TO NÉVROSES DES SENS
ticulier du nerf qui va se distribuer ù Forgane. Une distribution méthodique des maladies ne doit admettre que celles qui sont primitives, et par conséquent on ne doit guère y faire entrer les lésions du goût , de l'odorat ou du tact , qui sont presque toujours symptoniatiques.
NÈT^ROSES DE Z^ O U I E.
§ P''. Considérations générales.
10. Que d'objets de physique sur la propriété des corps sonores , sur la vibration de l'air , sur la construction des instrumens acoustiques , etc. , sont nécessairement liés aux considérations de ce genre î Comment peut-on entendre tout ce qui se rapporte aux névroses de l'ouïe si on n'a une idée exacte de la structure de cet organe , etc. ? L'état actuel de nos connaissances physiologiques sur ce point doit être surtout déterminé pour éviter l'explication erronée que Sauvages, Buifon , etc. , donnent du mécanisme de rouïe, en admettant que le labyrinthe est rempli d'air, que c'est à la lame spirale du limaçon qu'il faut rapporter la sensation du son , que c'est par diverses vibrations de ses fibres plus ou moins longues qu'on reçoit la perception des divers sons, etc Va]salva et
Vieussens avaient ct\\ l'intérieur du labyrinthe lubrifié par une humeur volatile. Cotunni alla plus loin, et, dans une Dissertation imprimée à Naples en 1760 (r/e Aquœdiictihus auris humanœ iniernœ) , il fît voir que, dans l'état naturel, le labyrinthe est rempli d'un liquide , que c'est aux ondvdations de ce liquide qu'on doit la dernière perception des sons, etc. liai-
IVÉVROSES DE l/oUÏE. l'I
1er, Caldani, Albinus, etc. , ont admis la même vërite ; mais on n'en trouve nulle part le développement aussi complet que dans une Dissertation publiée par Meckel fils en 1777 (^/e Lahjrmthi auris con^ tentis ). J'ai été témoin moi-même de la plupart des recherches et des observations de cet habile arîatomiste, et je ne puis que rendre justice à l'extrême exactitude et à la sagacité avec lesquelles il a varié ses essais : il a fait voir , par les preuves les plus irréfragables , que le liquide du labyrinthe existe dans l'état naturel , et qu'il n'est point le produit d'un épanchement posté-* rieur à fétat de mort. 11 expose d'abord les précautions a prendre pour séparer l'os temporal du crâne, et pour pénétrer ensuite dans le labyrinthe ; il fait voir l'avantage qu'il y a de comparer ces parties dans le fœtus et dans l'adulte. îl exposa un os temporal à un froid rigoureux , et il trouva ensuite dans le labyrinthe une congélation dont la forme correspondait à celle de cette cavité. 11 confirma cela de nouveau par des exemples pris de l'anatomie comparée, d'après des recherches faites sur des têtes de veaux , de brebis , de cochons , de cerfs, de chats , de jeunes loirs ; preuves indirectes de l'existence du liquide dans le labyrinthe, en démontrant qu'il n'y a aucune parcelle d'air dans cette cavité puisqu'en tenant plongé sous l'eau la tête d'un jeune chat qu'on venait de faire périr , et en ouvrant l'extrémité dulimaçon, il nes'estélevé aucuneparcelle d'air à la surface de l'eau. Mais comment accorder l'existence d'un liquide dans le labyrinthe avec celle de l'air atmosphérique dans la cavité du tympan , si ces deux cavités avaient entre elles une communication par une prétendue fente de la fenêtre ovale ? L'auteur
12 NEVROSES DES SENS.
fait voir que cette prétendue communication est nulle , puisqu en remplissant le labyrinthe de mercure , il n'en passe pas la moindre pardelle dans la cavité du tympan Mais quelle est l'origine du liquide du labyrinthe ? il est probable qu il exsude des capillaires qui aboutissent à la surface des membranes dont est tapissé l'intérieur du labyrinthe : ce liquide est composé d'albumine très-dé layée , autant qu'on en a pu juger par l'action de l'acide sulfurique. Une autre partie importante à considérer pour concevoir la perception des sons y c'est une duplicature du périoste , qui est comme flottante dans l'intérieur du vestibule , qui divise imparfaitement cette cavité en deux , et entre les nerfs de laquelle se trouvent des expansions du nerf acoustique : c'est ce que Meckel appelle septum "vestibiiU nervoso-inembranaceum. Comment concevoir maintenant la perception des sons transmis par des vibrations de l'air ? Ces vibrations , concentrées par l'oreille externe , frappent- elles d'abord le tympan , dont les trémoussemens sont communiqués à la fenêtre ovale par la série des quatre osselets de l'ouïe , ainsi que par l'air contenu dans la cavité du tympan, de là des ondulations correspondantes du fluide du labyrinthe , et l'impression sur l'expansion nervoso- membraneuse > Ce sont ces nerfs qui paraissent être les organes immédiats de la perception des sons; et on ne peut pas plus expliquer la diversité de ces mêmes sons , qu'on ne peut rendre raison des sensations diverses des couleurs produite» par des im-^ pressions de la lumière sur la rétine. Je n'ai pas besoin de rappeler ici les aqueducs découverts par Cotunni , et destinés à faire communiquer le liquide du laby-
NÉVROSES DE l'ouÏE. jZ
rinthe avec la cavité du crâne. Si on ajoute aux recherches (leMeckel celles quiontélé faites postérieurement parunanatomiste italien (Coraparetti) sur la structure de l'organe de l'ouïe dans les diverses classes d'animaux (on peut voir l'extrait que j'en ai donné dans le Journal de Phj'sique , année 1 788 ) ; si l'on y joint les travaux plus récens du célèbre Scarpa , ou aura un^ idée de la sagacité qu'on a mise à développer la structure admirable et les variétés de l'organe des sons, quoiqu'il reste beaucoup à faire pour en connaître le vrai mécanisme. L'ouïe atteste le degré de perfection et de finesse auquel nos sens peuvent s'élever par une culture assidue : de là les progrès étonnans de la musique chez certains peuples Pythagore a eu soin
de l'incorporer, pour ainsi dire, avec la philosophie, et de la faire servir au maintien de la pureté des mœurs et de la santé. Platon lui-même , dans sa République , met la plus grande importance à la culture de la musique , et défend toute innovation qui pourrait la faire dégénérer ( Dialogue III). Tous les médecins observateurs donnent à la musique un rang distingué dans la classe des remèdes propres à entrer dans le traitement de la plupart des maladies nerveuses (i).
1 1 . Il y a donc beaucoup de recherches à faire sur les névroses de l'ouïe, en comparant l'histoire exacte des symptômes avec les résultats des ouvertures des corps. L'hospice de la Salpêtrière présentait plusieurs de ce* cas , que l'on pourrait suivre , surtout dans les pro-
(i) Je renvoie sur cet objet à une Dissertation très-judicieuse et très-savante qui parut à Montpellier en 1758 ( Tentamends 'ai sorti et musices in corpus humanum. Ant. Robert).
l4 NEVROSES DES SENS.
grès de Fage ; et je me suis proposé de n'omettre aucune occasion propre à répandre quelque lumière sur une partie des plus obscures de Fliistoirc de cfes maladies. On est encore très-peu avancé dans la connaissance des affections de l'ouïe qui amènent la dui^eté d'oreille ou la surdité , et on est réduit à des faits épars dans une foule de traités de médecine ou de recueils d'observations. C'est le rapprochement de ces faits qui a donné lieu à l'ouvrage de Vencesîas-Trnka. ( Historia Cophoseos et Baryecoiœ , Vindebonœ ,
12. La djsécée (i), ou difficulté dans la perception des sons, peut dépendre de plusieurs lésions de structure de l'organe de l'ouïe ; et je ne dais parler ici que de celle qui vient de l'atonie du tympan : les causes les plus ordinaires sont un air humide , l'action du vent , un catarrhe, un écoulement séreux par l'oreille : cette sorte de dysécée diminue lorsqu'un vent du nord règne. Doit-on regarder comme de cette sorte un exemple que rapporte Sauvages, d'une fille qui avait, depuis long-temps une dureté d'oreille , qui était pâle, peu réglée et comme hébétée, qui prit , pendant près de trois mois, l'extrait de jusquiame blanche , en commençant d'abord par un tiers de grain, puis en augmentant peu -à peu la dose jusqu'à sept grains ? Cette fille entendit irès-disiinctement au bout d'un mois et demi ; elle reprit aussi sa couleur et son embonpoint Sa maladie n'avait-elle point été produite
par une extrême sensibilité nerveuse , et la jusquiame
(i) Synonymie. Dysecœa^ Sauvages^ Vogel ^ Cullbn ; Sagxw^ Hxj)ocophosà\, Hoffmann 3 Durelé d'oreille.
NÉVROSES Î3EL* OUÏE. l5
îî'ayait-eUe point agi alors comme substance stupéfiante et narcotique ?
i5. La paracousie (i) ou fausse ouïe, qui consiste dans une perception conluse des sons ou une difficulté d'entendre très-distinctement les sons articulés, est relative aux sons extérieurs qui parviennent difficilement au labyrinthe, quoiqu'ils soient prononcés distinctement. Elle peut offrir des variétés dignes de remarque , sans qu'on ait besoin de les exprimer par des noms particuliers , comme l'ont fait des auteurs. Une femme , . dont il est parlé dans- les Transactions philosophiques , n'entendait point ce qu'on lui disait , à moins qu'on ne battit du tambour en lui parlant ; elle obligeait, sa servante à remplir cette tâche, pour qu'elle pût converser avec son mari. Un homme , dur d'oreille depuis sa naissance , était dans le même cas ; il entendait ceux qui parlaient à voix basse derrière liii' lorsqu'on battait du tambour : sans cette précaution , on avait beau crier, il n'entendait rien.
14. La surdité (^'i) peut être absolue , et alors on ne peut point entendre les sons que produisent les hommes les plus forts. Elle est moindre lorsqu'on n'entend que ceux qui parlent à haute voix et de près ; l'une ou l'autre peut se déclarer au septième ou au quatorzième jour d'une maladie aiguë , avoir tous les caractères d'une crise , et annoncer la convalescence par une affection particulière et inconnue du
{\) Synonysiie. Paracusis ^ Sauvages, Cullen, Sagarj Fausse ouïe.
(2) Synonymie. Cophosis ^ Sauvages, LmNJEUs ^ Saoit. -, Surcliiasj Y ooELj Dysecœa^ Cullen.
l6 NÉVROSES DES SENS.
nerf acoustique. La surdité peut survenir à la suite d'une suppression des menstrues , et je puis en citer un exemple. Une jeune fille de vingt-deux ans éprouva , dans un cas semblable , une surdité très-marquée avec une céphalalgie très-intense : on employa tous les remèdes usités , soit pour rétablir les menstrues , soit pour faire cesser la douleur de tête et la surdité : pédiluves , bains , potions anti-spasmodiques , vésicatoires aux bras , évacuans , et sinapismes à la plante des pieds , etc. , tout avait été inutile. Elle fut conduite à l'infirmerie, et je ne balançai point à faire appliquer aussitôt un séton à la nuque : les effets en furent peu marqués pendant trois semaines ou un mois ; mais les cliangemens progressifs qui s'opérèrent durant le cours du second mois furent des plus favorables , et la surdité , ainsi que la céphalalgie , ont fini par disparaître entièrement.
i5. Le tintouin (i), ou tintement d'oreille {^tinnitus auriinn ) , est un son importun et imaginaire qui ne répond nullement aux vibrations de l'air extérieur y OU plutôt c'est une hallucination à l'égard des sons , dont le principe est dans le nerf acoustique. Cette affection nerveuse a des variétés relatives au son et au ton.
§ IL Description générale des Névroses de Vouie.
Dysécée.
i6. Prédispositions et causes occasionnelles. Les plus ordinaires sont des élernuemens fréquens , l'habi-
fi) Synonymie. Syrignius ^Saw âges , S agar -, Sjringmosj L(iN-NiEUS3 Susurras j VogeL; Paracusis imaginaria ^ Cullen.
NEVROSES DE L OUÏE. I7
tude d'entendre des sons bruyans , des efï'orls pour jouer des instruniens à vent, des vomi ssemens répétés , comme ils le sont à bord d'un vaisseau ; la surcharge des premières voies , l'état de grossesse , des bains chauds , les métastases fébriles , la suppression de la salivation ou de quelque hémorrhagie , la répercussion d'une affection cutanée, la goutte anomale.
16. Sjmptômes. L'audition est faible;, tandis que le coup sonore et l'air qui propage le son doivent exciter une sensation très-forte.
Paracousic,
17. Prédispositions et causes occasionnelles . Elles sont en grande partie les mêmes que celles de la dysécée.
18. Sjinpiônies. Quelquefois on entend confusément les sons aigus èV forts, et l'on entend beaucoup moins ceux qui sont faibles ; d'autres fois l'on ne peut supporter les sons aigus, surtout quand ils sont discordans , et ils font éprouver de la douleur. Dans certains cas , une oreille entend le son tel qu'il est ; mais ce son est différemment modifié dans l'autre; ce qui forme une confusion dans l'ouïe. Enfin, dans d'autres cas , on n'entend point les sons doux et médiocres , mais on les entend quand on fait en même temps beaucoup de bruit.
jTintouiri.
ig: Prédispositions et causes occasionnelles^ Ce sont les mêmes que celles des deux affections précédentes , et en outre un état de débilité provenant de III. 2
l8 NEVROSES DES SENS.
l'inaction , d'un excès Jans les plaisirs de rameur , d'une longue maladie; ou un ëtat de pléthore, la bonne chère , etc.
20. Syniptôrnes. Le son est importun et imaginaire ; il ne répond nullement aux vibrations de l'air extérieur. Quelquefois il imite des éclats redoublés, ou des coups avec une apparence d'explosion , comme celle d'une arme à feu , avec des intervalles plus ou moins longs ; d'autres fois il est aigu et pareil au son que peut produire une petite cloche ; dans quelques cas , il est grave , analogue au murmure , au bruit d'une roue qui tourne , etc.
Surdité.
21. Les prédispositions et causes occasionnelles aont l'absence ou l'atrophie du nerf acoustique , sa compression par des tumeur^^^'dans le cerveau , par J'épanchement du sang ou du sérum ; elles peuvent d'ailleurs être les mêmes que celles des aflections précédentes .
22. Symptômes . Il y a abolition entière des fonctions de l'ouïe . et impossibilité d'entendre les sons les plus faibles , comme les plus forts et le plus longtemps continués.
§ IIL Traitement des Né^i^oses de Vouïe.
25. Le traitement des affections de ce genre doit être établi moins sur les différences dans l'état des symptômes , que sur les causes variées qui les occasionnent ; ce qui peut d'ailleurs s'appliquer à la plupart des névroses. Quand la djsécée est occasionnée par
NEVROSES DE LOUlE. 19
ratonic de la meiiihraiie da tympan , on inlroduit des substances excitantes dans Je conduit auriculaire, telles que de l'alcool aromatisé, de l'huile volatile, en même temps qu'on applique des vésicatoires derrière les oreilles. L'électricité et le galvanisme , dirigés avec prudence , ont souvent été d'une grande utilité. On peut diminuer les incommodités attachées à cet état à l'aide de cornets acoustiques. Il est plus dilîîcile d'éla- Liir d'une manière générale les principes du traitement de la paracousie. La guérison du catarrhe de l'oreille est ordinairement suivie de la cessation de la fausse ouïe lorsque celle-ci est symptoma tique. Comme le plus souvent il est très-difficile de déterminer la cause de la surdité , on ne doit pas être étonné si on échoue si fréquemment dans le traitement de cette afr» fection. Quand la cophosie survient après la suppression d'exanthèmes , tels que les dartres , la teigne , etc., il faut chercher à rappeler celles-ci , et les eaux minérales hydro-sulfureuses ont ici souvent été très-utiles. Quand l'affection est un symptôme d'hypochondrie , il faut combattre celle-ci. Lorsque la surdité est pléthorique , qu'elle a été occasionnée par la suppression du flux menstruel ou hémorrhoïdal , par une vie inactive et les excès de la table , etc. , il est facile de voir quels sont les moyens à employer. Dans le tin" touin , il faut également avoir égard à la cause qui l'entretient. Lorsqu'il provient d'un état de débilité , on doit recourir aux analeptiques et aux fortifians : mais, en général , que de lacunes à remplir dans cette partie de la thérapeutique !
50 NEVROSES DES SENS.
§ P"". Considérations générales,
2^» Le sens de la vue est celui par lequel nous recevons le p] us d'impressions , celui par conséquent dont la culture est la plus importante dans l'enfance pour n'admettre que des idées claires et distinctes. Locke , Buffon , etc. , pensent que c'est au tact à redresser les idées fautives qui nous viennent par l'organe de la vue sur la grandeur , l'éloignement , la figure , etc. ^ des objets. Je suis d'avis , avec Condillac (Essai sur l'origine des connaissances humaines ) , que l'exercice seul de l'œil peut le rendre propre à saisir ces propriétés des corps, suivant que l'habitude apprend à donner plus ou moins de concavité à la cornée , plus ou moins de contraction ou de dilatation à la pupille ; suivant enfin que , par la contraction des muscles , l'humeur aqueuse éprouve des changemens de forme , et que les impressions sur la rétine sont plus exactes. La théorie de la vue offre un des exemples les plus frappans de l'étroite connexion de Fart de guérir avec la physique , puisqu'on ne peut analyser les fonctions de l'oeil sans embrasser , pour ainsi dire , toute l'optique. Les découvertes de Newton sur cet objet (i) sont un monument éternel de sagacité et de génie , et peut-être plus étonnantes que ses principes mathématiques de philosophie naturelle. Smith , dans son Traité d'optique , a donné le plus grand déveîoppe-
(i) Optics or a Treatise of the réflexions , refractions ^ in- {lexions and colours ofLigJiî ^ hy sir Jsaac Newton, i jSo.