‹ Nosographie philosophique, ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 4)Chapitre 42 sur 67 · ORDRE PREMIER · texte numérisé non relu

ORDRE PREMIER

LÉsjojfs onG^ffiQirj^s gjSitjérazss.

507. JLes maladies de cet Ordre semblent avoir une étendue inimitée , et pouvoir attaquer indîatmctement touies les parties soit solides, soit fluides , infecter pour ainsi dire toute la constitution lorsqu'elles sont invétérées , et dénaturer en entier le tissu et la structure oi^anique des parties où elles portent toute leur action. On ne saurait presque déterminer , daps certains cas de scorbut , si les piuscfçs , les vaisseaux san«guins , la peau , le tissu cellulaipe , le fluide lympha^-^ tique sont plus affectés les unsqu^e les loutres* Le défaut d'acti(^n vitale qui amène la gangrène peut imssi s'étendre indistinctement à toutes les partjies^ le^ désorganiser et ne laisser à la place de là structure régulière de leur tissu qu'im tout informe sans aucune trace à^

leur état primitif. Le cancer produit indistinctement une transformation dififérente , mais d'un aspect non moins hideux y et plus eflfrayant encore par les douleurs intolérables qu'il produit que par le désespoir où il jette si fréquemment ceux qui n'en peuvent être délivrés ni par les efforts de l'art, ni par les ressources de la nature. La phtbisie, quelle que soit sa cause , ne finit-elle pas par changer l'homme le mieux conformé en une sorte de spectre ambulant , en portant également le dépérissement dans toutes les parties? Enfin la maladie syphilitique n'étend-elle point les effets de son virus sur les membranes muqueuses , les glandes, la peau, le tissu des viscères, etc., et n'exerce-' t-elle point sur toutes les parties du corps humain une influence funeste lorsqu'elle est très-invétérée?

308. Je mets à profit, dans cette édition, les progrès récens de la médecine ^ squs le rapport des maladies de cet Ordre ; mais si on veut être difficile sur le choix, combien peu de faits particuliers sont propres à offrir les modèles d'une sccupuleuse exactitude !

S rp M I LIS (l).

§ I". Considérations générales.

309. Quel déluge'^l'écrits et de recettes prétendues merveilleuses, de spécifiques dont on croit l'efficacité assurée contre le mal vénérien ! quelle foule de méthodes tour-à-tour prônées., combattues , remplacées

(i) Synonymie. Syphilis , Sauvages , Linnjeus , Vogel , €uLLEN , Saoar 'j Lues vtnerea ^ BoErHAAVE , Hoffmann , JuNGKER , »TRtJG3 Mal vénérien , IVhladie vénérienne, Vérole.

SYPHILIS* 5ai

par d'autres, ou reproduites adroiteiyiem sous d'autres foriueslLeiuoindre empirique, resserré dans les bornes d'une simple formule , peut-il rien voir au-dessus do son habileté dans le traitement de cette maladie y et ne se croit-il point un homme supérieur ? Cherchons à dissiper cette illusion de Famour-propre , et à montrer dans tout leur jour les difficultés qu'ofiFre le traitement du mal vénérien pour l'homme éclairé et plein d'expérience. On ne peut douter maintenant que le virus ne se propage par les vaisseaux absorbans, et qu'il n'affecte surtout les glandes lymphatiques par une sorte dfaffinité particulière. Quelle influe^nce n'ont point dû avoir sur le traitement de cette maladie lei découvertes de i'anatomie relatives au système lymphatique I Astruc,, dans son ouvrage, donne un index^ , chronologique des divers auteurs qui ont écrk sur le mal vénérien, depuis i495 jusqu'en 1754, en y ajoutant de légères notices. L'ouvrage d'Astruc, qui a paru à cette époque , est r^emarquable par l'ordre et l'érudition qui y régnant ; mais on imagine combien il y a d'objets à rectifijersiur les formes variées de la malardie , sur sa contagion et les méthodes de traitement^ U était naturel jque i' Angleterre:, qui avait élé le berceau des découvertes sur, le système lymphatique, donnât autoi l'exemple 4e l'heureuse application qu-oa en» pouvait fairle à Ja piK)pagation et au développement du, mal vénérien. Jean Huntet,. déjà si célèbre par, ses.- 4écouverte> en.anatpmie ^ eut cette gloire. Son Traiiév sur les .maladie vénériennes est un des- ouvrages les) phis profonds et les plus originaux qui laient ; par^i» depuis lpng-i-tçi9|)!$:daûs là médecine. Nisbeth, iGlare,ï qui lui ont M.\ccé4Q^ sans s!engager:dansises théories^

io2 LÉSIONS ORCAmQims GENERALES*

subtiles ou ses opinions quelquefois paradoxales , ont beaucoup conlrilSue à perfectiotnner le traitement. Mais on doit surtout à M. Swédiaur d'avoir développe celui qui convient à la blennorrfaagie et, à l'engorgement du testicule^ en faisant bien connaître le veritable caractère de ces affections. ISn France, De Home s'est borné au point de vue purement pratique , en publiant, en 1779, les observations sur les différentes méthodes d'administrer le mercure dans la maladie vén^riemie. Les résultats des observations faites à l'hospice* des Vénériens de Paris cmt été publiés dans , pliisieuçs ouvrages. M, Cullerier, chirurgien en chef de cet établissement, a produit kiinoiéniie des articles intéressans dans le JJicùonnaire des Sciences médi-cales. M. Bertina donné , en 1810^ un Traité de la. maladie vénérienne chez^lés enfans }xouveau*nés, les femmes enceintes et les nourrices , où l'on trouve des &its curieux sur Jes variétés de symptôtncKS qu'offre la ^phîlis cliez ces individus et sur la meilleure manière de les traater. La thèse: de M. Lagneau avait déjà fixé l'attention publique , €« l'auteur eii' a- formé depuis une'hisicàreigénérale de la maladie vénéfieiiné ( nouvelle édition, Paris, r8r8), où il el)fM>sé aVec soin les symptômes et le traitement de cette Mâkfdie locale ou constitutionneHe (confirmée) , simple ou compli-quée: on y trouve des observaitions 6t des d^snl& intéressans extraits des leçons, de clinique de M* Guli^ier. Sio. J'omets de parler ici des. affections locales si connues, comme la gonorrhée, les chancrfes, etc., pour donsîdérer le mal vénérien devemif une affection généraient pour ftiii^si dire consmutiortneMé. Le* virus véttérieù , reçu par les vaisseaux lymphatiques ; peut

SYFHtLiS. • 5o5

être porté dass les glandes de Faîne; il peut être pofté aussi dans le canal thoracique ^ et passer dans la

niasse commune des liquides Les effets de cette

dernière transmission sont une légère irritation accompagnée de frissons^ quelquefois si légei^s et si vagues qu'ils ne sont poii^t sentie par les malades , ou qu'ils sont attribués à d'autres causes passagères , jusqu'à la manifestation des symptômes d'une infection générale Le virus ne circule qu'un certain temps dans

la masse générale des liquide^ , ordinairement cinq ou six semaines , et alors il se porte sur certaines glandes par une sorte d'aâlnité inconnue ; sans que le sang^, les autres fluides ^ ou les organes sécrétoires puissent être dits affectés , quand on veut parler d'une manière exacte. Lorsqv^ le yiru^ n'affecte qu'une glande isolée y dn peut f en extirpant la tum^ir , enlever k maladît , comme Jean Huntep l'a éprouvé sur une glande d^ l'aisselle. «... Pour que le virus introdjiit dans le système des liquides puisse affecter certaines glandes , il faut que .celles-ci soient sensibles à son action; de là vient qu'il peut re3ter plus ou moins cache , et se développer ensuite p^ d'acutres circonstance» étrangères, comme des excès dans le régime , mv état de grossesse pQur les femmes , em*

• , §11. Description générale delà Sjphi^s.

5i I . Prédispositiom et causes, occasionneiks. Le vîrua vénériw se communique par un contact immé* diat aux pl^rties génitales y à l'anus , à la bouche ^ aux nxam^U^ des ncAirrtces y. ou par igtne sorte d'inocula-* ^191 aqL)L-dçsaous( di^ l'épiderme* *

5o4 LÉSION^ ORÔÀmqtJÊS^ GENERALES.

5 12. Sjmptômes, Ils varient selon la période plus ou moins avancée de la mals^lie. Première période^ Quelquefois la cause virulente agit d'abord sur les amygdales , et de là elle s'étend à la bouche , à la langue , etc. Ses effets sur ces parties sont une ulèératiou qui se développe tout-à-coup sans boutons , pustules ni cbancres. La surface ulcérée est d'un blanc sale , a^^ec des bords durs, ép^is et comme déchirés. Quelquefois le virus se porte sur les gencives , qui deviennent spongieuses' avec dq^ bords rouges et enflammés. La détermination du virus vénérien à la peau peut y produire des éruptions variées, comme dès taches, des pustules d'abord transparentes , puis couvertes de croûtes écailleuses, etc. Lorsque ces éruptions pissent à l'état d'ulcère , leur base est recouverte d'une croûte épaisse , caverneuse , avec des bords durs et- calleux. JEfeuxième période. Quoiqu'il soit- quelquefois fort difficile de la dé terpiiner, on peut, en général, la rapporter aux affections de certaines parties phis profondément situées, comme du périoste, des aponévroses , des tendons , Aes ligamens. Hunter a vu ces affections se porter quelquefois dans l'oreille iMerne , et produire h.suixlité atv^c les douleurs les plus violentes. Le pro-»grès de l'irritation , dans les parties dont je viens de parler , se fait d'une manière plus uniforme que dans les autres ;• car on y reconnaît une certaine analogie avec la marche du vicescrophuleux ou du rhumatisme clironMjue; On Vjoit, par exemple, une tumeur se former: sur un os , tumeur qu'on ne peut rapporter qu'à une infection de plusieurs mois, et qui n'est quelque-* fois accompagnée que de douleurs l^èreà; dons d'autres cas, on éprouve les douleurs les ^lus vibleiitfes

8YJPHÎLÏS. 5o5

iSiVant la formation de la tumeur. On peut faire les mêmes observations sur le gonflement des tendons v.i des aponévroses. La matière qui se forme à la suite de cette irritation inflammatoire n'est pas du vrai pus, mais une matière visqueuse..... D'un autre côté , des nodosités , soît des tendons , soit des os , durent qtielquefois des années entières sans qu'il s'y formé la moindre quantité de matière ; mais alct^s il est douteux si ces afieetions sont d'une nature purement vénérienne. Troisième période. Les douleurs internes dès os , avee des eïacerbations nocturnes , ne font que s'exaspérer : la substance des os en peut être diversement altérée : quelquefois c'est une carie, d'autres fois c'est une ten-^ danpe des os à devenir spongieux, à produire des fongus , comme dans les affections scrophuleuses , à se ramollir , ou à se fracturer pour les causes les plus légères. Quand la maladie constitutionnelle a duré lon^ . temps , souvent la fièvre hectique se déclare avec les symptômes propres au viscère aflecté , et suivant que le poumon; le foie ou toute autre partie sont attaqués : alors dépénssemait , marastiie, dévoiement collîquatif , et la mort. La maladie syphilitique peut se compliquer avec les scrophules, le scorbut, la goutte, Thypochondrie, les dartres, la gale, etc.

§ ni. Traitement de la Sjphilis.

5 1 3. On peut voir , dans le Recueil des observations ^De Horne , avec quelle sagacité <m peut varier l'usage du mercure dans certains cas, tantôt en employant une seule méthode , tantôt en conJwnant defux méthodes ensemble ,'ou même trois. Quelles sont fK- Tples les explications théoriques de la manière d'agir iji. 20

5t)6 LESIONS ORGANIQUES GÉkÉRALES/

du mercute par trituration , évacuation , liquéfaction , ou par une vertu spécifique ! Il paraît surtout , en comparant ses eflfets avec des guérisons opérées par d'autres moyens , qu'il agit comme stimulant du système lymphatique , dont il augmente les forces vitales^ et qu'il rend ainsi propre à expulser ou à détruire le virus" vénérien. Quelquefois le malade éprouve une irritabilité morbifique trop développée, et alors Topium assure un succès refusé au mercure (London , Med. Journal , 1788). Quoique le mal vénérien ofire un témoignage le moins irrécusable du pouvoir des médicamens , il ne rentre pas moins dans la règle générale de la plupart d^s maladies chroniques sur l'efficacité des moyens pris de l'hygiène seule , comme Van- Svriéten Fa prouvé par des exemples frappant : et ne sait-on pas que les forçats infectés du mal vénérien guérissent par l'usage seul du régime végétal et de l'exercice pénible qui fait leur tache journalière ? Je ne m'engagerai point ici dans la longue énumération des remèdes non mercuriels recommandés pour guérir la maladie syphilitique , et exposés avec beaucoup de clarté dans l'ouvrage de M. iSwédiaur (i) ; mais je ne dofe point omettre de parler d'un nouveau moyen quia fixé, il y a quelques années, l'attentioDv publique, et qui consiste dans l'usage interne et externe de l'oxygène (2). L'auteur rapporte une suite nombreuse de faits observés, et de guérisons de la .maladie syphilitique opé-

(t) Traité complet sut les symptôiÀes , les èj^tts\ ' ttc, , * des imetladies s^philkicfues ; par i9wédiaur. ' - -: v î ».

j(2?) Essai sur ^es propriétés méàihaits'de^ft^Sô^ghryi, €t *^rs l-0ppiication de ce principe dam ks maludintvénineiin^,

psoricjuts et dartreuses ; par Alyon. Paris, ■ ; • ; . .

SYPHJLÎSk toj

tées par l'usage interne de ce qu'il appelle sâ tisane ni^ trique , combine avec celui de la pommade oxygénëe , comme topique* Mais pourquoi recourir à des moyens douteux qu'on s'empresse de mettre en vogûè , et qui retombent aussitôt dans l'oubli , taudis que ricQ n'est plus constaté que l'efficacité du iaiercure employé sous diverses formes, et que, si on excepte quelques cas très-rares de I9 maladie syphilitique très-invétérée ou .compliquée avec quelqùie aa^e* affection cutanée ou glanduleuse > on peut parvenir presque toujours», èa administrant avec méthode ce médicament (t) , à obtenir une guérison solide ? Les^ expériences les plus ' authentiques faites dans un hôpitsj de vénériens de Paris , n'ont-elles pas constaté que tantô]L les frictions ïnercuridiles ^seules , les emplâtres mercuriels, les fumigations du même métal , les kvemens anti-véné-' rijBUS , les préparation^ du mei cure insoluble , ou enfin les sudorifiques, pouvaient, chacun séparément et daçs Iqs cas les plus simples , guérir les n^aladies véné-^ riennes; .que, dans d'autres cas plus rebelles, il fallait combiner les frictions mercurielles avec les sudorifiques , ou bien indistinctement avec les fiimigation^ mercurielles, le muriate niercuriel corrosif, où les lavemens anti-vénérien® (2) ; qu'enfin , lorsque la ftialadie est plus invétérée , il fallait user simultanément ou successivement des pi:éparalioris mercurielles sous

(i) Je suis loi;i d^exclure, dans certains cas, plusieurs re-

nfïèdés non ùiercuriels dont parle Swédiaur^ et surtout l'usage

imei'iie de l'alcali volatil (ammoniaque) du professeur Peyrilhe.

(2) Observations Jattes , et publiées par ordre du Gouver-

n^nent ,■ sur les différentes méthodes d'administrer le mercure

' dans les maladies vénériennes; par De Hçrne. .

5o8 lisioirs o&cjlhiques oénoales.

dÎYerses formes? Je ne puis que renvoyer , ponr ce qui concerne le moded'administratîon desmercormix, au traité de M. Swédîaur , à la Matière médicale de Sdiwilgué , et à l'oaTrage dqà cité de M. Lagneau, où sont dé?doppées les méthodes de traitement employées à llioptal des Vénérims de Paris.. Mais un point qu'il n'est pas ËKale de résoudre , c'est le degré dutilité des 1k»s dits sudorifipies : eiahéspar les uns, ilsscwtabscdQmeBlBejeiesptf lesautrei. Dspa-* raissQUt cependant aTttr des avantages bien marqués , ;^aitout dans les affec^MM» syplnlidques ntrétérées et qui ont jrésisie aux m«truriaux. En vcÂci un eiem^. Une femme présentait, lors dé son entrée à lliôpital , i<*. un «[igorgement du périoste de la partie inférieure du tibia <boît, formant un nodus indotent depuis dix ans ; n^. une exoslose Considérable dans toute l'étendue du tibia gauche depuis trois ans ; 3<>. enfin , de violentes douleurs yénéâenfites au bras et à la ja^lbe gauches* Qat avait administre successivement tous les composés merciHÎaux sans succès. M. Cullerier en étant informé , ne prescrivit que la salsepareille et le gaïac à rét^t de sirop , à la dose de quatre onces tous les matins pendant vingt-cinq jours , puis il le fit continuer à éix onces pendant trente autres jours y époque à laquelle elle fut guérie. Chi donna pour boisson ordinaire la dsane sudorifique , et cm administra beaucoup de bains. La malade Ait complètement guérie deux niois après son entrée. M. Cullerier emploie souvent^ et avec beaucoup de succès, les sudorifiques ; mais il les donne à plus folte dose qu'on ne le fait communément. Voici comment il les administre en boisson : l^renez salsepareille coupée , deux onces ; gaîac

SCORBUT. Sog

râpe y une once ; bois de sassafras j deux gros ; faîtes macérer pendant vingt-quatre heures dans deux pintes d'eau qu'on fait réduire à moitié sur un feu modéré : on peut y dans les tnaladies opiniâtres y mettre autant de gaïac que de salsepareiUe, Lorsque le malade' a été préparé par les. boissons dâayantes, les purgatifs y les bains , etc. , on lui prescrit chaque jour une pinte de la décoction ci-dessus y à prendre dans la matinée y et ]'après-nûdi il boit une tisane plus légère y feite avec le résidu de la première. Son régime doit être adoucissant^ mais toujours accommodé à Fétat de ses forces.

SCORBUT (l).

§ P*". Considérations générales^

5i4* Des inexactitudes sont échappées à Boerheavc dans la description des dernières périodes du scorbut^ et son disciple Van-Swiéten les commente avec un respect aveugle comme autant de vérités qu'on n'oserait contester. Le Traité du docteur Lind, qui avait fait plusieurs voyages maritimes et observé le Scor^ but sous toutes les formes , est devenu un ouvrage classique ; et puisque la secondé édition anglaise pa-* rut en 17 Sy , on doit s'ctônnér que Sauvages n'en ait point profité lorsqu'il publia sa Nosologie en 1765.... Les recherches de Milman sur le scorbut ont rectifié seulement la théorie de Lind , d'après les principes de l'irrîtabilité Hallérienne.... Dehaën(jRâ//o tnedendi, tome VI) a approfondi la nature de cette maladie

(i) Synonymie. Scorbutus^ Satjvagl's, Linnaûs, Voobl;

CULLEN ^ SaOAC y. Bo£IVBiA^VI^^ HOFFMAIil^^ LiND , MlLMAN»

5ia LÉSIONS OROANIQUES eÉNERALES.^

par le ra|Jprochement des relations des m^vigateurs j mais on doit surtout louer la sagacité profonde du capitaine Cook , qui , par des moyens prësei'vatifà puisés dans les principes. Ites plus sains de Fhygiène , a su préserver son équipage du scorbut pendant fea. navigations les plus longues et les plus périlleuses.. jTai eu occasion aé ftire les obseiSrations les plus muU tipliées sur cette maladie, dans les hôpitaux de Bicetre et de la Salpetrierer J'ai été surtout curieux de reconnaître la correspondatifcé qu'il y a entre là successiori •des saisons et k nombre des scorbutiques dans les hospices , et voici le résidtat des remarques que j'ai faîtes dans celui de Bicetre. En 1794^ ^^^ mois de novembre et de décembre, il n'y avait que deux scorbutiques dan& les infirmeries; au commencement de janvier de l'an-* née suivante, le nombre s'éleva à quinze; le 20 du m^e mois , il était de vingt-quatre ; ce nombre augnxenta progressivement, et il était de trenter^pt le 18 février : le i***^ niars , il était de cinquârne - quatre^ L'augmentation continus^ encore jusqu'au mois d'à-? vrtl ,j et le nombrç. des ^orbutiques, fi^t porté durant ce mois jusqu'à cent deux. En renvoyant les malades à mesure que les guériso;ns s'opéraient ,^ la proporticm, vint à décroître çn mai , en sorte qu'il ne restait plus que trente-quatre scorbutiques dans^ les infirmeries, vers le 20 du mois ; il n'y en avait plus que dii^-sept vers le 2a de juin. Le nombre continua^ a diminuer , en. sorte que le 20 juillet il n'en restait plus^que treize:. le 17 août, je n'en CQUiptais. plus que quatre , et \in seul en septembre. On voit donc que le nombre de^i scorbutfques a été toujours en croissant depuis çQ.yembrejusau'eu avril;, et (ju'il. a toujours été eçHt

SCORBUT. 5ll

«uite en diminuant jusqu'en septembre. L'hiver est san^V doute la saison la plus féconde en causes productives du ^êorbut dans les hospices ^ à cause de rinaction , de l'air non renouvelé des salles , de l'ennui , "du défaut de végétaux frais : tout se rétablit .ensuite en étéi' ' '

5 1 5 . Les observations faîtes durant les voyages maritimes de Faùiiral Anson , de -Bougainville , du capitaine G^ok , du capitaine Géofges Vancouver , etc. , rapprochées de celles quîî firrent fcàtes ïors du siège de Bredà(Vandermye, Y/fi Aforô/po/^ Bredanis) , de celles qù'eiit occasion de faire Kramer dans l'armée impériale en Hongrie (DrsserL epist. de Scor- ^^/^o), et enfin le résultat de mes propres Recherches sur cette maladie dans les hospices de Bicêtre et de la SaJpetrièré rie laissent plus de doute que le scorbut do mer et celui' de terre ne soient de la même nature , que l'un et l'autre tirénf leur origine des mêmes circonstances, qu*ils offrent des symptômes analogues dans leurs périodes réspeùrites; qu'enfin c^est par les mêmes moyens qu'on parvient à les gtiérif ou à ,les traiter. Le professeur Ridberand confirme encore cette opinion par l'histoire d'une épidémie qu'il observa en i8o4 parmi les soldats de la garde de Paris, cantonnés dans différens quartiers, et parmi les malades de l'hôpital Saint-Louis. ^

5i6. M. Kéraudren, premier médecin de la tttarine, observe avec justesse , dans une Dissertation sur cette maladie {Réflexions sommaires sur le Scorbut^ Paris , i8o3) , que le scorbut de mer approche beaucoup de celui qui survient dans les camps et dan^ les. villes assiégées; ses symptômes sont nombreux ,* ef-

3l2 LESIONS ORGANIQUES oiNERALES»

frayans ; U tend rapidement à la guérison ou à la mort , selon que les malades sont priv& ou peuvent faire usage des substances propres à en retarder les progrès et à rappeler la santé. La maladie .est ^ors épidëniique ; elle émane directement de l'humidité de Tair , du sol , des habitations et de l'abstinence des végétaux : elle guérit presque spontanément si ces causes cessent d'agir. I^e scorbut qu'on observe sur mer ou au sein des grandes villes , pairticulièrement en^ hiver , peut être sporai^yjue : alors sa piarche est lente , ses symptômes . nip^s^ prononcés ; il ^mble disparaître çn été^ et renaître avec la mauvaise saison ; il attaque sourd^aient là^ constitution du malade, etamcfie prématurément la caducité. Une or— ganisatLon faible , l'indigence , l'inertie , la vieillesse ^ les affections tristes de Famé y prédisposât j toute maladie grave ou longue. , }es fièvres intermittentes y les hémorrhagies , les pertes abon4antes peuvent y donner lieu. Cette dernière variété de scorbut , que M, Kéraudren désigne dx\ nom, (Je secondaire j pour la di^inguer de la pren^ièr^^ à laquelle il donne le nom de scorbut primitif j^ se guérit plus diflicilement que l'autre. Les n^rii^s scorbutiques se guérissent subitement par le simple richement à terre , et par Iç seul i;i^^ d'une nourriture végét^k.

3 17. On a classé le scorbut d'une nmnière variée. Les uns le regardent comm^très^analogue aux fièvres adynf^miques.. Je l'ayais placé d'abord parmi les maladies lymphatiques de la peau , puis parmi les hcmorrbagies passives. M.^ Réraudren le regarde comme • une affection alonique du système vasculaire ; RoUo , comme le résultat d'une désorgani^tion de l'écono-

SCORBUT* 5l5

mie animale. Je Fai rangé maintenant parmi les lé* sions organiques générales p puisqu'il affecte à-la-fois la plupart des systèmes d'organes.

§ n. Description générale du Scorbut.

3 1 8. Prédispositions et causes occasionnelles. Suivant les observations les plus multiplia, une nourriture grossière , non fermentée y et l'usage des viandes salées et fumées ^ peuvent disposei^au scorbut^ mais ne suffisent pas seuls pour le produire ^ puisque^ dans certaines contrées ^ les paysans ne se nourrissent que de farineux non fermentes ^ de bouillie, etc. , et qu'on a vu des équipages vivre uniquement de salaisons sand être atteints du scorbut , tandis qu'on a observé cette maladie au plus haut degré à bord de quelques vaisseaux pourvus de provisions de toute, espèce , et dans des armées nourries entièrement de viandes fraîches. Xa disette , l'usage d'alimens altérés ou peu propres à réparer les pertes , la faiblesse introduite par des n^aladies antécédentes , des fatigues excessives ou une inaction trop prolongée y les affections tristes y le séjour dans des lieux où l'air est difficilement renouvelé y la malpropreté individuelle , sont autant de cir^ constances qui concourent à produire le scorbut, dont la cause occasionnelle la plus active réside dans l'humidité de l'air, et surtout dans une humidité froide. . 5 ig. Sjrniptômes de la première période du scor^ but. Pâleur de la face , avec une teinte d'une couleur livide plus ou moins marquée, lassitude générale et débilité au moindre mouvement , douleurs vagues y gencives rouges y gonflées et disposées à saigner au

5l4 LESIONS ORGAîaQUES GisiKALZS.

moindre firottemem ^ taches rouges , bleuâtres et li-' TÎdes sur les membres , etc. Deuxième période. ImpossibUilé de marcher , souvent contracture des mus^ clés fléchisseurs de la jambe^ et enflure quelquefois monstrueuse des mêmes extrémité avec de grandes ecchymoses plus ou moins livides , syncopes fréquentes au moindre mouvement et quelquefois par une ample exposition à Fair frais , tendance à des hémorrhagies copieuses par le nez , les gencives, les intestins ou les poumons; gencives fongueuses avec de vives douleurs , une couleur livide et une odeur trèsféiide , ulcératH>ns plus ou moins douloureuses aux jambes ou aux pieds , ou bien simple induration du tissu cellulaire Aes mêmes parties. Troisième période. Rien de plus déplorable : ulcères sordides , fongueux aux membres abdominaux ; quelquefois sorte de fièvre adynamique avec des sueurs fétides , des péiécbœs , des hémorrhagies copieuses par les selles , Furine , les poumons , le nez ; toutes les horreurs de Thypocfaondrie et du plus profond abattement , oppresâon extrême , hydrothorax ou ascite. • Lors de Fautopsie cad^érique, onatrouvé, en général, tçn «liquidé séreux , jaunâtre , plus ou moins épais et infiltré, du sang en caillots épanché dans le tissu oeUulaire sous-cutané, dans celui qui occupe les intersti<!es des musdes , quelquefois dans le tissu même de ces organes ; certaines fois on a rénaarqué Fépanchement d'un liquide épais et comme gélatineux dans Farticulatio» du genou ; dans le plus grand nombre de cas , les poumons ont été trouvés durs et gorgés de sang. Lorsque la maladie avait atteint sa dernière période , le tissu des. muscles flécliisseùrs de la jambe était mollasse, facile

SCORBUT. 5l5

i déchirer en filamens^ ou même réduit, par une sorte de décomposition , en uneespèce de liquide mêlé de sang, comme j'en ai été ^oi-même témoin dans^ FhosfÂoe de Bicêtre. Un homme âgé de fjjente-un ans fut porté à l'infirmerie avec tous les sjrrtiptômes du scorbut* au deuxième degré : la UEialadie fit des progrès, si rapides , malgré» le traitement , que cet homme succomba vers le vingt-uniàme jour. A l'ouverture du corps , les deux cavités thoraciques étaient dans Tétat naturel ; le péricarde et l'abdomen contenaient une grande quantité d'un liquide séreux et jaunâtre. Je voulais examiler ce qui formait une lé-^ gère ecchymose . au pli . du bras , et je reconnus que la peau et le .tissu cellulaire étaient gorgés de ^ng , $ans que les muscles adjacens eussent souffisrt aucune altération. Les deux genoux ec la partie antérieure et inférieure des^jouisses étaient sensiblement gonflés ; et , aprè^ avoir enlevé la peaa et le tissu cellulaire de ces parties , on trouva au^essns des genoux une collection abondante de sang^ioir y tant fluide qu^en caiUots ; il n'y avait pas d'épanchement dans la région poplitée. .Oh crut d'abord que l'artère fémorale était ouverte ; mais un^examen plus attentif fît voir que ce vaisseau était intact. La partie inférieure des muscles droit antérieur et trioeps^fémoral (iléo et trifémoro-^ rotuliens ) était désorganisée dans toute son épaisseur,, dans rétendue de quatre à cinq pouces , et formait une mjàsse de caillots et d'un liquide très-rouge : leur partie supérieure ne contenait point de sang épanché :^i infiltré ; mais, le tissu de ces muscles était , dans cet endroit ^ tendre , myollasse et facile à être mi^.en femr^

5l6 LESIONS ORGAlOQtnK GÉNÉRALES. • \,,.

§ m. Ihùtement du ScorbuU

Z20. Le docteur Lmd a en occasion d'essayer com^ paradyenient ^ sur plusieurs malades affectés du scor-^ but , les remèdes les plus Tantes contre cette maladie , le suc de cocbléaria y 1^ quinijoina à grande dose^ la décoction des bois^sudorifiques^ les amers, etc. y en leur interdisant l'usage des v^étaux frais ; il s'est apf^qué aussi à deeounir Teffiet des différais fruits et des v^étaux, des salades de oresscm , d'endive, de chicorée sauvage , de lait«fe ; dés fruka mûrs , tels que des prunes, des pommes , des groseilles , etc. ; mais il reconnatt n'avoir pu découvrir dans aucune de ces substances de vertu anû-scorbutique supérieure à celle df^autres, parce que les malades qui en ont fait usage n'ont pas été plus tôt rétablis que ceux qui prenaient journellement du bouillon, ou qui mangeaient du bœuf bouilli, avec des légumes. Que doit-on donc penser des prétendus antirseptiques? ii moins qu'on ne veuille comprendre sous ce ncnn les viancfes de bœuf ^ de mouton , de porc , etc. ; les végétattx acres cpk contiennent dx^ soufre, de l'azote , etc. Mais les jdus surs moyens de guérir le scorbut sont l'éloignentônt des causes qui ont déterminé cette maladie , les soins de propreté générale et particulière , un exercice modéré et gradué suivant les forces, et l'usage des alimens de bonne qualité tirés soit des végétaux, soit des animaux. Les végétaux acres de la famille des crucifères paraissent devoir être employés de préférence dans le premier et même le deuxième degré , tandis que les fraits sucrés acidulés seront plus efficaces dan»

8COKBITT. 5l7

le dernier degrë de la maladie. Le traitement local doit varier suivant les symptômes ; les ulcères de la bouche doivent être touchés a^^c Tdcide muriatique délayé ; les jambes enflées et cedémateuses doivent être fomentées avec des lii^es trempés dans du vin ou du vinaigre aromatique.*. Dans le <%i$ d'une hémorrhagie abondante ^ on donne à l'intérieur quelques gouttes d'acide sulfuHque dans une grande proporjtion de liqukie ; on Êdt des applications stimulantes sur lei^ ulcères sordides et foo^peux. Dans cette maladie chro-* nique^ encore plus que dans les autres , on remarque une puissante influence des affections gaies , de l'exer-» cice du OHrps , d'un air salubre et d'un heureux choix d'alimens. Les préceptes de l'hygiène navale sont déyeloppés avec une grande sagacité dans une Dissertation de M. Palioîs (Essai sur fHjgiène navale ^ Paris ^ 1800).

3^1. Dans le premier temps des longues navigaticms , le scoibut étah excessivement fréquent et meurtrier à bord des navires ; les causes en étaient la lâauvaise nourriture des équipages^ la forme des navires y le défaut de soins de propreté et l'entassement des hommes. Cook regarde comme autant de causes de cette maladie le manque ou une trop faible ration d'eau ainsi que l'usage des huiles rances. La largeur plus grande des navires et l'usage de robinets pour lîiver le fond de la calle^ ont beaucoup cou- 4jribué à la rendre moins fréquente de nos jours. Il résulte aussi des observations faites par les navigateurs f et entre autres par l'infatigable Péron , dans son Toyage aux terres australes , qu'en adoptant le^ moyens ordinaires I les médicamens dits anti^ scorbutiques

Si 8 LISSIONS ORGANIQUES CENERÀtÈSi

sont inutiles pour la cure du scorbut de mer : à pémé iont*ils susceptibles de modérer la marche des pre-* miers symptômes ; ils «ont absolument sans ^iSets lorsque ceux*-ci sont plus avancés. Les moyens hygiéniques sont plus ef&caces ^ et l'expénence de tous les navigateurs a prouvé que les plus longues navigations pouvaient être étrangèi'es aux désastres du scorbut ^ lorsqu'on &it usage de farineux frais ^ et particuliè-' rement de riz à l'état de bouillie , de poudcUng : de ce genre sont paiement les substances fermentées et fermentescibles ^ le ^auer kraut (chou -croate), les diverses espèces de bière , et entre autres ceDe qu'on désigne sous le nom de sapinette» Cook recommande le sucre auiieu de l'huile, cdle-ci ayant l'inconvénient de devenir Jtoujours rance , acre et de mauvaise qualité, dans les longues navigations. Rien n'est phi» étonnant que de voir des individus afiectés du scorbut au plus haut degré, guéris presque subitement en relâchant à terre. Pérou a fait la même observation sur les vaisseaun^ le Géographe et le Naturaliste^

GANGRÈNE (i). ..

§ P*". Considérations générales.

S 22. On a toujours lieu d^admirer la précision ^ l'exactitude et les résultats d'une observation sévère^ dans les aphbrismes de Boerhaave , lorsqu'on a soiti d écarter certaines théories subtiles ou des vues hypothétiques qui tenaient à ses principes et à ses ét\ides

, \{) Synontmie. Gangrœna, Sauvage*;, lAh^JEMs^yoQ^L^'

CwLLtN; i>A<rAR; BoErJÏAAVE. , . ,.

CAWCRÈNÏ* 5f9

fiivorites : cette réflexion est justifiée par l'exemple de la gangrène. Rien n'ejst plus obscur que la vaine recherche de la nature intime de cette maladie^ si oa veut y faire entrer des considérations particulières sur le jeu des vaisseaux, sur l'obstruction , sur Fépanchement d'un sang qu'on suppose se putréfier j maisquand on sait s'arrêter , et qu'on se borne à l'exposition simple des causes manifestes et des phénomènes de 1^ garigrènc , rien n'est plus satisfaisant et plus conforme aux faits observés que ce que rapporte Boerhaavc sur la naissance et les progrès de cette affection, qui suppose une perte de la vie dans une partie déterminée. Cet auteur célèbçe fonde 'la différence de la gangrène et .du sphacèle sur la théorie mécanique qu'il a établie; mais il ajoute ensuite que ces d«ux affections ne diffèrent que par l'intensité , la durée et le lieu ; ce qiii rend très-difficile la détermination des limites qui peuvent les séparer,.

323. Le scorbut lui-même semble être ime sorte de passage ou plutôt de disposition à la gangrène : on sait que cette maladie entraî Ji souvent dès ulcères auX' jambes , qui sont rebelles ù toutes sortes de remèdes ,' et qui passent avec une grande, facilitera la gangrène. Mais cette disposition se marque si^^lout a l'égard de& gencives ; il s'y développe d'abord 4e la. chaleur, de la douleur, et lyie sorte de prurit; elles répandent du sang au moindre contact ; il s'y naanife^te ensuite des taches blanchâtres entourées d'unie aréole rouge; le mal s'étend, et ses progrès sont marqués par viiie odeuiv des plus fétides et un flux copieux desdive ; enfin, si on n'y remédie par l'usage des acides minéraux, la gangrène attaque les gencives, et même les autres par^

S^o LÉSIONS ORCAin^;nB8 ciahuaJÊs*

ties YCHsines. On oonnait la gangrène qoi vient dans certaines parties par la compression de qudque artère ^ ou par un obstade mis au retour du sang par les vdnes ; c'est ce qui répand de nouvelles lumières sur Fori^e de la gangrène sénile dont Tulpîus ( Observ. med. Ub. lU) rapporte un exeitiple frappant. Un vieillard^ devenu depuis quelque temps très-débile , éprouvait une teUe diminution de la chaleur vitale et des forces de la circulation^ qu a la moindre lésion il s'ensuivait une gangrène manifeste. Cette disposition se déclara d'abord dans différentes parties ; il ne pouvait point s'asseoir ou s'appuyer sur son coude, ou même porter son pied à terre , que la partie comprimée ne fàt frappée de gangrène. Cette affection s'étant ainsi propagée, deviift universelle, e| envahit toute l'habitude du corps.

S n. Description. générale de la Gangrène.

5^4* Prédispositions^ causes occasionneUes. On doit mettre de ce nomJ^ la ligature des veines ou leur compresâon par une tumeur, im froid intense, l'actiçu des répercus8i& sur une tumeur, une phlegmasie violente , externe ou interne , les plaies , les fractures , les luxations, l'application de bandes trop serrées , une pression longue exarcée sur certaines parties, surtout durant des fièvres délétères , le scorbut , la variole confluente , un âge très-avancé, une extrême dâ>ilité , des contusions fortes exercées sur de grands nerfs , sur l'épine du dos, la moelle épînière.

3^5. Sjrmptômes. Si la gangrène succède à une mflammation violente, on voit alors tous les phéno-*

OANGRÈNK. „ 321

mènes de celte dernière , comme la chaleur, k douleur, la tension , céder subitement, sans que la causée eu paraisse avoir été éloignée , ou que la maladie ait parcouru ses périodes : le sentiment de la partie devient très-K)btus ; sa coufeu/*, plus pâle , devient sucr cessivem^nt cendrée , livide , noire ; la partie est molle et dans un état de relâchement; il s'y forme des vésicules remplies d'une sérosité ichoreuse ou légèrement teinte en rougte. Si c'est un froid intense qui donné lieu à la gangrène , comme dans les régions boréales, quelquefois l'extrémité du nez, les lobes des oreilles, les doigts des pieds ou des mains deviennent gangrenés et finissent; par se séparer du reste du corps , c'est-àdire que d'abord l'impression d'un froid violent produit la pâleur, puis succède la rougeur, qui prepd ensuite une couleur pourprée et enfin une couleur noire. Le sphacèle semble être le dernier degré de la gangrène, ^t est marqué par une odeur cadavéreuse» - Ses effets à l'intérieur sont l'insoinnie , le délire , dei syncopes, des spasmes , une sueur frcfide, une" afTecrtion comateuse , *«t la mort. La gangrène sénile où sèche commence par les extrémités les plus éloignées , du centre de la circulation ; elle affecte les orteils , où souvent elle se borne; qi^el^quefpis cependant elle envahit les régions voisines. Elle peut être presque locale et seulement accompagnée d^nne faiblesse générale ; mais elle se complique aussi fréquenunent avec les fièvres adynamiques.

§ III. Traitement de la^ Gangrène* !

526. Lés plus graves auteurs semblent se faire un *îeu et ne connaître presque aucune difficulté dans l'art m. m

$22 USIONS ORGANIQUES CENERALES.

de reinédier aux |>rogrès de la gangrène : il ne s'agit, suivant eux > que de rëlablir les forces, d'empêcher le princîj^ putride d'entrer dans les veines , et d'arrêter lès progrès ultîérîéurs d'^inè prétendue putridité. Ces précepte^ généraux ^ doim& ainsi sans restriction, peuveut-ils être suivis? et de combien d'exceptions ne sont-dis point susceptibles ! Si la gangrène succède à ûné inflaminatioh violenté, ne faut-il pas là prévenir en càlniâii't lès symptômes de cette dernière? et si^ au contraire , elfe dépend de l'actioù d'un froid trèsinten^, ifaut-îl tout dé suite appliquer des stimulans , comme une chaleur vive ? et ne faut-iï point , au contraire, tremper la partie dans!' eau froide, et la ramener par degrés et de grands mèhagemens à sa cludeur naturelle? En génerM , pôiir ifavorîser le retour dé la partie à un état dè'vîé , s J est possible , on doit avoir recours aux topiques stimulans , cbnime les infusions aroms^tiques et alcoolisées , aux tdnîqùes ; et à .1 intérieur, à \ies boissons ânWpUqùes et restaurântes. Mais les dé- "ïàils ùlténéùr's du traîteÈqiîçiit de la gangrène , et la variété des moyens à mettre en usage ^vant ses causes, làôiyént eti grande partie être renvoyés à la chirurgie*.

§ !*'• CorùidéraUtms ^nérales.

^2^. Cfai doit peut-être, s'étonner qu'au milieu des fecherches multipliées qu'on a faites sur la nature et le vrai caractère di^ cancer, on ait si peu insisté sur les

(i) SrNONrMiE. Cancer j, &àx\àx^ ^ Yooel, Cullsk.,

pardespropres à devenir son siège primitif, et que ce ne soit que depuis peuxletamps qu'on se soit occupé d'indiquer avec précision quelques données pour remplir ' fcette lacune : c'est ce qyr'a fait un ànatomiçieet un chirurgien distingué, M. Roux (Mémoire renfermant quelques vues généraks sur le Cancer^ (i). Il résulte de ses recherches que Jia peau, le tis3U cellulaire , Je^ naeinbrapes muqueuses^ les organe^^ glanduleux sécrétoires , ejt peutrétr^ le$ glandes lymphatiques , wnt les parties de AOtrç organi3ation susceptibles d'être primitivement affecté.e^ du cancer. Oij a observé aussi que l^ os , . les nerfe , la d^re-mère , les piuscles jdes viscères creux ^ la thyroïde et les appareils articulaires peuvent être at,teint^ de la même afifection. (^Observations et Considérations sur le Cancer ^ par M. Tesrrier, Paris y i8q6. ) Le cancer, lorsqu'il esc confirmé , offre dans tous'le^ organes }e^ mêmes caractères et se présente sous les m^mes traits : le visage ne donne ^que t^op souvjeoft de malheureux exemples du cancer de 1? peau. Wisomann lia yu à la peau du .c^^ûe, GoQçh aujc téguments de la partie interne de la cui^^;^ j^cbter à l!ombilicj quelquefois le qancer des manptelles çqmmenqe par Ja peau q^ii environne le jQaamieV>n,* JP^^rmi les cancer^ xjui attaquent les meml](ranes muqueu^^^ on^oit r^^pger ceuat de l'œil , qui commencei3ft par la conjonctive , ceu^t des fosses nasales , de la langue , de l'cesopliage , de l'estomac , des intestiiptô, surtout du rectum , de la matrice, de Ja vessie^ d^ membre génital. Dans ces organes , le

i\) lAélanges de Chirurgie ^t de Physiologie, par P. J. Roux. Paris, i8o^.

5^4 LÉSICMIfS ORGANIQUES CENEtlALCS.

cancer commeiKie souvent par ]a membrane muqaeu^y et ce n'est que par une suite de ses progrès qu'il envahit les parties sôujacentes , comme l'indique l'observation de la marche de la maladie éclairée par l'inspection cadavéçique. On connaît le squirrç et le cancer qui aflfectent les glandes sécrétoires , comme les mamelles et les testicules. Quant aux glandes lymphatiques, peut-être est-il encore douteux qu'on pui^ les ranger parmi les parties propres à être primitivement affectées par le cancer, quoique dans quelques cas rares cette maladie paraisse s'être manifestée dans une glande lymphatique sans qu'on puisse la regarder comme secondaire : le résiJtat d^ plus grand nombre ^e faits observés porte à regarder, dans tous les cas ^ l'affection cancéreuse de ces glandes comme tenant à une autre tumeur de ce genre , soit qu'elle coexiste avec elle , soit qu'elle succède à son extirpation ; lès progrès de la maladie sont d'ailleurs faciles à suivre. Après le développement de l'affection locale , on voit l>ientôt les parties voisines et contiguës se désorganiser ; les glandes lymphatiques les plus voisines s^en^ ^ gorgent ensuite et sont les premiers organes éloignés qui prennent part à l'affection cancéreuse : enfin le dernier degré du cancer est marqué par des désor-. dres et des lésions dans quelques systèmes organiques très-éloignés, et dans la presque totalité des fonctions : c'est cette histoire générale du cancer qui demande encore^de nouvelles recherches, et a besoin d'être perfectionnée. D'après -les observations d'anatomie pathologique les plus modernes , la dégénérescence qui constitue le cancer avec ou sans ulcération est toujours composée des tissus appelés squirreux et ce/v-

brîf ormes par M. Laennec , qui en a donné les carao tères. (Voyez, dans le Diéf. des Sciences médicales, lariicle Anatomie pathologique. )

328. Stahl , pour bien tracer les caractères primitifs du cancer , se borne à considérer celui du sein. iSes causes les plus ordinaires sont des lésions externe^ , comme. des compressions , \ des contusions, du bien des vices de la menstruation. U y a dureté de la partie , affectée , accroissement plus ou moins lent , distension variqueuse des vaisseaux qui s'y rendent ; les douleurs lancinantes et très-vives , même dans l'état de cancer occulte, augmentent, encore lorsqu'il devient ulcéré, et il s'y joint alors sur toute la surface le sentiment d'une chaleur brûlante , qui est, en généra],T[e sjrmptôme le plus insupportable. Stahl , en développant avec sagacité toutes les circonstances qui accompagnent lo cancer , admet , pour expliquer sa nature , une certaine corruption putride , acide ou oorrosive. S'il n'a point parlé d'une manière plus exacte , ne doit-on pas l'attribuer au peu de progrès qu'avaient fait alors la chimie et l'anatomie? Boerhaave a tracé, avec son laconisme et son exactitude ordin^res , le tabloaru exact du cancer occulte et ulcéré. Dans le premier j^squirre avec titillation , prurit, chaleur, roug^ur,^ douleur lancinante, brûlante, pongitive; couleur successivement rougeatre, rouge , pourpre , bleuâtre, livide, noirâtre ; tumeur dure ^ inégale , raboteuse j vaisseaux sanguins distendus , noueux , variqueux , etc. Dans le cancer ulcéré,' écoulement d'une sanie pénétrante ^ acre, fétide, cadavéreuse, avec érosion des parties en- ^vironnantes ; étendue progressive- en longueur et eut profondeur j ces rebords gonflés , renversés ,. d'un a*^

5!l6 LESIONS ORGANIQUES GENERALES.

pect hideux ; douleur atroce, avec un sentiment intolérable de brûlure^ de piqûre, d*ërosion; fcouleur cendrée , livide , noire ; traînée de cancers occultes dans les glandes voisines. Enfin , cjans la dernière pé- , ribdé , fièvre letite , bémorrhagies fréquentes , convulsions, inarasme et la mort.

52g* Depuis Boerhaave, on s'était plutôt occupé à ' faire des essais dé certaines plantes , telles que la ciguë , la belladone , etc. , qu à bien faire connaître le vrai caractère , la marche j les variélés de cette horrible taaladie. L'académie de Lyon proposa pour sujet d'un prix de déterminer k caractère du vice cancéreux et Son traitement. Le mémoire de Pcyrîlhe fut couronné. LWteu^ cherche à fixer les divers degrés du cancer , et il. admet un certain mouvement spontané qui , tme fois lié dans» une concrétion glanduleuse , ne s'arrête plus , selon lui , que toute la masse des humeurs extravasées hé soit transformée en un ichor putride , acre et corrosif , etc. On doit regretter que la pathologie du système lymphatique , encore dans l'enfance, nfe lui ait pas permis d'en faire une appKcation heureuse aut syinptomçs du cancer. Combien il était important de déterminer avec précision , comme bii Ta fait pour lé mal vénérien , les diverses périodes de la hlaladié , de distinguer les affections purement locales d'IaVeé Une affection générale et constitutionnelle , l'es indurations dés "glandes qui tiennent à une îrritàtiott des vaisseàui lymphatiques, d'avec celles qUl proviennent d'une communication du vice cancé- Wùt , etc. !

33o. *C est cette profonde conviction qui a donné lieu , en Angleterre , à une sorte de société spéciale ,

formée par les médecios |es pli^ di^tmgué» y et dont le but est de soumettre les £^^ectîoii$ cancéreuses à de nouvelles recherches : c'est d<ms u^np des séances du comité de cette institutioi^ qu'on a arrêté et proposé la série suiivante de questions ^ résoudre :

Quels sont les signes diagnostiques 4u cancer?

Observe-t-on une altération d^^s la stpicture de la partie, antérieuremeiît au çl^pgeipent maqife^te qu'on appelle cancer? et , si çel^ a lieu^ quelle est la nature de cette altercation ?

Le cancer est-il toujours î;ue maladie primitive , ou bien peut-il dépendre d'une fiutre maladie dégénérée ?

Peut-on regarder quelquefois le cancer pomme une maladie héréditaire , et quelles en sont les preuves?

Des faits ol:)seryés prouvent-ils que le caiicer soit contagiei^x?

Y a-t-il quelque rapport bien iparqué entre le icancer efd'autr^ maladies ? et ^^ §i ce rapport existe, quelles sont les majadîes qui lui resseml)lent le pluiir pour l'origine , les,progrè$ et la terminaison ?

Le cancer peut-il être regard^ , à une certaine période ou daps certaines isircopstances , coipme une maladie pnremem; locale ; ou bie|i l'existeujce du cancer dans UAC cert^ijie parljie pfoit-elle faire présumer qu'il y a uue tei^dauce à une se?i;I)lable altération tnorbifique d^ns ^'autres partie^ de l'pçpfltpmie animale?

Le cliuiat pu u^e position locale ont-il§ quelque influence pour reJJtdï^e la constitution humaine plus ou moins sujette au cancer , sous une certaine forme ou dans une partie déterminée?

Une certaine disposition du corps rend-elle phis

5^8 LESIONS ORCAmQuzs générales;

sujet au cancer que d'autres? et , si cela est , quelle

est cette dîspoatîon indmduelle ?

^ Les animaux sont-ils sujets à une certaine inaladie qui ressemble au cancer de Tespece humaine?

Y a-t-il une période de Tâge absolument exempte de cette maladie ?

Les glandes lymphatiques ne scmt-elles jamais prir^ mitivement affectées du cancer ?

Le cancer, dans quelques cas^ est-il susceptible d^une cure par les ressources de la nature ?

A-t-on jamais vu le cancer compliqué avec la marnie ou aliénation mentale?

53 1 . Une grande partie de ces questions est résolue par les recherches de Bichat , de MM. Amard , Dupuytren, Richerand, Roux, Terrier, etc. MM. Bayle et Cayol ont rçuni , dans Farticle Cancer du Diction^ naire des Sciences médicales . toutes les connaissances eiactes que nous avons sur cette maladie, dont ils ont offert une histoire presque codlplète en la considérant dans les diverses régions qu*elle peut affecter. Je ne discuterai point ici quelles raisons doivent engager à donner une description générale des affections cancéreuses qùî certainement ont un grand nombre de caractères connus : mais cet ensemble de symptômes qui se développent quand la maladie, cessant d'être locale, affecte profondément tout l'organisme ; cet état , appelé communément diathèse cancéreuse (et, par les auteurs de cet article , cachexie cancéreuse ) n'appartient-il pas exclusivement à l'histoire du cancer?* et si r^n veut réunir ensemble ces affections générales qu'on désigne sous le nom de cachexies , ne rapproche-t-on pas les maladies les plus disparates , telles que les scio-

"^ ■ €ANCERk 5^9

phules, la syphilis constitutionnelle, les phénomènes qui suivent -la suppression des menstrues , etc. ?

332. Cancer de restomac. On peut voir un grand nombre d'histoires de cette maladie dans la mono- 'graphie intéressante de M. Chardel (î). Mais je crois devoir joindre ici l'exemple d'un cancer de l'estomac que j'ai observé avec soin dans ses diverses périodes ^ et dont M. Bayle a rédigé l'histoire. M. M***, dessina^ teur trés-hal)ile, âgé de quarante-neuf ans, d'un tempérament mélancolique, ayant éprouvé pendant sa vie diverses affections nerveuses, avait depuis un an des chagrins profonds et fréquens oocasionÉés par la crainte de perdre une épousé chérie. Aprèsplusieurs mois de sollicitudes très - vives et répétées , il conotmença à ressentir beaucoup de malaise à l'épigastre ; après les repas. Il se dégageait dans son estomac ime grande quantité de gaz qui sortaient par la bouclie , en déterminant des rapports qui exhalaient une odeur analogue à celle des matières vomies par un homme dans l'ivresse, et qui souvent occasionnaient dans l'œsophage une ardeur brûlante accompagnée d'un sentiment d'excoriation. Il avait rarement des borbprygmes. Ces vents incommodes l'obligèrent à diminuer progressivement la quantité des alimens vers le quatrième mois de cette maladie ; et du cinquième ^n septième mois , il vécut avec le tiers de la nourriture qu'il avait coutume de prendre en santé. Dans le huitième mois de sa maladie, il était réduit à un cinquième de sa nourriture habituelle j il maigrissait

■— —il— —————— «————■— ir— I l.i i> W— p— ■— — ^— — ■— — i—i

(i) Monographie des dégénérations squirreuses de l'esto* m(KC2 par F. Chardel. Paris ^ i8bS*

55o LÉSIoiîiS ORGATnQUK CEWÉRALES.

chaque jour , et , vers la fin de novembre 1803^ aprèi' huit mois de maladie, il était exténué ; sa couleur vermeille avait disparu, sa face était terreuse. Chaque jour , après le repas / son estomac était distendu par des gaz ^ et leur odeur était des plus fétides. II faisait usage de gelées de viande aromatisées et de divers toniques ; il prenait sa soupe avec plaisir , de même <[ue ses autres alimens. U n'avait jamais vomi spon-^ tanément depuis l'invasion de, cette maladie. Il était constipé , et depuis quatre mois il n'allait à la selle que par des lavemens qui liy faisaient rendre des matières bnfnâtres, arrondies et fort dures. Le ventre était bien souple au-dessous de l'épigastre ; on n'y sentait aucune tumeur. L'épigastre était très-distendu par des gaz contenus dans l'estomac. En appuyant la main sur les parois abdominales , on sentait que l'estomac se contractait sur les gaz , et qu^U formait des tumeurs obrondes élastiques , divisées par des rétrécissemens. Ces tumeurs changeaient de place; elles occupaient tantôt le milieu de l'épigastre , tantôt Ftm ou l'autre des hypochondres , et parfois toutes ces parties ^bnultanément. Le volume de ces tumeurs variait; mais les plus grosses étaient toujours du côté gaudie de< la région épigastrique. jLa pression sur ces tumeiïrs n'occasionnait aucune douleur ; mais on en excitait une légèi'e lorsqu'on exerçait une très-forte compression vers le bas de l'bypochondre droit , à quatre travers de doigt du nombril. Cependant , quelque re^ cherches que l'on fît , on n'y ressentait aucune tumeur réniteme. La langue était assez n^te ; elle o(^ frait seulement quelques plaques d'une couche jaunâtre vers sa base. Les alimens éltaient pris avec ap-

CANCER* 5Sr

petit , et les boissons avec plmsir ; mais le malade gardait un régime très-«évère pour éviter les violentes douleurs et la distension de l'estomac, occasionnée» par le dégagement des gaz, qui était proportionné à la quantité des alimens. Il n'avait point ou que trèspeu de borborygnles ; et s'il remlait quelques vents par l'anus , ils n'étaient point fétides. Dans le jour , quoique M. M*** fût très- affaibli , il allait et venait dans sa maison ; il n'avait jamais de fièvre ; son pouls était assez petit , mais bien régulier ; les fonctions intellectuelles étaient en très-bon état ; il n'éprouvait ni terreurs pusillanimes ni craintes de la mort \ il ne parlait de son mal et ne s'en occupait que comme un homme sensé s'occupe d'une maladie qui l'empêche de vaquer à ses affaires et qui menace ses jours ; d'ailleurs, il ne croyait pas le danger imminent, et il formait des projets qui eussent demandé une trèslongue vie ; il faisait plus de dépenses qu'à son ordinaire ; son humeur et ses goûts n'avaient^ point variés. Il n'avait jamais eu d'hémorrhoïdes , et aucun de ses parens n'avait éprouvé les atteintes de la goutte ; il n'avait jamais aimé les liqueurs ni le vin. Le 1 1 décembre , on s'aperçut , en touchant l'abdomen (?i jeun) , que la douleur, déterminée par la pression dans les hypôchondres s'étendait transversalement de droite à gauche , en passant à deux tra*vers de doigt au-dessus du nombril ; elle était située immédiatement au-dessous de l'estomac , qui était . bien circonscrit à cause des gaz qu'il renfermait encore. Cette douleur , située profotidément depuis l'extrémité antérieure du cartilage de la troisième iausse côte droite j^sqi^'à l'extrémité antérieure du

^5^ USIONS ORClKIQtrSS CENERAUES.

cartilage de la cote correspondante du coté oppose , était plus vive à ses deux extrémités ; maôs en pressant avec les doigts tout le long de cette ligne , on occasionnait à chaque endroit une douleur vive et ^u étendue. Le malade , qm , dams l'instant de la pression faisait un mouvement subit ^ comparait cette douleur à celle qu'occasionnerait Textrémité d'un fleuret ou une pointe émoussée et arrondie qui aurait deux lignes de diamètre. A chaque pression la douleur ne se faisait ressentir que dans l'étendue de quelques lignes. Cependant avec^les doigts on ne pouvait sentir aucune tumeur dure et rénitente ; mais les parois de Tabdomen et les gaz contenus dans l'estomac empêchaient de porter les recherches un peu haut du côtç de l'épigastre. Dans- tous les autres endroits de l'ab^ domen , la compression n'occasionnait aucune dou- ^ Jeur y quoiqu'exercée avec beaucoup plus de force. Le 1 3 et le i4 décembre , hoquet à diverses reprises. Le i5 , un lavement fit rendre des matières 'qiii avaient la couleur d'une forte décoction de tabac : il y avait en outre des matières fécales arrondies , dures et noirâtres. Les forcesdiminuaient depuis trois ou quatre jours ; les sensations n'étaient plus aussi nettes , et la Tue occasionnait des illusioos légères que le jugement rectifiait. A une heure après midi , vomissement comme par r^urgitation d'une certaine quantité de matière brunâtre dans laquelle on voyait des peUi— cules de fruits ressemblantes à celles des haricots. On soupçonna que c'étaient des raisins que le malade avait mangés il y avait plus d'un mois. Le soir , épuisement des forces , douleurs comme d'excoriation à l'anus , par une suite des évacuations alvîneà déter»-

minées par le lavement du matin. Le pouls fut uu peu fréquent , ce qu'on n'avait point encore observé. Le malade ressentait une -douleur près des vertèbres ; il parlait fort lentenàent. Le 1 6 et Je 17, nouveaux vomissemens. Le 18^ il y eut une syncope pendant laquelle la face, devint gonflée et livide, tandis qu'on remarquait des convulsions dans les membres. Dès ce jour , le vomissement cessa entièrement, mais les forces s'affaiblirent progressivement. Le si , le pouls con^mença à offrir des irrégularités-; il était plus fai^ blc et plus fréquent que la yèille. Le malade souriait avec aménité à tous ceux qui vensâeht le voir ; il . nb prononçait plus que quelques mots de loin en loin à voix basse. U éprcmvait parfois jles soubresauts dans les tendons. La langue était ncdtte. Xé soir , à neuf heures, agonie,; rôle, refroidissement d^ pieds , de$ mains et du nez j ià dix heures , éessation du râle qui avait diminué par degrés; disparition complète , mais par nuances , de la rc^piratioij et de la circulation ; -mort un^ demi-heure après. En pressant fortement le vjentre^ il s'échappa avec explosion beaucoup d« gaz par la bouche. On pUt toudier la partie anté-^ rieure de la polonne vertébrale;, mais pn ne sentit] absolument -aucune rénîtence à l'endroit qui , pendant la vie, avait été douloureux par la pression r cependant on touch|dt à cette hauteur-^ et même plus haut , le corps des vertèbres. Oui^erturé du /Ccuiaure trenie- - ciiiq heures après la mort (le a3 décemU^e), Ma-^ rasme ^parvenu au dernier degré , corps desséché^ peau un. peu terreuse ; le foie était très-petit et brun ; la rate n'avait pas deux pouces de long sur un pouce de large ; le pancréas était petit; il n'offrait aucune

536 L£SIO!fS ORGANIQUES GEITERAUS; '

voqué par Faction de se courber on par la secousse îl'une voilure, quelquefois même par l'idée qu'il pourrait arriver : il n'avait jamais lieu que lors de la di^ gestion du dîner (quoique le déjeûner fut aussi quel-= quefois suivi de malaise). Aux sjrmptomes déj^ indiqués se joignirent une sorte de langueur, de défaillance dans la r^on de l'estomac et dans celle du foie, le dégagement de flatuosités par le haut, dont 1^ sortie abondante soulageait : le malade croyait qufslquefois sentir , en marchant, comme s'il y» avait dans Festomac un liquide qui y fut balloté. L'appétit était .bon, même après le malaise du matin-; il n'y avait pas d'aliméns qui incommodassent plus les;uns 4jue les autres ; les déjections alvines étaient régulières et de bonne qualité ; la ccmstipatîon augmeiitait , çn général , le malaise; il y avait somnolence, dimiomtioQ de Fembonpoint' et dôs forcés.

554* Comme un vomissement habituel ou pério- ,dique est un des symptômes caractâristiques du squirre jde Festbmac, Morgagni en a donné plusieurs exemples ^ns)$on ouvrage ( Ep. XXX) , et ii en a discuté les symptômes avec sa sagacité ordinaire. L'impulsion rgâiéralè.qu'a ;reçue.dans ces derniers temps l'anatomie .pathologique a servi encore à répandre de nouvelle lumières sur cette doctrine ,'et j*en aï donné moi-même pluéfeurs^ histoires aveq l'autopsie cadavérîqu/e, dans ^mOB ouvrage sur la Médecine clinique. On doit ajouter Je» exemples nombreux qui en ont été recueillis parle .professeur Corvisart-^dans ses leçons publiques de di- ^nique^ et dont quelques-^uns ont été publiés , soit dans l^s journaux , soit dans^ les dissertations particulières 4e quelques élèvesde FEcole. Ces sqûirres sont souvent

CArccER. 5jy

très-lents à se former , et ils prennent alors, dàn^ Je$ commencemens , les apparences d'une affection ner*^ veuse ou hypochondriaque ; ils passent ensuite à leur vrai caractère en changeant la structure des parties ; et si le malade , ne se livrant point à des écarts de régime , se borne a l'usage des adoucissaûs et des calmabs, ils restent stationnaires plusieurs années. Los vomissemens , qu'on était parvenu à modérer par in^tervalles , deviennent plus opiniâtres , l'aspect devient plus triste , le visage se décolore et porte le caractère des souffrances et du découragement, l'amaigrissement augmente, et les doideurs se concentrent de plus en plus dans la région épigastrique, ce qui force le malade à diminuer beaucoup la quanitité de sa nourriture : quelquefois aussi le siège du mal es tpeu sensible et peudouloureuxau toucher, et les malades parviennent ainsi lentement au dernier degré de dépérissement. A l'ouverture du corps , on trouve la membrane muqueuse , soit du pylore , soit de quelque autre partie de l'estomac, épaissie, rougeatre, avec formation d'vme sorte de substance lardacée et consistante au-dessous, quelquefois sans d'autre lésion apparente , d'autres fois avec une ulcération (i) manifeste et ime destruc-

(i) Je crois devoir donner ici une légère notice d'une observation très-curieuse , faite à FHospiçe de clinique interne par MM. Corvisartei LerçuXj sur une ouverture fistuleuse de Festomac ; dont l'histoire ^ été lue à la Société de Médecine \ et ensuite consignée dans le Journal de Médecine , Chirurgie e| Pharmacie (pluviôse an lo). La femme qui Ciit le sujet de cette observation était âgée de quarante-sept ans } à Fâge de vingt ans elle avait fait une chute sur un corps ^ur , çl le coup avaif porté un peu à gauche de Fcpigastre. Dix-huit ans après^ cet UI. 22

S38 'uésiONS ORGANIQUES GENERALCS.

tion d'une partie de la membrane muqueuse^ et même des autres tuniques du même organe.

' 555. U est quelquefois très^lifficile de distinguer le iquirre ou le cancer de^^l'estomaç d'ayec plusieurs autres maladies du même organe ou des parties voisines.'Ainsi la gastrite chronique avec vomîssemens de crachats noirâtres^ comme cela s'ohserve quelquefois^ le yomissement spasmodique qui peut devenir chron^ que et amener aussi le dépérissement et la mort^ les hernies de la partie supérieure de la ligne blanche^ qui ne contiennent pas toujours J'estbmac ^ la perfo* ration de ce viscère , eflFet de son inflammation chronique , les concrétions biliaires ^ les iuiîieurs nonsquirreuses qui se développeiît dans l'intérieur de Fabdamen , certaines dyspepsies , comme nous en avons rapporté un exemple plus haut ^ peuvent^ en bien des cas, laissi^r dansFincertitude le médecin le plus exercé. 556. Cancer de T intestin. Le cancer intestinal peut avoir un siège varié j il peut occuper les gros intestins ou les intestins grêles ; il peut provoquer la diarrhée , le vomissement , et quelquefois tous les symptômes de la passion iliaque. Une fomme forte

accicient , vomissemens et formation^ dans l'endroit lésë, d'ui^e tumeur qui finit par s'ouvrir, et i^'en écoula environ deux pintes d'un liquide que la malade venait de boire , ce qui fut suivi d'une ouverture fistuleuse par laqueUe les alimens s'échappaient. A la mort de la^alade, l'autopsie cadavérique a appris que l'ouverture accidentelle de l'estomab était shuée sur la face antérieure de ce viscère , qui avait contracté une adhérence très-intime avec les parois de l'abdomeh. Des recherches chimiques , faites avec un grand soin , ont appris qup le fluide gastrique qui s'éehap^ai( par cette ouverture était identique eveclasalivs*

et robuste ( Mémoire de Hévin ) , âgée de vingt-cinq ans , fut attaquée pour la première fois , trois mois après une couche heureuse , d'une violente colique qui se dissipa après l'usage de quelques remèdes familiers. Peu de jours après , elle reviat avec des douleurs plus vives y suivies de quelques envies de vomir. La msijade y devint sujette à des intervalles de quatre , de six y de huit y de dix y de douze ou quinze jours plus ou moins. La colique se manifestait toujours avec un vomissement de matières bilieuses ou un coursde ventre plus ou moins considérable y jusqu'au sixième mois , que cette femme devint enceinte de son quatrième enfant ; sa santé fut sans la moindre altération pendant tout le cours de la grossesse , qui SQ termina heureusement. Dix jours après l'accouchement , la colique reparut avec des accidens violens : on sentait dans tout l'abdomen une grosse tumeur mobile. La malade mourut épuisée par des vomissemens continuels. A l'autopsie cadavérique , on trouva dans l'un des côtés une tumeur squirreusa presque du volume des deux poings y dans laquelle étaient comprises les tuniques de l'intestin : la coarctation du canal avait retenu au-dessus de la tumeur beaucoup de matières fécales qui distendaient considérablement le colon. Salius Diversus rapporte avoir vu un homme qui souffrit pendant plusieurs mois d'un cancer au colon y dont il éprouvait chaque jour, lors du passage des^çxcrémens ^ des douleurs trèsvives , conune si on l'eût percé avec des aiguilles ; le cancer s'étant agrandi au point d'empêcher le passage des excrémens y il fut pris d'un vomissencient de matières fécales dont il périt. . *

54o L]£siOIfS ORCAinQUES GENERALES.

537. D'autres fois il ny a point de vomissement , mais des déjections alyines , purulentes et ichoreuse^. Une femme âgée de quarante-un ans , ayant éprouvé beaucoup de chagrins et de fatigues , rendit , <juelque temps après, des matières visqueuses et sanguinolentes par les selles , lesquelles furent précéda de frissonnemens. Quelque temps après , douleurs lancinantes dans le trajet des gros intestins , et surtout vers le cœcum , lesquelles augmentent , par la prèsnon extérieure , à une certaine distance du repas : dialeur brûlante dans les mêmes parties; aucune dureté p^t^ptible au toucher, mais, par la prèsnon, formation d'un bruit assez analogue à celui du parchemin qu'on plierait en deux ; boursouflure sensible dans le trajet du colon ; déjections alvinés liquides, glaireuses, tantôt sanguinolentes et tantôt jaunes-verdatres , pénétrées de quelques taches' san-> guinolentes fétides , seules ou recouvrant les excrémens , mais n'étant point intimement liées avec eux ; appétit bon, fièvre lente, amaigrissement, ^m^iptômes nerveux variés. J'ai exposé, dans ma Médecine, clinique^ plusieurs observations accompgnées de lautopsie cadavérique , afin d'éclairer l'histoire des affections squirreuses du cimduit intestinal. *

558. Cancer utérin, La matrice , soit par les dérangemens de l'écoulement menstruel^ par des fausses couches ou les suites d'un accouchement laborieux , soit par l'abus des plaisirs vénériens , les progrès de l'infection syphilitique , etc. , est exposée à une arffection cht*onique dont les suites sont une sorte d'ulcération qu'on doit mettre au nombre des maladies les plus déplorables dont l'espèce humaine soit afiKjgée.

CANCEIt- 541

Moi^gni ^ avec toute sa sagacité et ses connaissances profondes dans ranatomie pathologique^ n'a fait qu'in* diquer cette maladie dans plurâeurs endroits de ^n immortel ouvrage (Epi^L XXXI X) , et on cherche en vain \ë développement de cette doctrine dam les ouvrages de médecine interne ou externe. Bayle , alors aide d'anatomie de TËcole de Médecine de Pa^ ris , fit , dans cette vue , des recherches qui méritent d'être profondément méditées (i). Lie si^ de ces ulcères varie; ils occupent souvent l'orifiGe de la matrice^ quelquefois la cavité de son corps ou de son col y ec d'autres fois toutes ces parrties sùmultanément. « L'ul-^ cération chronique de la matrice offre une surfeœ couverte d'une sorte d'escarre formée par une couche putride , fongueuse , molli^^se , très-facile à déchirer et à réduire ^ par la pression , en un très-grand nombre de petits corps comme granuleux et fort mous. Dans toute l'étendue de l'ukère ^ cette couche est recouverte de flocons putrides détachés de l'escarre et imbibés d'un fluide ichoreux , troid>le et très-fétide» La couche putride n'a quelquefois qu'une ou deux Jignes. d'épaisseur ; mais très-souvent elle a plus de cinq li^es Qt même plus d'un pouce. Cette ulcération présente trois variétés bien distinctes : dans la prwnière variété , la couche fongueuse est fuligineuse ou noirâtre f et les parties qu'elle recouvre sont den^ ei d'tm rouge livi4ey soAvent paiMx>urues , de même que les parties eQtvironnantes y par des vaisseaux saoL-» guins plus ou moins développés et gorgés d'un sang

- (i) Journal de Médecine y Chirurgie, Pharmacie, par MM, Coryisart^ Leroux et Boyer (^frioiaire »n 1 1 ).

54^ LÉÔIÔNS bRftAlflQOTS GÉNÉRALES.

noir. Dans k deuxième variété , la couche fongueus* est grise ou brunâtre j les parties situées au -dessous sont assez denses , totalement privées de vaisseaux «anguins , ternes ou <l'un blanc sale , et assez semblables à du lard. Dans la troisième Variété , la couche fongueuse est blanchâtre ou cendrée , et les parties qu^elle recouvre sont médiocrement denses, trèsblanches , totalement privées de vaisseaux sanguins ^ et tout-à-fait semblables à du lard ; mais en exprimant dans les endroits ainsi lésés le tishu de la matrice , on en voit exsuder , par un très^rand nombre de pcnnts, une matière purulente fort blanche et assez épaisse. » Baylé examine; ensuite les différente» formes cpie prend l'ulcère de la matrice, suivant qu'il occupe l'orifice ou^l'intérieur de ce viscère , ou bien tout son tissu ; il porte ensuite ses considé-^ rations sur les lésions des parties dépendantes de la matrice ou bien des parties voisines. Les ràpprocbemais qu'il fait de ces^ affections avec le squirre ulcéré de l'estomac et des mamelles est très-remarquable : « Ces derniers , ajoute-t-il, sont précéda ordinairement d'un squirre de ces parties , qui quelquefois a été simple pendant long-temps ; tandis qu'il ne paraît point en être de même de l'ulcère* de la matrice , puisque , d'après le résultat de nombreuses dissections , on ne trouve point dans la matrice des endurcissemens squirreux simples ^ avec formation d'une sorte de matière lardacée , à moins qu'il n'y ait idcération, et , dans ce dernier cas , ce n'est jamais que dans (i} la proxinaité de l'ulcère que se trouvent ^"■^'"~—~"^— ■—"■■"— ^'^^^^^■^■'^^■^""■^'■"■^■^"^■"■■■■— "■■'■•"'■"— ••^■^■"■■■"■■^*""' (i) n ne faut point confondre le squirre simple de la matrice

les parues devenues squirreuses* On ne p^t > d'ailleurs y s'empêcher àe rapporter ees' ulo^âlions de la matrice aux affections cancer^^uès , lors^i/on dirige son jugement y soit d'âpres l'iiiflpjeotion atiatomiqve , ' soit d'après la nature des symptômes y «omme des doubleurs dans les lombes ;et aux aines , an sentiment de pesanteur dans la matrice, i'écoalement d'v&u liquida icboreux et fétide qui entmtnê des::espèces de flocons diamus et putrides > mi^ destdouleurs lancinantes dans la partie ulcérée, w » * ;/ ::i ; *» i.i

339. Quels que soiMt ces priinietti r^'ltats d'anatomie padidogique sur la progrëssîoniqilë ^il ïm nature dans la formation des afieoêons catifôéi^euies de la matrice , il est facile éeymc qtte l'aiiitop^e eîb* davérique ne :sufitt poii^t^ pûdrMau coosCâter j que le squirre n'est point funeste dai|s«fâ5Commêncemens.^ mais le devient seulemepit dans ses derniers degr^ d'ulcération , et qu'enfin l'obsefvation de chaque jour indique, surtout dans les affections de l'orifice de la matrice , un état plus ou moins avancé d'induration , d'une grande sensibilité au toucher , d'uû^

avec les corpâ fibreux qui se développent souvent dans le tissu de ce viscère , qui ont été décrits par M. Philibert Roux e\ fat Bayle , et dont nous trouvons souvent des exemples à Thospica ' de la Salpétriére. Ces tumeurs-) plus ou moins volumineuses ^ paraissent se montrer sous trois formes difiiâ'entes y suivant leurs périodes djaccroissement; c^est-à-dire qu'elles sont d'abord charnues ; puis fibro-carlilagineuses ^ puis enfin osseuses. Elles peuvent occuper trois sièges différens : les unes sont placées dans la tunique charnue de Putérus; les autres entre sa tunique péritonéale et sa tunique charnue; il en est enfin qui sont placées entre cette dernière et la membrane muqueuse^

544 LESIONS ORGArOW^» GENERALES.

augmentation «de vblmsfê avec unedou^r grava-* tive,. ^tQ^ .) • js^^tomcs cpû. le plus souvent ^qiapireiit et a)>outiMe9\!fi«^AUl véniaUe cafircer de la matrice ,' mais cffjki^ pfkf^nmA auflsî c^^quefoîs a arrêter^ 'J'ai été sou^ TCint cMtsnditféipotii^'des affecùcmB sûtakhiÀtSy et je me suis 40MÎaiirs gardé de. ^Gonoxkcer' ayant d avoir fait cotolftier^ ,par un.acoMicKëiiriiabile et par un attou-^ cjbement' trè»^attenti£^^) Ëétst actue^' du col de la ma-^' tVice : fantdt. o^âtMine^Jsimple tum^fiuition de cette partie sans aucune inégalité ^ tantôt on l'a trouvée^ h^fUséf' i(k>/pe|>teà;it^p^iite5 strès^urçs / et rorifice i]^fef})f^ét^^pluiHli}alé que^ dans Fétat naturel ; quel^ q^26|bis^ 911^1 h(\^^9tt¥à amékieuce ^ . au postérieure , ou lal^alH,^ J; o'Hfioe QÎtiplfés eà wàokas affectée. On sait €pj^eJ 4^i\sde$' cas seKbUbU|es>^< ax^ a recotnrs soit à des in jiBçtjioyQs stupéfiMUfis iptépB»ée& avec la décoction de* n^iorelle ^ unci soluûbaidfopiyitt , e^. ^ soit à des in-< jeetio^s^ pkts prôlon^À \ où; plioiiât à des douches d'un^ c^âu ;dans laquelle on a fait dissoudre deux ou trois grairts de sulfure de potasse par pinte de liquide, et que l'on administre à Taide d'^un appareil inventé par Louis ;. on abonné aussi à l'intérieur les bois-* sons calmantes j, l'extrait de ciguë , ou seul ou combiné avec l'opium ^ etc. Dans un pareil traitement , on a soin de faire répéter l'attouchement du col de la matrice à àç^ intervalles éloignés , .pour s'assurer du changement qui peut être produit par l'usage des médicamens. Cest ainsi que , dans un cas de cette nature, Baudelocque constata, le 3i mai 1799, l'état de l'orifice de l'utérus , et qu'il y trouva moins de dureté , moins de chaleur et bien moins de sensibilité qu'au mois de janvier précédent ; la lèvre anté-

lieure était un peu plus allongœ et plus épaisse que la postérieure. L'attouchement fut encone renouvelé axi ipois de juin 1 801 ; et la lèvre antérieure du même orifice, quoiqu'un peu tuméfiée et allongée, n'offrait que les marques de sensibilité qu'a la matrice dans scm él^t naturel, et on attribua cette espèce d'allongement à une sorte de mobilité de la matrice , et à spn abaissejotient dans Hnlérieur du vagin par un relâchement des ligament. Ce changement lent et progressif, du autant à l'effet des. i*emèdes internes et externes et d'un régime doux ^ qu'a, la r^ulariti? de la manière de vivre ^ à vme abstinence sévère àé» plaisirs vénériens y et surtout à- une éruption dartreuse qui s'était de nouveam manifiestéê «f^rès^* aVbir disparu depuis long-temps , s'est sontemi depuis cette époque. Daiis des périodes plus avancées , et dans des circonstances moins favorables , j'ai été loin d'obtenir des effets aussi marqués. Mais avec quelle rapidité surtout , et avec quel apparreil effrayant de symptômes ne marche point le cancer bien confirmé de la ipatrice, ({uelques remède» qu'on emploie ! Une femme de quarante-huit ans , douée d'une ednstkutlon forte , et livrée à la galanterie pendant les années antérieures, commença à éprouver des irrégularités dans la menstruation pour la quantité , la durée ou l'époque du retour, avec des douleurs constantes dans la région lombaire ; à la suite êe ces ménorrhagies ou pertes utérines , ef trême irritation et sensibilité douloureuse dans la matrice qui semblaient ^ s'éten4re jusqu'au vagin et au rectum , en rendant ' les selles plus pénibles par le sentiment d'une sorte de tumeur ve?;s l'anus ; difficulté d'uriner , écoule-^

346 lisiONS ORGiNiQtnEs générales;

ment , par les parties sexuelles , d'une matière blanche et quelquefois glaireuse , mais sans odeur ; col xle la matrice volumineux , dur et rénitent ; sa partie latérale gauche plus dure et plus douloureuse , avec de )>etites inégalités. Une exploration faite postérieurement «t après plus d'un mois dlntervalle f fit recon^ naître un gonflement plus pi^ononcé et plus uniforme dans toute la circonférence de l'orifice de la matrice : interruption^ pendant près de quarante jours^ de Técoulemenjc utérin ; mais, les douleurs étaient toujours constantes , et par intervalles plus vives et plus aiguës ^ surtout les nuits : elles semblèrent même s'étendre dans toute la région hypogastrique. Ces douleurs , en générd gravatives^ devinrent^ parmomens^ lancinantes, et comme si la matrice avait été percée par des coups' de canif. Par le progrès de la maladie, développement de la fièvre hectique, pouls dur , plein et fréquent, paroxysme le soir , et le matin , moiteur de la- peau et l^ère transpiration , avec un peu plus de calme ; selles de plus en plus pénibles et douloureuses, avec le sentiment d'un poids sur le rectum j perte de l'appétit , dépérissement lent , etc. C'est dans ces dernières circonstances que j'ai été consulté j et, en rappelant l'hîs- «toire des symptômes , il a été facile de porter le plus funeste présage, malgré l'usage des caïmans et des stupéfians. Une vingtaine de jours après , la mort a mis un terme il cette maladie , l'une des plus cruelles dont la femme puisse être affligée. On peut lire d'autres exemples de squirres et de cancers à la matrice dans les Ephémérides des Curieux de la Nature, dans l'ouvrage de Morgagni , dans ceux de Pouteau , et dans plusieurs.auti*es recueils d'observations particulières.

?i4o- On peut confondre le cancer avec d'autret maladies , telles que des flueurs blanches fétides , accompagnées de douleurs utérines très-vives et d'amaigrissement , surtout si elles coïncident avec quelques dérangemens de la menstruation , l'allongement du col de la matrice , l'inflammation chronique de cet organe , les corps fibreux qui se développent dans son tissu , les polypes de sa membrane interne , les ulcères simples par uiïe irritation extrême et par une cause syphilitique ou scrophuleuse. Je renvoie à la Nosographie chirurgicale tout ce qui concerne les cancers de la vessie, des organes génitaux de l'homme , de la gorge , des fosses nasales , ainsi que les diffé- ' rentes affections cancéreuses de la peau. L'histoire de celle des viscères parenchymateux est encore peu avancée , et je me borne à renvoyer à ce qu'en ont publié Bayle et M. Cayol ( Dictionnaire des Sciences medicales ^ article Cancer).

§ IL Description généride du CànCer. *

541. Prédispositions et causes occasionnelles. Le« cancers surviennent plus particulièrement à certaines époques de la vîé , et surtout lors de la cessation des menstrues ; ils sont souvent occasionnés par une irritation locale , fcomme àes coups , des chutes , etc. , et par la suppression d'évacuations habituelles.

342. Symptômes, lue cancer peut être précédé d'une éruption particulière , d'une ulcération ou d'un ëtat squirreux. La douleur est lancinante et la chaleur brûlante. Les bords de l'ulcération, qu'elle soit piiinitive ou secondaire , sont durs , ridés , gonflés , iné-

548 LÉSIONS ORGANIQUES ^OÉNEAALES*

gaux , douloureux , renversés, ou tournés en dedans, le fond inégal , fongueux , de couleur cendrée , livide , noire ; il s'en écoule un sang fétide , ouxine , sanie; noire , fétide , acre , qui excorie et même dé-^ truit les parties contiguës : les veines sont variqueuses* L'affection ne tarde pas à devenir générale : alors tuméfaction des glandes lymphatiques du voisinage, fièvre hectique^ trouble dans lés digestions, amaigrissement , séclieresse et couleur, jaune plombée d« la peau, friabilité des os.

Cancer de V Estomac. ,

345, Prédispositions et causes QC(mionàelles. Les plus ordinaires sont l'usage immodéré des^ boissons fermentées., surtout pendant qu'oyi ^t à jeun ; une compression habituelle exercée sût ré|^ga$tre ^ des a^ fections morales vives. ..;,:!*

544* Symptômes. Le squîrre de l'estomac, soit du pylore , soit du cardia , soit dç U. partie moyenne, se déguise d'abord sous la forme d'un vomissement nerveux , et fait des progrps plus ou moins lents, à mesure qu'on se livre pluS'Ou mpins à des écarts de régime et à des affections morales tristes. Ce vomissement survient plus ou nK)ins long-Demps après le repas , selon que l'affection squirreuse A son siège au pylore ou au ciardia. Il y a ordinairement des douleurs, ou au moins une sensibilité plus ou moins vive de k région épigastt*ique , où l'on sentsouvçnt une tumeur véritable. L'amaigrissement augmente par degrés , et les douleurs se concentrent de plus en plus dans la région épigastrique ; enfin , surviennent des vomis*^

semens de matières noirâtres^ Ja fièvre lente , et* unedécoloration particulière de la peau.

Cancer des Intestins.

545. Les prédispositions et causes occasionnelles «ont en grande partie les mépies que celles du cancer de l'estomac , si ce n'est qu'elles ont été plus particulièrement dirigées sur le conduit intestinal.

346. Symptômes. La première période , qui peut durer des mois et des années , se masque sous un état nerveux : sensibilité , douleur sourde et gravatîve en quelque point de Fatdomen, dont lés retours plus ou moins fréquens tiennent particulièrement à des affections morales , à la quantité de nourriture prise , à la gène répétée et long-temps soutenue de la position du corps ,. la poitrine fléchie sur le bassin. Daiis la seconde période , douleur gravative constante , vomîssemens plus ou moins fréquens ^ à des distances plus ou moins éloignées des repas, de matières muqueuses^ mêlées ou non aux alimens. Le toucher peut faire reconnaître en quelque point de l'abdomen une tumeur dure ; cette tumeur peut-être quelquefois sensible vers la fin du premier degré de la maladie; elle manque rarement de l'être dans le deuxième et le troisième. Û y a quelquefois constipation opiniâtre ou diarrhée. Dans la troisième période , vomisisemens fréqi^ens de nitatières noirâtres, ou déjections alvines d'abord muqueuses , puis sanguinolentes , purulentes , icho- . reuses , fétides, mêléçs ou non avec les excrémens ; douleur continue et lancinante que le passage dés ex- <:remens et la pression extérieure augmentent beau,-

55o LESIONS ORGAmQtJES GENERALES.

coujf , fièvre lente , amaignssement , couleur jaune de la peau.

Cancer de F Utérus,

547. Prédispositions et causes occasionnelles. Le cancer de l'utérus survient surtout à 1 époque de la cessation des menstrues , et par TefiFet d'une irritation locale , telle que deîs coups , des chutes sur l'hypogastre, après des manœuvres imprudentes durant l'accouchement ^ à la suite de la metrite ^ d'aiOfections syphilitiques^ etc.

548. Symptômes. L'état squirreux se manifeste sûrtout à l'extérieur de l'orifice de la matrice par le gonflement et la rénitence de cette partie , un sentiment de pesanteur dans la matrice, une extrême sçnsibilité au moindre contact , et des douleurs bncinantes qui se renouvellent à des époques de plus en plus rapprochées. La maladie fait peu à peu des progrès, et dégénère en cancer : alors douleurs de matrice constantes , et par intervalles plus vives çt plus aiguës , écoulement d'une sérosité 3anieusç , et quelquefois de sang plus ou moins fétide ; difficulté des déjections , avec douleur et sentiment d'une sorte de poids qui comprijne le rectum ; excrétion douloureuse del'urine, fièvre hectique , dépérissement lent , et mort inévitable après avoir éprouvé les tourmens les plus atroces.

Symptômes de F affection cancéreuse de^^enue générale»

549- Je rapporterai ici les symptômes de cet état indiqués d'une manière exacte par Bayle et M. Cayol , qui le nomment cachexie cancéreuse, ce Un des principaux caractères de la cachexie cancéreu)se^

€ANGER* 55l

t'est qu'en, général la fièvre s'y joint fort tard , et manque même parfois entièrement : on voit «des malades mourir dans le marasme par suite d'un can* cer du sein , de l'estomac ou du foie , sans avoir eu de fièvre hectique bien caractérisée. Le plus souvent cette fièvre , au lieu d'être continue avec un ou deux paroxysmes chaque jour , comme celle qui accompagne la cachexie tubetculeuse , se présente sous la forme d'une fièvre intermittente erratique sans frissons : elle est , pour l'ordinaire , accompagnée de douleurs vagues dans les membres^ et quelquefois ^e véritaUes douleurs ostéocopes. Là peaii des cancéreux a une couleur jaune terne qui se distingue également du teint blême des phthisiques et de la couleur jaunepain-d'épice qu'on remarque chez les sujets affaiblis par une fièvre ancienne. La maigreur et le dessèchement des chairs , si l'on peut se servir de cette exprès* sien ^ ne sont presque jamais portés aussi loin que dans la cach^ie tuberculeuse , à Texception des cas où les malades meurent d'inanition , comme dans le cancer de l'œsophage et dans certains sguirres de l'estonaàc : les tissus sont mous ^ flasques , et tendent à l'oedème plutôt qu'au dessèchement : aussi l'hydropisie est-elle une terminaison fréquente de la cachexie? cancéreuse. Le système nerveux est plus souvent affecté dahs cette cachexie que dans aucune autre : de là le malaise général , les douleurs vagues , l'insomnie, et quelquefois les convulsions : beaucoup de cancéreux meurent de fièvre ataxique. La perte de l'odorat, l'ophthalmie chronique et la toux, désignées par la plupart des auteurs comme des symptômes caractéjristiques de la diathèse cancéreuse consécuti9e , qui

352 LESIOIfS ORGANIQUES OENEIULE^.

correspond à ce que nous nommons Cachexie cancé-^ reuse, ^nt des ëpipbénomènes assez rares» » ( Dict. des Sciences médic. y article Cancer. )

§ ni. Traitement du Cancer.

55o. Les qualités du cancer qui le rendent propre à être extirpe sont , en général , d'être externe , récent , sans adhérence , surtout avec les grands vaisseaux , d'avoir une position commode pour l'opération de la main y d'être provenu d'une cause externe , d'avoir lieu dans la jeunesse et sur un corps sain , d'être seul et dans une sorte d'isolement. Mais il est ëdifficile d'établir d'une manière générale dans quelles circonstances l'opération du cancer peut réussir , et ou ne doit jamais affirmer qile par son moyenla guérlson sera certaine. Des événçmens malheureux n'ont que trop appris que les émpUiens , les suppuratifs , les substances acres et épispasdques y appliqués sur un cancer récent, le font dégénérer et le changent en cancer ulcéré. On doit regarder comme incurable celui de l'utérus , de l'arrière-bouche, du palais , de» glandes axillaires et inguinales. Lorsque le cancer n'est jK>int susceptible d'être opéré, il ne reste pour ainsi dire qu'à le rendre stationnaire et à calmer les symptômes : on obtient ces effets en prévenant toute impression étrangère , -en appliquant des oxydes de plomb ou des narcotiques, en faisant prendre à l'inférieur des boissons mucilagineuses , en insistant sur l'usage du l'ait, en se nourrissant surtout dc/substances prises du règne végétal , et en interposant de temps exk temps Ijuss^e de quelque léger purgaûf* L'expérience a

DEGEKERESCENOSS TUBERCULEUSES. S55

confirmé dans certains cas lès avantages des saignées , . soit générales , soit locales , souvent répétées , et on en trouve des exemples dans le Traité de M. Féaron s^r le Gaûcler. On ne peut point ignorer les heureux effets que 5torck a retirés de l'usage interne de la ciguë , et en supposant même un peu de partialité de sa part en faveur de ce remède , les faits ont été tellement multipliés ^ qu'on ne peut qu'être porté à renouveler des essais de ce genre contre une maladie qui est peulétre la plus déplorable dont l'espèce humaine puisse être affligée. Je ne parlerai point ici de l'emploi de» caustiques^ qui appartient entièrement à la chirurgie; mais en me renfermant dans le traitement des cancers internes , conmie ceux de l'estomac ou des voies digestives sur lesquels on est très-souvent consulté > je ferai remarquer que l'usage des substances mucilagineuses ou sucrées, prises en petite quantité et souvent répétées à titre d'alimens , sont les seuls moyens qui rendent long-temps statiunnaire le squîrre du cardia ou du^pylore, surtout dans les deux premières périodes , et que tous les médicamens à prendre à l'intérieur se réduisent à de légers caïmans et à de doux narcotiques , en secondant leur effet par l'usage des bains tempérés. Le cancer de l'utérus exige aussi quelquefois l'usage d'injections sédatives : telles sont celles qu'on prépare avec l'infusion de morelle, d'opium , de belladone; etc.

DÂQÉNÈRESCENCES TUBERCULEUSES.

55 1. Les dégénérescences tuberculeuses peuvent attaquer la plupart des systèmes organiques , mais surin. 25

354 LESIONS ORCANIQUïS GENERALES.

tout les poumons ^ le mésentère^ les glandes lymplia-* tiques , le foie , la rate , les reins , la prostate , l'épi- <|^dyme y le tissu cellulaire sous-péritonëal ^ etc. t elles peuvent être enkystées , non* enkystées ou accumulées. D'après les mémoires lus à la Société de l'Ecole de Médecine, par Bayle, siu*ce genre d'affection, il résulte que les tubercules ont des caractères communs quel que soit leur siège ; mais ils ont aussi des caractères particuliers dans chaque organe. Leurs parois sont membraneuses , cartilagineuses ^ ou mén^ osseuses ; celles qui sont membraneuses peuvent être molles et faciles à déchirer y ou bien fermes et trèsrésistantes; toutes adhèrent si intimement avec les parties voisines y qu'on ne peut parvenir à le» isoler. La substance renfermée dans les parois est albumineuse ; elle se dessèd» , devient très-dure et cassante par l'action du feu ; elle adhère intimement à la surface intérieure des parob des tubercules \ dai^ qlielquesuns elle est dense, homogène y asse2 ferme y rougeâtre ou grisâtre , traversée par des sortes de filamens ; d'autres fois elle est ramollie y peu consistante , pultacée ou même puruhente ; enfin y dans certains tubercules , elle est très-dure et semblable à du plâtre desséchée Le volume de ces tubercules varie depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu'à cdle d'tm œuf de poule ; leur forme est ovoïde et très-souvent irréguUère.

352. La dégénérescence tuberculeuse non enkystée n'affecte presque jamais un yiscère en' totalité; mais elle se manifeste communément dans plusieurs points à-la-fois : d'abord on ne la reccmnait que par un peu plus de densité et un ehangaoïent de ccnileur de la partie affectée^ qui devient connstaate; ]|H^^^ Uan-

DECÉNÉRESCîîNCES TUB*llCULlîUSE$i 555

châtre ou grisâtre; puis la. couleur blanche ou grise pren^ plus d'opacité} la <}€;n$ité augmente et la fermeté diminue ; cç (jui j^rmet de déchirer ou de couper plus.a^ément.la partie afFectée» Cependant le lissu de IWgaue e3ten;ÇoreT0c;Uç.à,reppnnaître, mais il est manife^tempnt altéré : bientôt ou reconnaît k peine les traces d'org?uîisation;.TQUte,|fi,portiou altérée prend l'aspect d^une matièrg ça^euse,.^lide ; jcUe est cepen* dant toujpurs continu^ iau t^^uk eftçorè sain ; mais à la fin elle se raraoUh.iivi-CRnître.àla circonférence, et elle eçt détruite p^, la suppii^^ftion , qui est due ici à une sorte de fonte îdç }^ pftpûe dégénérée , et non à un mode particulier de séprétion. Quand toute la portion dégénérée a été détruite, l'organe est lui - même aflfecté d'ulcéràtiôn dâïil^sôirtisàU Jfioi» encore dégénéi^, et cette ulcération se présente sous deux formes : dans Fune, on voit line mènîbr'aùè acc^deil telle qui paraît sécréter une matière purulente et qui tapisse^l'ulcératien ; dans l'autre , on ne voit point de pareille membrane. Le parenchyme de l'organe est le siège immédiat de Fulcéraûon, c^t l'^hératiop que cette nialadie entraîne change la consisUince de l'organe, le durcit , l'altère ^ le détruit même sans le faire passer à l'état de dégénérescence tuberculeuse. La durée de chacun de ces trois degrés de la dégénérescence tuberculeuse non enkystée du tissu des organes est indéterminée ; mais quand il survient un changement à cette altération , elle passe toujours de l'un à l'autre degré , et elle ne tend jamais à devenir osseuse ni Cancéreuse. Les portions des organes qu'elle affectaont la même étendue depuis le commencement du premier degré jusqu'à la fin du dernier, soit que cette étendue ne surpasse pa$

556 tfelOlfS ORCAmQtTES CÉltEKALES.'

le volume d'un graiir de millet, soit quelle ait une surface plus large que la cernée transpfrt-ente : aussi la suppuration ne survient-elle jâmai3 dans le centre que lorsque toute la portion altérée est àrrivfe à la fin du deuxième degré ou au cJoteinencement du troisième. 553. La cause et les symptômes dés dégénérescences^ lubcrbuleuses en général^^cmt encore' trop peu connues pour qu'on puisse ^ '|)ermettre d*en ' faire une description générale : slxxsA vais- Je passer de suite à l'examen des deux maladie^ tiJberculeuses les plus connues et les plus fréquentes, telle des poumons et celle du mésentère , connues sbûs les noms de phthisie tuberculeuse et de carreau.

P^ T H I SI E ^.usjsRaui^RiriB (i).

§1". Considérations générales.. ..

354- Les progrès de l'anatomié et les. .ouvertures réitérées des corps sont très-propres à fixer le vrai caractère et les diverses périodes de la phthisie tubercu-t leuse , comme des autres afiêctions des viscères ; et c'est ce qui doit faire regarder comme très-incomplètes les connaissances acquises par les anciens sur cette maladie. Arétée s'est surtout exercé à nous tracer le tableau hideux et pittoresque du phthisique parvenu à sa dernière période, sans nous faire connaître la marché graduée de la maladie.

555. Bonet remarque, dans son Sepulchreium, qu'on trouve des tubercules dans le plus grand nombre des

(i) Synonymie, Phthisis serophuiosa j Saovages, Poutal^ Phthisis luberculosa , Cullen , etc.

rHfttlSlB TUBEIUÎITLÏUSE/ 55/

phtliisies. Stark (Médical tommentariesys^est occupé de la description des tubercules ; et Bayle a développé avec le soin et l'exactitude qu'on lui connaît les caractère des diflférent» altérations qui peuvent causer la phthisie pulmonaire, et qui lui ont donné lieu de distinguer cette maladie en tuberculeuse, granuleuse, avec mélanose, ulcéreuse, calculeuse , eancé-* reuse. La phthisie tuberculeuse est très— fréquente, puisque , sur cinq.pbthisiques, il y en a quatre qui offrent des tubercules dans les poumons, et ces tumeurs sont quelquefois si excessivement multipliées ,' que le tissu entier de ce viscère paraît avoir disparu^ être comprimé et usé par leur développement progressif; que ce titeu est d'autres fois altéré , très-peu consistant , et facile à réduire en débris irréguliers par une pression médiocre entre les doigts. Le volume des tubercules pulmonaires est très-variable : les uns sont plus gros que des noix , les autres aussi petits que des grains de millet. On observe tous les degrés intermédiaires entre ces deux extrêmes ; mais les tubercules les plus communs sont ceux qui surpassent à peine l& volume d'un grain de millet, et, parmi les gros, les plus fréquens n'ont que la grosseur d'une noisette oii d'un pois. Presque toujours les plus gros occupent la racine des poumons ou leurs lobes supérieurs , et en outre on;en trouvé une infinité d'autres petits, presque miliaires, les uns en suppuration, les autres encore fermes et gris. 'Ce ^nt les gros tubercules qu'on a sou* vent désignés sous le nom de vomiqùes.

556. Les tubercules pulmonïiires ne sont pas toajours enkystés ; dans ce dernier cas, on observe que les portions des poumons qui sont affectées de cette

558 LÉSIONS ORÇAinQUK chfhULLES.

altération Ont une étendue très-variable depuis la grosseur d'un grain de millet juscp'à celle d'une petite noix ; elles offrent une couleur d'un blanc opaque^ striée pour l'ordinaire par un assez grand nombre de lignes noires. Les dégénérescences sont fî^équemment trèsnombreuses dans le même poumon : cet organe les pi^sente quelquefois dans tous les d^ré$ , les unes à peine commençantes, les autres déjà en suppuration dans le centre. L'altération ne commence pas par un point d'où elle s'étendrait par degrés, elle se manifeste àJa-fois dans toute l'étendue qu'elle doit affecter, et l'on voit de très-larges dégénérescences qui blanchissent à peine , tandis qu'on en rencontre de très-petites d^à ramollies à leur intérieur. Jamais ce dernier phénomène n'a lieu, même dans les plus grosses , jusqu'à ce qu£ les parties les plus éloignées du centre soient parvenues à la fin du deuidème ou au commencement du troisième degré. Le tissu propre des poumons, tout auprès (dès endroits d^énérés , est quelquefois sain , très-souvent durci et noirâtre , et d'autres fois dans un élat de phlegmasie chronique. Il n'est pas rare de trouver à-la-fois dans le même poumon des tubercules enkystés, et d'autres qui ne le sont pas.

557. Le médecin n'est pas toujours appelé lorsque l'affiBciion tuberculeuse des poumons n'a point encore occasionné im trouble général. 11 n'est donc pas étonnant si on trouve rarement dbez les auteurs des obser- vations de cette maladie encore à son premier degré. Je vais en extraire deux de l'ouvrage de M. Portai : elles en feront àr^laî-fois connaître et les principaux symptômes et les phénomènes cadavériques. : 358. Une dame âgée d'environ trente - cinq ans ,

FUTHISIE TUBERCULEUSE. 55g

d'une constilution très -délicate , d'une extrême mai* greur , et d'une très-grande sensibilité , émit très-sujette à contracter des rhumes ; elle se plaignait fréquemment de maux d'estomac qui troublaient sa digestion et occasionnaient des flatuosités et des coliques ; les menstrues étaient peu abondantes , et à leur approche elle souffrait des douleurs, et même souvent elle éprouvait une fièvre de deux ou trois jours. Sa maigreur habituelle augmenta; elle eut de fréquentes insomnies qui devinrent enfin continudles ; on remarqua au cou et sous la mâchoire inférieure un gonflement des ^andes maxillaire^ ; les glandes axillaires se gonflèrent aussi. Elle eut souvent des aphthes dans Id bouche, qui parurent se prolonger vers l'œsophage et vers la trachée-artère ; la toux était extrême , et plusieurs fois elle fut accompagnée de nausées et même de vomissemens ; la fièvre devint continue, la déglutition , qui depuis long-temps était difficile , fut douloureuse, souvent impossible ;' il y avait douleur au larynx; enfin la diarrhée colltquaiive succéda à tous ces symptômes. A l'ouverture cadavérique, on trouva la courbure des côtes irrégulière et la poitrine singuUèrement déprimée et rétrécie , les poumons adhérens à la plèvre dans toute leur étei^due , leur surface extérieure d'un rouge très-foncé , coàverte de tubercules plus ou moins durs , dont quelques - uns contenaient une matière très-analogue à du suif, et les ^autres laissaient suinter une matière ichoreu^ : à Tintérieur des poumons, on découvrait de pareils tubercules; la partie supérieure du poumon gauche présentait deux érosions peu profondes d'où s'écoulait de la sanie^ le reste du poumon était beaucoup plus>dur , plus com«

36o LÉSIONS ORGANIQUES eilc£lULES;

pacte quà Tordinaire, sans avoir perdu* de sa sub*stance, exctpté à l'endroit des deux petites érosions ; la surface de la trachée était parsemée de petits tubercules durs y et la membrane interne du larynx étail pldogosée et en quelques endroits ulcérée; il y avait entre le larynx et l'extrémité supérieure de l'œsophage une collection purulente ; le foie était dans son état naturel pour sa texture, mais sa figure était chan^^ par la pression qu'il avait éprouvée de la part des fausses cotes ; la vésicule biliaire était gorgée de bile ; les glandes du mésentère étaient plus grosses et plus dures qu'on ne les trouve ordinairement; les intestins grêles étaient plus rouges qu'ils ne le sont dans l'état naturel ; les gros intestins, et le colon surtout, étaient tout rétré* eis , et contenaient des matières fécales très-dures.

359. Une femme âgée d'environ trente-ans , d'une constitution délicate^ qui avait eu deux en£uis, et dont les grossesses et les couches avaient été très-* pénibles , éprouva plusieui^ maladies nerveuses : ho* quets frcquens, éternuemens involontaires, quintes de toux , crampes, mouvemens convulsifs dans les musclés du tronc et des extrémités , difficulté d'avaler par la contraction convulsive des muscles du pharynx , constipation opiniâtre pendant dix à douze jours , coliques fréquentes*^, longues insomnies. La santé parut se rétablir lorsque la malade devint grosse : alors nouveaux accidens , fréquentes oppressicms de poitrine^ dyspnée augmentant ]oi:sque la malade mcmte un escalier , fièvre , pouls fréquent , serré , petit ; toux sèche presque. continue, surtout la nuit et à l'époque de la menstrokion. La malade prouve de vifs chagrins vers le septième mois de la grossesse : alors perte

PHTHISIE TUBERCULEUSE. 36l

de ^ihmeil ^ toux très-intense , chaleur , douleur à la gorge ^ gonflement des glandes maxillaires et de celles de la partie antérieure du cou à côté du larynx. L'accouchement eut lieu au milieu dje ces symptômes ; il eut des suites funestes ; les vidanges étaient en petite quantité^ et à peine rouges. Douze à vingt jours après l'accouchement, hémorrhagie utérine considérable, toux très-opiniâtre , mais sans expectoration j gorge ulcérée , fièvre continue avec redoublement , sueurs nocturnes copieuses , colique , diarrhée , et enfin enflure des jambes. Les fonctions intellectuelles s'exerèèrent dans toute leur intégrité jusqu'à la mort. A l'ouverture^ cadavérique, on observa les phénomènes suivans : cerveau parfaitement sain, larynx et trachéeartère nullement rouges à leur surface interne , poumons infihrés d'unef humeur rougeâtre et comme sanguinolente, renfermant à leur intérieur diverses concré* tions blanchâtres dont les unes étaient plus solides que les autres, et dont quelques-unes étaient en suppura- . tion. Certaines parties des poumons présentaient des abcès tantôt isolés , tantôt réunis : le plus considérable de ces abcès était placé à la sommité du poumon gauche , près l'œsophage , auquel il adhérait par un tissu, cellulaire très-ferme.

56o. L'ouvrage de Bayle ( Recherches sur la Phthisie pulmonaire y Paris , 1 8i o ) oflfre des observations exactes et précises . d'anatomie pathologique*» M. Laennec , qui s'occupe aussi depuis long-temps de recherches sur la phthisie , se sert , pour explorer, l'état de la poitrine, d'un instrument très-simple au moyen duquel il assure reconnaître et le genre d'affeon tion et l'état. exact des organes pectoraux. Nous devons

56j LESIONS» ORGATaqUES GENERALES.

vivement désirer la publication du traite dont il s'occupe en ce moment , et où se trouveront consignées les expériences qu'il a faites en présence de plusieurs médecins distingués ^ et qui méritent toute l'attention des praticiens.

§ II. Description générale dé la Phthisie tuberculeuse.

.56 1. Prédispositions et causes occasionnelles. Ce sont une application très-forte et long-temps continuée à l'étude , des chagrins profoïids , l'abus des liqueurs alcooliques , des hémorrhagies excessives , la diarrhée ou le diabètes , l'épuisement par l'allaitement , la suppression de quelque exutoire ancien , comme d'un séton , d'un cautère , d'un ulcère, d'une leucorrhée ; un ptyalisme de longue durée, des sueurs immodérées, un vice originaire de conformation.

562. Symptômes. La disposition prochaine à la phthisie (première période ) peut s'offrir sous trois formes différentes, i**. Engourdissement , inertie dans toute l'habitude du corps , douleur gravative de la tète , avec des retours plus ou moins fréquens d'une affection catarrhalede la membrane pituitaire ; somnolence , relâchement des muscles du thorax , avec expectoration difficile, douleur gravative de la poitrine, quintes violentes de toux qui augmentent par l'exercice , par la boisson des liqueurs froides ; diflSculté de la respiration. 2^. Habitude du corps délicate , membres grêles , constitution irritable et spasmodique , conformation vicieuse du thorax , soit d'origine , soit par accident j perte d'haleine au moindre mouvement;

Page 1