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148. \fUE de maladies différentes semblent naître d'une même cause , l'influence nerveuse î Névralgies, spasmes , tétanos y convulsions , danse de Saint-Guy , tremblement , paralysie , aphonie , voix convulsive, etc.
149. La force de contraction des muscles, ou lamolilité , est loin d'avoir une sorte d'intensité ou de mesure commune dans les divers individus , même dans l'état de santé. Que de variétés suivant l'âge , la constitution originaire , la nature des affections morales habituelles , la position des lieux, la natnre du climat, une vie dure et exercée , ou bien un état sédentaire et une manière de vivre molle et efféminée ! L'irritabilité , dans les pays chauds , est portée à un tel degré d'excitation , par une sorte de concours des causes physiques et morales^ que rien n'est plus ordinaire que les affections spasmodiques dans ces contrées. Un autre principe non moins fécond en affections semblables , c'est une éducation molle et énervante ; et quelles lumières la médecine n'a-t-elle pas à emprunter sur ce point de la philosophie morale et de l'histoire des anciens peuples ! Vues profondes du législateur des Spartiates sur les avantages d'une institution mâle et pro-
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pre à fortifier le corps (i) , asservissement des jeunesgens de l'un et de l'autre sexe à des exercices réguliers^ alimens grossiers, lois austères observées durant le mariage, moyens puissans de nourrir dans tous les cœurs l'amour de la patrie et les transports d'un dévouement héroïque. Xénoplion , dans sa Cyropédie , n'a pas moins insisté sur la nécessité d'une éducation mâle et propre à donner de l'énergie au moral et au pliysique. Profondément nourri de la lecture et de la méditation des écrits des anciens , Montaigne s'était vivement pénétré de l'importance de l'institution des enfans, et rien n'est plus sage et plus lumineux que ce qu'il a écrit sur cet objet dans ses Essais (Gh. XXV). Mais il était réservé à l'éloquence impétueuse de Rousseau de produire, dans ce siècle, une heureuse révolution dans les esprits , de les entraîner vers les principes rigides des institutions anciennes , et de préluder , pour ainsi dire , aux grands événemens qui signalent le commencement du siècle. Les reproches que ce grand écrivain a faits à la médecine en général sont-ils bien fondés, et pouvait-il ignorer le parti et les avantages que les médecins éclairés de tous les siècles ont tirés de la gymnastique? La médecine n'a-t-elle point à lui reprocher à son tour d'avoir traité d'une manière trèssuperficielle , ou plutôt d'avoir presqu'entièremenî omis l'application des lois de l'économie animale au développement des facultés physiques et morales durant les cinq ou six premières années de l'âge tendre ? et n'est-ce point à la médecine philosophique à remplir cette lacune ?
(i) Vie de I.yourgue . par Plutarque.
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i5o. Que de causes , clans les grandes villes , propres à produire ou à fomenter les affections spasniodiques (i) ! progrès d'un luxe énervant , vie inaclive et sédentaire, commodité des habitations, usage continuel des voitures, abus des licpieurs fermentées ou des alimens stimulans , veilles prolongées et habituelles , agitation continuelle par les tour mens de l'ambition ^ la dissipation , les plaisirs. C'est vers le commencement du dernier siècle que ces maladies ont commencé à devenir fréquentes , et qu'elles ont été observées et décrites par Châtelain , Langius , Dumoulin ; mais c'est encore à une époque postérieure qu'elles sont devenues comme endémiques , surtout dans les villes capitales de l'Europe, et qu'elles ont élé décrites sous toutes les formes par Hunauld , Klœkof , Pressavin , Marie, Raullin , Pomme, Lorry, etc. On doit louer Tronchin d'avoir profité à Paris de tout l'ascendent de sa réputation pour remonter à la source du mal , et prescrire divers exercices du corps aux femmes même les plus délicates. Quelquefois aussi des causes hicidentes , comme des affections de l'âme , un chagrin profond ^ des emportemens habituels de colère , la jalousie , une frayeur , peuvent produire ou fortifier l'habitude des spasmes. Lorry, dans son ouvrage sur la mélancolie nerveuse , en rapporte des exemples frappans. Une jeune femme d'une constitution très-déiicate , avec une menstruation laborieuse ,
(i) Langius a remarqué qu'à Copenhague il était mort eu treize années douze mille sept cent soixante-neuf enfans attaqués (f affections spasmotliques ou convulsives , suites inalheureuses d'une éducation molle et efféminée.
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est mariée à quinze ans , c'est-à-dire , à une époque très-précoce ; bientôt après , chagrin profond par l'absence de son époux , qui était militaire , et par la crainte de le perdre ; recherche de la solitude , abandon à des idées tristes et mélancoliques ; de là une motilité extrême dans les muscles; ce qui fut encore augmenté au retour de son époux par deux accouchemens avant que son corps eût atteint lui-même tout son développement. La fréquence des mouvemens convulsifs augmenta par degré, au point que la simple chute d'une petite pierre d'une hauteur médiocre suffisait pour la faire tomber dans des convulsions violentes , des spasmes , des distorsions de la bouche : précautions excessives pour éviter toute sorte de bruit auprès d'elle , et accroissement gradué de la fréquence et de l'intensité de ces affections spasmodiques. La moindre nourriture prise à l'intérieur faisait entrer en convulsions tout l'abdomen. La consomption et un dépérissement prompt mirent un terme à cette malheureuse existence. Son mari , au désespoir , se condamna aussi à vivre dans la solitude; il conçut la même horreur pour toute espèce de bruit , et sa sensibilité nerveuse fut portée de même par degrés à un tel point , qu'il eut une maladie aiguë , et qu'il périt dans les convulsions. (( Dans ces deux cas, des ménagemens excesn sifs , dit Lorry , n'ont-ils point été nuisibles , et » n'aurait-il pas élé plus sage et plus prudent d'accou- )) tumer par degré ces deux malades aux sons bruyans » et au tumulte , et de corriger leur sensibilité vi- » cieuse par des impressions répétées » ?
i5i. On connaît le pouvoir de l'imagination pour produire et quelquefois pour guérir des affections
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spasmodiqiies : on se rappelle l'histoire des fameuses Ursuliiies de Loudim , dont l'âme superstitieuse et l'imagination frêle et mobile étaient habilement mises en jeu par des préjugés de religion et des intrigues de cour , sous le fameux cardinal de Richelieu. Quel tissu d'impostures , de puérilités et de ridicule dans les prétendus sortilèges et les exorcismes de ces religieuses , non moins que dans les informations judiciaires d'un tribunal de sang érigé pour faire périr le malheureux Urbain Grandier (i) ! Les convulsionnaires de Saint-Médard , à Paris ^ n'ont pas moins étonné leurs admirateurs par leurs sauts, leurs postures , leurs contorsions mimiques; et on sait avec quel art un médecin plein de sagacité et de raison a fait disparaître ce prestige, en ne considérant dans ces convulsions qu'un effet purement naturel , et le produit d'une imagination fortement ébranlée (Ze naturalisme des convulsions dans les maladies de répidémie consuls ionnaire, Soleure iy55). La rehgion n'a eu sans doute aucune part aux scènes variées , aux spasmes , aux prétendues crises du magnétisme animal : mais cet exemple récent né démontre pas moins la fa-
(i) L'auteur de la De'monomanie de Loudun s'est fait remarquer par la crédulilë la plus aveugle et la plus bornée , aussil)ien que par Tasservisseuient le plus vil aux vues du gouvernement j mais toutes les sourdes menées qui ont dirigé celte intrigue du cardinal - ministre ont été très-bien développées dans un ouvrage qni a pour litre : Histoire des Diables de Loudun , ou de la Possession des religieuses Ursulinés ^ et de la condamfiation et du supplice d' Urbain Grandier ^ cruels effets de la i^engeance du cardinal de Richelieu. Am^sterdam, 171 6.
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cilite qu'ont des coristitulions fiéles et déJicates, etde.i esprits crédules, à sdopier toutes les visions qu'un homme adroit a intérêt de propager. D'un autre côté, les affections morales très-vives peuvent être de puissantes ressources pour prévenir ou pour guérir les maladies spasmodiques. On sait toute la supériorité que montra Boerhaave lorsque , s'élevant au - dessus de cette confiance exclusive qu'on montre si souvent pour des formules de pharmacie , et s'entourant adroitement d'un certain appareil de terreur , il sut arrêter , dans un hôpital de Harlem, des convulsions des enfans qui semblaient se propager par une sorte de contagion. N'y a-t-il point des exemples de guérison de l'épilepsie par tt;ne terreur, par un sentiment de crainte, quelquefois aussi par une sorte d'empire que le malade s'exerce à prendre sur lui-même , surtout si on le f^rit rougir de son état , et s'il est très-sensible ? On affectait un jour de dire , en présence d'un jeune épileptique , que des maux semblables étaient le partage des idiots et des imbécilles , et qu'on était toujours le maître, quand on le voulait fortement , d'en prévenir les attaques. Ces propos firent une impression si profonde sur l'esprit du jeune malade , qu'il parvint à se maîtriser , et qu'il trouva dans sa volonté même le remède le plus efficace contre ses attaques.
i52. Ce n'est point certainement la partie la plus brillante et la moins contestée de la médecine , que celle qui est relative à l'action des médicamens sur l'économie animale , action qui souvent varie suivant une foule de circonstances , la constitution individuelle , l'empire de l'habitude , la manière de vivre , les affections et la sensibilité particulière de l'estomac ,
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la dose ou les combinaisons du remède. Aussi quelle longue vacillation d'opinions ! que de faits opposés k d'autres faits dont la discussion aura lieu dans un Traité que je me propose de publier sur la Thérapeutique !
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§ I". Considérations générales.
1 55. Cette dénomination a été proposée par le professeur Chaussier pour désigner un grand nombre d'affections douloureuses qui étaient autrefois peu connues , isolées et confondues avec des maladies différentes , telles que le rhumatisme , des spasmes , des convulsions. Il est démontré maintenant , d'après les recherches de M. Chaussier , que les nerfs sont le siège de ces douleurs ; mais on ignore encore quel est le genre de lésions dont ce système d'organes est alors principalement aftecté. Cotunni croit y reconnaître xine sorte d'œdématie , une infiltration séreuse qu'il a désignée sous le nom à' hy drops extimarum ner^i vaginarum ; mais cette assertion est encore loin d'être dé^ montrée. Tous les nerfs ne sont pas également sujets à cette maladie : il en est même sur lesquels on ne Fa point encoi^ observée : ce sont ceux de la face , des membres inférieurs , qui présentent le plus d'exemples de névralgie. L'on trouve, dans le Traité d'André sur les maladies de l'urètre, plusieurs observations de névralgies faciales ; je vais citer celle d'une néiTalgie maxillaire. Un homme éprouvait depuis quinze ans les douleurs les plus atroces à la mâchoire inférieure du côté gauche , dans le trajet du nerf maxillo-dcu-
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taire , lesquelles étaient accompagnées d'une distorsion considérable de la face (évulsio?i de toutes les dents correspondantes au côté affecté , section du nerf à la sortie du trou menionnier^. Nul changement jusqu'au dix-septième jour de l'opération; mais le dixhuitième, hémorrhagie abondante : dès-lors soulagement très-marqué , mais qui ne dura que deux mois, pendant lesquels il y eut plusieurs accès {escarre pratiquée sur le trajet du nerf affecté^, La plaie se cicatrisa après avoir suppuré pendant deux mois, et le malade n'éprouva depuis aucun accident. — L'observation suivante offre un exemple de névralgie sousorbitaire* Une dame âgée de soixante-dix ans était attaquée depuis dix ans de douleurs les plus aiguës ayant leur sié^e dans le nerf sous-orbitaire du côté droit ; les accès étaient très-longs et périodiques , et laissaient entre eux des intervalles égaux; souvent il se formait sur la joue, le nez et les lèvres une sorte d'érysipèle miliaire , dont les pustules étaient remplies d'une sérosité jaunâtre. Son écoulement procurait de la tranquillité à la malade ; mais lorsqu'il venait à se supprimer , les accès se njanifestaient avec plus de fréquence et d'intensité , et se prolongeaientdavantage. Pendant les mouvemens convulsifs, il y avait excrétion abondante du mucus nasal , d'une salive écumeuse, muqueuse et très-gluante.
154. Je terminerai l'exposé des histoires particulières de ce genre de maladies par une observation de névralgie des membres inférieurs. Un militaire âgé de trente -deux ans , d'une constitution, nerveuse , exposé par son état à toutes les fatigues de la guerre et aux vicissitudes des climats , éprouve des douleurs
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dans les membres inférieurs , lesquelles augmentant la nuit^ sont pendant long-temps regardées comme dépendantes d'une ancienne syphilis , et combattues à plusieurs reprises , quoique vainement , par les mercuriaux. Ces douleurs ont leur siège dans les deux membres inférieurs , et occupent indifféremment l'un ou l'autre ; elles s'étendent depuis la hanche jusqu'aux pieds , et remontent rarement au-dessus de l'aine ; l'étendue en largeur qu'elles affectent est presque imperceptible ; elles s'élancent d'un point dans un autre , et s'y fixfintde nouveau. Elles sont subites et passagères , mais très-pénibles; leurs élancemens peuvent être comparés à ceux du panaris ; elles font quelquefois éprouver la sensation d'une corde qu'on tire de haut en bas ; elles se répètent avec la rapidité de l'éclair ; quelquefois elles commencent par de petits élancemens , augmentent et diminuent graduellement d'intensité ; d'autres fois elles surviennent subitement sans symptômes précurseurs , et s'élèvent aussitôt au plus haut point. On ne remarque ni rougeur ni enflure dans le lieu de la douleur , mais seulement un gonflement des veines voisines : les nerfs où siège la douleur sont sensibles au toucher. Leur durée est variable : les accès forts se prolongent de cinquante à soixante heures ; leur retour n'est point sensiblement influencé par le changement de climat , de temps , etc. ; cependant l'interruption subite de la transpiration est trèspropre à les rappeler ; elles ont aussi plutôt lieu la nuit que le jour ; le repos et l'immobilité les calment ; quelquefois aussi elles diminuent par la chaleur, par l'eau glacée , par des frictions, par l'augmentation de la transpiration ; mais rien de cela n'est constant. Du-
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rant ces accès , la langue est recouverte d'un enduit Jjianchâtre, l'appétit diminue. Dans les intervalles, les forces reviennent , à moins que l'accès n'ait été loi]g ; car alors le malade éprouve de l'affaiblissement pendant plusieurs jours, l'appétit est moindre, la digf'slion lente , la bouche mauvaise , il y a constipa-^ tion. Les intervalles sont, en général, moindres si on a fait usage de médicamens pour diminuer l'accès ; ils sont plus longs si le malade fait de temps en temps usage de purgatifs. Le malade ayant, d'après mes conseils , repris la vie tumultueuse des camps , a été soulagé de cette affection , contre laquelle tous les Biédicamens avaient échoué.
§ n. Description générale de la Néi>ralgie,
i55. Prédispositions et causes occasionnelles. Les causes qui peuvent donner lieu aux névralgies sont le plus ordinairement l'impression du froid , la suppression d'une hémorrhagie habituelle , d'un écoulement séreux ou muqueux, d'une ancienne fistule, d'une éruption cutanée ; quelquefois elles sont déterniinées par la lésion, la contusion d'un filet nerveux^ un tubercule sur son trajet, un vice arthritique ou r])umatismal , etc, Différentes observations semblent devoir faire conclure que , dans la névralgie , il existe une cause matérielle d'irritation fixée sur le nerf; que cette cause n'est pas la même dans tous les cas , et qu'ainsi il faut la connaître pour établir un traite^ ment efficace.
i56. Symptômes, «Ces affections des nerfs sont ç^ic^çtérisées ; i*'. par la nature de 1^ douleur^ (jui est