‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 39 sur 83 · DANSE DE SAINT-GUY · texte numérisé non relu

DANSE DE SAINT-GUY

heure , d'autres fois cFune heure , et se terminaient par la sueur : alors vertiges , difficuhé de respirer , dëjections alvines et excrétion urinaire souvent involontaires ; sommeil pendant la nuit. Cette affection était due à l'ahus excessif des liqueurs alcoolisées et à l'ivresse fréquente. Un autre exemple de cette maladie est rapporté par White dans les médical Commenta" ries. Des causes très-variées peuvent donner naissance à celte maladie. La description qu'en donne Sydenham est bien propre à en faire connaître les principaux caractères. Celte affection attaque surtout depuis l'âge de dix à quatorze ans , et rarement après la puberté ; elle se déclare d'abord par une sorte de claudication , ou plutôt par l'impossibilité de conserver une cuisse dans l'état de repos , et par la nécessité de la traîner comme le feraient des paralytiques. La main du même côté , quelle que soit la position qu'on lui donne , ne peut la conserver ; elle en est bienlôfe détournée par des mouvemens désordonnés et involontaires, quelque effort que fasse le malade pour s'y opposer. Veut-il approcher un verre de sa bouche , aussitôt mille gestes ridicules et involontaires qui ne contribuent qu'à éloigner le bras de cette direction ; ce n'est que par hasard qu'il y parvient , et alors il avale rapidement , comme pour se donner en spectacle. On ne pourrait d'ailleurs que difficilement décrire tous les gestes insolites qui composent cette maladie , tant ils varient pour ainsi dire dans chaque individu. Une autre remarque , qu'il importe de faire , c'est que ces mouvemens désordonnés se font d'abord avec une certaine lenteur , et qu'ils se convertissent enfin en une mobilité extrême lejt perpétuelle.

îgO NEVROSES DE LA LOCO?«îOTlON ET DE LA VOIX.

On peut consulter une Monographie de la Chorée ou Danse de Saint-Gujy par M. BoiiteiJle. Par' s, 1810. L'auteur donne des observations particulières de cette maladie , qu'il distingue en priniitive et secondaire , simple f et compliquée 3i\ec d'autres maladies du système musculaire, et il indique ses variëiès d'après les différentes régions qu'elle peut affecter.

iy5. Sydenliam combattait la danse de Saint-Guy à l'aide des saignées et des purgatifs. L'électricité a été mise en usage par Gardane , Undervood , Dehaën , Fotbergill, etc. : Wauters recommande surtout l'assafœtida, etPoisonnier lecampbre. On conçoit d'ailleurs que les mêmes moyens ne peuvent être constamment employés : c'est contre la cause de la maladie qu'il est essentiel de les diriger. Voilà pourquoi les bains tièdes ont été utiles dans certains cas, tandis que le quinquina et les ferrugineux ont été employés dans d'autres avec succès.

PA R A L rs r £ (i).

§ P"". Considérations générales.

1^4* ^^^ ^^ peut que faire honneur à la sagacité profonde de Stahl d'avoir entrevu les résultats des recherches modernes sur la sensibilité et sur l'irritabilité , et de les avoir décrits en partie , en exposant les phénomènes du mouvement tonique ( Motus tonicus vitalis). Ce même auteur a su rapprocher aussi la danse de Saint-Guy et le tremblement ( tremula par^

fi) Synonymie. Paralysis ^I^oetaixwe , Sauvages , Lin-

^'7EU3 , VOGEL ; CULLEN^ JuNCKER.

PARALYSIE. igt

tlum impotent! a ) de la paralysie : un premier degré de paralysie est la débilité des moiwemens volon-tnires{\). On imagine bien que j'écarte ici tout ce qui est symptôme d'une autre maladie, comme d'une hydrocéphale, du scorbut, de la fièvre, d'un état cachectique, etc. J'omets aussi la débilité qui provient de causes évidentes , comme de travaux excessifs , d'évacuations abondantes , d'inanition , d'un défaut de sommeil , etc. , puisque leur nature même indique le remède : je m'arrête à celle qui naît de l'inertie , de l'apathie , du découragement , de différentes affections tristes et d'un grand nombre de causes débilitantes. On a des exemples fréquens de cette débilité dans les hospices publics ; ses effets ordinaires sont la paralysie complète , l'apoplexie , la consomption , et une extinction graduée des fonctions vitales. Combien il serait avantageux , dans ces mêmes hospices , de relever le courage abattu , d'exciter au travail , de ranimer l'industrie par l'appât de quelque lucre !

lyS. Les tremhlemens (2) appartiennent le plus souvent à la paralysie ; j'omets de parler des tremhlemens symptomatiques , de celui qui tient à la vieillesse , à un état de convalescence , à un excès de fatigue : je me borne à celui que produisent l'abus des liqueurs fermentées ou des narcotiques , le travail des mines de plomb , de mercure ou d'autres métaux ; les affections de l'ame vives ou lentes , comme la peur , la colère , la tristesse. Le béribéri des Indes

(i) Synonymie. Atonia , Linn^us.

{'1) Synonymie. Trtiuor , Sauvages, Linn^us , Vogel , CuLLEN , Sagah .

ïg2 NEVROSES DE LA LOCOMOTION ET DE LA VOIX.

dont parlent Bontius ( Medicina Lidorum ) , et Tulplus , dans son Recueil d'observations ( chap. V , liv. IV ) , n'est-il point une variété du tremblement du tronc et des membres, ou plutôt une nuance d'une affection paralytique , puisque les symptômes sont analogues , et que , pour les guérir , on emploie avec succès les bois sudorifîques , et à l'extérieur les builes aromatiques ? En est-il de même de la danse de Saint-

iy6. Sylvaticus parle d'un négociant qui , ayant fait un usage excessif de boissons à la glace, de fruits , de plantes oléracées , s'était extrêmement affaibli l'estomac et les intestins ; il survint une diarrhée habituelle ; de là une grande débilité dans les muscles du dos et des lombes, la difficulté de se tenir debout , des douleurs abdominales plus ou moins vives. Ces symptômes diminuaient lorsque le malade rendait une grande quantité de mucosités par des lavemens. Le même auteur trace l'histoire d'une famille dont les deux aînés jouissaient d'une bonne santé : les deux suivans étaient bien portans et avaient marché jusqu'à l'âge de quatre à cinq ans : dès-lors démarclie vacillante , faiblesse dans les genoux , courbure des os des jambes , déviation de la colonne épinière vers le côté fijauche, et gibbosité. Un autre enfant rachitique , quoiqu'à trois ans d'une taille au-dessus de son âge , était si débile , qu'il ne pouvait ni se tenir debout , ni marcher , sans être obligé de s'asseoir aussitôt : du reste point de mauvaise conformation. La mère , née de parens hydropiques et affectés de maladie de poitrine , avait éprouvé une légère déviation de la colonne épinière à l'époque de la pu-

fcerlé , et était sujette aux catarrhes du nez et de la poitrine, ainsi qu'à des douleurs articulaires.

177. Les observations que je viens de rapporter sont des exemples d'atonie musculaire ; les deux suivantes , extraites du même auteur , sont propres à faire connaître la paralysie. Un homine sujet à des excès d'intempérance , à des veilles et à d'autres écarts , montant habituellement à cheval , est tout-à-coup dans l'impossibilité de mouvoir les membres inférieurs , de retenir les déjections alvines et l'urine» Quatorze mois après , i-oideur tétanique des membres avec impossibilité de les fléchir ; peu à pea retour à leur premier état , et , par intervalles , mouvemens conviilsifs très-violens déterminés par l'application des corps chauds. Une femme âgée de vingt-un ans , éprouva, à la suite d'un bain froid, un sentiment de stupeur dans toute la partie gauche du corps , sans y perdre entièrement le sentiment et le mouvement : faiblesse , nécessité de rester couchée , sentiment de froid dans le pied gauche , dou-» leurs de tète , tintement d'oreille. Un homme de quarante-six ans (Siahl, Collcg'um casuale minus), d'un tempérament sanguin et lymphatique , avait autrefois contracté l'habitude des saignées , que depuis deux à trois ans il pratiquait plus rarement et d'une manière irrégulière; il s'adonnait d'ailleurs au vin , et menait une v^e active , exposé tantôt à la chaleur et tantôt au froid. Il sentit pendant un automne pluvieux et venteux une lassitude et de la tension , surtout dans les membres du côté gauche : bientôt après impossibilité de les mouvoir , et augmentation de la sensibilité dans ces deux parties ( ^a.^née du III, i5

Î94 NÉVROSES DE LA LOCOMOTION ET DE LA VOlx/

bras du côté n fjc clé ^\ le soir, augmenlalion de la sensibilile et de riinpossibilile de mouvoir le pied ; il survint aussi un afTaihlissement très-grand du bras du même côte ; de sorte que , le lendemain matin , il ne pouvait mouvoir le pied qu'avec la plus grande difficulté , et nullement le bras ; il n'y éprouvait plus la moindre sensibilité. Le même auteur donne aussi une observation d'un tremblement paralytique de la tête. Une femme âgée de vingt-deux ans , d'un tempérament sanguin , un peu mélancolique , avait , depuis Fage de quinze ans, employé fréquemment des scarifications pour diminuer la rougeur des joues : vers l'âge de dix-neuf ans elle fut obligée de s'en abstenir une fois. Vers le mois de novembre , allant à l'église , le COU presque nu , elle se refroidit : aussitôt tremblement continuel de la tête , affaiblissement notable du bras gaucbe , augmentant par les cbangemens de l'atmosplière. On trouve encore dans Stabl l'exemple d'une débilité paralytique du bras. Un homme âgé de cinquante-six ans, d'un tempéranient sanguin, irascible, ayant éprouvé beaucoup de chaleur, et. s'en trouvant incommodé , prit de la thériaque et se coucha près d'un poêle le bras presque nu : aussitôt douleur tensive et lancinante dans le bras droit , ensuite débilité , et enfin tremblement et impossibilité de faire les mouveînens même les plus légers. Cet homme ayant depuis long-temps contracté l'habitude des scarifications et des saignées , avait entièrement négligé celles-ci depuis quatre ans, et il n'avait que très-rarement recours aux scarifications. — La colique peut quelquefois être suivie de la paralysie. CJn homme de quarante ans ( Stahl ) , d'un tempérament sanguin et lymphatique,

PARALYSIE. jq'j

d'une petite Stature, était affecté , quoique rarement , d'une colique très-forte ; il en fut de nouveau attaqué à la suite d'une colère violente occasionnée par vine grande terreur ; il éprouva en même temj)s de la constipation et du tremblement dans les membres {^Jomentct^on chaude ^ car mi natif , thdriaque) ; nul soulagement (^six à sept heures après , nouvelle dose de ihériaque). Les douleurs internes cessent^ mais il succède l'insensibilité et l'immobilité de l'extérieur du corps , et surtout des membres.

§ IL Description générale de la Paralysie.

178. Prédispositions et^causes occasionnelles. Les plus ordinaires sont un état de pléthore, le refroidissement subit, l'interruption d'une saignée habituelle, la suppression du flux menstruel et hémorrhoïdal , celle de la sueur, d'un exutoire quelconque, d'un ancien ulcère, les narcotiques , l'habitude de l'ivresse , des coups sur la tête , une terreur, surtout durant la menstruation, des chagrins profonds, un emportement de colèi'e , de la tristesse, des travaux dans les mines de plomb et de mercure, l'usage exclusif de ces deux métaux , l'apoplexie , la paralysie, l'hystérie, etc. —"La paralysie : peut être dépendante d'une lésion cérébrale, rachidienne, nerveuse ou musculaire.

179. Sjmptômes. Ils consistent dans la diminution ou l'abolition du mouvement volontaire. Les parties affectées peuvent être dans un état de relâchement , de tremblement ou de contraction ; il j teut y avoir perte de la sensibilité , ou bien celle-ci peut exister au même degré que dans l'état ordinaire ; elle est même

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