NÉVROSES DES SENS
diminution de sensibilité du nerf optique qui ne peut être ébranlé que par une forte impression; ce qui peut arriver aussi dans la vieillesse , et doit être regardé comme incurable. Un jeune liomme qui , en apparence, n'avait aucun vice dans les yeux, qui n'avait jamais éprouvé aucune douleur de tête ni aucune maladie antérieure, distinguait très-bien durant le jour les objets voisins ou éloignés , même dans un lieu un peu obscur , pourvu que ce même lieu reçût quelques rayons de la lumière diurne ; mais aussitôt après Je couclier du soleil , il croyait voir des nuages qui croissaient à mesure que le soleil s'enfonçait sour» riiorizon ; et enfin , pendant le crépuscule , il ne pouvait distinguer aucun objet : ce qu'il y eut de remarquable ,' c'est que le même jeune bomme paraissait insensible à l'impression de la lumière de la lune, et même à une lumière artificielle produite par des chandelles.
5>9. La njctalopie (i) paraît être l'inverse de l'affection précédente, puisqu'on peut distinguer les objets pendant la nuit et non durant le jour. Ce vice est souvent symptomatique , et peut alors provenir d'une cataracte imparfaite. Qu'on suppose , en effet , qu'une partie du cristallin soit opaque et que la pupille soit très-mobile; celle-ci, en se contractant durant le jour, peut faire porter tou« les rayons lumineux sur la partie opaque du cristallin, et empêcher ainsi leur impression sur la rétine, c'est-à-dire la
(i) Synonymie. Nyctalopia , Hippocrate, Sauvages; Jmblyopiameridiana , Vespertinaacies ,Y^\.. Platep.; Vism AQctuvnus , BoERîiAAVE; Dysopialuminls , Gullen>
rendre nulle. 11 est quelquefois aussi l'effet de l'inflamluation de l'uvée, qui force l'iris à se contracter à une grande lumière; mais la nyctalopie nerveuse, qui est la seule dont je doive ni'occuper ici , tient à l'extrême sensibilité de la rétine, qui est trop fortement ébranlée par une vive lumière, et qui n'en peut supporter qu'une faible. On ne peutnierla grande influence de l'habitude sur la production de la nyctalopie. Un Anglais , accusé d'un crime très-grave , est enfermé dans un cachot profond , où l'on n'aperçoit aucune trace de lumière : les premiers jours, il ne peut distinguer aucun objet ; mais après un mois de séjour dans ce cachot , il commence à apercevoir une faible lumière et comme une sorte de crépuscule ; cette faculté augmente peu à peu , au point qu'il peut distinguer les différens objets de sa prison , qui étarient invisibles pour toute autre personne. Lovet fit des recherches exactes pour reconnaître s'il y avait quelque fente par laquelle la lumière pût pénétrer , et il n'en trouva point; lorsqu'ensuite le détenu fut absous et reconnu innocent, il ne fut pas plus en état de supporter la lumière qu'une personne dont l'œil est enflammé ; mais par degrés il s'accoutuma à cette impression , et il finit par en contracter l'habitude. 3o. Amaurose (i). Schmuker et Richter ont traité de cette affection avec beaucoup de précision et de clarté. Scarpa a surtout insisté sur son pronostic et son traitement. L'amaurose est parfaite ou imparfaite , invétérée ou récente , continue ou périodique ;
(i) SrNONVMiE. Amaurosis , Sauvages , Lînn^us , Vocel^ Cdllen , Sagar .
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elle se reconnaît à la perte de la vue jointe à l'immobllitë de l'iris . Richter rapporte l'histoire d'un ecclésiastique qui s'étant fortement mis en colère, devint tout-à-coup aveugle. Un homme âgé de trente-deux ans , menuisier de profession , d'une constitution faible , maigre , commença à éprouver vers le milieu de mars 1799, ^ ^"^ suite d'une tristesse profonde , une douleur gravative aux sourcils , un dégoût général, une tension dans l'abdomen. Le y avril suivant, trois heures après être levé, il perdit tout-àçoup la vue des deux yeux. Les pupilles étaient assez dilatées et immobiles dans la lumière la plus vive y régulières cependant dans leur disque , et derrière elles , le fond de l'œil paraissait d'un beau noir. Une autre personne dont parle Scarpa , âgée de quatorze ans , pâle , maigre , fut attaquée d'une péripneumonie qui nécessita une saignée abondante. Encore convalescent, ce jeune homme se plaignait de voir peu ou point de l'œil droit , dans lequel il éprouvait, de temps ^n temps , des douleurs fortes et profondes, ainsi que dans le sourcil correspondant ; la vue diminuait de plus en plus chaque jour; la pupille se resserra, devint immobile , et au-delà on vit une tache blanchâtre qui semblait un commencement d'obscurcissement de la capsule. Il, resta deux ans dans cet état en se servant assez bien de l'œil gauche : mais dès les premiers jours de septembre 1799, la vue de ce même œil s'obscurcit presque en entier et tout-à-coup, avec cette particularité que le matin , au réveil , le malade ne distinguait qu'à peine le jour d'avec les ténèbres. La pupille de l'œil gauche était très-dilatée- et immobile ; tandis que la pupille de l'œil droit , très-dété-
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riorëe , était immobile et resserrée. Un homme âgé de soixante ans , d'un tempérament vif et fort , fut attaqué d'une fièvre quarte opiniâtre pendant treize mois environ : malgré les secours qu'on lui porta , le rétablissement n'eut lieu que très-lentement. Passé ce terme , et n'étant pas encore parfaitement guéri ni rétabli dans sa première vigueur , il commença à voir des bandes noires devant l'œil gauche ; elles allaient toujours en croissant , demanière que , dans l'espace de quinze jours , il resta entièrement privé de la facultéHe voir de cet œil. Quelques médicamens furent administrés , et la vue revint ; mais ce mieux fut de courte durée. L'œil gauche perdait presque entièrement la faculté de voir^ tantôt la recouvrait. Les pupilles étaient dilatées et immobiles ; le fond de l'œil était d'un beau noir.
5 1 . Quoique l'inimobilité de Firis soit un des caractères de l'amaurose , elle n'a cependant pas constamment lieu. On trouve en effet, dans les Mémoires et Observations anatomiques , phjsiolcgiques et pfy* siques sur l'œil y par M. Janin , plusieurs observations qui le démontrent. Un enfant de sept ans était aveugle depuis six mois : en exposant ses yeux à une vive lumière , on remarquait que les pupilles des deux yeux avaient un diamètre égal à celui d'un œil sain qui est exposé au grand jour. Lorsqu'on interceptait avec la main les rayons lumineux , les pupilles se dilataient , et elles se contractaient de nouveau dès qu'on retirait la main. Les yeux de cet enfant étaient en apparence beaux , et paraissaient jouir de la faculté de voir : cependant la plus vive clarté ne faisait aucune impression sur eux. Une femme âgée d'envixon trente
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ans , vaporeuse dès 1 âge de la pubei lé , avait perdu la vue depuis trois ans; ses yeux paraissaient dans le meilleur ëtat , soit par rapport à leur conformation , soit par rapport à la transparence de leurs corps diaphanes et de riiumeur aqueuse, soit même par rapport aux mouvemens de l'iris : en exposant ses yeuX aux rayons du soleil , la malade n'éprouvait aucunejnent la différence qui se trouve entre le jour le plus éclatant et la nuit la plus profonde ; l'iris avait conservé la faculté de se mouvoir aux différens degrés de la lumière ; les pupilles se rétrécissaient au grand jour et s'élargissaient à une faible lueur.
§ IL Description générale des Né^^roses de la vue.
Berlue *
32. Prédispositions et causes occasionnelles. Les plus ordinaires sont une exposition à l'ardeur du soleil , un voyage fait en été , comme cela est arrivé à Boerliaave , une impulsion plus violente du sang vers la tête, un état pléthorique , la suppression du flux hémorrhoïdal , surtout si la rétine a été d'ailleurs affaiblie par l'habitude de la lecture , de l'écriture , ou d'une suite d'observations faites au microscope.
55. Symptômes. On croit voir un objet qui ne frappe point le sens de la vue , tels que des guêpes , des mouches , ou d'autres insectes qui semblent voler dans l'air ; quelquefois aussi une sorte de réseau.
Diplopie,
* 54- Prédispositions et causes occasionnelles. Tels sont l'ivresse, l'usage de la jusquiameoude la ciguë , une frayeur assez vive , une contusion sur la léte , etc^
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55. Symptômes. On voit double, ou plusieurs foi* répété , un objet qui est simple.
Iféméralopi'e.
56. Prédispositions et causes occasionnelles. L'héméi alopie ou la vue diurne attaque plus particulièrement dans l'âge avancé ; elle est souvent la suite de l'immobilité de la pupille , de la diminution qu'éprouve la sensibilité de la rétine ou de la pupille ellemême , accidens qui peuvent être produits par des excès d'étude , par l'habitude de regarder des objets menus très-éclairés.
57. Symptômes, On distingue facilement les objets à la grande lumière ; mais la vue devient confuse à mesure que le soleil se couche sous l'horizon : ses fonctions sont enfin suspendues jusqu'à ce que cet astre répande de nouveau sa lumière.
Nyctalopie,
58. Prédispositions et causes occasionnelles. La nyctalopie nerveuse reconnaît pour cause une extrême sensibilité de la rétine, laquelle est souvent le résultat de l'habitation prolongée dans un lieu obscur.
59. Symptômes. On distingue facilement les objets à une faible lumière ou dans les ténèbres ; mais on ne saurait le faire à une trop grande lumière.
jimauTose.
40. Prédispositions et causes occasionnelles. Les plus fréq uen tes sont l'action des narcotiques, des chagrins profonds , des veilles opiniâtres, des études poursuivies sans relâche , l'impression continue d'une
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lumière trop vive, une impression violente de froid, des emportemens de colère , des bains très-chauds , un ëtal pléthorique , la suppression d'une hëmorrhagie habituelle, la suite d'une fièvre continue ou intermittente , l'affection hystérique , des blessures quelquefois très-légères dans les sourcils ou au-dessus des orbites , des coups et des chutes sur la tète , l'abus des plaisirs vénériens, etc.
4i . Syniptônies* Les signes précurseurs sont quelquefois des douleurs de tète, des vertiges, un état d'engourdissement , un tintement d'oreille ; d'autres fois , l'invasion est brusque. L'amaurose consiste dans une abolition de la vue sans vice manifeste ; elle est le plus ordinairement accompagnée de la dilatation et de l'immobilité de la pupille et d'une sorte de rétraction de l'anneau de l'iris. Elle peut être imparfaite ou parfaite : dans ce dernier cas , on ne peut distinguer la lumière des ténèbres. Cette névrose est continue ; quelquefois elle est périodique , comme dans l'hypochondrie et l'hystérie ; elle est souvent incurable.
g III. Traitement des Nécroses de la vue*
42. A-t-on à combattre IVze'memZop/e , les moyens qu'il convient d'administrer sont à-peur-près les mêmes que ceux qu'on recommande contre l'ailiaurosè- imparfaite. Le vomissement , la rubéfaction de la nuque , les vapeurs de carbonate d'ammoniaque dirigées vers la conjonctive , le quinquina uni à la valériane , sont les moyens le plus utilement mis en usage. DàiïS le cas où cette maladie est l'effet de la pléthore on de la suppression de la transpiration , les saignées lel les
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sudorifîques sont plus particulièrement indiques. Scarpa est parvenu à guénr , avec cette méthode , trois sujets affectés de vue diurne. On conçoit facilement quel traitement il convient d'employer lorsque la nyctalopie est occasionnée par une sensibilité excessive de la rétine. C'est effectivement dans ce cas que l'application d'une solution d'opium sur la conjonctive peut être utile : ce n'est que progressivement qu'il faut passer de l'obscurité au grand jour. Si la vue nocturne est le symptôme d'une inflammation de l'œil , on aura recours à la saignée locale , au collyre émollient : le malade habitera dans un lieu peu ou point éclairé. Lorsque la berlue provient de l'exposition à l'ardeur du soleil, etc. , on fait pratiquer des lotions d'eau froide sur la tête et les yeux , et on y joint l'usage des bains tièdes pour favoriser la circulation dans toute l'habitude du co?rps. Lorsque cette affection est symptomatique , le traitement doit être subordonné à la maladie principale ; enfin , lorsqu'elle est occasionnée par un état pléthorique , on prescrira un régime rigoureux , des boissons délayantes , et on tâchera de ramener le flux hémorrhoidal ou tout autre écoulement qui aura été supprimé. L'art retire souvent un graiid avantage du vomissement , dans le traitement de l'^wa^^7'05e / et parmi lesémétiques, l'expérience désigne le tartratede potasse antimonié comme le moyen à préférer : elle prouve que ce médicament , donné ensuite à petites doses répétées , est aussi très-utile comme nauséabond et comme altérant. Quelquefois, le jour même où on a provoqué le vomissement , le malade commence à distinguer les contours de quelques corps qu'on lui présente ; d'autres fois il n'éprouve cet avan-