‹ Nosographie philosophique, ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 4)Chapitre 11 sur 67 · APOPLEXIE · texte numérisé non relu

APOPLEXIE

sot, à ceuxquicultiventlessciencesetles belles-lettres! On connaît une sorte d'opinion accréditée parmi les sayans, sur la nécessité de faire le sacrifice de sa santé au désir de se rendre célèbre, de donner la plus grande activité aux facultés morales aux dépens des forces physiques, et on ne manque pas sans doute d'exemples, pris des vies des savans ou des artistes les plus célèbres, qui semblent venir à l'appui de cette opinion ; mais que d'exemples aussi de la réunion d'une grande célébrité avec tous les attributs d'un corps sain et robuste l et n'est-ce point à la médecine philosophique à résoudre le problême suivant dans toute son étendue : Quels sont les mojens les plus propres à développer ses ^lens et son aptitude naturelle pour les sciences , sans nuire à sa santé et sans contracter de mala-^ dies (i)?

A P O PZEXI E (a}.

gl*'^- Considérations générales^

6r. Kauvr-Boerhaave (ïmpetum Jaciens dictunp Hippocrati^ etc. Lugd. Bat. 1745) a fait plusieursexpériences propres à répandre quelques lumières sur la nature etle siège de l'apoplexie. Il;a trépané plusieurs chiens pour pouvoir irriter le cerveau ; il a applique des stimulans sur la dure-mère sans produire dç convulsions. Une irritation bornée àla substance corticale ) • ,

(i) Cette q^uestion vient d'être développée dans un ouvrage actuellement sou& presse, mùxvîié Hygiène des gens de lettres ,. par E. Brunaud, D. M. à Issoudun.

(2) Synontmie. ^^op/ex/tf^ Sauvages, LjNNiECs/VoGEi/,.

BoERHAJiVE y JUNCKER ,. SaGAR ^ WbPFBR ^ CuLLEN , CtC^

56 NEVROSES DES FONCTIONS CEltEBRÀLlES.

du cerveau n'a pas produit des eflfets plus marqués j mais l'irritation delà substance médullaire excite des convulsions effrayantes qui se terminent dans quelques minutes par la paralysie des muscles soumis au mouvement volontaire; la respiration et la circulation peuyent encore se prolonger pendant sept à huit heures. Si l'instrument était porté sur le cervelet, la circulation et la respiration cessaient trois ou quatre minutes après. Une semblable irritation étant déterminée sur la moelle allongée d'un autre animal , il en résultait des convul-^ sions comme dans les expériences précédentes, et la cessation des mouvemens vitaux, de la circulation et de la respii;ation. L'action nerveuse n'a donc point un centre unique dans l'intérieur du crâne ; mais il y a, pour ainsi dire, divers départemens où une cause irritante peut porter séparément atteinte à diverses fonctions de la vie ou à toutes ensemble. Ne peut-on point dire que, dans l'apoplexie , la compression produite par une distension extrême des vaisseaux, ou par unfîuide épanché, peut tantôt altérer ou abolir partiellement le» fonctions des sens et les mouvemens volontaires, tantôt porter une atteinte plus ou moins notable aux mouvemens vitaux de la respiration et de la circulation, et dans certains caj5 enrayer pour ainsi dire subitement^ ou faire cesser , comme par un coup de foudre , tous les phénomènes de la vie ? Les symptômes si connus et si Variés des plaies de tête peuvent encore éclairer sur toutes les circonstances les plus propres à produire l'apoplexie; et ce n'est point la seule preuve de l'étroite union de la médecine interne et externe. C'est une vérité constatée par l'expérience que ce que dit Hippocrate ( Aph. 4^^ liv. II ).; mais il était réservé à l'anatomie

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d'en donner des connaissances bien plus précises : c'est ce qu'a fait Wepferen i698, dans l'ouvrage qui a pour titre : Obsers^ationes anatomicœ in cadaveribus eorum quos sustuUt apoplexia. L'auteur de ces recherches s'est élevé par degrés des histoires particulières à des résultats généraux. Dans le sujet de la première observation, il a remarqué après la mort un épanchement sanguin considérable entre la dure-mère et là pie-mère; dans un autre, il a trouvé un caillot de sang, delà grosseur d'un œuf de poule , dans la partie moyenne du lobe droit du cerveau ; dans un troisième , c'est du sang épanché à la base du crâne, au-dessous de la piemère ; dans le quatrième , une sérosité lymphatique épanchée en grande quantité entre la dure-mère et la pie-mère , dans les ventricules latéraux , etc. L'auteur, pour remonter au vrai siège de la maladie , rappelle les diverses distributions des rameaux des artères carotides, et il compare les eflfets de la strangulation avec ceux de l'apoplexie. Un autre auteur, dont on ne devrait cesser de lire et de méditer les ouvrages, Morgagni, rapporte dans sesEpîtreslI, III et IV un grand nombre d'observations discutées avec une extrême sagacité , et propres à donner un plus grand développement aux recherches de Wepfer. Ce serait avancer une proposition trop générale que de regarder toujours lec^^veau comme le siège primitif delà maladie; car on l'a quelquefois observée sans remarquer aucune lésion organique dans cette partie (Morgag. Ep. /^); et ne sait-on point que l'apoplexie es^ quelquefois une affection sympathique , et qu'elle tient à l'état des premières voies (Mo//, /sfe Apoplexid biliosâ. Goidngœ , J780.)? ce qu'on reconnaît d'ailleurs aux signes pré-

curseurs qui l'autaoncent : anxiétés , nausées , vomis-semens^ perte de Tappélit, et autres symptômes gastriques.

L'aphorisme si connu d'Hippocrale , vcdidam apo^ plexictm curare împossibile ^ debileni vero non facile, et de nombreux exemples d'apoplexies mortelles en peu de jours , malgré les secours les plus efficaces, autorisèrent long-temps à croire que Fépanchement sanguin une fois formé dans le cerveau conduisait infailliblement à la mort. 11 était réservé à l'anatomie pathologique de faire changer d opinion à cet égard , en dévoilant les moyens employés par la nature pour dissiper répanchement , et rendre au malade l'exercice entier de ses facultés intellectuelles : on en doit la première découverte aux recherches de Bayle. MM. Riobé et Marendel , en publiant simultanément leurs observations en i8i4, sur cette maladie , ont pleinement confirmé les premières observations de Morgagni à ce sujet, Epist. XV et XVI. M. Riobé se livra à des recherches plus précises , et sut les diriger avec une sagacité rare , qui donne à son opuscule ime supériorité marquée sur tout ce qu'on avait écrit à ce sujet {Voyez la thèse de V auteur sur V Apoplexie , 1 8 1 4) • Non-seulement cet auteur a observé les diverses altérations qui accompagnentles épanchemens cérébraux , mais encore il a expliqué le véritable mécanisme par lequel le sang épanché est isolé de l'encéphale par une membrane enkystée , et ensuite reporté par les absorbans dans le torrent delà circulation : il fait remarquer que le kyste diminue à mesure que le sang est absorbé. Des observations postérieures à celles de M. Riobé , en venant à l'appui de ses recherches, ont prouvé que le kystQ

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finit par disparaître entièrement , et ne laisse dans le cerveau qu'une espèce de cicatrice jaunâtre. Ç ployez à ce sujet un mémoire du docteur Bicheteau , premier numéro du Journal supplémentaire du Dict. des Sciences médicales. )

62. L'apoplexie produite par l'excès des travaux du cabinet et de fortes contentions de l^esprit est une de» -espèces les moins connues et les plus dignes dé l'être ; c'est celle qui a une certaine gradation dans la marche des symptômes : d'abord somnolence , puis paralysie , enfin apoplexie ; c'est celle qui devint funeste à Malpighi après une suite de symptômes nerveux , comme vertiges , perte passagère de la parole, contorsion de la bouche ou spasme cynique^ hémiplégie du côté droit. On trouve un autre exemple très-détaillé de cette apoplexie dans une Dissertation inaugurale qui parut à Strasbourg en 1770. L'homme qui en fut le sujet était âgé de cinquante-huit ans; il était d'une constitution pléthorique , et s'appliquait fortement à l'étude , qu'il prolongeait souvent vers les deux ou' trois heures du matin. Les principales circonstances qui précédèrent furent les suivantes : omission d'une saignée dont il avait contracté la longue habitude , toux opiniâtre et enclûfrènement l'hiver suivant, lésion de la vue qui lui faisait paraître les objets doubles, débilité, vacillation <Je la mémoire et quelquefois désordre dans les idées , penchant irrésistible au sommeil , débilité des membres, et danger de faire une chute si on ne s'empressait de le soutenir, aridité de la membrane pituitaire , constipation , perte graduée des forces physiques et morales , excrétion involontaire de l'urine et des déjectioiijs ; enÇix respiration stertoreuse et ahoUtion com^

6o KEVROSIS DES FONCTIONS CEREBRALES.

plete des forces de la vie. A rouverture du corps, on trouva un épanchement d'un fluide lymphatique dans chacun des ventricules latéraux du cerveau , les plexus <;horoïdes variqueux , un amas d'une sérosité jaunâtre dans la couche des nerfs optiques du côté gauche.

65. On peut consulter d'autres histoires de celte maladie dans l'ouvrage de M. Portai ( Obsenfations sur la nature et le traitement de V apoplexie ,' Paris , i8ii); mais on apprendra avec intérêt les circonstances particulières de l'attaque d'apoplexie qui a terminé la vie d'un des plus célèbres naturalbtes du siècle dernier , de Daubenton. Elu membre du Sénat , il s'était empressé de faire un dîner plus copieux qu'à l'ordinaire pour se rendre à la première séance, qui se tint le 6 nivôse : le froid était alors très-vif j le thermomètre indiquait 9® au-dessous de la glace , et un vieillard dut être sensible à l'impression d'un pareil froid, quelque soin qu'on prît d'ailleurs de le bien couvrir dans sa voiture. Arrivé dans l'assemblée , et placé près d'un grand/ feu , il fut accueilli avec tous les témoignages d'estime profonde et de vénération que ne pouvaient manquer d'inspirer son nom, son caractère moral et son grand âge. Il se trouva comme saisi quelques momens après ; il s'évanouit , rejeta une partie de son dîner , et on fut obligé de le ramener dans son logement au Muséum d'histoire naturelle. M. le sénateur Cabanis , qui ne voulut point l'abandonner dans cet état , me fit aussitôt appeler. Le malade était dans son lit ; il avait recouvré l'usage des sens et de la parole; mais , par une illusion singulière de-son imagination , il croyait encore siéger au Sénat, et être placé sur son fauteuil. Il était pâle , la bouche

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tournée du coté droit ^ et les yeux fermés comme par une paralysie des muscles des paupières. Il ne souffrait point , ne conservait aucune connaissance de ce qui s'était passé ; et, toujours dans la ferme persuasion qu'il était encore dans l'assemblée , il adressait la parole à quelques sénateurs qu'il croyait être à ses côtés. Il s'entretint cependant ensuite avec madame Daubenton, M. Desfontaines et moi , ce qui ne pouvait point s'accorder avec sa présence supposée dans l'assemblée du Sénat , et alors il parut dans une sorte de vacillation d'opinions sur son état , et un chaos qu'il ne pouvait débrouiller. On appit>cha de son lit un fauteuil qu'il toucha avec sa main droite , et alors, partant de l'idée qu'il était , non dans son lit , mais sur un fauteuil ^ il cherchait à appuyer la main gauche de l'autre côté du même siège ; et , comme tout le côté gauche était frappé de paralysie , que le bras de ce côté était privé de sentiment et de mouvement , on eut beau appliquer cette main sur un autre fauteuil qu'on avait mis à la gauche de son lit , il ne sentait rien ; et , par diverses questions qu'il fit alors , on reconnut qu'il avait entièrement perdu le sentiment de l'existence de son bras gauche : on ne parvint à le détromper qu'en appliquant sa main droite sur sa gauche , et ce fut alors seulement qu'il fut averti que celte-ci existait encore , ou plutôt ce fut une sorte de problême , qu'il ne parvint à résoudre que par degrés et en conservant encore des traces profondes de sa sagacité naturelle. Il n'éprouvait d'ailleurs aucune souffrance , ne conservait aucun souvenir de J'accident qui lui était arrivé, et prétendait n^être nullement malade. On lui fit prendre le même soir une tasse d'eau sucrée^ dans laquelle

03 JSriEVRÔSÉS DÈS FÔNCTiO^S CEKEBKklAÛ*

avalent été dissous trois grains de tartrate antîmonîeî de aotasse, et il rejeta des restes du dîner avec de lé-' gers efTorti do vomissement. Il parla aux personnes qui vinrent le voir , le reste de la soirée , et notamment à M. Portai, a,ec lequel il fut convenu qu'on ferait ap-^ pliquer un vésicatoire sut* chaque jambe, et prendre à l'intérieur une boisson laxatîve et ântioioniée pendant le reste de la nuit , ce qui le fît beaucoup évacuer. Le lendemain , le 7 nivôse , même état que la veille, para* iysie des paupières, liberté de la respiration , mais immobilité et insensibilité du bras gauche ; déjections in-' voloîitaires , quoique le pouls eut encore de la force y et libre exercice des fonctions de l'entendement. NouS' convînmes , JVT. Portai et moi , de lui faire prendre ^ de trois en trois heures , un bouillon restaurant , et dans les intervalles quelques cuillerées d'une potioiï légèrement tonique et anti-spasmodique. Le 8 nivôse ,,' la respiration et la déglutition ëontinuaient d'êtie également libres , ainsi que l'usage de la parole ; mais le soir du même jour^ pouls plus faible , déglutition dif-* ficile , assoupissement profond , ou plutôt sorle-d'af-^ fection èomateuse, et une respiration embarrassée. On, eut recours à quelques prises d'un excellent vin de Constance , et , j)ar intervalles , à quelques cuillerée»^ d'une potion fortifiante , qui ne pouvaient être avalée» que d'une manière imparfaite. Le 9 nivôse, la même boisson fut continuée avec de légères variétés , et les évacuations se soutenaient encore. Il est remarquable qu'il revint à lui-même dans la matinée, qu'il s'entretint avec une grande liberté d'esprit sur des réparations projetées pour le Cabinet d'histoire naturelle , ^ur l'ordre à observer en les dirigeant, sur les dé^

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'J>enses à faire, et autres objets de même nature ; mais , vers le soir , tous les mauvais symptômes reprirent leur intensité ordinaire , et devinrent même plus graves : moiteur générale, respiration précipitée avec une sorte de râlement , affection comateuse plus profonde , ce qui continua le lendemain lo nivôse j la prostration des forces augmenta de plus en plus , et toutes les fonctionsde la vie s'éteignirent ainsi dans le cours de la nuit, avec le même calme que ce célèbre naturaliste avait conservé dans son caractère pendant sa longue carrière. A l'ouverture du corps , on trouva près de deux onces de sang épanché dans le ventricule droit du cerveau ; ce qui répand quelques lumières sur les diverses^ lésions des fonctions qui avaient eu lieu pendant tout le cours de la maladie.

64. On vient de voir combien un homme de quatre-* vingts ans, dontl'entendementaété très-exercé pendant sa vie , et qui est fappé tout-^à-coup d'une forte apo-* plexie , offre peu de ressources. Je. puis offrir un exemple remarquable du succès qu'on obtient dans des circonstances plus favorables. Un homme de quarante ans , pléthorique , adonné à la bonne chère et d'une stature apoplectique , sujet depuis plusieurs^ mois à des vertiges , tombe tout-à^-coup dans l'état suivant : abolition conjplète des sensations et des mouvemens volontaires, respiration grande, ronflement léger, pouls fort. Saignée du bras, puis trente sangsues à la cuisse , et le sang coule pendant deux heures ; en même temps on avait couvert les pieds et les jambes de sinapismes ; au bout de trois heures on aperçoit de légers mouveniens des membres , le malade rend des sons plaintifs dont Ja force augmente par l^ction

64 WÉVROSES DES FONCTIONS CEIUÉBRALES.

de la moutarde qui développe de larges vessies. On donne pour boisson de Teau pure qui est avalée difficilement. Sept heures après l'invasion , on applique encore quinze sangsues aux cuisses ; on fait prendre deux lavemens de décoction de guimauve : on aurait pu les rendre excitans. La respiration reste grande et stertoreuse , le pouls est moins plein. Vingt-quatre heures après l'invasion , le malade articule plusieurs mots , reconnaît les assistans et se plaint de doideurs violentes à la tête : il reste assoupi. A la fin du deuxième jour, douze sangsues sont encore appliquées à la cuisse; beaucoup de sang s'écotJe , l'assoupissement diminue , ries fonctions des sens et les mouvemens volontaires se rétablissent. Le quatrième jour , les douleurs de téter et l'assoupissement reviennent , et on applique encore dix sangsues. Depuis ce moment tous les symptômes se dissipent par degrés ; on donne des boissons rafraîchissantes et laxatives ; la convalescence est rapide, et la santé se rétablit sans qu'il reste ni paralysie ni altération des facultés intellectuelles. Les vertiges, qui revenaient de temps en temps, ont été dissipés par des pédivules , l'application des sangsues aux cuisses , un régime léger et végétal. Le jlraitement de l'apoplexie sanguine qui frappe un homme jeune et robuste , est , comme on le voit , assez analogue à celui qui convient dan§ toutes les maladies aiguës.

§ IL Description générale de t^ipoplexie.

65. Prédispositions et causes occasionnelles. Les causes les plus ordinaires de l'apoplexie sont une nourriture succulente ou des alimens peu restaurans , une

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