le pouls s'était relevé; mais si on le laissait à lui-même , il retombait ^^ns une affçction comateuse. Vers la quatrième heure, on lui fit preïidre de l'eau alcoolisée de mélisse et de menthe, et il en parut un peu restauré ; il en prit encore une dose , et il sentit une sorte de prurit dans toute l'habitude du corps. L'engourdissement cessa par l'usage des frictions , . de sorte que le sens du, tact se rétablit ; et en même temps il paraissait conserver le souvenir de; ce quiVétait passe : il lui semblait que ses yeux avaient acquis un volume immense- L'action, de l'opium; né parut pas durer aundela de rsix. heures, et la personne reprit ensuite jsfès fonctions ordinaires. (Bianchi, IFisL hepat.)
4^8* Au. nombre des substances vâiéneuses , et qui -agissent par leurs propriétés narcotiques avec danger de mort , on compte la ciguë aquatiq^ie ( cicula aqua^ tica , L.), la ciguë terrestre {cotiium macidatum, L.),
DES porrqlrioi^s cskÉBRALEs. 4^
Faconit ( aconitum napeUu.s, L. ), la jusqfuiame (hyos^ ciamus niger, L.), leihelhdone(atropabelladona,lj.). On trouve des exemples curieux de l'action de ces poisons narcotiques sur l'estomac , et des effets nerveux qui en sont la suite , dans l'excellent ouvrage de Wepfer {de Cicutâ aquaticâ)* On peut leur assimiler l'ivresse extrême produite par l'excès des liqueurs vineuses prises à l'intérieur , ou par une trop forte dose d'opium.
49« Oh observe des variétés singulières de symptômes iierveux produits par l'usage intérieur des végétaux ilarcotîques suivant leur dose > la constitution de l'individu, la jeunesse ou l'âge avancé , etc. : gaîté vive, ou transports d'une joie tumultueuse , douleur dans la région précordiale, air égaré , perte totale des fonctions des sens, ou altération plus ou moins marquée de quelqu'une d'elles; espèce de iris^ mus ou serrement tétanique des mâchoires , distorsion des yeux , hoquets fréquens , nausées , vomissemens spontanés, contorsion des membres, dos courbé en arrière ; quelquefois face cadavéreuse , respiration insensible, froid des extrémités, affection soporeusè profonde ; d'autres fois agitation des membres , rougeur de la face , vertiges , attaque d'épilepsie , imagination troublée ou délire, hallucination qui donne la réalité et l'existense à des objets fantastiques , fureur, manie plus où moins déclarée; ou bien stupeur, privation totale du sentiment et du mouvement, çt la mort.
5o. En 1797, au mois d'octobre , on transporta aux infirmeries de la Salpêtrière tiois enfans d'environ neuf à dix ans chacun, attaqués des sympiÔmes
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nerveux les plus singuliers : mouveinens convulsifs très-irréguliers , sortes de gestes pantomimes^ agitations brusques des membres ^ le r^ard fixe , des pleurs, des cliants, des cris aigus ^ réponses ridicules ou nulles aux questions qu'on leur faisait ; ils figuraient tour^-tour avec leurs doigts et leurs mains Fexercice de la filature , et ils semblaient chercher des épingles. On m'apprit que trois heures auparavant leurs extrémités avaient été froides , qu'ils avaient eu des nausées et un pouls presque insensible, et que , quelques momens après , le délire maniaque s'était manifesté. Un accident commun à trois enfans , Fanomalie de leurs symptômes nerveux , et leur analogie avec les exemples particuliers d'empoisonnemens par des végétaux narcotiques qu'on trouve consignés dans des recueils d'observations, me firent présumer -que telle était la cause de ces affections , ^ que des bonnes femmes traitaient déjà de sortilèges. : on fit des recherches, et on trouva un pied de bdla^ dona chargé des ses baies dans le lieu ordinaire de la promenade des enfans. Chacun de ces jeunes malades fut émétisé sur-le-champ, et on leur donna ensuite une boisson abondante d'eau avec le siix>p de vinaigre, ce qui fut d'abord difficile , à cause du trisfnus ou du rapprochement tétanique desmâchmres : Tagitation, les cris perçans , les chants confus <M>ntinuèrent encore tonte la nuit , mais se dissipèrent peu à peu dans la journée suivante ; un seul resta pendant deux jours dans un état inquiétant avec le délire et le ventre balloné; mais sa guérison a fini par être aussi complète 4fub celle des deuat autres. ;5i* Suivant Liinné, les graines de la rave sauvage
DES FOlfCnPl^NS CEREBRALES. 47
(raphanus rapkanismim, L.), mêlées au froment, à l'orge ou.au seigle, ont produit des épidémies cruelles en Suède et dans cei^taines parties dfe FAIlemagne ; peut-rétre aussi ces effets sont-ils dus à l'ivraie ou au seigle ergoté. D'abord-engourdissement des extrémités, douleur du dos , ensuite affections tétaniques ou corivulsives dans différentes parties du corps ; les muscles sont surtout affectés des douleurs les plus vives, jusqu'à faire pousser les hauts cris ou tomber dans le délire; quelquefois l'atteinte est portée directement sur les facultés morales , et de là mélancolie ou manie déclarée. Ces symptômes présentent une grande variété , suivant la constitution de l'individu ou la dose de substance vénéneuse ; quelquefois nausées ou vomissemens , et d'autres fois diarrhée; saignement du nez ou crachement de sang. Les symptômes se renouvellent par accès, et la maladie peut avoir une marche aiguë ou chrtoique ; elle est le plus souvent mortelle ; d'autres fois elle laisse après elle des affections nerveuses variées , l'épilepsie, la perte delà raison, la paralysie ou la phthisie; sa terminaison la plus heureuse a lieu par des sueurs ou une gale crilique : lesévacuans et les acides végétaux sont les remèdes dont les effets ont été le mieux constatés par l'expérience.
53. La pomme épineuse {daiura stramowum ^h.y^ présente dans son action des phénomènes remarquables : ivresse, assoupissement profond, délire, isuspensiôn des fonctions des sens , ou inéme démence', manie, sorte de rage et de fureur , perte de mémoire tantôt passagère , tantôt continuelle ; convulsions, paralysie ou tremblemens , soif ^excessive , des alternatives de sueurs froides ou de chaleur extraordinaire ;
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quelqaefois nul signe de vie , nul trace de sentimeiït ni de mouvement ; d'autres fois , nausées , doideur mordicante dans la région de Testomac , dans le basventre , ce qui peut être suivi d'une mort prompte. Un des caractères du stramonium , plus marqué encore que dans les autres végétaux narcotiques , est d'exciter des rêves agréables, une sorte de délire de volupté qui lient de l'enchantement et du sortil^e : aussi certaines compositions où il entre font-elles les délices des Indiens, qui ont besoin d'être ainsi retirés de leur indolence apathique.
55. Tout empioisonnement par les végétaux narcotiques divers offre une grande analogie dans ses effets , et dispense d'insister plus long-temps sur leur énumération; je ne pourrais d'ailleurs que répéter ce que disent Vicat ( Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse^ eic.)Mnrvaiy (^pparatus medicaminum,etc.)y Bergius (Materia medica è regno vegetabili) , et une foule d'autres auteurs de matière médicale. On sait aussi que les poisons les plus dangereux peuvent devenir des remèdes héroïques contre les maladies chroniques, et tout le monde connaît les heureux succès qu'on en a quelquefois obtenus ds^ns^ diverses contrée» de l'Europe. ^
.54. On remarque des conformités singulières entre l'abandon délicieux et l'espèce de délire que Ksempfer dit avoir éprouvés lui-même en prenant , à la manière des Orientaux, un bol narcotique, et le ravissement ou la sorte de volupté enivrante des pieux extatiques ou des personnes revenues à elles-mêmes après avoir paj^ parun état d'agonie. KaBmpfer,dà.ns un festin avec des Perses , avale unecomposition opia-
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tiques qui leur est familière : il éprouve bientôt une joie indicible , se livre à des jeux folâtres , à des éclats de rire excessifs ^ monte à cheval à la fin du repas, croit voler dans les airs et au-dessus des nues, parcourt en imagination la vaste route des cieux , et pense , dans son délire , avoir été admis à la table des divinités célestes. On parle , dans les Ëphëmérides des Curieux de la nature (Decur. II , arm. i), d'une jeune fille qui, durant le cours d'une maladie aiguë , tomba dans une sorte d'extase, et resta trois jours dans un état apparent de mort; revenue à elle-même, elle se plaignit vivement d'avoir été arrachée trop tôt au bonheur ineffable qu'elle disait avoir éprouvé. Une autre jeune fille tomba dans le même état pendant le cours d'une fièvre ardente , et on se disposait déjà à célébrer ses funérailles ; mais on usait en même temps de tous les moyens propres à la rendre à la vie : le premier usage qu'elle fit de sa raison fut loin d'être un sentiment de reconnaissance ; elle se plaignit , au contraire , amèrement qu'on eût mis un ternae à la volupté pure , au calme inexprimable , ou plutôt à la félicité incompréhensible qu'elle venait de goûter. On pourrait croire que dçs préjugés religieux ont fait naître ce bonheur imaginaire, si on ne savait que Montaigne lui-même ayant fait une chute violente , et étant resté quelque temps sans mouvement et sans vie(chap. VI, liv. ao de ses Essais ) ,-^t SLWoir éprouvé une douceur d'existence auparavant inconnue , et très-^propre à le réconcilier avec l'idée de la mort, qui jusqu'alors avait été pour lui un objet d'épouvante.
55. Les affections comateuses peuvent exister à plusieurs degrés différens. Dans le cataphora , il y a ua * m. 4
5o NEVROSES
penchant au sommeil qu'on combat sans peine , ôtl un état de stupeur dont on est facilement retiré par quelque cause excitante , mais dans lequel on retombef promptement. Dans le cataphora coma ou le coma somnolentum^ Fas^upissenlent est profond, la boucher est béante, les yeux sont fermés , le visage est pâle , le pouls rare et quelquefois déprimé ; le malade diffère peu d'un mort ; si on parvient à l'éveiller , il retombe aussitôt dans l'assoupissement : cet état peut durer plusieurs mois de suites Dans d'autres variétés , on sort de cet état par l'action de quelque stimulant y mais on éprouve une perte de mémoire; Dans le plus haut degré, le carus, on ne peut être tiré de l'état de^ stupeur par aucune cause irritante , interne ou externe,^ 56. Quelle que soit la cause occasionnelle, physiquer ou morale , qui ait pu concourir à produire quelqu'une des affections soporeuses, peut -on mécon— ^ naître qu'elles ont un caractère analogue, quelles quQ soient leurs différences génériques ; qu'enfin l'incer-^ titude des signes de la mort que portent quelquefois avec elles ces affections, indique la nécessité d'essayer, dans les cas douteux , l'action des stimulans avec la plus grande constance , comme l'application de la chaleur, les frictions, les caustiques, les liqueurs alcoolisées et pénétrantes , etc. ? ]^t quelle circonspection ne faut il pas mettre dans certains cas pour prononcer qu'il y a une mort absolue , lors même que toutes les apparences semblent l'indiquer ! On connaît la Dissertation de Winslow sur les signes de la mort, ainsi que le commentaire prolixe qui en a été fait ( Dissertation sur Vincei^itude des signes de la mort , et Vabus des enterremens et embawnemens précipités ). La ré-
bfeS JONCTIONS CÉRÉBRALES, 5l
pliqtte de Louis ( Lettre sw^ Ciîicertitude des lignes de la rnçrt) et, plus récemment, les expériences (juel Nysten a consignées dans son intéressant ouvrage {Recherches de phfsiohgie et de Chimie patholo'* giques ^ pour faire suite à celles de Bichat sUr la vie et la mort ) ^ ont démontré que la roideur des membres est le signe le plus certain ^e la mort : mais on ne saurait trop réveiller de temps en temps l'attentiojï publique sur un objet de cctle importance , surtout relativement aux maladies soporeuses ; c'est ce qu'a fait aussi le docteur Thierri , dans un écrit qui a pouf litre : La vie de Vhomme respectée jusque dans se^ derniers momens.
5j. Vésanies. Les climats brûkns dé l'Itide, de la haute Egypte , les côtes de Barbarie, la Palestine, lesi îles de la Grèce ^ les départemèils méridionaux de la France, sont, en général, les plus propres à faire contracter rhypochondrie, laiiiélancolie, ou même la tna-^ nie, soit par ^extrême exaltation de Timaginalion, soit par les effets immédiats d*une clialeiir exces-^ sive. On a. observé , dans une topographie médicale de l'Auvergne , que les habitans de ces contrées qui vont travailler en Espagne, ou dans la partie méridio-* nale de la France , deviennent hypochondriaques , mélancoliques ou maniaques , après un long séjour dan^ ces climats. Leur retour dans la température froide de leur pays naturel les calme ou les guént. Mais on observe aussi quelquefois que la manie devient comme héréditaire dans certaine» familles* L'excessive multi-* plication des mêmes maladies nerveuses dans les îles Britanniques , fortne uïie etception qui tient à d'autre^ causes indiquées par Cheyne dans son Traité de la m^^
Sa ' NÉVROSES
ladie anglaise (i), telles que rhumidité de Fatmosphère, les variations brusques delà température de l'air, la fertilité du sol, une nourriture succulente, l'abondance dans laquelle vivent ses habitans , la vie inactive et sédentaire qu'on mène dans les classes de la société les pluà fortunées. On doit peut-être ajouter à ces causes l'énergie du caractère national , susceptible de tous les élans de l'imagination^ de toute la profondeur de la pensée , d un patriotisme très-ardent , et des affections morales les plus vives et les plus concentrées. V
58. La vie contemplative , la solitude^ les abstinences, les macérations, sont encçre plus propres à lar production des mêmes affections nerveuses, conime le prouvent les détails historiques sur les Bracmanes indiens, les disciples de Zoroastre en Perse , les pieux sectateurs de Mahomet , les anciens anachorètes de I4 Thébaïde. Ce n'est guère qu'à la puberté, ou postérieurement à cette époque , que l'bypochondrie, la mélancolie ou la manie se déclarent; au lieu que les impubères sont les plus- sujets à l'épilepsie par des frayeurs contractées dans l'enfance.* Les fenunes aussi, parleur extrême sensibilité et l'énergie de leurs affections , peutêtre aussi par la vivacité incoercible de leur imagination , sont les plus exposées aux mêmes maladies nerveuses^ souvent compliquées avec l'hystérie à un degré plus ou moius marqué. U paraît, d'après le recensement des aliénés de l'un et de Tautre sexe contenus dans les hospices publics, que le nombre des femmes
(i) The English malady on a TreatUe qfnervous Diseasts qfall Kinds* London , 1 734.
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dans un état d'aliénation est à-rpeu-près double de celui des hommes , et même plus : c'est au moins le résultat que donne la comparaison des hospices de Bicêtre et delà Salpetrière, où j'ai exercé successivement la médecine.
5g. Les informations les plus précises fournies par des parons des aliénés de l'hospice dé Bicêtre , ou bien par des personnes qui conservaient avec eux quelque liaison^ m'ont convaincu que les sources les plus ordinaires de l'aliénation mentale tiennent à quelque chagrin violent causé par des revers de fortune ou la perte de quelque objet chéri, non moins qu'à des terreurs religieuses^ à un amour contrarié et malheureux : d'où il est aisé de conclure que les délires non fébriles , loin de tenir à des vices d'organisation du cerveau , dépendent presque toujours de quelque passion forte et véhémente , autant par la nature de l'objet de cette passion , que par la sensibilité très-vive de celui qui l'éprouve. Or, un sentiment intérieur fait rapporter l'effet de ces commotions vers la région épigastrique, soit que le centre du sentiment réside au pylore, comme le veut Van-Helmont; soit au diaphragme, suivant les opinions de Lacaze, Bordeu, Buffon; soit au plexus solaire, comme le prétendent d'autres physiologistes. L'impression une fois produite sur le centre des forces phréniques, il en résulte, suivant des lois déterminées 'de l'économie animale, certains écarts dans les fonc7 lions de l'entendement, tantôt seulement dans la perception des idées, l'imagination ou la mémoire, tantôt dans la marche du jugement. ou du raisonnement; quelquefois ausâsi on n'observe aucun dérangement de la raison, mais une impétuosité aveugle , et un pen-»
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chant irrésistible à des actes de violence ou même de barbarie.
60. 11 est une étroite union , une dépendance réciproque entre la philosophie morale et la médecine , comme le remarque Plularque, Combien il importe , poui prévenir rhypochondrie , la mélancolie oulama^ nie, de suivre les lois immuables de la mor^ale, de prendre de l'empire sur soi-même , de maîtriser ses passions, de se rendœ , en un mot, autant familier avec lesécrils^d'Epictète, de Platon, de Sénèque,de Plutarque , qu'avec les résultats lumineux de l'observation qui nous ont été transmis par Hippocrate , Arétée , Sydenham, Stahl, ou d'autres observateurs célèbres î Cicéron , dans les troisième et quatrième livre des Tus^ culanes ^ ne regarde-t-il point les passions comme des maladies , et ne dônne-t-il point des règles fondamentales pour les traiter et les guérir ? Quelle forte leçon de morale que le spectacle des malheureux hypochondriaquesou mélancoliques, dont tous les instans de la vie sont marqués par des souffrances ou de sinistres présages pour l'avenir , et qui sont en un danger imminent de tomber dans une manie déclarée ! La culture des sciences et des arts , lorsqu'on s'y livre sans mesure, les méditations profondes, les veilles opiniâtres, sont 3ans doute très-propres à développer les mêmes affections nerveuses, et si l'étude est dirigée sans méthode, et qu'elle exerce moins le jugen^ent que Fimaginatioii et la mémoire , ces affections peuvent dégénéreren ma-*nie , comme le prouvent plixsieurs exemples recueillie dans les registres des hospice^ des aliénés de Bicêtre et de la Salpêtrière. Quels motifs pour s^attacher auX sages précepiçs c(Qwnés par PJularque, Ramaz^inî ^ Tisi*