‹ Nosographie philosophique, ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 4)Chapitre 14 sur 67 · IDIOTISME · texte numérisé non relu

IDIOTISME

oblitération plus ou moins absolue des fonctions de Tentendement et des afiections du «œur; on remarque quelquefois une rêvasserie douce avec des sons demi-articulés ; d'autres fois une taciturnité profonde et la perte de la parole par le défaut d'idées. Certains idiots sont très-doux, d'autres très-opiniâtres; quelques-uns sont sujets à dés quintes très-vives d'emportement.

' § III. Traitement de f Idiotisme.

129^. L'idiotisme originaire est presque toujours incurable \ d'après les remarques les plus assidues que J'ai faites à l'hospice de la Salpêtrière ; ou du moins il parait très-peu susceptible d'un étrangement favorable. L'idiotisme accidentel peujL quelquefois être guéri par l'application des excitans, soit internes, soit externes, tels que ceux indiqués parmi les moyens de traitement qui conviennent dans les cas d'une dén^ence produite aussi par un accident; et je ne puis que renvoyer à mon Traité sur V Aliénation y pour éviter des répétitions superflues. L'idiotisme accidentel , contracté surtout pendant la vigueur de la jeunesse^ peut être aussi heureusement terminé,, comme par un mouvement critique, lorsqu'il su<?cède une excitation nerveuse et comme maniaque qui dure plusieurs semaines, et qui , en cessant elle-même, finit par ramener le libre exercice de toutes les fonctions de l'eniendement^

l4o NÉVROSES DES FONCTIOÏSTS CEREBRALES* SOMNAMBULISME (l).

S P'* Considérations générales.

1 5o, L'imagination , durant les songes ordinaires , peut rappeler avec plus ou moins de force les objets qui Font vivement frappée; mais si, dans cet état, l'excitation est assez vive pour (ju'on se livre au mouvement même dont on a l'habitude , que les muscles soient soumis à l'influence de la volonté , qu*on sorte de son lit , qu'on marche , qu'on parle ou qu'on tenouvelle même \es fonctions qu'on a coutume de remplir durant la veille , on est alors somnambule ou noctam-^ èule. Aristote connaissait cet état équivoque de sommeil et de veille, et 21 parle de ceux qui, en dormant , se lèvent, marchent, parlent, distinguent aussi bien ' les objets que les hommes les mieux éveillés , sortent de leurs maisons , montent sur les arbres ou vont à la poursuite de leurs ennemis , et se remettent ensuite au lit où ils restent dans un sommeil qui ne paraît "ntdlement intei-rompu par ces diverses actions Çùb. V de Gen. Anim. ). On trouve de semblables exemples dans les Mémoires de Trévoux (ann. r7i4)> dans la Philosophie de Gassendi , dans un ouvrage de Mura-^ tori {délia Forza délia Fantasia) ^ etc., outre ceux ' que l'observation de chaque jour peut faire connaître. Il paraît, en rapprochant différentes histoires de somnambules , que leur état offre de grandes variétés pour

(i) Synonymie» Somrutmbulismus , Sauvages, Linnjeus, Sagaïi j Hyrpnobatasis y Vogel y Noctamhidatio^ Ju3(cksi\ j; Oneïrod^nia activa, CuLLEK.

les fonctions des sens ; que les uns ont les yeux fermés ; que d'autres aperçoivent distinctement les objets qui leur sont présentés ; que certains n'entendent point , pendant que d'autres répondent avec précision aux questions qu'on leur propose. Un dç ceux dont parle, Muratori était fameux à Vicénce, et son histoire a été exactement décrite par le médecin Pigati. Mais^ quelque dextérité qu'on suppose aux sonmambùles dans les fonctions qu'ils exercent., avec quelque agilité qu'ils échappent le plus souvent au danger, le nombre de ceux qui uni péri dans leurs courses nocturnes ou qui ont reçu des blessures graves, ne peut qu'inspirer des inquiétudes sur le sort des autres, et ou doit circonscrire dans un petit espace les lieux où ils peuvent se transporter. Un seigneur italien, sujet à cet accident, faisait habituellement environner sonlic d'un fort réseau ou filet de cordes , qui l'empêchait d'en sortir , et le forçait à s'éveiller par les efforts qu'il faisait pour s'en débarrasser. On ne peut que remarr quer un certain rapport entre un accès de maniq sana délire, et l'espèce d'excitation nerveuse que le somnambule éprouve pendant l^^ nuit. Un jeune hommç sujet à cette affection, et que j'ai souvent eu occasion d'observer durant ses attaques , avait un regard vif et animé , le vjbage coloré , un iqu de voix ferme, ' la plus grande agilité dans les membres , des reparties saillantes dans les entretiens qu'on se faisait un jeu d'avoir avec lui. Dans la journée et durant l'état de veille, il était^ en général, morne, taciturne, et paraissait bien inférieur , pour les facultés de l'entendement , à. ce. qu'il était dans ses illusions nocturnes.

1 3 1 • Parjni les ,e^epiple$ les plus remarquables de

l42 NlêvROSES DES FONCTIONS CEREBRALES^

somnambulisme , on doit compter ceux que rapporte Henricus-ab-Heers, auteur connu par l'exactiluder extrême (ju'il mettait à tracer l'histoire des maladies. Un jeune homme avec lequel il avait été lié dès son enfance 9 et qui s'appliquait fortement à la poésie , s'était exercé en vain un certain jour à polir et à rendre plus corrects plusieurs vers qu'il avait composés : il se lève pendant la nuit , ouvre son secrétaire , écrit et répété souvent à haute voix ce qu'il venait d'écrire , en applaudissant lui-même et en poussant dès éclats de rire , exhortant même un de ses amis qui était présent d'applaudir avec lui ; il ferme ensuite son secrétaire, se remet dans son lit, et prolonge son sommeil jusqu'au moment où on vient réveiller, ignorant pleinement ce qui s'était passé. Le lendemain , il se rappelle avec inquiétude l'incorrection des vers du jour précédent ; il visite son manuscrit , et il trouve remplies les lacunes qu'il avait laissées ; plein de surpriîie , et ne sachant si c*étaît l'efiFet de sdn bon ou de son mauvais génie , il demande à ses amis , qui poussaient des éclats de rire , de lui dévoiler ce mystère : ils ne parviennent qu'avec peine à lui persuader que c'est durant son sommeil qu'il a rempli cette tâche difficile. Le même auteur nous a transmis l'histoire' d'un somnambule d'un autre caractère. Un religieux , âgé de quàrantCKîinq ans , était tourmenté depuis quinze années , et seulement certaines nuits , des rêves les plus horribles ; il se croyait alors menacé dé ïa mort de la part de ses aniis les plus intimes, ou des personnes avec lesquelles il n'était jamais entré en querelle ; à chaque rêve , dans le cours de la même nuit , c'étaient de nouveaux

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