III. i
Boul
unie.
219. Prédispositions et causes occasiojin elles. La boulimie attaque souvent à la suite d'un exercice forcé ; elle peut être occasionnée par la présence de vers dans les intestins ; on l'observe fréquemment dans le cours de fièvres intermittentes , durant la convalescence de maladies aiguës, etc.
220. Sjmpiômes, La boulimie est une faim trop grande relativement aux forces digestives de Testomac, ou une envie de manger plus d'alimens qu'on ne peut en digérer. La satiété peut être ou non proportionnée au degré de faim qu'on éprouve : c'est ainsi qu'on est quelquefois plus tôt rassasié que l'appétit ne le fait soupçonner , tandis que d'autres fois on ne saurait l'être.
Pîca,
221. Prédispositions et causes occasionnelles. On observe assez fréquemment le pica cbez les enfans ^ cliez les filles cblorotiques qui ne sont point mens-t ruées : il peut aussi survenir durant la grossesse et cbez les scorbutiques.
222. Les symptômes consistent dans une aversion pour les mets ordinaires, avec envie de ceux qu'on baissait pendant la santé , ou qu on ne désire au moins alors en aucune manière.
Colique nerveuse.
225. J^es prédispositions elles causes occasionnelles les plus ordinaires sont le refroidissement subit, suitout des pieds , la suppression de diverses évacuations
NEVPtOSES DE LA DIGESTIOIV. 227
OU de différentes affections cutanées , la présence de corps étrangers dans les intestins , des flatuosités.
224. Symptômes. Ce sont un sentiment de tortillement^ particulièrement autour de l'ombilic ou dans Je trajet du colon , et une douleur que la pression n'augmente point et soulage même quelquefois.
Colique de plomb,
2 25. Prédispositions et causes occasionnelles. La colique de plomb attaque surtout les individus qui manient les différens oxydes de plomb , tels que les peintres en batimens , les plombiers ^ les faïenciers , les fondeurs , les potiers d'étain , les lapidaires , les vitriers , les cartiers , les mineurs , les passetalonniers^ les cordonniers pour femmes. Elle est aussi souvent occasionnée par l'usage des vins sopbistiqués à l'aide du plomb , par celui de l'eau et des mets qui ont séjourné dans des vaisseaux de ce métal et au contact de l'air , et enfin par l'iiabitation des appartemens nouvellement peints.
226. Symptômes. Il n'y a d'abord qu'une douleur abdominale sourde, peu durable; les déjections alvines sont difficiles , douloureuses ; il survient ensuite une constipation opiniâtre , des trancbées , surtout vers l'ombilic; l'abdomen se retire vers la colonne vertébrale ; il n'est point douloureux au toucher ; il y a de fréquentes nausées , des vomissemens ; l'excrétion de l'urine est difficile ou impossible. A ces symptômes se joignent quelquefois des douleurs vagues, un état de paralysie, des tremblemens, des convulsions, surtout dans les membres supérieurs ; le pouls est dur et lent, la re^spiratlon n'est point gênée. Ces symptômes
diminuent progressivement à l'aide d'un traitement méthodique ; ils disparaissent du septième au huitième jour, et sont quelquefois suivis d'un état d'amaigrissement et de fièvre lente. Fojez l'ouvrage déjà cité du docteur Mërat.
Iléus ner^^eiix.
22y. Les prédispositions et causes occasionnelles les plus fréquentes sont , la présrence de vers et de corps étrangers dans le conduit intestinal , l'étranglement d'un intestin , l'endurcissement des matières contenues dans le tube alimentaire , la compression de ce conduit , des sauts, des chutes sur l'abdomen durant la digestion , des affections morales vives , la suppression de différentes évacuations ou do maladies cutanées.
328. Symptômes. U iléus est caractérisé qiar des voniissemens réitérés des matières contenues dans l'estomac et dans les intestins, avec constipation opiniâtre, anxiété et douleur vive autour de l'ombilic ou dans le trajet du colon.
• § III. Traitement des Néi^roses de la digestion,
229. Sous quelque forme que se présentent ces névroses , il convient surtout de diriger le traitement sur leurs causes occasionnelles; on modifie ensuite l'emploi de ces moyens selon l'espèce plus particulière de chacune d'elles. Dans le spasme de V œsophage, on est souvent obligé d'appliquer les moyens sédatifs à Fextérieur , ou de les administrer en lavemens , surtout lorsque la déglutition est entièrement suspendue : un vésicatoire sur le devant du cou a souvent été utile.
J'ai exposé plus haut comment Hoffmann a guéri une affection de cette sorte en faisant prendre deux scrupules de camphre dissous dans l'huile d'amandes douces. J'ai obtenu une fois un résultat analogue.
25o. La cardialgie SLitaqne-i-elle les nourrices épuisées par l'allaitement , alors le remède est simple , puisqu'il consiste dans l'usage des restaurans. 11 est facile de voir de quelle manière il faut combattre les autres causes. L'oxyde de bismuth ( nitrate sursaturé de bismuth ) a été préconisé contre cette affection par plusieurs auteurs, et surtout par MM. Odier, Reil, etc. L'éther sulfurique est utile dans la cardialgie déterminée par la suppression de la goutte. Le traitement de la gcmirodynie ne diffère pas notablement de celui de l'affection précédente. La manière de combattre la pjrosis est, en général, assez peu connue. Dans un cas de cette maladie , rapporté dans les Ephémérides des Curieux de la Nature (^Dec. 1'^ , ann. 5) , et produit par un excès de vin du Rhin , le mucilage de pépins de coing fut sans effet , et une boiswn nitrée produisit en moins d'un quart d'heure une guérison solide. Les habitans du Nord calment cette affection par l'usage de viandes fraîches , de poisson , de lait doux. Il est des cas dans lesquels le vinaigre a été employé avec avantage : on conseille aussi l'emploi de la magnésie privée , par l'exposition à la chaleur , de tout l'acide carbonique qu'elle contient,
25 1. Le 'uomissement spasmodique doit être combattu par de légers sédatifs , tels que l'éther sulfuri- : que, l'extrait aqueux d'opium , l'eau de fleurs d'oranges , mais surtout par le gaz acide carbonique qu'oiï fait dégager dans l'estomac (^vojez^ pour le procédé.
23o NÉVROSES 'DES FONCTIONS NUTRITIVES.
la Matière médicale de Schwilgué ) ; le colombo a été aussi quelquefois d'une grande utilité. Les mouvemens convulsifs de l'estomac peuvent être si opiniâtres qu'il soit nécessaire d'appliquer un vésicatoire ou un moxa sur la région épigastrique. La houïimie cesse très-souvent d'elle-même : telle est celle qui survient à la suite et dans le cours de fièvres intermittentes : c'est donc uniquement en dirigeant convenablement le régime , en le proportionnant aux exercices que fait le malade , qu'on parvient à combattre la maladie. Le pica disparaît avec les causes qui l'ont occasionné : c'est donc uniquement sur celles-ci qu'il est important de diriger les moyens curatifs. Le traitement de la dyspepsie consiste dans une distribution bien coordonnée desaîimens et des boissons, un exercice convenable et l'emploi modéré des amers , des* aromatiques et des ferrugineux. La colique nerveuse cède le plus souvent à l'édier , à l'extrait aqueux d'opium , à l'eau de fleurs d'oranges , administrés à l'inlérieur ou appliqués sur l'abdomen. On connaît l'opposition singulière qui règne sur» le traitement de la colique de plorab entre la méthode de Debaën et de ' Tronchin, et celle qui est suivie depuis tant d'années dans l'hôpital de la Charité, puisque les premiers s'en tiennent aux adoucissans ou mucilagineux , et qu'ils sont bien loin de faire usage de toutes les batteries d'une polypharmacie active. D'un, autre coté, on a des témoignages nombreux en faveur d'une sorte d'empirisme consacré par une longue suite de succès, puisque , d'après le relevé des registres de cet hôpital durant douze années , il n'est mort que soixantequatre malades sur mille trois' cent cinquante-trois.
NEVROSES DE LA DIGESTIOIV. 2^1
Bordeu cherche à concilier les deux partis d'après des vues profondes sur l'économie animale : il distingue trois périodes dans cette maladie , et il propose l'usage des adoucissans dans la première période et une partie de la deuxième , et celui des drastiques vers la fin de la deuxième et durant toute la troisième ; mais il paraît qu'il s'est renfermé encore dans les bornes d'un doute philosophique , puisqu'il a ajouté : (< Il y a bien » des choses , et plus qu'on ne pense , à éclaircir sur )) cette maladie. »
252. Le traitement employé à l'hôpital de la Charité est celui qui réussit constamment : il suffira de le transcrire , en prévenant qu'il doit être modifié selon l'âge , le sexe , le degré d'intensité des symptômes, etc. Le jour d'entrée, on administre le laidement purgatif des peintres : il est composé de quatre gros de feuilles de séné qu'on fait infuser ou bouillir dans quantité suffisante d'eau ; on ajoute à ï'infusion ou à la décoction quatre gros de sulfate de soude , et quatre onces de vin émétique. Dans la journée , on administre une décoction de casse qu'on prépare avec une livre de casse en bâton, qu'on fait boaillir dans deux livres d'eau ; on dissout dans cette décoction une once de sulfate de magnésie , et trois grains de tartrate antimonié de potasse ; quelquefois on y ajoute une once de sirop de nerprun ou deux gros de confection Hamech. Lesoir , on administre un lavement dit anodin, composé avec six onces d'huile de noix et douze onces de vin rouge : on donne à l'intérieur un gros et demi de thériaque, dans laquelle on incorpore , suivant les circonstances^ un grain et demi d'opium. Le deuxième jour au malin , ou administre six grains de tartrate
anlimonié de potasse, dissous dans huit onces d'eau , à prendre en deux fois. Quand le malade a vomi , on lui fait prendre, pendant la journée, une boisson composée d'un gros de gaïac , d'un gros de squine , et d'autant de salsepareille , qu'on fait bouillir , pendant une heure , dans six livres d'eau commune , qu'on réduit à quatre ; on y ajoute ensuite une once de sassafras et une demi-once de réglisse : on fait bouillir légèrement, et on passe àl'étamine. Le soir, on administre le lavement anodin, et la ihériaque avec l'opium , comme le premier joar. Le troisième jour, on fait prendre l'eau de casse , mais sans tartrate de potasse antimonié , le lavement purgatif et la tisane sudorifîque ; le soir, le lavement anodin et la thériaque avec l'opium. Le quatrième jour, on administre un purgatif composé de deux gros de séné qu'on fart bouillir dans huit onces d'eau , et qu'on réduit à six par l'ébullition ; on y fait ensuite dissoudre une once de sulfate de soude , et on y met un gros de poudre de jalap et une once de sirop de nerprun. On aide l'action du purgatif par la tisane sudorifique; le soir, on administre le lavement anodin , la thériaque et l'opium. Le cinquième jour, le lavement purgatif , la tisane sudorifîque , ou l'eau de casse sans tartre stibié; le soir , le lavement anodin et la thériaque avec l'opium. Le sixième jour , le purgatif des peintres : le reste comme le jour précédent. La guérison a ordinairement lieu après l'administration du deuxième purgatif : on le réitère s'il est nécessaire. La boisson ordinaire , durant tout le traitement, est la tisane sudorifîque. Il faut insister sur son usage, même plusieurs jours après la guérison.
255. Le traitement de r/7ei^5 /2C/ve«x se rapproche beaucoup de celui de la colique nerveuse. — Le camphre , Fassa-foetida , l'éther sulfurique sont les sédatifs les plus en usage. On doit chercher à rétablir les déjections alvines à l'aide de lavemens d'abord émoiliens , puis légèrement purgatifs ; mais il ne faut y recourir qu'avec prudence , car il n'est pas rare de les voir rejeter par le vomissement.
§ P'". Considérations générales.
'i^ly. Ces névroses sont loin d'être aussi multipliées que celles de la digestion ; et d'ailleurs beaucoup d'entre elles sont le plus souvent symptomatiques : de ce genre est surtout la dyspnée , et même l'asthme. Dans la troisième édition de la Nosogrçiphie , j'avais rangé les affections dites crampe ners^euse de poitrine et angine de poitrine parmi les névroses de la respiration ; mais il paraît que c'est une seule et même affection qu'on désigne sous ces deux noms. Les observations de Parry paraissent , d'ailleurs , démontrer que l'angine de poitrine est le symptôme d'une lésion organique du cœur. Macbride (^Introduction méthodique à la pratique de la Médecine ) regardait l'angine de poitrine comme une maladie spasmodique , par plusieurs motifs , tels que le long intervalle de calme et le soulagement que le vin et tous les cordiaux alcoolisés procurent , l'influence que les passions dé l'âme ont sur elle , les années pendant lesquelles lamaladie persiste sans que la santé en soit autrement
dérangée, le bien que les malades éprouvent de Texercice du cheval ou du cahot d'une voiture , et enfin l'invasion de la douleur , qui , le plus souvent , paraît après un bon repas , ou la nuit , immédiatement après le sommeil , temps où l'incube , l'asthme convulsif et toutes les affections nerveuses ont coutume de se renouveler. Néanmoins, l'autopsie cadavérique ne paraît point venir à l'appui de cette opinion , puisque Parry dit avoir observé l'ossit'ication des artères coronaires dans les cadavres des individus morts de cette maladie.
2 55. Asthme convulsif (^i). Les traits distinctifs de l'asthme convulsif ont été habilement dessinés par Arétée , quoiqu'il ait été réservé aux modernes d'en compléter l'histoire, a Dans le commencement, iner- » lie , lenteur dans les travaux ordinaires , respira- » tion difficile à la moindre course , enrouement , » toux , éruption de flatuosités par le haut y etc. » Dans les progrès ^ rougeur des joues, les yeux » saillans , respiration stertoreuse durant la veille , » et bien plus encore durant le sommeil, son confus » de la voix , désir de respirer un air froid et de se w promener au dehors. Dans le déclin, toux moindre, » expectoration plus facile , voix plus claire et plus » sonore , sommeil plus prolongé. » Les exemples d'un asthme primitif et purement spasmodique sont rares parmi les auteurs ; au contraire , on trouve des exemples nombreux d'affections asthmatiques dont le caractère spécifique est vague et mal déterminé.
(ï) Synonymie, Asthma convulsivum ^Sxv\agt.$ , Cullen, Hoffmann^ Floyeji^ J[i>thma spastiaim , Ju^scket^.
Floyer lui-même , dans son Traité particulier sur l'asthme , tombe dans ce défaut , en sorte qu'il règne autant de confusion dans l'énumé ration des symptômes , que d'incertitude dans les principes du traitement , rendu encore plus incertain par des formules compliquées. Stabl donne l'observation suivante pour exemple d'un astbme convulsif. Un homme âgé de quarante ans , d'un tempérament sanguiti , n'avait point l'habitude de se faire saigner , mais usait plus souvent des scarifications, et faisait aussi habituellement beaucoup d'exercice , de manière à suer abondamment. Il mena une vie moins active pendant un hiver ; au printemps suivant , qui était plus chaud qu'à l'ordinaire , il commença de nouveau à faire de l'exercice : ayant très-chaud, il eut l'imprudence de se découvrir : aussitôt après , lassitude considérable , état de langueur. Il prend un verre d'eau-de-vie avant de se coucher et aprèsun souper modique : sommeil inquiet, réveil à trois heures du matin , par un sentiment d'anxiété f respiration à peine possible , torpeur insurmontable, lassitude extrême , sentiment de compression du thorax , face colorée et pâle alternativement , palpitations , vertiges, irouble dans les idées , constipation.
:25ô. L'asthme convulsif peut être occasionné par des alimens pris après un emportement de colère : Hoffmann en donne l'exemple suivant. \}t\. homme âgé de trente ans , pléthorique , se met si fortement en colère qu'il en éprouve un tremblement général : aussitôt après il prend de la nourriture, et boit surtout beaucoup. La nuit suivante , insomnie , anxiétés , constriction dans la poitrine , efforts pour vomir , état de langueur. Ces phénomènes durent pendant quel-
ques jours : alors perte de l'appëtit , pouls faible , fréquent^ sécheresse de la bouche , soif, couleur jaune de la face , fièvre lente , urine peu abondante et irèsconcentrée , brune-rougeâtre ; constipation , distension de l'abdomen , flatuosités ( vomitifs amers , ferrugineux, aromatiques , etc, y mais en vain). Cet état se continue pendant trois mois ; à cette époque se manifeste l'asthme convulsif : durant la nuit , respiration ^si difficile que le malade ne pouvait rester dans son lit , mais était obligé de se promener dans sa chambre et de faire ouvrir les fenêtres pour respirer. Hoffmann donne l'observation suivante comme un exemple d'asthme convulsif goutteux. Un homme âgé de cinquante-neuf ans s'était plaint , deux ans avant , d'un resserrement très-grand de la poitrine , avec douleur pongitive et lancinante qui occupait le thorax , les omoplates et la partie supérieure de la moelle épinière ; il éprouvait en outre un sentiment de compression du cœur, et une difficulté extrême de respirer , comnie si l'air ne passait que par une ouverture très-étroite , au point que le malade ne pouvait ni se tenir debout , ni s'asseoir, ni se coucher sur les côtés : cet état durait six heures ; il survenait ensuite du calme. Le printemps de l'année suivante , même état , si ce n'est que la douleur occupait les pieds , et était accompagnée de la tuméfaction du calcanéum. L'application imprudente du camphre supprima la douleur du pied , et aussitôt après retour de l'asthme. La douleur revint plusieurs fois , et fut plus intense qu'auparavant ; le malade éprouva une chaleur et des frissons alternatifs dans les pieds et les mains ; et il n'était aucune partie du corps qui nq
NÉVROSES DE LA RESPIRATION". sS^
participait à la souffrance générale : il y avait en même temps un sentiment continuel d'anxiété à Tépigastre et des flatuosités. Il est facile de voir que toutes ces observations sont incomplètes , et ne présentent que quelques-uns des traits de l'affection dont il s'agit ici.
237. L'asthme convulsif peut alterner avec des affections cutanées. Un homme de quarante ans , d'un tempérament robuste, ayant toujours mené une vie sobre , eut dans son enfance des excrétions lymphatiques très-abondantes , et des éruptions sur tout le corps jusqu'à l'âge de sept ans : elles disparurent peu à peu ; et jusqu'à vingt-sept ans , époque de son mariage , sa santé n'éprouva aucune altération. A vingthuit ans , il fut pris d'un asthme convulsif , qui revenait presque tous les jours par accès de deux ou trois heures , et seulement pendant l'été , c'est-à-dire , depuis le mois de mars jusque vers la fin d'octobre. Durant les paroxysmes, le malade éprouvait le sentiment d'une barre transversale dans la région du diaphragme , une oppression profonde et un resserrement vers la glotte : ces symptômes étaient suivis de sueurs sur la tête et le thorax. Dans le même temps il fut tourmenté de démangeaisons cruelles sur les bras, les jarrets, accompagnées de rongeur, de chaleur , et bientôt d'une desquamation fiirfuracée de l'épiderme. Ces démangeaisons alternaient avec les accès d'asthme; de sorte qne, dans les spasmes de la respiration , l'affection cutanée des bras disparaissait , et réciproquement : caractère des éruptions dartreu- $es. Tel fut, pendant plusieitl-s étés, l'état du malade. Mais depuis quatre ans , malgré l'application d'uu cautère , il a empiré ; les accès d'asthme sont derenus
238 NEVROSES DES FOIVCTiOiyS NUTRITIVES.
plus fréquens , les éruptions plus étendues , plus grosses , le prurit tellement intolérable et la respiration si difficile , que , pendant sept mois de l'année, il est impossible au malade de rester couché un instant dans son lit. Les accès d'asthme n'alternent plus avec les éruptions , dont l'intensité n'est pas mitigée par les invasions spasmodiques. Ces éruptions se manifestent d'abord par des rougeurs accompagnées de démangeaisons très-vives , puis par des phlyctènes qui fournissent un liquide jaunâtre , après la sortie duquel l'épiderme s'en va par écailles; la rougeur subsiste, l'exsudation séreuse continue, et la peau, toujours squameuse , présente sans cesse cet ordre successif de symptômes. Cet état dure tout l'été et une partie de l'automne ; enfin , au mois d'octobre , les rougeurs , le prurit , l'exsudation diminuent , les écailles s'amincissent , la peau revient insensiblement à son état naturel , et , vers la chute des feuilles , ce mal disparaît ; le malade reprend ses forces et son travail jusqu'au milieu de mars , où une nouvelle invasion l'oblige à cesser l'exercice de son métier.
Les trois années précédentes , ces éruptions miliaires n'avaient occupé que le pli du bras , le jarret , l'articulation de la jambe avec le pied ( toutes les articulations où se trouvent des glandes lymphatiques ) ; mais cette année , les jambes , les cuisses , les fesses n'en sont point exemptes : l'articulation du pied avec la jambe est actuellement la plus affectée ; elle est tuméfiée , dure; le mouvement du pied sur la jambe est presque nul ; la peau est tendue , âpre , couverte de croûtes minces qui , après leur
chute , laissent suinter de ]a sérosité ( et , ce qui est à remarquer , c'est qu'il n'y a que clans les articles que la sérosité s'éciiappe ) ; la clénian^eaison et la chaleur y sont mordicantes. Les autres symptômes sont l'en^^orgement des glandes inguinales , la lividité foncée de la peau du ventre , des lomhes et des extrémités , qui est parsemée de taches scorbutiques ; un sentiment incommode de formication partout le corps, des démangeaisons poignantes , l'orthopnée, la toux, la fréquence et la petitesse du pouls et le retour journalier des étouffemeiis; cependant sa figure n'est pas trop altérée , l'appétit est bon , il digère bien ; mais il mange peu , parce que les étouifemens sont plus grands après les repas.
258. Liti Coqueluche (ly Cette toux con«iste dans une secousse subite des poumons et du diaphragme, avec expulsion sonore de l'air par la bouche ; son caractère spasmodlque est manifeste en ce qu'une seule inspiration est suivie de cinq ou six expirations successives , avec une sorte de sifflement et des anxiétés : c'est souvent une maladie épidémique pour les en fans. L'irritation des poumons ne paraît ici que secondaire ou sympathique , et le principe primitif en paraît être dans l'estomac : de là Futilité desévacuans, puis celui des anii-spasmodiques et des toniques pour faire cesser l'axtréme sensibilité des organes de la digestion. On peut lire des exemples particuliers et l'histoire générale de cette maladie , dans les écrits de Sydenham , Baglivi , Hoffmann ,
(i) Synonymie. Pertussis , Syde^ux^i , Huxham; Tusses Gûm'ulsii^a j Hoffmann f Tussis Jerina ; Catarrhe laryngé.
2/^0 néyroses des fonctions nutritives. WerlhofF , Rosen ^ Undervood , etc. Quelque^ cas pris d'un recueil très-justement estimé ( ^cta So^ ciet. Med, Hajniensis) ieront voir la marche de cette maladie lorsqu'elle est très - violente , et en même temps les principes du traitement. Pendant que cette maladie était épidémique à Copenhague , une jeunes malade , à la suite de la violence de la toux et d'une douleur survenue dans l'iiypocliondre gauche , avait éprouvé pendant deux jours une paralysie de la langue y du bras et de l'œil gauches. On avait donné , sans obtenir aucun avantage sensible , plusieurs remèdes , comme l'opium à Fintérieu r et à l'extérieur , l'extrait de quinquina et de valériane : l'usage des vésicatoires et des saignées n'avait point été omis ; mais tout avait été inutile. C'est à cette époque qu'on fit prendre , en deux doses , cinq grains de musc mêlé avec du sucre , ce qui produisit^n soulagement trèsmarqué ; et , après deux autres doses semblables , l'usage du mouvement et de la parole fut rétabli. On obtint , en général , des effets très-heureux de l'ipécacuanha, qu'on donnait depuis un grain jusqu'à cinq , avec du sucré ou un autre véhicule convenable ; on répétait ce médicament tous les jours , ou de deux jours l'un. Les paroxysmes de la toux diminuaient de fréquence et de violence après cinq ou six doses , et la maladie décroissait peu à peu : ce remède doit être donné après le paroxysme pour n'être point vomi. Une jeune personne de quatorze ans avait éprouvé , pendant les mois de février et de mars , une toux convulsive avec des synqnômes très-graves , des défiûllances , la perte de la parole , une douleur intense dans l'hypochondre gauclie , une stupeur du
IVÉVROSES DE LA RESPIRATION. 2/^i
Lras et de la jambe du méiue. eôlo ; on employa vainement les saignées , les boissons émeûsées , lés vésicatoires aux épaules , aux bras , aux jambes , le
quinquina , le casloréum , le musc à petite dose
On eut alors recoui's à un mélange de quinze grains de musc et d'autant de suivre , dont la dose fut répétée quatre fois en vingt-quatre beures , et la guérison fut complète.
^59. Asphjjcie (i). Celte affection est un des exemples les plus frappans des lumières que la cbimie et la pbysiologie peuvent répandre sur l'iiistoire des maladies. Les anciens pouvaient-ils se former la moindre idée des causes et du vrai caractère des maladies produites par la vapeur du cbarbon , la submersion , les exhalaisons des fosses d'aisances , etc. ? et n'est-ce point aux progrès de la chimie modei ; e que la médecine doit, sur ces divers points, les connaissances les plus précises? Les vrais principes de leur traitement ne sont-ils point fondés sur les propriétés fondamentales de l'irritabilité Hallérienne et de la sensibilité? — L'asphyxie peut être occasionnée par des causes variées que je vais examiner successivement.
240. i^. Asphyxie par strangidation. On ne saurait trop répéter qu'il faut avoir une admiration éclairée , et non une déférence aveugle , pour le nom et les ouvrages d'Hippocrate. La strangulation avec écume à la bouche n'est pas toujours mortelle , quoique le père de la médecine le déclare dans son Aphorisme 42 , section IL Un grand nombre de faits observés à Vienne
(i) Synonymie, jésphfjcia y Sxv\ âges ^ LiNN-a:us^ Vom. 16
en Autriche et à Paris démentent cet Aphorisme
Des frictions graduées, des Hqueurs alcoolisées introduites dans la bouche , l'irritation des narines , du gosier, les bains chauds , peuvent quelquefois guérir cette espèce d'asphyxie ( Voyez Péchlin , de Aère et aliinentlDeJectu, etc.; Bacon, HLStoria^ntœetmortis', Bartholin, Epître XCVI , cent. II , etc. ). Mais d'autres fois le succès de ces moyens e^t impossible , puisque l'ouverture des corps a fait voir des épanchemens sanguins ou séreux dans l'intérieur du crâne , comme dans l'apoplexie ( ComMentarii de rébus in scleJîtiâ naturali y etc. Lipsiœ , y oïvxme IV). Les symptômes de l'asphyxie par strangulation sont variés suivant le degré de lésion produite , et suivant la constitution de l'individu. Quelquefois certains muscles du eou , ou certains cartilages du larynx sont rompus ; d'autres fois l'une des deux premières vertèbres cervicales est luxée ou fracturée {Morgagni , Ep. anat. pied, XIX). C'est dans ce même article qu'on trouve , sur les causes de la mort par strangulation, des observation exactes et précises , une critique judicieuse, et des expériences faites sur des animaux vivaris. ' 241. 2°. \J asphyxie par submersions été l'objet de diverses discussions , dans les Ephémérides des Curieux de la Nature ^ dès l'année 1677 ; mais il existe des recherches plus précises sur ses effets et sort traitement dans des écrits où règne un' goût plus sévère ( jeta Taurinensiù , vol. IV Hist. de F Académie des Sciences pour Tannée 17^7 ). Morgagni a fait encore admirer sa sagacité dans cette discussion ( Ep. IX ). Depuis cette époque , il a paru plusieurs écrits populaiies sur le moyen de rendre les noyés à la vie ,
WÉVROSES DE LA RESPlPwlT10^^ ll^
par Louis, Tissot , Cullen ;, Gardane , Portai. 11 serait superflu d'insister sur cet objet, si on' n'y était ramené par les progrès fie la chimie moderne et la Dissertation de Goodwyn {Connexion de la vie avec la respiration , elc. , ouvrage traduit de l'anglais par le professeur Ilallé , en 1798 ). Le traducteur donne aussi l'extrait d'une Dissertation du. docteur Menzies sur la respiration , publiée à Edimbourg en iy86 , avec dès notes criticpies de quelques expériences de Gootlwyn. Cet auteur pense que le sang noir n'est point un stimulant suffisant pour le ventricule à sangrouge , et que la contraction du cœur cesse d'avoir lieu si les phénomènes chimiques de la respiration s'interrompent , en sorte que , dans sa manière de considérer rasphyxie, la mort n'arrive alors que parce que cette cavité ne peut plus rien transmettre aux di-* vers organes. Mais il résulte des exipériences de Bichat que , pendant l'interruption des phénomènes chinii-^ ques du poumon, le sang noir continue à solliciter les contractions du cœur,, comme le prouvent d'une manière irréfragable ses battemens et les pidsations des artères, qui se soutiennent encore quelque temps; que ce sang noir, poussé par-tout^ frappe chaque organe; que ce n'est pas faute de Recevoir du sang, mais fau.t^Ld'^n recevoir du rouge, que cliacun de ces organes' cesse* d^agir; qu'iL y â ■affection générale de toutes les- parties»; au'en i:^n mot toutes se trouvent ^pénétrées >de la cause matérielle de 'leur mort, savoir, du sang noir. Quoiqu'il paraisse, d'après cela, que lé sang noir influe toujours spécialement par son contact sur l'affaiblissement et l'interruption de l'action des organes , il ne faut pas croire que ceUe cause soit
constaninient la seule : qu'on compare en effet ce qui arrive dans l'asphyxie par la submersion , la strangulation , le gaz acide carbonique, le vide, un corps étranger dans la trachée-artère , etc. , avec ce qu'on observe dans celle que produisent le gaz hydrogène sulfuré, les exhalaisons qui s'élèvent d'une fosse d'aisance , d'un cav€î,au , d'un égout , d'un cloaque oii des matières putrides se sont amassées , on verra qu'il y a dans ces derniers cas plus que l'interruption des phénomènes chimiques , et par conséquent un état délétère, outre la non-coloration en rouge du sang noir. 2/^2. M. Berger (Essnl physiologique sur la cause de V Asphyxie par submersion ^ Paris, i8o5) a fait , dans ces derniers temps, de nouvelles expériences sur la submersion , desquelles il résulte que , dans les animaux qu'on a asphyxiés de cette manière , les cavités pulmonaires du cœur et les gros vaisseaux qui s'y rendent , sont distendus par une grande quantité de sang noir : les cavités aor tiques en renferment toujours moins que les précédentes , quelquefois très-peu. Les cavités pulmonaires du t:œur se contractent presque toujours d'une manière spontanée ; le ventricule aortique moins souvent , et l'oreillette du même nom encore plus rarement. Le poumon est plus ou moins coloré en noir, lorsque la submersion a eu lieu dans de l'eau teinte en noir ; les lobes postérieurs le sont moins que les antérieurs ; et ceuxci pas autant que les lobes moyens ; la teinte de la surface supérieure est un peu plus foncée que celle de la surface inférieure : quelquefois les poumons ne paraissent pas colorés extérieurement ; mais si on les fend avec un scalpel , on y voit à l'intérieur une
multitude de points noirâtres , effet qu'on doit peutêtre attribuer soit à ce que le liquide se répand dans les poumons de l'intérieur à l'extérieur , soit à ce que les cellules pulmonaires externes sont plus serrées que les cellules internes. Il entre plus ou moins d'eau dans les poumons des noyés , mais elle ne s'y trouve pas en grande quantité ; elle y est toujours combinée avec l'air dans l'état d'une matière écumeuse. L'expiration n'a lieu sous l'eau que quinze minutes et demie après que l'animal est enfoncé dans ce liquide ; l'air expiré n'est pas toujours le même : néanmoins le plus souvent il ne contient que o,o4 ou o,o5 de gaz oxygène^ au lieu de 0,20 ou 0,21 qu'en contient l'air atmosphérique . Cet air a la plus grande analogie avec celui qui se trouve dans les cloches sous lesquelles on a fait séjourner des animaux jusqu'à les jeter dans un état d'asphyxie. Les intestins conservent presque toujours leur mouvement péristaltique , et ce mouvement est beaucoup mieux prononcé dans les intestins grêles que dans les gros. La cause de l'asphyxie par submersion consiste aussi , d'après l'auteur de la Dissertation que j'ai citée plus haut , dans Idisuspensiondela respiration produite évidemmentpar le milieu (l'eau) dans lequel la respiration ne peut plus s'entretenir.
245. 5*". ^sphjjcie par le gaz acide carbonique. Les lieux où ce gaz peut se dégager sont les puits , les mines , certaines grottes , les tombeaux anciens , les caves où sont des substances en fermentation , les chambres où l'on brûle du charbon ou de la braise, etc Inspiré par les poumons , il fait aussitôt cesser le mouvement volontaire , les fonctions
des sens /la respiration, la circulation. Dans cet état, la chaleur animale se conserve quelque temps , les membres restent flexibles , l'ouverture de la glotte libre, le tissu des muscles relâché , les yeux saillans, le visage gonflé et rouge , etc. Dans la progression des symptômes de l'asphyxie par les vapeurs du charbon , d'abord violent mal de tète , et comme si le cerveau était fortement comprimé ; vertiges plus ou moins incommodes , suivant Je degré d'action , la qualité ou l'abondance du gaz acide carbonique; difficulté de respirer, anxiétés, palpit^ïtions violentes du cœur avant que son mouvement soit supprimé , tremblement des membres , vue trouble ou perte totale de la vue, tinlemens croreille , bourdonne- -mens, surdité; enfin défltillances, convulsions ; quelqitefois paralysie , apoplexie ou afiéctions comateuses plus ou moins profondes , et la mort. On peut lire plusieurs exemples parùculiers de cette asphyxie <lans les écrits de Marcellus Donaîus , Schenkius , Hildanus , Lancisi , et quelques auteurs modernes. Parmi les hommes célèbres qui ont été victimes de celte asphyxie ,;on compte Jiwénal , Valère Maxime, Florus , PliAtarque. On peiit ramener quelques asphyxiés à la vie par F usage constant et assidu de divers stimulans , tels que des frictions sur la peau , des lavemens irritans , des liqueurs alcoolisées versées peu à peu dans la bouche, l'introduction foicée de l'air dans la bouche ou les narines , des vapeurs ammoniacales : l'irritabilité n'existe-t-elle pas encore quelque temps avec cette mort apparente, et ne sufiit-il pas de la réveiller pour mettre en jeu toutes les fonctions de la vie ?
NEVROSES DE LA RESPIRATIOIST. ll/^J
244. 4^' asphyxie par le niéphitisme des fosses daisance. Les idées inexactes que s'était formées Janiii , il y a quelques années , sur le niéphitisme des fosses d'aisance , et l'insuffisance de sa méiliode , eurent du moins l'avantage de fixer l'attention publique sur le même objet , et d'engager les médecins chimistes à l'examiner de nouveau. On ne pouvait y parvenir avec succès qu'en entrant dans le détail des expériences qu'on avait faites , en cherchant à s'instruire des faits connus . des seuls ouvriers , et en les ramenant à des principes raisonnes , toujours avec cette sage réserve qui ne se dissimule point les difficultés , et qui indique encore de loin le but qu'on doit atteindre : telle fut la tâche que remplit M. Halle en 1785(1). L'auteur rend d'abord compte des malheureux évènemens arrivés lors de la dernière expérience de Janin. De cinq hommes descendus dans^ la fosse y le premier fut affecté très-légèrement ; le second tomba subitement , et mourut plongé dans la vase ; le troisième fut complètement .-isphyxié ; le quatrième perdit subitement connaissance , mais ne tomba point en asphyxie ; les autres personnes présentes à l'expérience furent plus ou moins affectées.
2/^5. L'auteur , dans la seconde partie de son ouvrage , a soin de fixer le sens précis du mot niéphi'^ tisine : il remarque que ses effets portent toujours le caractère ou du spasme ou de la stupeur , et qu'ils ne se bornent point à la simple suppression de la respiration. Pour éviter d'ailleurs toute idée confuse ,
(i) Recherches sur la nature et les effets des fosses d'ai^ sance , ctcVn-ùs^ 1785.
il rappelle les divers gaz connus que les cliimisles ont trouvés dans les matières fécales , et il passe aux espèces particulières de mépliitisme qui sont l'objet de ses recherches : l'une est celle qu'on connaît dans les fosses d'aisance sous le nom de nloinb , et l'autre sous celui de mit te, — Le plomb a des caractères qui lui sont particuliers : c'est une vapeiu^ qui n'existe pas avant le travail , du moins elle ne se manifeste que lorsqu'une partie de la vidange est opérée ; elle se dissipe d'elle-même quand on laisse les matières tranquilles ; elle ne s'enflamme point , et n'éteint point ordinairement la lumière : outre cela , le plomb est comme contagieux , et se piopage d'un individu à l'autre ; on peut même douter si c'est un gaz particulier , puisqu'on ne peut le soumettre à aucune épreuve chimique , iet qu'on ne le connaît que ])ar ses effets sur l'économie animale. Ces effets offrent plusieurs variétés : dans quelques individus ^ c'est une affection comateuse , dans d'autres , c'est un délire gai ; quelquefois il ne survient que des mouvemens convulsifs ; certaines personnes éprouvent une suffocation subite et une douleur dans l'estomac et les articulations ; enfin , il y a des cas où l'on observe des alternatives d'élévation et d'affaissement' de restomac et du ventre. — La mitte est une autre espèce de vapeur dont l'effet acre et piquant ^e porte sur les yeux , ^es enflamme , et prive quelquefois de la vue ceux qui en sont attaqués. Le fourneau qu'on place au fond de la fosse , et qui est très-utile contre le plomb , devient au contraire nuisible quand c'est la mitte qui y règne. Les effets augmentent aussi par la projection de la chaux. La mitte se distingue en humide ou cou-
larde , et en grasse ou sèche y suivant que le gonflement ou la rougeur des yeux est accompagné ou non d'écoulement. M. Halle insiste sur l'attention qu'on doit avoir de jeter , avant le travail , une botte de paille enflammée dans la fosse , et de se procurer les avantages réunis du cabinet du ventilateur, de la chaux en poudre ou du lait de chaux , des fourneaux établis tant dans la fosse que sur les lunettes de conduite , pour tenir du vinaigre en évaporation. Il finit par indiquer avec candeur tout ce qui reste à faire , et il propose divers problèmes dont on est peut-être encore loin d'obtenir la solution.
^46. Depuis cette époque , de nouvelles recherches ont été entreprises par MM. Dupuytren et Thenard : il en résulte que l'asphyxie des fosses d'aisance est quelquefois due à un gaz azote presque pur , et d'autres fois à l'hydro-sulfure d'ammoniaque Ou à l'hydrogène sulfuré. L'asphyxie déterminée par le premier n'est pas accompagnée des convulsions qu'on observe dans celle que provoque l'hydro - sulfure d'ammoniaque.
247. 5^. Asphyxie des nouveau-nés. L'asphyxie des nouveau-nés est souvent le résultat d'un accouchement laborieux ou d'une surabondance de mucosités dans l'arrière-bouche ou les bronches ; tout annonce une sorte d'inertie dans les premiers mobiles de la vie : membres sans mouvemens , suspension de la respiration, faiblesse ou nullité des battemens du cœur et des artères.
248. Un des auteurs à qui l'on doit les notions les plus exactes sur l'asphyxie des nouveau-nés , est le docteur Froriep ( àe Methodo neonaiis asphjctitis
25o NEVROSES DES FONCTIONS NUTRITIVES.
succurrendl, D iss ertalio. Jenx ^ 1801). Il rapproclie avec sagacité toutes les circonstances propres à concourir à cette sorte d'asphyxie , et il en conclut avec raison que les nouveau-nés avec asphyxie sont dans un état manifeste d'asthénie ou de débilité , mais qu'il règne en eux une grande excitabilité , en sorte que le plus léger irritant peut produire les effets les plus marqués. Le nouveau-né passe de la liqueur de l'amnios , qui est à la température de trente ou trente-un degrés au thermomètre de Réaumur , à une chaleur bien inférieure de l'atmosphère , ce qui doit produire en lui une sensation désagréable et contraire aux fonctions de la vie ; d'ailleurs , la circulation du sang qui s'opère entre la mère et le fœtus , au moyen du cordon ombilical , venant à cesser , et les organes de la respiration n'étant point encore assez actifs, le principe de la vie manque du degré d'excitatioîi nécessaire.
5 lî. Description générale des Névroses de la Bespiratlon.
Asthme convulsif.
249. Prédispositions et causes occasionnelles. Tels sont le dérangement du flux menstruel ou hémorrhoïàdl y la suppression d'une saignée habituelle , riiypoohondrie , la suppression d'une affection cutanée , de ia goutte , des al i mens pris après un emportement de colère , l'impression d'un air froid.
2[jo. Sjmptômes. Ses accès ont lieu le plus souvent aux approches de la nuit; son invasion subite est marquée par un resserrement spasmodique de la poi-
NÉVROSES DE LA RESPlRATIOîV. 25 1
trine ; le malade est forcé de se tenir debout , et de respirer un air froid ; l'inspiration et l'expiration ont lieu avec sifflement ; il y a même embari'as dans Tarticulîrtion des sons ; le pouls est souvent naturel ou légèrement fébrile , l'urine abondante et peu colorée , le visage quelquefois pâle et les traits altérés ; d'autres fois la face est gonflée et rouge. Cours de V accès. Ces symptômes continuent pendant la nuit et une partie de la matinée : alors respiration moins laborieuse et plus développée, expectoration plus aisée , urine d'une couleur plus foncée , et quelquefois avec sédiment, sommeil tranquille ; au réveil , et durant le reste de la journée , la respiration est moins gênée , mais on éprouve toujours un sentiment de constriction du thorax , l'anhélation a lieu dans une position horizontale ou au moindre mouvement ; après le dîner , on éprouve une tension flatueuse de l'estomac , de l'assoupissement. Le renouvellement de l'accès a lieu otdinairement entre minuit et deux heures du matin , pendant plusieurs nuits ; mais les rémissions sont peu à peu plus marquées , surtout lorsque l'expectoration, vers le déclin de l'accès , est plus copieuse.
Coqueluche,
25i . PrédispositloJis et causes occasionnelles. Elle attaque plus particulièrement l'enfance , les constitutions détériorées , les hypochondriaques ; elle est souvent provoquée par le passage rapide du vent du nord au vent du midi , par la répercussion de quelque affection cutanée, par des sucs dépravés dans les \oies alimentaires ; clic règne ordinairement d'une manière
épidémique , et n'affecte qu'une seule fois la même personne.
252, Symptômes. On éprouve d'abord tous les phénomènes d'un catarrhe pulmonaire ; ce n'est qu'au bout de quinze jours à trois semaines que les symptômes caractéristiques commencent à se développer : ils consistent dans des efforts extrêmes de la toux et dans une suite non interrompue de plusieurs expiralions pour une seule inspiration , avec ou sans excrétion de mucosités ou d'un liquide séreux par l'effet de l'expectoration ou du vomissement : la maladie revient par accès qu'on appelle quintes; durant chacune d'elles il y a gonflement des veines de la tête , pulsation plus forte des artères de cette partie , visage coloré , quelquefois hoquet , éternjaement , et , par la violence de la toux , déjection involontaire de l'urine et des matières fécales. Le retour des quintes est assez souvent irrégulier, et provoqué par une chaleur extérieure très-forte , la surcharge de l'estomac, une odeur forte , la respiration de la poussifère , des affections morales , etc. Lorsque la quinte est terminée , la respiration est quelquefois précipitée , et l'on éprouve , pendant quelque temps après , un sentiment de fatigue générale ; néanmoins les enfans sont le plus souvent tellement rétablis immédiatement après la cessation de la quinte, qu'ils retournent aussitôt à leurs jeux ou à leurs occupations antérieures. La durée de la coqueluche est, en général, longue; elle est le plus souvent d'un à trois mois ; quelquefois elle se prolonge davantage.
asphyxia,
255. Prédispositions et causes ocaisionnelles. Elles sont très-variées : i°. la débilité du nouveau-né et Tamas de mucosité dans î'arrière-bouche et les bronches ; 2*. la submersion ou l'immersion dans un liquide qui empêche l'accès de l'air atmosphérique dans les poumons ; 5^*. la strangulation ou un lien fortement serré autour du cou, en un mot, une compression excessive sur cette partie ; 4^* ^^ respiration de gaz non respirables y tels que le gaz azote , le gaz hydrogène ; 5^. celle de gaz ou d'émanations en. même temps délétères et non respirables , tels que le gaz hydrogène carboné , le gaz hydrogène sulfuré , l'hydro-sulfure d'ammoniaque , l'acide carbonique , les émanations connues sous le nom de plomb , et qui s'élèvent des fosses d'aisance lorsqu'une partie de la vidange est opérée , les gaz et émanations qui s'élèvent des cimetières , des prisons , des mines , des marais , etc. ^ etc.
254. Sjmptômes, La respiration est diminuée ou altérée; un sang noir circule, pendant quelques momens^ dans les cavités aortiques du cœur et dans le système artériel. Bientôt après il y a suspension de l'action cérébrale , de la respiration , delà circulation et de Faction des différens organes. Les phénomènes peuvent être précédés , accompagnés et suivis de lésions variées des sens , de vertiges , de céphalalgie , de délire , de convulsions , etc.; la face est livide, gonflée, l'ex-* térieur du corps froid ; les membres sont flasques , excepté dans le cas de submersion. — Les phénomènes convulsifs y etc. ; appartiennent à l'asphyxie
qui a été provoquée par des gaz et des émanations délétères.
§ III. Traitement des Néi^roses de la respiration.
255. Asthme compulsif, 11 serait superflu de rappeler ici ce qu'on trouve dans tous les auteurs sur l'usage des anii-spasniodiques dans les. cas iï asthme convulsif ; mais je dois rappelei- les effets heureux qu'on a obtenus en Angleterre de l'inhalation des airs factices, tant dans l'asthme convulsif que dans l'asthme pituiteux ou muqueux ; on a non - seulement fait inhaler un mélange d'air oxygène et d'air atmosphérique , mais encore on a essayé de faire respirer un pied cubique d'air oxygène récent et sans mélange : il s'en est suivi une sensation semblable à celle que produit la boisson d'eau de menthe poivrée , une iigréable chaleur dans la poitrine , et un sommeil tran-» quille et nullement troublé par la toux. Après quatre piois de l'usage de ce remède la malade qui éprouvait l'asthme pituiteux avait été guérie de sa dyspepsie ; elle remplissait des fonctions dont elle avait éui incapable depuis dix ans ; elle avait acquis aussi de l'embonpoint , et la lividité de ses doigts avait disparu. Xi'édier sulfurique est souvent employé avec avantéige ; mais ses effets ne sont que momentanés. L'opiuni est Regardé comme un des sédatifs les plus utiles., L'ap-^ .plication^d'un vésicatoire entre les épaules esti-rarev ment d'un grand avantage : on peut en dire autant des cautères. Les boissons les plus convenables sonx l'eau et les liqueurs aqueuses rafraîchissantes. Les lir queuvs suscepiibles de fermenter spnt, en général., nui- ^^ibles-; les alcooliques sont aussi le plus souvent per~
nicieux, surtout s'ils sont pris en excès. Les asthmatiques ne peuvent supporter beaucoup de nourriture , ni des alimens qui se digèrent lentement , ou qui donnent lieu à des flatuosités. Le régime doit, en général, être léger, modéré et rafraîchissant, surtout si cette maladie attaque des jeunes-gens , des personnes plétlioriques. Le régime doit être plus nourrissant si l'asthme existe déjà depuis quelques années. Une particularité qu'on a souvent occasion d'observer, c'est que certains asthmatiques se trouvent soulagés d'habiter au milieu des grandes villes ; tandis qu'il en est d'autres qui ne peuvent respirer que l'air de la campagne. Un exercice doux est d'une grande utiliîé pour les asthmatiques : il convient surtout de recommander sous ce rapport l'équitation , la navigation, et la promenade dans une voiture bien suspendue et sur un terrain uni.
256. Coqueluche. J'ai déjà exposé plus haut plusieurs des moyens qu'on a employés avec plus ou moins d'avantage dans le traitement de la coqueluche. La saignée n'est, en général, nécessaire que dans les cas de pléthore et d'imminence de péripneumonie. On doit , à l'aide de doux laxatifs y chercher à combattre la constipation qui accompagne assez fréquemment cette maladie. L'application d'un vésicatoire sur le côté a été quelquefois utile. Mais c'est dans l'emploi méthodique dés vomitifs qu'on trouve les moyens ïei plus efficaces ; on les administï^e à doses vomitives éV nauséabondes : de cette dernière manière ils favorisent l'expectoration et la sueur. C'est sous ce point de vue que le tartrate de potasse antimonié , l'ipécacuanha , l'oxyde d'antimoine hydro-sulfuré orangé (soufre doré
crantimoine) ont été préconisés. Fothergili mêlait deux grains de tartre stibié avec un demi-gros de poudre , d'écre.visse ; il faisait prendre à un enfant d'un an uu grain de ce mélange (un seizième de grain d'éniétique ) dans une petite cuillerée de lait ou d'eau , et de manière à provoquer le vomissement. On a , dans ces derniers temps , recommandé le inuscus pjxidatus , et Wiilis assure s'en être souvent servi avec succès. Le musc a réussi entre les mains de plusieurs médecins , et surtout entre celles des médecins de Copenliague : Cullen avoue n'avoir pas été aussi heureux. Milla recommande presque exclusivement l'assafœtida, Butter la ciguë, d'autres les cantharides jusqu'à irriter la vessie urinaire , d'autres le quinquina. Mais tous ces moyens n'ont pas toujours été également utiles : cela vient évid(niiment et de ce qu'on attribue souvent aux médicamens les cliangemens qui ne sont dus qu'à la nature, et de ce qu'on ne distingue point assez les périodes et les complications de la maladie.
257. Asphyxie, Le traitement de l'asphyxie est exposé dans tant d'ouvrages, qu'il est presque inutile que je m'en occupe ; et je ne puis d'ailleurs que renvoyer aux observations de M. Portai. On voit qu'en général il s'agit de réveiller l'action des organes respiratoires par des odeurs plus ou moins fortes , l'aspersion d'eau froide sur la face et sur la poitrine, l'introduction d'un corps sapide dans la bouche, des îavemens irritans , des frictions sèches et aromatiques , des scintillations électriques et galvaniques , surtout dans la direction des muscles qui serventàla respiration, etc. On doit chercher en même temps à éloigner tout c« qui s'oppose à l'entrée de Vékv dans les poumons , ou à
NEVROSES DE LA RESPIRATIOlV. 25j
changer l'asphyxié de place , s'il se trouve dans un miUeu irrespirable et délétère : de là le grand avantage de l'exposition au grand air, de l'insulflation d'air atmosphérique ou de gaz oxygène dans le poumon. Mais ces moyens doivent être modifîésselon les causes plus particulières de l'asphyxie.
253. Dans Yasphjxie par submersion^ il faut , le plus promptement qu'il sera possible , transporter le noyé sur le rivage ou dans un endroit proche et commode , à l'aide d'un brancard, d'une ci\ière , de quelque voiture , etc. : il faut prendre garde qu'il ne soit secoué pendant le transport. On doit aussitôt après le déshabiller , mais sans opérer de secousse ; on l'enveloppe ensuite largement d'une grande couverture de laine , et on le couche sur un ou deux matelas à terre, ou sur un lit peu élevé , près d'un grand feu , en observant de le maintenir penché sur le côté , et la tête élevée avec un ou deux oreillers un peu durs. Sous cette large couverture on fera des frictions sur les diverses parties du corps, d'abord avec une flanelle sèche, et ensuite avec des linges imbibés de liqueurs alcooliques , de camphre , d'ammoniaque , etc. On peut aussi, pour réchauffer le noyé, placer sous la plante des pieds une brique chaude , couverte d'un linge ; on verse dans sa bouche quelques gouttes de vin chaud , d'eau~de-vie ou d'alcool de mélisse ; on lui pousse de l'air dans les poumons ; on chatouille le dedans des narines et de la gorge avec les barbes d'une plume , avec la fumée de tabac , de l'ammoniaque , de l'alcool de romarin , etc. Dès que le noyé commence à pouvoir avaler , on lui introduit dans la bouche quelqites petites cuillerées d'une liqueur alcoolique, de vm, etc. , m. 17
mais en ayant la précaution de ne pas trop remplir la bouche , et de ne pas s'exposer à ce que le reflux ait lieu dans la trachée. On injecte des lavemens irrilans dans le gros intestin , on frotte doucement les parois abdominales , et on pratique une saignée si la face est rouge-violette , le corps très-chaud et souple ^ etc.
25g. Dans Y asphyxie par strangulation , on a vu des frictions graduées , l'introduction de liqueurs alcooliques dans la bouche , l'irritation des narines , du gosier , ainsi que des bains chauds , la guérir ; d'autres fois ces movens ont été sans succès , et c'est dans ce cas que l'épanchement sanguin ou séreux du cerveau a surtout été observé.
260. Dans Yasphjxle par le gaz acide carbonique et d autres gaz ou émanations délétères , il faut promptement retirer l'asphyxié du lieu méphitisé , l'exposer au grand air, lui ôter les vétemens y faire sur le corps des aspersions d'eau froide ; il faut lui faire avaler , s'il est possible , de l'eau froide légèrement acidulée avec du vinaigre , lui donner des lavemens avec deux tiers d'eau froide et un tiers de vinaigre , ou aved une forte solution de muriate de soude , ou d'un autre sel neutre. On doit irriter la membrane muqueuse des narines avec la barbe d'une plume ou avec de l'amîuoniaque ; on pousse de l'air dans les poumons. En général , il faut mettre la plus grande célérité dans l'administration de ces moyens ; le temps presse , et plus on tarde à y recourir, plus on doit craindre qu'ils ne soient infructueux. Il est quelquefois nécessaire de pratiquer une saignée. L'inspiration du gaz oxygène , celle de l'acide muriatique oxygéné convenablement et prudemment étendu , peuvent être utiles lorsque l'as-
NÉVROSES DE LA RESPIRATION. 25q
pliyxie est occasionnée par le gaz hydrogène sulfuré ; et (les expériences tentées par MM. Dupuytren et Thenard le font au moins espérer. Des commotions électriqnes et galvaniques légères , dirigées à travers le thorax, peuvent aussi être souvent très-utiles. On conçoit , en un mot , qu'on ne doit rien négliger de ce qui peut opérer une secousse génér'ale.
261, Dans Y asphyxie des noiweau-nés ^ il faut écarter les obstacles qui s'opposent à l'introduction de l'air dans les pourrions, placer l'enfant sur le côté ^ irriter l'intérieur du nez avec une plume ^ faire respirer par intervalles du vinaigre radical , introduire quelques gouttes d'eau alcoolisée dans la bouche , mettre l'enfant dans un vase rempli de vin tiède animé même avec de l'eau-de-vie, exercer de temps en temps, sur tout son corps , de légères frictions , souffler de l'air dans la bouche de l'enfant , au moyen d'un tuyau, pour détacher les mucosités qui remplissent les bronches. L'insufflation de l'air par les narines est-elle préférable à celle qu'on pratique ordinairement par la bouche ? La réponse à celte question se trouve dans les Mémoires de l'Académie de Toulouse, année i ^^^. Lin nouveau-né était dans un état apparent de mort ; tous les moyens ordinaires , surtout l'insufflation par la bouche , avaient été inutilement employés pendant trois quarts d'heure ; le médecin appelé pour donner du secours à la mère , crut devoir faire de nouvelles tentatives ; et au lieu de chercher à introduire l'air dans les poumons par la bouche , il essaya de l'y conduire par les narines. Dès la troisième insufflation^ il sentit les côtes de l'enfants'élever et la poitrine se dilater. Il introduisit alors la barbe d'une plume dans
^6o NÉVROSES DES FONCTIONS NUTRITIVES.
l'arrière-bouche pour en faire sortir quelques glaires ; il réitéra l'insufïlation ; ii entendit un petit bruit , et sentit le cœur battre et ensuite les artères; un moment après l'enfant ouvrit les yeux et remua un bras : il resta une heure sans pleurer ; enfin ses forces ayant été ranimées avec un peu de vin , il s'agita , et ses cris confirmèrent son parfait retour à la vie. Deux autres exemples rapportés par l'auteur prouvent les avantages de cette même méthode. L'auteur de la Dissertation que j'ai citée plus haut recommande un bain qui approche de la chaleur de Famnios , et l'éloignement de tout obstacle iiiécanique qui pourrait empêcher l'intromission de l'air dans les poumons , comme des mucosités dans l'arrière-bouche ou les narines , qu'on a soin d'ôter en y introduisant un doigt trempé dans le vin ou le vinaigre : l'insufflation répétée de l'air atmosphérique au moyen d'un soufflet est encore très-convenable pour produire cet effet , ainsi que des alter-r natives d'une compression graduée de la poitrine sur les parties latérales et à la partie antérieure. On ne doit point négliger des stimulans d'une autre nature , comme des frictions avec de la flanelle pénétrée d'une liqueur alcolisée ou ammoniacale, sur l'occiput, la poitrine , la colonne épinière ; des irritations à la plante des pieds , une eau alcoolisée dirigée avec un siphon contre la région épigaslrique, des odeurs fortes ou des titillations produites sur l'organe de l'odorat , un clvslère avec des infusions aromatiques, l'application de l'électricité ou du galvanisme.
§ P*^. Considéradons générales,
262. Les névroses de la circulation sont, ainsi que celles de la respiration , moins diversifiées que celles de la digestion; les principales d'entre elles sont les palpitations nerveuses , la lipothymie et là syncope. Mais il faut bien se garder d'imiter ici Sauvages , qui , comme dans beaucoup d'autres cas , réunit sous un titre généinque et les palpitations convulsives y et celles qui sont occasionnées par une lésion organique du cœur, etc.
265. Palpitations nerveuses (i). Stahl donne l'observation de palpitations du cœur encore à leur début. Un jeune homme âgé de vingt-un ans , d'un tempérament sanguin , faisait habituellement bonne chère ; il était sujet à des hémorrhagies depuis trois ans , et les avait remplacées par des saignées qu'il faisait pratiquer au printemps et en automne. Le printemps et Tété suivant , non-seulement il omet la saignée , mais il s'adonne en outre à une vie très-sédentaire et aux travaux de l'esprit. Vers le commencement de l'hiver, il s'enferme durant tout le jour jusqu'à la nuit, et mêm.e de très-grand matin , dans une chambre froide pour s'adonner à son travail. Une certaine nuit, éveillé par des cris, comme s'il y avait un incendie, il fut frappé de terreur^, et ne tarda pas à éprouver un sentiment de constriction dans la poitrine , ainsi que des
(i) Synonymie, Palpitatio hysterica^ Sydenham^ Sauvages ^ Palpitatio netvosa j sà'e spasmodica.
palpitations qui se continuèrent pendant une demiheure environ , et même quelque temps après qu'il fut revenu de son erreur. Vers le milieu de la nuit , il est réveillé par le seul souvenir de la frayeur qu'il avait eue , et éprouve de nouveau de l'anxiété et des palpitations qui durent pendant un quart d'heure , et sont suivies d'un état de langueur et de sueur abondante. Les symptômes reparaissent au bout de quelques jours. Hoffmann a tracé un cas de palpitations occasionnées par la ciguë aquatique appliquée au lieu de persil sur les seins. Une femme âgée de trente ans , d'une constitution délicate, mais bonne et très-sensible , accouche pour la troisième fois ; le quatrième jour après l'accouchement elle cherche à supprimer la sécrétion du lait à l'aide d'un épithème qui devait être composé de lait et de persil , mais lequel fut, par l'imprudence de la sage-femme , préparé avec de la ciguë aquatique : bientôt après , douleur pongitive , rougeur, anxiété et ardeur intense dans la région du cœur, formation de vésicules à la surface des seins avec écoulement d'une sérosité très-acre ; à ces symptômes se joint une exaspération dans l'état de la nouvelle accouchée : respiration très- difficile , palpitations très-fortes, tremblement (^application d'un onguent de cents e sur le lieu de linjlammation ) ; augmentation non-seulement des symptômes locaux, mais encore mouvemens convulsifs du cœur, perte des forces, de l'appétit et du sonuneil ; maigreur, constipation , soif très-grande , aphlhes et pustules brûlantes dans la gorge. Ces symptômes se continuent avec les palpitations pendant l'espace de trois mois ; survient enfin un ptyalisme irès-inçommode qui dure
NEVROSES DE 1a CIRCULATION. :263
quinze jours , et avec lequel disparaissent et les palpitations et les autres symptômes ; mais depuis celte époque la malade a éprouvé tous les phénomènes de l'hystérie et de la mélancolie. Lancisi rapporte l'ol)servation d'un jeune médecin mélancolique qui était depuis long-temps agité des passions de l'âme , et qui faisait un ahus d'alimens acides et aigres : il fut enfin attaqué de palpitations de cœur avec un bruit et une pulsation forte de l'artère du carpe , et un serrement convulsif. Il prenait en vain les ferrugineux , les car-p diaqiies et les purgatifs : Lancisi lui conseilla l'usage du suc de pomme pendant deux mois et le guérit.
264. Sjncope (i). Une femme âgée de trente- trois ans, d'un tempérament lymphatique, trè*-craintive , et ayant l'habitude de réfléchir, dont Stahl nous a conservé l'histoire, était mal menstruée et éprouvait par intervalle des palpitations du cœur : elle apprend tout~à-coup une nouvelle fâcheuse ; une demi-heure après, pâleur, état de langueur, perte de connaissance , les yeux fermés , la bouche entrouverte , les membres flasques et en apparence un peu comprimés ou pendans ; respiration nullement sensible , pouls à peine perceptible , plus analogue à un tremblement qu'à des pulsations.
2Ç>S, Une demoiselle âgée de dix-sept ans, délicate, d'un tempérament nerveux et lymphatique, née de parens très-sains , avait reçu une éducation molle , et manifestait déjà , dès son enfance , une disposition aux affections nerveuses , telles que des tics dans la figure ,
(i) Synonymie. Syncope, Sauvages^ Vogel , Cullet^ , S vft A R 3 Lipotkyniia , Lns n^« s .
des pleurs sans sujet , des doutes sur ramitié de ses parens; de treize à qi^atorze ans, fréquentes céphalalgies, toux sèche : la menstruation n'a jamais été abondante. Les frayeurs vives et réitéiéesque lui occasionnèrent, à l'âge de quinze ans, les événemens delà révolution , exaspérèrent la céphalalgie, et donnèrent lieu à des douleurs dans les mâchoires qui revenaient par accès irr.^guliers et ont enfin disparu. En 1800 (an 8) elle est saisie de frayeur à la nouvelle de l'explosion du château de Nantes, et épreuve des craintes alarmantes pour la vie de ses parens qui l'habitaient et dont elle éiait aiors éloignée : syncopes et convulsions pendant cinq jieures ; cet état ne cessa que lorsqu'il lui fut permis de rejoindre ses parens. Quelques mois après , nouvelles syncopes occasionnées par l'exercice prolongé de l'escarpolette après le repas , lesquelles se renouvellent pendant plusieurs jours de suite , et alternent avec des convulsions très-fortes ; dans les intervalles , céphalalgie opiniâtre , gêne de la respiration. Les accidens cessent , mais pour reparaître de nouveau, une fois par l'effet du réveil en sursaut occasionné par le bruit d'un incendie , et une autre fois par la vue d'une amie en convulsion. La distraction éloigne, en général, le retour delà syncope , tandis que cet état est rappelé par la contrariété , par un repas de quelques onces d'alimens; car la malade mange ordinairement très-peu et très-irrégulièrement , vu qu'elle est en outre atteinte du pica.
§ IL Description générale des Névroses de la
circulation.
Palpitations nerveuses,
266. Prédispositions et causes occasionnelles. Elles attaquent les personnes clouées d'un tempérament nerveux , les* femmes et les enfans , à la suite d'iiémorrhagies excessives, et d'autres circonstances affaiblissantes analogues. Les affections morales , l'antipathie , en sont les causes les plus ordinaires ; l'imagination exerce aussi beaucoup d'influence sur elles.
267. Symptômes, Les mouvemens du cœur sont précipités , irréguliers , plus forts que dans l'état naturel. Cet état est rarement continu; il cesse promptement, mais se renouvelle très-facilement par les moindres affections morales.
Syncopes,
268. Prédispositions et causes occasionnelles, La syncope survient plus particulièrement chez les individus d'un tempérament nerveux ou affaiblis par de longues maladies , par des hémorrhagies excessives , chez les individus pléthoriques : elle est souvent occasionnée par des affections morales vives, par la vue d'un objet dégoûtant ou effrayant , par une antipathie , par l'évacuation prompte de grands abcès ou du sérum d'une hydropisie , par des efforts considérables , une douleur vive, l'inanition, la présence de vers dans les intestins : elle est souvent le symptôme d'une lésion organique du cœur ou de l'aorte.