‹ Nosographie philosophique, ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 4)Chapitre 17 sur 67 · NÉVROSES DE LA LOCOMOTION · texte numérisé non relu

NÉVROSES DE LA LOCOMOTION

est mariée à quinze ans , c^est-à-dire , à une époque très-précoce ; bientôt après , chagrin profond par l'absence de son époux, qui était militaire^ et par la crainte de le perdre ; recnerche de lasolitiide , abandon à des idées tristes et mélancoliques ; de là une motilité extrême dans les muscles; ce qui fut encore augmenté au retour de son époux par deux accouchémens avant que son corps eût atteint lui-même tout son développement. Lia fréquence des mouvemens convulsifs augmenta par degré , au point que la simple chute d'une petite pierre d'une hauteur médiocre suffisait pour la faire tomber dans des convulsions violente^ ^ des spasmes , des distorsions < de Ja bouche r précautions excessives pour éviter toute sorte de bruit auprès d'elle , et accroissement gradué de la fréquence et de l'intensité de ces affections spasmodiques. Ltt moindre nourriture prise à l'intérieur faisait entrer éïî convulsions tout l'abdomen* La consolnption et un dépéris^ sèment prompt -mirent un terme "à cette malheureuse existence* Sonmari, au désespoir^ se -condstùm'a' aussi à vivre dans la solitude; il conçut la même horreur pour toute espèce de bruit, et sa sensibilité ;nerveuse fut portée de même par degrés^ à un tel point , qu'il eut une maladie aiguë , et qu'il périt dans les convulsions* « Dans ces deux cas, des ménagemens exces- >) sifs, dit liôrry^n'ont-^s point été nuisibles^ et ^) n'aurait-il pas été «plus sage et plus prudent daceou- » tumer par degréjCLCS deux malades, aux -sons bi^uyan^» » et au tumulte , et de corriger leur sensibilité vi- » cieuse par des impressions répétées >) ?

i5i. On connaît le pouvoir de l'imagination pour produire et quelquefois pour guérir des affections

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spasmodiques : on se rappelle Fliistoii-e des fameuses Ursulines de Loudun , dont l'âme superstitieuse et l'imagination frêle et mobile étaient habilement mises en jeu par des préjugés de religion et des intrigues de cour , sous le fameux cardinal de Richelieu. Quel tissu d'impostures , de puérilités et de ridicule dans les prétendus sortilèges et les exorcismes de ùes religieuses , non moins que dans les informations judiciaires d'un tribunal de sang érigé pour faire périr le malheureux .Urbain Grandier (i) ! Les convuLsionnaires de Saint-Médard , . à Paris , n'ont pas moins étonné leurs admirateurs par leurs sauts , leurs postures , leurs, contorsion? mimiques; et on sait avec quel art un médecin plein.de sagacité et de raison a fait disparaître ce prestige, en ne considérant dans ces convulsions qu'un effet purement naturel, et le produit d'une imagination fortement ébranlée (Le natura-' Usme des compulsions dans les' maladies de répidémie çonvulsionnaire. Soleure 1753). La religion n'a eu sans doute aucune part aux scènes variées , aux spasmes , aux prétendues crises du magnétisme animal ; mais cet exemple récent ne démontre pas moins la fa-

(i) Uauteur de la Démonomanie de Loudun s'est fait remarquer par la credulilë la plus aveugle et la plus bornée y aussibien que par fasservisseinent. le plus vil aux vues du gouvernement y mais toutes les sourdes menées qui ont dirigé celte intrigue du cardinal - ministre ont été très-bien développées dans un ouvrage qni a pour titre : Histoire des Diables de Loudun y ou de la Possession des religieuses Ursulines ^ et de la condamnation et du supplice d^ Urbain Grandier y cruels tffeUi de la <uengeance du cardinal de Richelieu, Amsterdam ,

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jcllilé qu'ont des constitutions frêles et délicates , et de^ esprits crédules , à adopter toutes les visions qu'un homme adroit a intérêt de propager. D'un autre côté, les affections morales très-vives peuvent être de puissantes ressources pour prévenir ou pour guérir les maladies spasmodiques. On sait toute la supériorité que montra Boerhaâve lorsque , s'élevant au - dessus de cette confiance exclusive qu'on montre si souvent pour de& formides de pharmacie , et s'entourant adroitement d'un certain appareil de terreur, il sut arrêter , dans un hôpital de Harlem , des convulsions des enfans qui semblaient se propager par une sorte de contagion. N'y a-t-il point des exemples de guérison de répilepsie par une terreur, par un sentiment de cramté, quelquefois aussi par une sorte d'empire quele malade s'exerce à prendre sur lui-même , surtout si on le fait rougir de son état , et §'il ^t très-sensible ? Oh affectait un jour de dire , en présence d'un jeune éjpileptique , que des maux semblables étaient le partage des idiots et des imbécilles, et qu'on était toujours lé maître, quand on le voulait fortement , d'en prévenir les attaques. Ces propos firent une impression si profonde sur l'esprit du jeune malade , qu'il parvint à se maîtriser , et qu'il trouva dans sa volonté même le remède le plus efficace contre ses attaques.

i52. Ce n'est point certainement la partie la plus brillante et la moins contestée de la médecine , que celle qui est relative à l'action des médicamens sur l'économie animale , action qui souvent varie suivant une foule de circonstances , la constitution individuelle , l'empire de l'habitude , la manière de vivre , les affections et la sensibilité particulière de l'estomac ]

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la dose ou les combinaisons du remède. Aussi quelle longue vacillation d'opinions ! que de faits Opposes à d'autres faits dont la discussion aura lieu dans un Traité que je me propose de publier sur la Thérapeutique !

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§ P'. Considérations générales.

y 1 55. Cette dénomination a été proposée par le professeur Chausftier pour désigner un grand nombre d'affections douloureuses qui étaient autrefois peu connues , isolées et confondues avec des maladies différentes; , telles que le rhumatisme , des spasmes , des" convulsions. Il est démontré maintenant ^ d'après les recherches de M. Chaussier , que les nerfs sont le siège de ces douleurs; mais on ignore encore quel est le genre de lésions dont ce système d'organes est alors principalement affecté. Cotunni croit y reconnaître une sorte d'œdématie , une infiltration séreuse qu'il a désignée sous le nom dihy drops extimarum nen^i vor ginarum; mais cette assertion est encore loin d'être démontrée. Tous les nerfs ne sont pas (paiement sujets à cette maladie : il en est même sur lesquels on ne l'a point encore observée : ce sont ceux de la face , des membres inférieurs , qui présentent le plus d'exemples de névralgie. L'on trouve > dans le Traité d'André sur les maladies de l'urètre,. plusieurs observations de névralgies faciales; je vais citer celle d'une névralgie maxillaire. Un honune éprouvait depuis quinze an» les dpuleurs les plus atroces à la mâchoire inférieure du coté gauche y dans le trajet du nerf maxillo-den-^

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taire, lesquelles étaient accompagnées d'une distorsion considérable de la face {é^ulsion de toutes les dents correspondantes au côté affecté ^ section du nerf à la sortie du trou mentonmer). Nul changement jusqu'au dix-septième jour de l'opération ; mais le dixhuitième , hémorrhagie abondante : dès-lors soulagement très-marqué , mais qui ne dura que deux mois , pendant lesquels il y eut plusieurs accès (escarre pratiquée sur le trajet du nerf affecté). La plaie se cicatrisa après avoir suppuré pendant deux mois, et le malade n'éprouva depuis aucun accident. — L'observation suivante offre un exemple de né^fr algie sousorbitaire. Une dame âgée de soixante-dix ans élait attaquée depuis dix ans de douleurs les plus aiguës ayant leur siège dans lé nerf sous-orbitaire du côté droit ; les accès étaient très-longs et périodiques , et laissaient entre eux des intervalles égaux; souvent il se formait sur la joue , le nez et les lèvres une sorte d'érysipèle miliaire , dont les pustules étaient remplies d'une sérosité jaunâtre; Son écoulement procurait de la tranquillité à la malade ; mais lorsqu'il venait à se supprimer ^ les accès se manifestaient avec plus de ^fréquence et d'intensité , et se prolongeaientdavaritage. Pendant les mouvemens convulsifs, il y avait excrétion abondante du mucus nasal , d'une salive écumeuse, muqueuse et très-gluante. *

154. Je terminerai l'exposé dés histoires particulières de ce genre de maladies -par une observation de névralgie des' memères inférieuts. Un mililfl^ire âgé de trerit€i-deux àn« , ' d'uinre constitution nerveuse > exposé p^r'son état à toutes les fatigues de la guerre et âiix vîcîssitiidés'des cliiT^aVs , r>|)rouve (îés;dotiteurs

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dans les membres inférieurs , lesquelles augmentant la nuit , sont pendant long-temps regardées comme dépendantes d'une ancienne syphilis , et combattues à plusieurs reprises , quoique vainement , par. les mercuriaux. Ces douleurs oiit leur siège dans les deux membres inférieurs , et occupent indifféremment Tun ou Fautre ; elles détendent depuis la hanclie jusqu'aux pieds , et remontent rarement au-dessus de Faîne ; l'étendue en largeur qu'elles affectent eçt presque imperceptible ; elles s'élancent d'un point dans un autre ,< ets'y fixentde nouveau. Elles sont subites et passagères, mais très-pénibles; leurs élancemens peuvent être comparés à ceux du panaris ; elles font quelquefois éprouver la sensation d'une corde qu'on tire de haut en bas ; elles se répètent avec la rapidité de l'éclair ; quelquefois elles commencent par de petits élancemens , augmentent et diminuent graduellement d'intensité ; d'âutreS fois elles surviennent subitençieni sans symptômes précurseurs , et s'élèvent aussitôt au plus haut point. On ne remarqué ni rougeur ni enflure dans le lieu de la douleur , mais seulement un gonflement des veines voisines : les nerfs où siège ja douleur sontsensibles au toucher. Leur durée est variable : les accès^ forts se prolongent de cinquante à soixante heures; leur retour n'est point sensiblement influencé par le changement de climat ; de temps ^ etc. ; cependant l'interruption subite de la transpiration est trèspropre à les rappeler ; elles ont' aussi plutôt lieu la nuit que le jour ; le repos et l'immobilité les calment ; quelquefois aussi elles diminuent par la chaleur , par i'eau glacée , par des frictions, par l'augmentation de la transpiration ; mais rien de cela ^'est constant. Du-

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rant ces accès, la lapguç est récouverte d'un enduit blanchâtre, l'appétit diminue. Dans les intervalles, les forces reviennent, à moins que l'accès n'ait été long ; car alors le malade éprouve* de l'afimblissement pendant plusieurs jours, l'appétit est moindre, la di|^stion lente , la bouche mauvaise , il y a constipation. Les intervalles sont, en général, moindressi on a fait usage de médicamens pour diminuer l'accès ; ils sont plus longs si le malade fait de temps: en temps usage de purgatifs. Le malade ayant, d'après mes conseils , repris la vie tumultueuse des camps , a été soulagé de cette afiFection., contre laquelle tous le» médicatnens avaient échoué.

§ II. Description géthêrale de la Névralffie.

1 55. fP rédispositions et causes occasionnelles. Les causes qui peuvent donner lieu aux" névralgies sont le plus ordinairement l'impression du froid ,■ la suppression d'une hémorrhagie habituelle , d'un écoulement séreux ou muqueux, d'une ancienne fistule, d'une éru|)tiQn cutaijée; quelquefois elles sont déterminées par la lésion., la contusion d'un filet nerveux , un tubercule sur son trajet, un vice arthritique ou rhumatismal , etc. Difilérentes observations semblent devoir faine conclure qu^ > dans la névralgie , il existe une cause ;xiatérielle d'iiivitation fixée sur le nerf; que^ cette cause n'est pas la même dans tous les cas, et. qu'ainsi il faut la coniaaître pour établir iin traitement efficace.

i56. Symptômes. «Ges affections des nerfs sont caractérisées, r*^. par la nature de la douleur^ qui est

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