NEVROSHIS DE LÀ VUE
ment aux découvertes de Newton , et en a fait les applications les plus heureuses. Les artistes eux-mêmes, seulement livrés à la mécanique de l'optique, ont une foule de connaissances sur le choix des verres relatifs aux difFérens vices de la vue , sur les différentes sortes soit de vues longues , soit de vues courtes , sur le loucher des enfans , la duplicité de la vue , ou son rétahlissement dans quelques personnes avancées en âge , etc. (i). Ce n'est point à moi à indiquer les autres lésions organiques de la vue , et les recherches de plusieurs hommes célèhres , Petit , Lecat , Louis , David , Pouteau , Scarpa , etc. , puisque ces objets appartiennent à la chirurgie oculaire. Les anciens , par l'imperfection de la physique et de l'anatomie , ont laissé presque tout à faire aux modernes sur les lésions de la vue ; mais on ne peut trop louer leur exactitude à observer, dans les maladies , les affections nerveuses des yeux comme un des fondemens les plus surs du pronostic : de là les signes tirés de leur éclat , de leur dessèchement , d'une apparence pulvérulente sur la cornée , de la perversion du mouvement dans différentes parties des yeux , de leur proUibérance hors des orbites ou bien de leur enfoncement; de la dilatation ou bien de la contraction de la pupille , de l'obscurcissement de la vue, ou de son extrême sensibilité aux rayons de la lumière.
(i) Traité d" Optique mécanique j clans lequel on donne les règles et les proporlions qu'il faut observer pour faire toutes sortes clc' lunettes d'approclie^ microscopes simples et composés j et autres ouvrages qui dépendent de l'art 5 avec une instruction sur l'tisage des lunettes ou conserves pour toute sorte de vues ^ par Thomin. Paris ^ "^7^9^
22 NEVROSES DES SENS.
25. Névroses de T iris. Des considérations sur l'irrîtabilitë de l'iris sont importantes pour la connaissance delamaurose ou goutte sereine. La contraction ou dilatation de la pupille a lieu suivant la vivacité plus ou moins grande de la lumière ou l'éloignement de l'objet qu'on fixe : or , les mouvemens alternatifs se font suivant que l'iris , qui forme une sorte d'anneau autour de la prunelle , s'élargit ou se contracte par l'action de la lumière , qui est le stimulant spécifique de l'organe de la vue. Un irritant quelconque , mécanique ou chimique , porté sur l'iris , n'y produit aucun mouvement , ce qui doit la faire exclure du nombre des substances musculaires. D'un autre coté, les mouvemens alternatifs de l'iris se perdent si on porte atteinte à la sensibilité de la rétine , ce qui arrive dans la paralysie ou aux approches de la mort. 11 en a été de même à l'égard des animaux à qui on avait fait prendre de l'opium à l'intérieur. Les feuilles de belladone ( atropa beliadona , L.) , appliquées sut* un petit ulcère chancreux au-dessous de l'orbite , ont produit le même symptôme, mais d'une manière passagère. Si on admettait dans l'iris des fibres orbiculaires concentriques et d'une nature musculaire , comme l'ont fait Boerhaave , Ruisch , etc. , il serait facile d'expliquer les mouvemens alternatifs de l'anneau par l'action do la lumière sur la rétine : ainsi , par exemple , on dirait que, lorsque la rétine est excitée [)ar une vive lumière , les petits fîlamens nerveux qui se portent à l'iris y produisent une contraction des fibres orbiculaires , et par conséquent un resserrement de la pupille ; l'absence de la lumière, par un défaut de stimulant, devrait produire le relâchement des fibres orbicu-
hues de l'iris , et par conséquent la dilatation. Il est malheureux que cette explication soit entièrement détruite par les faits , et on sait que les anatomistes modernes, depuis Haller, rejetlenl les fibres orbiculaires et prétendues musculaiies de Fiiis. C'est donc par le simple jeu des fibres radiées de cet anneau quç doivent s'opérer les alternatives de contraction et de dilatation de la pupille ; mais alors ces fibres se contractent en sens inverse des muscles ; car , par l'action de la lumière , ces fibres s'allongent , puisque la pupille ne peut se contracter sans que la largeur de l'anneau de l'iris n'augmente ; par l'absence de la lumière ces fibres se contractent , puisque la pupille ne peut se dilater sans que l'anneau de l'iris ne diminue de largeur. Les fibres radiées de l'iris observent donc des lois opposées à celles des muscles en général , et c'est ce qui les rend un des objets les plus délicats et les plus difficiles delà physiologie. On ne peut le concevoir qu'en admettant dans les fibres radiées, par l'action de la lumière sur la rétine , une sorte de turgescence et d'allongement , analogue peut-être à ce qu'éprouve le membre viril , dans riiomme , par l'action d'un stimulus moral ou pliysique.
26. La berlue (i) simule un objet présent sans qu'on ait reçu aucune impression d'un corps étranger sur l'organe : cette erreur peut venir d'un vice du cerveau ou des yeux ; la première est accompagnée d'autres symptômes graves , comme l'assoupissement , les convulsions, le délire ^ etc. : alors elle dépend d'une autre maladie , et on doit la rapporter à la phrénésie, « ■ * — ■ ■ . . . .f
(i) SvNONrMiE. Suffiisio des Latins, dé Sauvages.
^4 névkoses des sens.
à la manie ou à la mélancolie. Mais si l'erreur optique nait d'un vice des yeux , et surtout de la i étine ou du nerf optique , elle constitue une espèce particulière de névrose oculaire. Cette illusion peut survenir soit par une légère dilatation de quelques vaisseaux de la yétine , qui interceptent alors les rayons de lumière extérieure, soit d'une légère ecchymose ou sutFusion de quelques gouttes de sang dans le tissu même de cette expansion nerveuse ; mais comme le sang peut être alors facilement résorbé comme dans les autres ecchymoses , de manière qu'une tache noire devient livide, ensuite jaunâlre , et que l'opacité diminue ainsi par degrés , de même aussi ces mouches imaginaires qui affectent la vue deviennent moins opaques xie jour en jour, acquièrent de la transparence dans leur milieu , et finissent par disparaître entièrement. Fontenelle dit que le savant Tschirnausen avait souvent vu voltiger autour de lui, pendant la nuit, beaucoup d'étincelles très-brillantes , et qui disparaissaient lorsqu'il voulait les regarder fixement , mais qu'elles duraient presque aussi long-temps que son travail lorsqu'il n'y faisait point attention , et que leur éclat et leur force augmentaient -même alors ; enfin il les vit pendant le grand jour sur une muraille blanche ou sur du pa])ier dès qu'il eut acquis une certaine facilité à réfléchir. Ces étincelles, qui n'étaient visibles que pour lui seul , étaient l'effet d'un travail assidu du cabinet et de longues veilles.