‹ Nosographie philosophique, ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 4)Chapitre 15 sur 67 · SOMNAMBULISME. V · texte numérisé non relu

SOMNAMBULISME. V

meurtriers^ c'^uient de nouvelles circonstances d'une mort violente ; il croyoit tour-à-tour recevoir un coup de pistolet , un coup d'épée , ou des coups de bâton ; de semblables rêves se renouvelaient trois ou quatre fois pendant la même nuit , surtout quelque temps après l'heure du coucher et rarement après minuit. L'espèce de terreur dont il était frïippe était si vive que f quoiqu'on l'attachât soigneusement avec des CQi:des ou des draps de lit , qiioiqu'on lui mtt de forts liens aux pieds ^ il parvenait, par lés -agitations et les efforts les plus violens , à s'en débarrasser , et il sortait, de son lit et même de la chaiinbne avec un sentiment d'horreur et les palpitations lèl^ plus vio^ lentes, et souvent il revenait dans sbn lit avec un mouvement fébrile. Pendant tout ce trouble , il avait les yeux ouverts, il-ehtendait le son des cloches, il pouvait ciompter avec liberté les heures" de la nuit , et il n'était privé de l'exercice de son jugement que relativement à l'objet de son rêve. Jjorsqu'il augmentait la dose ordinaire du vin dans ses repas , ce^ illusions nocturnes perdaient beaucoup de leur vivacité, ou même n'avaierit point lieu^Cë moine était d'ailleurs d'une constitution robuste, d'un tempéraments anguin et naturellement gai : mais des étudear assidues et la méditation lui avaient Communiqué une teinte de mélancolie. Henriçus-ab-Heers , consulté , proposa , comme dans des cas de manie , l'usage de légers narcotiques , des pédiluves chauds, des bains tempérés , et , pour faciliter son réveil , l'attention de lui faire flairer des sachets remplis de plantes aromatiques ; il ne ' négligea point les autres préceptes de l'hygiène, et il engagea cet homme pieux à prén^

l44 NÉVROSES D£S FONCTIONS ciaiBRALES.

dre du relâche , et à suspendre pendant long-^temps les travaux péoiblei de la prédioation et ses études ordinaires.

i52. Jl convient de joindre ici quelques réflexions sur le somûaml^ulisme provoqué par le magnétisme^ ^ et sur lequel IVL Cliasténet de Puységur a insisté 'particulièrement dans ses Recherches, Eoûpérience^ ei ObservatiofiS ^ etc, , vol. in-8**. a :La seule différence X) r^narquable^ dit cet auteur^ entre les somnam^ » bulçs naturel et les somnambules magnériques 'y^ ji c'est que les premiers ^ activés parla nature,agis- ^ sent toujours d eux-mêmes ; tandis que les seooiidK n sont et demeurent toujours plus ou moins skyûmis là à l'empire et à l'influence de leurs magnétiseurs ; » et, sousce point de vue ^ la prééminence peut-êtfe n appartiendrait :aux so^nnambides. naturels : il est » vrai que,. sous d'autres rapports, elle paraîtrait due 1» aux somn£(nibules magnétiques que nous avons » reconnus -, ajoute Fauteur , êti-e doués d'intuitwes }» facultés que nous n'avons point aperçues danls les^ ^) somnambule^ naturels ».

. r33. L'auteur a rapporté dans son Ouvrage d'autres faits sur les facultés des somnambules; sur le développement de leur instinct ., sur la vision que les somnambules i m^agnétigues ont ou peuvent acquérir* des maux des autres maladés^^ sur l'agent mxxgnéti-que ammal et le. somnambulisme cons dérés comme l^plus puissans auxiliaires des médecins , sur fa supériorité delà vi$ion somnànibulique comparée rfa^tact médiccfly ^tc. JVIiiîs je dois; faire œmarquer que dans un ouvrage tçl que ma Nos<%raplne, destiné surtout à imprime^ une direction sévorè aux études mé-

SOMNAUlBtTLtSME. l45

dicales et à décrire simpleiiient Thistoire particulière de chaque maladie , d'après ses caractères extérieure et manifestés par des impressions faites sur les sens , je dois être d'une réserve extrême , et m'en tenir seulement aux résultats deà faits le plus universelle* . ment admis. Quoique je sois donc toujours porté à applaudir au zèle et à la sagacité que M. de Poységur met dans ses recherches sur le somnauibulisme , soit naturel, soit magnétique, il me permettra <le stispendre encore mon jugement , surtout sur certaines circonstance^ qui accompagent le somnarubuJisiuQ magnétique , et qui portent un caractère de merveilleux très-propre à inspirer de la défiance. Je n'ea suis pas moins disposé à suivre d'un çeil curieux tous les résultats des recherches faites^ par M. de Puységur , et à profiter des lumières ultérieures qu'elles pourront répandre sur la médecine, et surtout sur l'aliénation mentale. Loin qu'on doive chercher à éviter le choc des opinions , on doit le regarder comme le moyen le plus sûr de conduire à la vérité et de faire disparaître l'erreur. Si donc on veut connaître des observations et des expériences faites avec impartialité , dans l'intention dé s'assurer de la réalité et des véritables caractères du magnétisme , on doit d'abord consulter les rapports qui parurent dans le temp^ où M. Deslon magnétisait en France. I^es. commissaires nommés alors vérifièrent que !e^ manœuvres da magnétisme animal produisent des effetsi réels qui dépendent , non d'un principe particulier , mais dea attouchemens , de l'imagination et de l'imitation ; et ces coriimissairès étaient MM. Francklin, Majault , Leroi; Sallin, Bailly^ d'Arcet^ de Bory ,. GuiUotin, m. lo ■

l46 NEVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

Lavoisîer. Les pièces sur celte matière ont été réunies par le docteur Montègre , dans une brochure sur U Magnétisme et ses Partisans. Vdtxîs y 1812.

§ U. Description générale du Somnambulisme^

154. Prédispositions et causes ocofsionnelles. On observe assez fréquemment le somnambulisme dkns Fadolescence, chez les personnes d'im tempérament sanguin ou nerveux, chez ceux qui ont une imagination vive, une sensibilité morale extrême; quelquefois aussi il y a une disposition inconnue et qu'on nopeut rapporter à aucune cause. ^ "

i55. Sympiômes. On remarque durant le sommeil une sorte d'excitation difievente de Fêtât de veille^ avec aptitude à répéter 1<îs actions dont oh a contracté rhabitude. Le somnambulisme consiste quelquefois dans des déterminations vicieuses , paisibl^j, dirigées sur des objets qui n'ont aucun rapport avec le sujet du rêve : dan^ ce cas, les somnambules exécutent, les yeux fermés, leurs actions nocturnes j ils montent sur leurs croisées , sur les toits , et se dirigent vers d'autres objets qui ne sont point ceux dont la raison s'occupe. —D'autres fois les déterminations sont dirigées sur les objets mêmes qui occupent l'entendemerit : on observe alors une grande excitation marquée par la vivacité, la précision des mouvemens , l'adre^^ avec laquelle le somnambule exécute ses actions. Les yeux sont presque toujours fermés ; quelquefois ouverts , fixes , sans mouvement , et sans qu'il paraisse y avoir une véritable percejption des impressions qui i^é font Mit l'organe» La plupart répètent les actions familières

9 0 MKA MBUtlSM t. ifyf

dont ils ont Thabitude; d'autres exercent pli^sspécialetnent leurs facultés sur des objets du douzaine de rintelligence , tels que la poésie ^ la musique^ lies ipâtlères scientifiques qui font leur occupatipja;dan^ l'état de veille ; le tact chez quelques-uns^ l'ouïe chez quel-, ques autres, paraissent jouir de la susceptil^ilité des impressions; ils s'exposent quelquefois a de grands dangers sans en avoir la connaissance ; quelques - uof entendent les sons qui parviennent à leurs oreilles et répondent aux questions qu'on leur fait ; le pouls est petit, quelquefois dur, toujours lent. — Enfin il est des cas où les déterminations sont violentes , et ont pour principe une passion plus ou moins forte occa-* sionnéeparle rappel d'idées plus ou moins disparates^ désagréables, que l'imagination associe et lie fortement. La force musculaire est très-augmenlée j il y a de» palpitations et de l'altération dans le pouls (i).

§ III. Traitement (hù Somnambulisme. ^

i56. Tous les moyens qu'on a successivement employés contre le somnambulisme ont pour but de faire cesser l'accès ou d'en prévenir le retour. On ne peut pas se proposer d'opérer toujours le premier effet; les circonstances au milieu desquelles le somnambule se trouve, «ont quelquefois si dangereuses, que l'éveiller serait l'exposer à une mort certaine. Bodin rapporte qu'im homme ainsi endonui s'étant jeté à la nage dans une rivière et ayant été appelé par son nom , se réveilla,' fut saisi d'éjpouvauite et se noy^f (Mém. de

(i) Dissertation sur le Somnambulisme j par M. D. G. Vemhes. Paris, i8o5.

TréyouXf année 1 7 14, tome II ). Les moyens propres à préserver des acccà doivent varier suivant la cause du retour, et celle de la maladie elle-même. L'aspersîon d'eàù fVoide, de fortes commotions, la flagellatteii , sont Susceptibles d'occasionner un réveil subit, et par là de supprimer Faccès dès son début. Il faut d'^leurs chercher, dans les intervalles , à combattre ^ la cause piarticulière de cette affection,

CAVCH$MjiR (l).

I $7. Le cauchemar a été différemment envisagé par les nosologistes : Sauvages et Sagar le rajQgent parmi les mouvemens convulsifs, Linné parmi les suppressions s^ftocatoires , Vogel parmi les spasmes, et CuUen, parmi les vésanies ; ce dernier le rapproche du soi|inambulisme , et ^éunit ces deux affections sous le nom générique àlonéirodjnie. Cette affection est caractérisée ^par un sentiment de pesanteur que l'on éprouve, durant le sommeil, dans la région épigastrlqûé on à là poitrine j elle est ordinairement àccomtagnéétîe difficulté de respirer etd'unesorte de délire : tôuti se dissipé par lé réveil; mais il reste beaucoup âé lassitude )^t souvent dés palpitations. Des causes Variées peuvent' dÔïiflér lieu au cauchemar : tantôt ^ <i*eStijtnt3tal pléthorique, d'autres fois une indigestion fau la surcharge dé f estomac pendant le ^mmeil ; il est fréquemment tin symptôme dTiypocjk^ndrie et d'hystérie ; il peut aiïssi dépendre de la^ présence de vers dans lés intestins ; on V^ observé chez des per-

\\) Stéontmie.. Tncubus , JuRCKER^ VooBL^ EphioUes , AiivAGEs , LiNMJBUs , Sacah j OntLi^dynia gravans, Gullbn.

HYDROPHOBIE. l^g

sonnes affectées d'hydrocéphale ; mais doit-on pour cela conclure , avec Bonet , que le cauchemar est toujours l'effet de cette dernière affection ? On conçoit que les moyens à opposer au cauchemar doivent varier autant que ses causes. Est-il occasionné par la plé^ thore ^ on ^ trouve bii^ de ne point souper, ou au moins de ne se coucher que lorsque la digestion est faite ; un exercice journalier, le séjour dans des lieux dont Fair est vif, des boissons délayantes so^t à-peuprès ce qui réussit le mieux. U faut avoir soin d'ayoir la tête et les épaules élevéeis durant Je sommeil. Dans le cas où le cauchemar est le symptôme, d'une affection de l'estomac , on doit recourir aux vomitifs, surtout s'il y a embarras gasiuiqpe, s'abstenir du souper^ n% point faire usage d'alimeps gras , pr^dre des b$^is-> sons aqueuses abondantes^ et se coucher de préférence sur le côté. Ai-je bespin 4^ Veçom^mi^der les anthelmintiques lorsque des vers intjestinauiF entretiennent cette maladie ? Je ne puis que renvoyer à l'hypochondrie et à l'hystérie ppur ce qui concerp« le traitement du cauchemar déternoi^ié .par qeis den^iciçes maladies.

HTDflOPHOBIf (l).

S P"^. Considérations générales.

1 58. C'est surtout dans les derniers temps (en 1 780) que l'attention publique a été fixée sur l'hydrophobie par les recherches que le docteur Andry a publiées

(i) Synonymme. Hy^drophohia^.BomEkkv^y Juhcki^, Sauvaôbs, LiNNiBUs^YoG^Lj CvtusN^ SiQAR j Rage.

l5o NÉVROSES DUS FèNCTIONS CEREBRALES.

«ur cette maladie (if). On trouve dans cet ouvragé là distinction des diverses espèces de rage , l'indication . des remèdes tentés et prônés par l'aveugle empirisme, et enfin les préceptes d'un traitement méthodique marqué par des succès, et adopté d'après une expérience iSdairée* On a joint à ces recherches une histCHre très-" authentique, et parla très-précieuse, du traitement qui fut suivi , à Senlis , sur quinze personnes mordues par 'un chien enragé , traitement dirigé avec le plus grand soin par des commissaires de la Société royale de Médecine, au nombre desquels on comptait Vicqd'Azyr et Thouret. Cinq de ces blessés moururent i hydrophpbes , les dix autres furent sauvés. La Société^ en proposemt Thydrophobie pour sujet d'un prix, fit ^encore éclore de nouveaux travaux sur cet objet ,^ et cette comps^ie savante4)ûblia, en 1784, un volume d'observations et de recherches nouvelles sur le vrai caractère et lé traitement de cette cruelle et effrayante maladie. Elle reconnaît dans cet ouvrage que le traitement local par les caustiques mérite surtout la plus grande attention j et, quoiqu'elle ne prononce pas qu*il doive être le seul , elle le regarde comme le plus important et le plus indispensable. Deux ouvrages populaires ont servi ensuite à propager les vrais pi'incipes du traitement anthydrophoLique : l'un fut publié par MM. Enaux et Chaussier (Méthode de traiter les mor* sures des (mimaux enragés y etc. Dîjon^ 1785);

*'T ' ' ' ' " t .• I M II . I ly . ■ '1 I ,11.1

(ï) Recherches sur la Rage^ par MT. Andry , luçs à la Sociélé royale de Médecine^ nouvelle édition^ augmentée dans quelles ertdroit^ et wivie du traitement fait, à Senlis, à quinze personnes mérdues par unf diîen enragé. Pari$\ 178a.

HYDROPflOBIS* , . l5l

Tautre par le docteur Portai ( Observations sur les effets des vapeurs méphitiques dans Vhomme ; sur les noyés i etc., et sur la rage, etc. Paris, ^787).

1 59. L'Jiydrophobie avait éxé placée ( Nosogrdphie , première édition) parmi, ks maladies spasmodiques , par la considération de certaines analogies avec dles ; mais- uni exanjien plus approfondi me Ta fait rapporter aux vésanies , à cause des nombreuses affinités qu'elle manifeste dans ses accès avec la fureur maniaque sans délire , et , dans ses intervalles de calme , avec une mélancolie profonde; mais un caractère particulier qui la distingue est une extrême sensibilité des organes des sens, et une horreur pour les liquides* Un enfant de cinq ans {DisseHation de Leroux, chi^ rurgien en ch^ de t hôpital de Dijon) est morda le 1 5 mars , et amené à» rkôpital le no du même mois. La tête était couverte de plaies dont Tune avait environ quatre travers de doigt, occupait la suture tempor^e gauche , et pénétrait jusqu'aux muscles ; une troisième .avait son siège Si\ir la partie supérieure du frontal , et pénétrait jusqu'à l'os; une autre, située au-dessus de î'oreille , d^cendait sur la joue et avait cinq i;ravers de doigt de longueur.; enfiu ime cinquième pccupait la paupière .inférieure de l'œil droit , du coté du grand angle , et pénétrs^it; dans, l'orbite ( Lotions des plaies avec de t eau de ^as^on , application du digestijvési^ catoire). Suppuratiw abondante, mais qui, au bout de quelques jours,. commence déjà à diminuer (0/1 touche les plaies as^ec du muriate d'antimoine liifuide pourjormer des escarres) ; cicatrisauon successive d^ toutes les plaies. Le 6 mai , inflammation douloureuse Àe fceil; le 7 ^^ la plaie dé la paupière se rouvre, et it

ïSa TiEVROSES DEà FONCTlO*^S CÉrÉBRALÉS.

en sort une sérosité sanguinolente; les autres plaies cicatrisées ne changent point de cotJeur ; celle qui occupait Je milieu de la léte était compliquée d'exfoliâtion ; elle suppure comme à l'ordinaire, sans qu'on y remarque aucune inflammation ni aucun changement. FièvT-e, pouls fréquent, irrégulier, tantôt petit, tantôt plus fort ; moiteur, ^ubresauts des tendons , tristesse, cris pendaîAt leàommeil et au réveil. Uenfarit continué à boire et à manger sans répugnance : délitHK , danJs lequel il croit voir des fantômes qui le poursuivent et qui veulent lui arracher l'œil ; durée àe cet état pendant six jours. Le 12 mai au soir, il refUse par intervalles de boire. Le i5, refus absolu , agitation continuelle , mouvement cdnvulsif'à la face, écume à la bouche, pouls serré, sueur continuelle , respiration courte, précipitée ; de temps eh temps de grartds soupirs , lès yeux égarés et enflammés , et surtout Toeil blessé, <jui est d'uii rouge dé fëu ; inort dàm la nuit dfu i6au 17.

140. Des faits rapportés dans lés ouvrages déMâr-' cdlus Donatus, de- Félix Plater, de 3Pôuteau^ oit dans }es Mémoires de la Société royale de Médecine, etc. , ne lâîsï5(ehk point dé doUte sur l'existence de la^ rage spontanée qui peut être produite par une vive affection de lame, par des excès danç le régime, par des courses ou êès travaui forcés, et une expoâtion a^x ârdèùns dit soleil , quelquefois aussi sans cause apparenté cbnWuc. Un jeune miKiaire, dégoûté ée la profession des ai-nies et coristerné par deschagrink domestiques, cherche îa solitude et Véloigne de ses camarades , ce qulîs attribuent à Un défaut de bravoure, et, par manière de jeu, iliebtrènt à miiitul

HYDROPHOBIE. l55

dans sa chambre, précédés d'un tambour qui battait la charge, et s'écrient que les Autrichiens avaient passé le Bhin , et que tout était dans le plus grand danger : ce jeune homme éprouve à l'instant des convulsions efirayantes, son regard est furieux, il jette des cris horribles, et quelque propos rassurant qu'on lui tienne , il ne revient à lui qu'après un quart d'henre : dés-lors sentiment d'ardeur et de conslrictiott à la gorçe , et nouvelles convulsions aussitôt qu'on lui présente de l'eau et du viîiaîgre , avec expuition d'une salive écumeuse et abondante. Le lendemain , lors de son admission à un hôpital militaire , nouvelles convulsions à l'aspect d'une boisson qui lui est offerte, regard étincelant, respiratioh précipitée et irrégulière, pouls intermittent et à peine sensible , hurlemens affreux. Cet ac^s dure une demi-heure, et le malade revient à lui-tnéme ; se plaignant d'avoir en horreur les liquides , d'éprouver une grande chaleur à la gorge et une extrême j^santeur de tête (près-cription de bams et cFnne potion anti-^spasmodrguô qu'il ne peut prendre à cause des convulsions qiie renouvelle la seule vue des liquides); impression de la lumière insupportable (on le passe dans un çahinèt peu éclairé); retour de plusieurs accès jusqùlionze heures , époque de ^a mort. Dans l'intervalle de ces accès, la respiration était à peine gênée, le pouls ctah fort et^éveloppé, et le regard abattu. Le malade assura n'avoir jamais été mordu par aucun animal j il ne chèr-r cha lui-même à mordre que dans le dernier'accès; mais quoiqu'il ne fût pas tenté de le faire dans les précédens , il priait néanmoins les personties qui l'environnaient de s'éloigner dès qu'il en pressentait l'invasion. L'autopsie

ï54 NÉVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

cadavérique n'apprit rien de particulier ; la gOrge contenait seulement une mucosité assez abondante. (Dis-

sertation sur VHjdrophobie • Paris , 1 8o5. )

i4i- On trouve dans Félix Plater (iib. /, jyag. 90 J l'observation d'u^e femme qui , occupée à laver sous un pont à l'appi^ocke de la nuit ^ est abandonnée par les personnes qui travaillaient pires d'elle : alors ^ eflFrayée d'être seule , elle crojt voir une lueur sortir de la voiàte , le torrent augmenter , se déborder et couler avec impétuosité. De retour chez elle , elle ne peut boire ni bouillon^ ni aucun autre liquide ; leur vue même la fait frissonner ^ et quand on les lui inet dans la bouche , elle aspire avec bruit et difficulté , comme si eJUe était sur le point de suflFoquer. La moindre" agitation de l'air renouvelle les mêmes symptômes ; elle parle avec décence et d'upe manière sensée; elle ne dort presque point et ne peut manger que des alimens solides; enfin ^ le huitième jour après l!invasion, la diarrhée se manifeste, les forces s'affaissent de plus en plus^ et elle meurt après, avoir annoncé elle-ménjQ que sa fin était prochaine.

14^. n est des circonstances dans lesquelles il est difficile de déterminer si Fhydrophobie est spontaiié^ ou communiquée. Un homme âgé de quarante-neuf ans, d'un tempérament bilioso-nerveux , est mordu par son cheval , et il n'en résulte que de légères ex-^ coriations : il éprouve, d'un, autre coté, des revers de fortuné qui, troublent ses fonctions intellectuelles et effectives, ^t ne tardent pas à le jeter dans la mélancolie ; dès ce moment , il maltraite sa femme et ses enfans ^ et entre en fureur pour la moindre cause. Quelque temp^ aprèç se manifestent tous les ^rniptômes d'une fièvre

• AYDROPHOBlî. t55

atavique intermittente : sommeil interrompu par des rêves effrayans^ pouls petit , irrégulier j urine limpide , stupeur, réponses vagues aux questions qu'on lui fait , gestes ridicules , vue perçante , langue sèche et tremblante. Bientôt après, prc^stration extrême des forces, aphonie , pouls très-faible ; mais les forces ne tardent pas à s'élever , et tous les symptgmes de l'hydrilphobie se manifestent dès ce moment. Alors chaleur brûlante , sorte de fureur , face colorée , les yeux étincelans , ^arcs, regard farouche avec une apparence de crainte , envie de mordre, aversion de la lumière, fureur et convulsions à l'aspect des liquides et des corps biillans, pouls assez élevé. Mort au .bout du ^ptième jour à dater de l'invasion des symptômes d'hydrophobie. Le cheval s'est toujours bien porté , ce qui empêche de croire à une hydrophobie communiquée. 145. II est peut-être singulier qu'après avoir parcouru une sphère immense , et examiné les faits sans nombre publiés , soit dans les journaux ou les recueils d'observations, soit dans les traités particuliers sur l'hydrophobie communiquée par contagion , un médecin distingué par son érudition (Bosquillon) ait révoqué en doute sa vraie origine , et l'ait rapportée dans ■tousles cas à la crainte ou à la manière dont l'imagination est frappée. Quoiqu'il y ait d'ailleurs une grande ressemblance entre les sympt^ës de la rage spontanée et de celle qui est commùlhiquée, la première né survient-elle pas immédiatement après l'action de la cause . qui l'a produite? au lieu que l'autre a une époque d'incubation plus ou mpins longue , comme toutes les ihaladies contagieuses , et qu'en cautérisant la morsutè , on parvient, dans le plus grand nombre de cas.

l56 NÉVROSES DES FONCTIONS CÉRÉBRALES.

à détruire le virus faydrophobique. N'a--t-on pas vu enfin des personnes ti'ès-confiantes dans l'efficacité des moyens préservatift mis en usage ^ en être cependaut atteintes , tandis que d'autres qui craignaient beaucoup en étaient préservées ?

§ ■• Description générale de tUjdrophohie.

i/i4. Prédispositions et causes occasionndles* L'bydrophobie peut être commuif iquée par contagion , ou survenir spontanément : dains le premier cas , elle est occasionnée par la morsure d'un animal enragé , par un simple lèehement^ par la respiration, de. l'haieine d'un hydrophobe ou d'un animal enragé , ou bien par une substance infectée de leur salive portée imprudemment à la bouche. Lorsqu'elle est spontanée p ses causes les plus ordinaires spnt une frayeur vive , un emportement violent^ des écarts extrêmes 4e régime^ des travaux forcés en restant exposé aux ardeurs du soleil. Quelquefois il n'y a point de cause déterminante connue.

145. àSymp/d/ne5. L'époque4i» l'invasion varie sui-» vaht que l'hydrophobie est spontanée ou ooeaàicHmée par contagion : dans le premier cas , elle a lieu le jour même , ou peu de temps après la cause qui Va .produite ; dans le second cas^ c est le plus ordinairement trente ou quarante jours l^rès la morsure , quelquefois plus tôt. Ses phénomènes précurseurs sont xm, é{at d'inquiétude ^de la tristesse , de la pusillanimité:^ un sommeil agité par des rêves sinistres, la/perte de l'appétit^ la recherche de la solitude y le reaserrestiait aiuL tempes ^ des affections nerveuses variées; les cicatrices

, HYDliOPHOBlE. j5y

OU les plaies se boursoufflent quelquefois avec douleur. Dès que l'affectiiyi est déclarée , alors sentiment d'ardeur et de cQnstliction à la gorge , déglutition difficile , horreur des liquides , agitation continuelle^ cbaleur brûlante à l'épigastre , visage rouge , voix forte , regard étonné et farouche, respiration gênée, pouls dur^ tendu et inégal j quelquefois soif très-vive, mais resserrement douloureux de la gorge , frémissement général et contractions spasmodiques des muscles de; la fiice ; bientôt fièvre et délire, anxiétés extrêmes , crachotement fréqujent d'une salive écumeuse ; quelque^ fois grincemens de dents , envies de mordre , priapisme. L'a^ct d'un liquide ou d'un corps brillant k plus légère impression de l'air suffisent pour renouveler les accidens : à leur af^roche, le malade prie ceux qui l'entourent de s'éloigner; mais peu à peu débilité du pouls , pâleur d« la face^ refroidissement des extrémités, et la mort au milieu des oofivtdsiôns ou d'une lipothymie. La durée ordinaire delà maladie est de trois ou quatre jours , et rarement parvient-elle au septième. Les résultats de l'autopsie cadavérique ont offert le pluswuvemde grandes diversités, dont la plupart peuvent tenir à des variétés individuelles ou à des circonstances accidentelles.

S in. Traitement deVIfydrophobie.

146. Les principes du traitement local consistent à détruire les parties imprégnées de la salive de l'animal , ce qu'on peut faite dans tous les cas par les caustiques acides, salins et alcalins , et d'une manière Vieh plus sûre avec le muriat« d'antimoine liquide.

258 NÉVROSES DSS FOIfCTIOKS CEREBRALES.

On s'assure d'abord de la profondeur et de la direction des plaies , on les dilate ensuite s^il est nécessaire^ ou on les ouvre si elles sont cicatrisées ; après les avoir laissé saigner quelque temps , on doit les laver avec une dissolution de trois grains de potasse dans une livre d'eau , et les panser avec de la charpie sèche* Le lendemain , après la levée du premier appareil , on promène sur toute l'étendue de la plaie un jnnceau de linge imprégné de muriate d'antimoine , en touchant avec précaution les tendons , les vaisseaux et les nerfs ; on couvre ensuite la plaie d'un large vésicatoire, et affres la chute de l'escarre , on panse l'ulcère avec des bourdonnets garnis d'un digestif, et on continue ainsi trente ou quarante jours pour n'avoir plus à craindre les effets du virus.

i47- Le trsûtement local indiqué ci-dessus^ secondé par quelques moyens généraux , comme Jes bains ^ les boissons délayantes , et même les frictions nxercurielles , paraissent les meilleurs préservatiis , en rapportant cependant toute la gloire du succès au traitement local. Mais si l'on veut être de bonne foi , peuton méconnaître , en général , l'impuissance de la médecine lorsque l'hydrophobie est déclarée? ou du moins que reste-t-il à tenter , si ce n'est de rouvrir les plaies si elles sont fermées , d'insister sur les frictions mercurielles, Jes bols anti-spasmodiques , et sur l'attention de faire éviter toutes les impressions des sens à cause de leur excitabilité extrême ?

nethoses de la locomotion et de la voix. iSg

Page 1