‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 11 sur 60 · XXXVII] MÉTHODE D'ÉTUDIER · texte numérisé non relu

XXXVII] MÉTHODE D'ÉTUDIER

dans ces foncuons, c’est-à-dire , ses symptômes ma< nifestés au-dehors par des signes sensibles ? Je dois donc me restreindre ici à quelques vues générales sur cette manicre de diriger ses premières études dans la médecine proprement dite, c’est-à-dire dans la connaissance précise de l’histoire des maladies.”

. Il faut d’abord se livrer à ces recherches dans les hépitaux, et préluder par les symptômes vus d’une maniere isolée et indépendante de'toute classification, pour éviter toute sorte de prévention, les approfondir suivant qu'ils sont propres à une fonction particuliere , d'après une séméiotique générale, comme celle de M. Landré-Beauvais (1), etc. ; comparer ceux qui sont

‘analogues en les observant sur divers malades, pour reconnaître leurs variétés, suivant les âges, les sexes, les saisons, la manière de vivre; apprendre à saisir Îles différences qu'ils peuvent offrir , suivant le commencement, le plus haut degré et le déclin des maladies. Après avoir ainsi passé quelques mois à prendre des notes exactes des signes et des symptômes considérés d’une manière générale, on doit les étudier dans leurs rapports avec les caractères particuliers des maladies , et chercher à classer ces dernières par ordre de leur affinité , toujours en marchant avec la plus sage retenue; et en prenant pour guide un ouvrage classique, sur l’histoire des maladies.

°. Quand on aura ainsi, pendant quelque temps, fait une étude particuliere des symptômes , on passera à leur ensemble, c’est-à-dire, à la marche des mala-

(x) Séméiotique , ou Traité des Signes des maladies , x vol. an-8° , 3° édition, 1818.

ze EN MÉDECINE. XXXIX dies, en commençant surtout par les aiguës : on étudiera leur premier temps, leur plus haut degré d’intensité , leur déclin et leur convalescence: on aura soin de saisir aussi toutes les circonstances d’une terminaison devenue funeste. On évitera toute confusion : en s’attachant à ne suivre en même temps qu'une même maladie, pour mieux VPapprofondir et la voir dans divers individus sous ses formes variées. On'aura soin d'étudier l’influence parüculière que peuvent exercer sur la maladie les lieux, un air plus ou moins salubre, un régime plus ou moins adapté à l’état du malade, ses affections morales. On sent avec quel soin scrupuleux on doit noter aussi tout ce qui se rapporte aux métastases , aux crises...

3°. Ce n’est guère qu'apres s'être rendu familier avec les maladies simples où bornées à un seul ordre de symptômes, qu’on doit passer à l'examen de celles qui sont compliquées, c'est-à-dire qui offrent dans une parte de leur cours ou dans leur cours entier deux ou trois ordres différens de symplômes. Il faut alors redoubler d'attention et de zèle pour éviter toute sorte l'illusion , et ne s’en rapporter qu'au témoignage des sens et non à dé vaines spéculations : déeomposer la maladie aiguë qui a des caractères mixtesen d’autres maladies aiguës qu’on a reconnues exister d’une ma mère isolée ; faire une attentiomparticulière aux di verses circonstances qui ont pu amener cette compli-" cation, comme la manière de vivre, le climat , la saison, le sexe, l'âge ou un principe contagieux. On rassemblera d’abord 1ious les symptômes ou Signes qui s'offrent aux yeux exercés de l'observateur ; eton fera ensuite choix de ceux qui sont caractéristiques des

xl MÉTHODE D'ÉTUDIER

maladies composantes. Pour resserrer l'horizon, on se bornera long-temps à la décomposition des ile aiguës, en ajournant celle des maladies chroniques (Médecine clinique). x

4°. La nécessité de mettre une étroite nison dans ses connaissances médicales et de se former une expérience éclairée , exige impérieusement que lon classe les maladies qu'on a étudiées, et qu'on les rapporte tux divers Genres d’une distribution simple etméthodique. On ne peut fauré entrer dans une semblable distribution que lés maladies simples ou qui ne renferment qu'un seul ordre de symptômes; car leurs combinaisons ou réunions deux à deux ou trois à trois se trouvent dans un nombre indéfini et ne peuvent être qu'indiquées, en s’arrêtant à celles qui sont les plus ordinaires. On voit donc qu’on ne peut faire aucun usage d'une Nosologie quelconque dans laquelle on mélerait indistinctement les maladies qui ne renferment qu'un ordre de symptômes et-celles qui en renferment plusieurs, car alors cetie disposition serait eñticrement illusoire.

Il s'agit maintenant d'indiquer comment on peut concour à se former un goût sûr par l'étude approfondie de la médecme antique.

Avoir une estime .sentie pour Eppocrate, rendre hommage à sa supéjorite , le regarder comme le vrai 4 de Ja médecine d’ sr vauon , ce n'est point croire qu'il a tout vu, tout observé, ce n’est point adopter servilement tout ce qui à été publié sous son nom, ni admettre ayeuglément toutes ses'opinions et ses principes dans le Laonens. des maladies. Que d'objets ont échappé à sa sagacité ! que de propositions

EN MÉDECINE, xt trop générales à modifier et à restreindre ! Combien Ja médecine ne s’est-elle point enrichie par les travaux successifs de ceux qui l'ont exercée dans tous lés âges avec un jugement sain et des principes solides! Tippocrate n’en doït pas:moins servir de modele par les qualités rares qui lui ont mérité la vénération de tous les ssiècles.: jugement sain et exempt de toute superstütion ; mépris des richesses , amour ardent de là hberié et de. l'indépendance, candeur, ‘éloignement de toute jactance,, de tout sentiment de haine ou d’envie, abjuration de toute vaine théorie ; ‘et sagacité profoñde pour s'élever des histoires paruculières des ma- Jadies, à des vues générales et à des vérités aphoristiques confirmées depuis par une éternelle expérience.

Faire choix des meilleurs auteurs, et ne préndre pour modele que:cecqu'il y a de-plus excellent dans leurs écrits, a été toujours une règle invariable du bon goût dans les scienceS comme dans lés beaux artë et les lettres. Peut-on se dispenser d’en faire l'applicauon à la médecine hippocratique, à moins dé tom. ber dans une érudition incohérente et confuse ? Ecrits volumineux ; discussions graves des critiques sur Ta distinction des ouvrages légitimes d'Hippocrate d'avec ceux qu'on doit regarder comme supposés. Érotien, qui vivait du temps de ÂWéron; explique les termes obscurs (1), et cherche à établirune distincuon entre ces écrits du père de la médecine... Gulien parle aussi de cet alliage des écrits d'Hippocrate vrais ou supposés , et il indique , dans diverses parties de ses De CEE CPE NE AU DONS MERE RO Ie MER

0) Focum que apud Hippocratem sunt collectio , etejus Operunr in sepiem sectiones déstribritio.

xl} MÉTHODE D'ÉTUDIER ouvrages le moyen de les distinguer... Un docteur de Salamanque, Ludovicus Lemosius (1), a travaillé sur le même objet. On doit louer le courage qu'a eu Mercurialis (2) de n'avoir point adopté toutes les opimions de Galien sur la distribution des livres d'Hippocrate, surtout dans un siècle (en 1585 ) où le Galénisme dominait dans les écoles. Piquer (5), médecin espagnol, s'est encore engagé dans cette recherche vers ces .derniers temps, et on lui deit des vues trés-saines de critique... On doit regretter que {aller ait trop déféré à l'autorité de Gien dans sa distribution des. écrits. d'Æippocrate } et qu'il n'ait point adopté un.ordre plus exact et plus méthodique. Grunner { Censura.librorum Hippocraticorum , ete. 177.2.) s’est aussi distingué par une critique très-sage sur le. même;objet, ét 1l a fait preuve d’une connaïssance profonde de la langue grecque. Je m'écarterat cependant sur as points de la division qu ñl

a ‘admise. PRET | sets

Quel moyen: sûr dia péeistires pour fixér son jugent dans cette discussion ?..... c'est de: choisir d'abord les écrits d’Æ/ppocrate sur lesquels 11 n’y à point eu de controverse parmi les eritiques ; d’en bien saisir le caractère, soit pour la précision du style et l'enchaînement des idées, soit pour Fexacutude des observations et le talent de s'élever à des vérités générales. On doit s'éclairer ainsi, épurer'son goût par la

(1) De optimä predicendi ratione, item judicit operum magni Hippocratis , liber unus.

(2) Censura et disposttio operum Hippocratis. à (3) Las obras de Hippocrates , mus selectas , 1757.

EN MÉDECINÉ. xl} méditation des principes lumineux de la médecine hippotratuique ; et parvenir par là à juger sainement des écriis qui en approchent plus ou moins, et de ceux qu'on doit regarder commé supposés, ne point né gliger d’ailleurs le témoignage des al teurs qui se sont exercés dans cette critique.

Première RÈGLE. On mettra au premier rang des écrits d'Hippocrate ceux qu'on a toujours regardes comme légitimes , et qui, apres avoir servi de guide aux médecins observateurs de tous les âges, par une description exacte et correcte des phénomènes des -maladies » pEuvenk. être mis a côté de ce qu ‘on trouve de plus APE dans toute autre branche des’ sciences naturelles. On doit mettre de ce nombre ce que les traducteurs latins désignent par les titres suivans :

. Aphorismi; 2°. liber Prcænotionum ; 3°. liber primus et tertius Epidemiorum; 4°. de Aere, Locis et Aquis. | Deuxième rècze. On rejetteræ. du nombre des écrits hippocratiques CEUX que la plupart des cr'itiques ont regardés comme supposés, et qui démentent d'abord le caractère connu du pèré de. la médecine , soit pour la solidité et la méthode ; soit pour la correction du style. Ces écrits , qui n’auraient-point dû être publiés sous le nom d’Æippocrate , quoiqu'il offrent quelquefois des vues utiles ,'sont : Jusjurandum , Præceptiones , de Lege, de veiere Mediciné , dé Medico , de decenti Dre , de Exsectione fœtus, de Resectione corporunt, de Corde , de Glandulis, de Dentitione, de Visu, de Medicamentis purgan-

tibus , de BONES Sértèrns: de vioinum Morbis , Enisabhel

xhv MÉTHODE D ÉTUDIER

Erotien et Galien gardent le silence sur ces écrits, et ne paraissent point les avoir connus. On doit soupconner qu'ils ont été insérés parmi les écrits d’Æippocrate dans des temps postérieurs. Mercurialis et le Clerc les regardent comme supposés. Pour les juger d’ailleurs apocfWphes, il ne faut qu'un goût épuré par la lecture et la méditation des écrits hippocratiques.

TROISIÈME RECLE. Quel parti prend sur les écrits publiés sous le nom d'Hippocrate que certains criliques ônt rejetés, que d'autres ont regardés comme legitimes , et qui d'ailleurs portent.en partie le caracière de la touche d’Hippocrate, et sous d’autres rapports le démentent ? C’est de suspendre son jugement, de regarder ces écrits comme laissés dans un état d'imperfection par Hippocrate ; ou comme insérés par ses disciples ou des copistes parmi ses ouvrages ; de ne les lire qu'avec une sage réserve ; et apres avoir acquis toute la maturité du goût ; de soumettre enfin les objets douteux à l'épreuve du temps et des progres uliérieurs qu'a faits la médecine.

Ces écrits, qu'on doit placer au second rang, et -qui ira devoir servir de passage naturel entre ceux qui ont élé rapportés ci-dessus , sont les autres Traités qu’on trouve dans la collection des Ouvrages publiés sous le nom d’{Zinpocrate, Pour les disposer ici suivant leur plus ou moims de conformité avec la doctrme hippocratique , où plutôt avec les résultats sohdes de Pexpérience, je placerai au premier rang ee que les traducteurs latins appellent , 1°. Prænotiones coacæ ; 2°. Prædictiones ; 8°. diber secundus et sextus de Morbis v ulgarious ; 4°. l'icris ratio ba

EM MÉDECINE. | xlv acutis ; 5°. Liber quintus et septimus de Morbis vulgaribus ; 6°. de Locis in homine ; 7°. de Alimento , &. de Judicationibus , 9°. de Diebus judicatoriüis ; 10°. de Humoribus.

On doit regarder comme inférieurs à ces derniers les livres de Morbis, de Afjectionibus, de internis Affectionibus , de Naturd muliebri, de Morbis mudicrum , de Sterilibus, de Flatibus..

Je mettrai dans la dermiére classe les écrits suivans de Morbo sacro, de Humidorum usu, de Naturä hominis , de septimetri Partu , de octimetri Partu , de Ossibus, de Carnibus seu Principiis, de Geniturd , de Naturé pueri, de Superfætatione , de Hcæmorrhoidibus , de salubri Dieiä, de Dietä& libritres, de Insomniis. Je ne prononce point sur d’autres écrits qui apparüennent à la pathologie externe , comme de Wulneribus capiüis, de Fracturis, de Articulis, de Officinä medici, de Fistulis.

Une disuncuon sévère mise ainsi entre les écrits d'Hippocrate contribue à resserrer de plus en plus V’horizon ; et la marche analytique conduit ensuite à fixer d’abord nos régards sur les productions légitimes du père de la médecine , à bien saisir le caractère de ses meilleurs écrits, à se faire ainsi un type primitif pour juger par comparaison des autres; enfin, à chercher dans quel ordre il faut en faire une étude parücuhére. |

Les connaissances qu’'/ippocrate avait puisées soit dans les traditions des Æsclépiades , ses aïeux , soit dans les célèbres Ecoles de Cos, de Gnide et de Rhodes , ne s'élevaent guère au-dessus de certaines règles de pratique et d’une sorte d’empirisme. Pour

xlv] MÉTHODE DÉTUDIER

jeter les vrais fondemens de la médecine et en faire une vraie science qui eût sa méthode propre et ses principes , 1l fallait encore avoir l'esprit trés-cultivé par l'étude et la méditation des philosophes et même des poètes, et s'être fait un style propre en approfondissant les régles de Part d'écrire... Il fallait en outre l'impulsion forte du génie... C’est Æippocrate quiinventa le langage propre à la méthode descriptive des maladies , qui écarta avec sévérité tout raisonne- ‘ment vague ou systématique , et qui, en se bornant à une narration fidèle et laconique des faits observés, montra par quels changemens, par quels efforts plus ou moins orageux , par quelle tendance favorable ou funeste , la nature parvient à terminer une maladie aiguë. Quelques exemples pris des Épidémies justufieront cet hommage rendu au pére de la médecine.

Malade 4° du livre 3 des Épidémies. Phrénésie le. premier Jour, et vomissemens d’une matière liquide et verte , fièvre vive, sueur abondante , douleur gravauve de la tête. Le second jour, perte de la voix ou aphonie, soubresauts des tendons , convulsions. pendant la nuit. Le troisième jour, les symptômes s'aggravent , et la mort survient le quatrième.

Voici un exemple différent du précédent, et'marqué par une tendance favorable de la nature. ( Malade 7° du 1° livre des Epidémies. ) Une fièvre violente se déclare , avec douleur et un sentiment de pesauteur dans les lombes. Le deuxième jour, liberté des déjecuons entretenue par une boisson abondante. Le troisième jour, douleur grayative de la tête, etc. Le quatrième jour, exaspération des symptômes, avec écoulement de quelques gouties de sang par la narime

EN MÉDECINE. xlvij droite , etc. Le cinquième jour, hémorrhagie par la narine gauche. Une sueur abondante termine la maladie, Après cette crise, 1l y eut un léger délire , que. des affusions d’eau sur la tête firent cesser. Le malade. mÉprAn ra point de récidive ; mais après la crise , la même Rothasie du nez se répéta à rhftiinrs reprises. |

On peut faire une heureuse application de la mé- thode analytique à l’étude des écrits d'Hippocrate, en passant du plus simple au plus composé , et il est uule de commencer cette étude par les histoires Particuhères qui se trouvent dans le premier et le troi-. sème livres des Épidémies , pour se faire une idée exacté et précise de la marche de la nature dans les maladies aiguës. On' passera ensuite à la descripuon de la constitution médicale des saisons , et on s’élevera enfin aux maximes générales renfermées dans les Pronostics et les Aphorismes (1). L'analyse du livre du Pronostic montre combien {ippocrate a réuni les vues élevées et le talent d'écrire des philosophes aux connaissances de détail sur la marche des maladies (2) : disposiuon du sujet en grandes masses distribuées dans un ordre lumineux et méthodique, correction et laconisme du style, suppression d’une

(x) Je puis citer avec éloge l'ouvrage publié récemment par M. de Mercy : Prognostics et Prorrhétiques ’'Hippocrate , traduits d’après les textes grecs et la collation des manuscrits. Paris , 1819.

(2) Qu'on examine l’ensemble et les détails de cet écrit avec les règles que Buffon a si bien développées dans son discours sur le Style, eton verra combien Æippocrale avait approfondi Part d'écrire. |

xlvii MÉTHODE D'ÉTUDIER

foule d'idées secondaires, dont 1l semble avoir laisse le développement verbeux aux commentateurs de ious les äges. | | |

Le Clerc, dans son Histoire de la Médecine , cherche à donner une idée des principes d’'Hippo- crate dans le traitement des maladies , et il cite iidistinctement tous les ouvrages publiés sous le nom de ce pére de la médecine : mas, 1°. ces livres de pratique sont très-peu corrects , soit qu'ils aient été supposés , sôit qu'ils nous soient parvenus dans un état d'imperfection ; 2°. dans ces premiers temps de l’art de guérir, les moyens curatifs pris des médicamens méritent peu de confiance , et la matière médicale n’a cessé d’être un fatras informe que par les progrès récens de l’histoire naturelle , et surtout de la botanique et de la chinnie. . |

Mon plan étant de faire connaître le véritable esprit de la médecine hippocratique , et les progrès marqués que lui ont fait faire les meilleurs observateurs dans les siècles suivans , je m'attacheraïi à faire distinguer le vrai caractère des auteurs originaux qui, en marchant sur les traces d'Hippocrate, ou en s’en écartant plus où moins, ont bien mérité de l’humanité par de nouvelles découvertes , ou bien ont altéré la pureté et la simplicité de la médeeme grecque.

Un des plus remarquables dans eette carrière, par la célébrité du nom et l'éclat des talens , est Galien, postérieur à Hippocrate d'environ cinq siècles. Sa vie, dans l'édition de Chartier (1), est pleme de petits

(x) Magni Hippocratis Coi et Claudii Galeni universa quæ extant opera, etc. Renatus Charterius, ete.

EN MÉDECINE, xhix contes et de fables ; son éducation fut très-soignée dans la maison paternelle ; il entreprit divers voyages dans la vue de s’instruire ; il fréquenta la fameuse école d'Alexandrie , et 1l fut nommé, à l’âge de trentequatre ans, médecin de l’empereur Marc- Aurèle. Une peste s'étant déclarée à Rome, il quitta cette dernière ville pour se rendre à Pergame, sa patrie, ce qui est un trait peu honorable pour sa mémoire. Sa grande passion pour l'étude , et son application assidue aux belles-letires et à la philosophie d’ Aristote sont connues. Îl était profondément nourri des principes de la médecine hippocratique , et dans tous les écrits où 1l l’a prise pour modele, 1l l’a enrichie de nouvelles vérités : c’est ainsi, par exemple , que dans le livre de Methodo medendi, ad Glauconem , ce quil dit sur le caractère et le régime des fièvres internnittentes annonce la marche sage et circonspecte de l'observateur le plus éclairé et le plus attenuf..…. Il s'était non-seulement rendu familier le traité du Pronostic d'Hippocrate , mais il en avait étendu les règles par ses propres observations (1). Il annonce d’avance une hémorrhagie du nez critique dans une circonstance éclatante et propre à lui donner une grande supériorité sur les autres médecins ; mais on doit le considérer sous d’autres rapports moins favorables. Il s'écarte de la sévère exacutude d'Hippocrate , en introduisant des divisions subules du pouls comme autant de moyens du pronostic. Dans la plupart de ses écrits , 1l fait un abus perpétuel d'explications ver-

(1) De Prœnotione , ad Posthumum , cap. 13. Chartert , tom, VIIL , pag. 850. |

Page 1