‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 12 sur 60 · MÉTHODE D'ÉTUDIER · texte numérisé non relu

MÉTHODE D'ÉTUDIER

saules et des subtilités de Ha doctrine d’Aristote ; et, pour nueux l'emporter sur ses rivaux; 1l cherche à les tourner en ridicule, et à faire voir la nécessité de l'application de la philosophie du Lycée à la médecine... Il fait plus, 1l parle avec bouflissure et avec jactance de lui-même : 1l dit (chap. 8, lib. 9, de Methodo medendi, ad Glauconem ) qu'il a montré , le premier , la vraie méthode de traiter les maladies, et qu'il a fait en médecine ce que Zrajan avait fait pour l'empire romain , c'est-à-dire qu'il en a reculé de bien loin les limites. Dans son éssor ambitieux pour dominer, quels propos outrageans, quelles saüres virulentes ne se permet-1l point contre des sectes rivales. qui osaient le contrarier !

Ce serait s’égarer dans une sorte de labyrinthe que de vouloir étudier tous les écrits de Galien , ou même simplement les parcourir, et on n’en retirerait que du dégoût et de la satiété. On doit louer le zele infaugable de Chartier, qui est parvenu à faire une édition correcte en grec et en latin des œuvres d'Hippocrate et de Galien, ou plutôt des écrits publiés sous leurs noms ; mais quel courage pour ne pas succomber sous le poids énorme de quatorze volumes in-folio! que de choses dans ces écrits qui sont condamnées à un éternel oubli dans nos bibhothéques !

1°. Les livres de Galien qui appartiennent à la médecine d'observation sont les suivans : de Locis affectis ; de Methodo medendi, ad Eugenianum ; de Arte curativä, ad Glauconem ; de Crisibus , de Diebus decretorüs, de tuendä F'aletudine , divers commentaires sur différens écrits d'Hippocrate. Dans les livres de cette première classe , on trouve d'excellentes

ÉN MÉDÉÈCINE. 1j tnaximes de pee , quoique Galien n’y perde pas entiérement de vue ses idées subtiles sur les élémiens et les facultés.

2. Les livres d'une théorie purement hypothétique et contentieuse sont ceux de Facultatibus , de Elementis , de inæquali Temperie, de Placitis Hippocratis et Platonis ; de T'emperamentis ; qudd'animi ee corporis T'emperamenta sequuntur,

. On doit méttre dans une classe moyenne Îles Fe de Galien sur la pathologie , l'anatomie , la pharmacie, et les introductions à différentes parties de la médecine ; mais, dans l’état actuel de nos connaissances , a-t-on besoin des descripuons anato— miques de Galien , ou de ses formules compliquées de médicarens ? Galien semblait né pour faire füré les plus grands progrés à la médecine d’observauon ; mais 1l fut séduit, comme les autres savans de son siècle , par l'appareil scientifique et les brillantes subülués de la philosophie d’Æristote , et suriont par la grande faveur que cette doctrine obtint de son temps à Rome, puisqu'elle fut professée publiquement. Son: ambition sans bornes et le desir d'innover finirent par l'é égarer.

Qu'il est heureux que l’on puisse opposer aux écarts brillans de Galien , la sagachié profondé et la marche sage et circonspecte d’A4rétée, qui fit l'application la plus heureuse des grands principes d'Hippoerate à la médecine , et qui en fit pour cette époque un corps de doctrine régulier et solide, en les soumettant dé nouveau à ou de l'expérience l.... Peut-être qe aucun médecin n’a mérité plus que lui d’être placé a côté d'Hippocrate.... Dans quel siècle a-tl vécu ,

ki; MÉTHODE D'ÉTUDIER dans quel lieu a-t-1l exercé la médecine ? Sans cher cher ici à dissiper ces savantes obscurités , je renvoie à la préface que Wigan (1) a mise à la tête de son ouvrage , et aux remarques qui Ont été ajoutées par Haller lui-même. Je me bornerai à quelques traits qui peuvent le caractériser. Style grave et senteneux comme celui du père de la médecine, descripton vive et pittoresque des phénomènes des maladies, avec toutes les circonstances des périodes de l’âge, de l'influence des saisons et des climats, etc. ; attention soutenue d'isoler l’histoire des maladies: et de l’approfondir avant de parler du traitement ; application des principes de l’hygiène sur l'air, le régime , l’exercice, etc., au rétablissement de la santé... Quel tableau touchant et animé présente, par exemple, sa description de la phthisie ! Dans le traitement de la phrénésie , avec quel soin ne fait-il point éviter les impressions les plus légères sur les organes des sens !.. S'agit-il de la faiblesse des organes de la digestion , 1l recommande surtout des promenades régulières , la déclamation à haute voix , la gestation dans les lieux plantés de lauriers, de myrtes, etc., des fricüons “sèches, le jeu du ballon ou autres semblables... Arétée, comme tous les auteurs originaux, a dédaigné le titre de compilateur, et sa manière d'écrire annonce qu'il n’a traité que des maladies qu'il avait observées.

On doit louer aussi Celse d’avoir suivi la direction æt la marche de la médecine hippocratique , et d’avoir

(1) Artis M edicæ Principes, etc., recensuit Albertus Halder , tom. V.

EN MÉDECINE. hi

écarté avec soin de ses écrits tout raisonnement vague, tout esprit d’hypothèse. On sait qu'il vécut sous les règnes d’Æuguste et de Tibère , et qu'il a paru pro-

5 5 Lines: PAPE

fiter, soit des découvertes faites en anatomie par Erasistrate et Hérophile, soit des progrès que la

Re Vétee médecine externe avait faits dans la fameuse école d'Alexandrie. On peut voir ces détails dans la préface que Haller a placée à la tête des écrits de ce médecin (Artis medicæ Principes , 8 vol. ). J’ajouterai seulement quelques réflexions sur les préceptes d’hygiène qu’il a rédigés avec tant d'élégance et de clarté, sur

sa pathologie interne où description de certaines mala-

dies , et sur ses principes généraux de traitement des maladies. 1°. L’hygiène remonte jusqu'au temps des plus anciens philosophes , puisque l'institut de Pytha-

gore paraît fondé sur ses principes ( J’oyages du jeune

Anacharsis, tom. VI); mais Celse à eu l’avantage d'en faire un corps de doctrine trés-précis, et d’en tracer les divers préceptes avec toute la pureté de la langue latine. 2°. Quelque soin qu'ait mis Celse à nous donner une compilation des plus élégantes de la médecine hippocratique , on voit avec regret qu'il a trés-peu insisté sur l’histoire et la déterminauon du

vrai caractère des maladies internes, et cette remarque

n’a point échappé à la sagacité profonde de Stahl ; ce

qui confirme de plus en plus l'opinion qu'on a que Celse n’a jamais exercé la médecine. 3°. La diététique appliquée au traitement des maladies est une parue sur laquelle Celse s’est encore distingué, en faisant faire de nouveaux pas à la médecine bippocratique. Tout ce qu'il dit sur les variétés de la manie, et sur la conduite qu'on doit tenir à l'égard des ma-

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F hv MÉTHODE D'ÉTUDIER

niaques annonce sa sagacité ; mais les formules de médicamens, pour la médecme externe et interne , se ressentent du siècle où il a vécu , et on sait qu’en général ces moyens curatifs n’ont acquis de la jusiesse et de la précision que par les progrès récens de la chimie et de la botanique.

L'excellent jugement de Celse se manifeste par la discussion des principes du traitement adopté par eertames sectes de médecins , et par son adhésion aux maximes antiques de Pexpectation. Après avoir rapporté, v. g. (liv. IE, chap. IV}, Ja méthode singulière suivie par Æsclépiade dans le traitement des ficvres , il ajoute qu'il faut, à la vérité, être circonspect sur l’usage des médicamens et des purgatifs, et qu'il faut seulement diminuer la matière morbifique , quu se dissipe ensuite par les forces de la nature et indépendamment de tous les secours de l’art.

C’est la destinée éternelle de la vérité d’être en proie à la division des sectes, et d’être défigurée par l'esprit de parti. Parmi les successeurs d'Hippocrate , les uns , en admettant la nécessité de l'observation , pensent que les principes de nos corps , la structure des parues , les causes soit cachées soit mamiféstes des maladies , doivent étre connus des médecins , et cé sont les Dogmatistes. Bientôt l'abus qu’on fait du raisonnement jette dans un excès OpPOsÉ ; et donne nassance à la secte des Empiriques, qui soutiennent qu'on ne doit s'attacher qu'aux résultats simples de l’observauon et de l'expérience : différence extrême entre V empir isme borné et la médecine pe En ET qui consiste à observer avec attention , à ne s’en rapporler qu'à des signes sensibles , à répéter plusieurs fois les

EN MÉDECINE. lv observations, à noter les’ résultats généraux ou paruculiers des faits observés , à tenir compte de la consttution individuelle, de l'influence des saisons et des climats , des périodes des âges, ete. : c’est à la médecine hippocratique. Les divisions entre les Dogmaustes et les Empiriques donnent lieu à la secte des Méthodistes , qui prennent le milieu entre les deux autres sectes rivales, mais qui, pour se disuinguer par une innovation remarquable , réduisent les maladies. à trois classes générales, suivant Pétat de constriction ou de relâchement des solides , strictum , laxum'et mixtum.... C'est sur ces principes qu’ils fondaient les méthodes de traitement, en admettant cependant les diverses périodes des maladies d'Hippocrate. Soranus d'Ephèse, qui vécut d’abord à Alexandrie, et ensuite à Rome, sous l’empirede 7rajan, nuit la dernière main au système des Méthodistes. Tous les critiques s'accordent à regarder les écrits publiés sous lernom de Céælius Aurelianus ëéomme étant propres à Soranus.... Ces écrits paraissent avoir été traduits du grec en latin, avec trés-peu de changement. Contraste frappant entre Celse et Cælius Aurelianus pour le style : autant le premier a écrit avec toute la pureté. et l’élégance de la langue latine , autant l’autre parle un langage incorrect et souvent barbare. Mais Cælius Aurelianus a fait fare de nouveaux pas à la médecine hippocratique , en perfectionnant la partie descriptive des maladies; c'est un modèle à suivre pour la justésse et l'exactitude du diagnostic... Qu'il parle de Ja catalepsie , 1l rapporte ses causes antécédentes , ses signes précurseurs , ceux qui annoncent un changement en mieux ou en pire,

Ivj MÉTHODE D ÉTUDIER

sa dégénération en phrénésie ou en léthargie, ses rap ports de ressemblance ou de dissemblance avec l’apoplexie , hystérie, une affection vermineuse..… La léthargie, la phrénésie, la péripneumonie et la pleurésie portent dans ses écrits le même caractere, et leur histoire ne présente qu'une descripuon exacte et rigoureuse des faits observés... On doit encore savoir gré à Cælius Aurelianus de nous avoir conservé plusieurs fragmens des écrits des plus célèbres médecins de l’'anuquité, de Diocles , de Praxagore , d'Erasistrate, d'Erophile, de Sérapion , d Héraclide. de Tarente, d'Asclépiade, de Thémison , et de nous avoir fait connaître leur pratiqué , avec des remarques critiques plus ou moins judicieuses..….. Il est facile de senur ce qu'il peut y avoir de vicieux dans les principes de traitement , lorsqu'il les rapporte seulement au sérictum et au laxum..: Mais la doctrine des cycles appliquée au traitement de certames maladies chroniques tient à des vues profondes sur l'organisme, et mériterait encore d’être renouvelée avec les restricuons des temps et des lieux... On entend par cycles des Méthodistes un certain ordre, une succession ou des alternatives, soit de médicamens , soit de moyens diétéuques ou des exercices de la gymnastique ; combinés pour produire un effet déterminé et durable sur le corps vivant. L'un de ces cycles était destiné à changer la constitution individuelle, et portait le nom de métasyncritique , où le nom barbare de récorporalif ; Vautre , qui était propre à opérer une augmentation graduée des forces, s'appelait résomptif. Les Méthodistes employaient alternativement ces cycles en commencant tantôt par l’un, tantôt par l’autre :

EN MÉDECINE. Ivi on peut en voir un exemple dans le traitement de la .céphalée (Morborum chronic. lib. 1, cap. T). |

Je m’étendrai peu sur les écris d’4lexandre de Tralles , qui a euaussi la gloire d'agrandir par ses propres observauons le champ de la médecine grecque , et qui a vécu vers le milieu du quatrième siècle. On peut, consulter sur cet auteur les préfaces de Freind et de aller, qui sont à la tête de ses ouvrages ( Artis med. Princip. iom. VI). Observaieur exact et plein de candeur , écrivain élégant et pur , 1l a eu la sage attention .de ne publier ses écrits qu'après avoir acquis toute la maturité de l’âge et de l'expérience. Il excelle aussi dans le diagnostic des maladies : avec quelle sagacité ne fait-il pas distinguer la pleurésie de l'hépatite par les. symptômes qui.leur sont propres !.... S'il s'agit d’une hémopiysie.;. quelle sage retenue n’inspire-t-1l point en faisant rechercheravec un soin scrupuleux quel “peut être le siége du mal, en distinguant si cette hémopiysie vient d’une rupture des vaisseaux ou d’une ulcération, si le sang provient de l’arriere-bouche ou du. thorax! Il manifeste aussi les principes les plus sans dans l’exposition du traitement méthodique des maladies ; 1linsiste beaucoup sur les règles du régime, les bains, les onctions ,:etc. C’est ainsi, par exemple’, que, dans le traitement de la fièvre tierce , il recommande lusage des fruits doux ; comme + raisin , des inelons ; que des préjugés mvétérés faisaient proscrire. Mais si, d’un autre côté, son esprit ést nourri des principes.de la méthode hippocratique , 11 n’en est pas moins ardent sectateur des subules théories de Galien , puisqu'il parle sans cesse des intempéries du froid, du chaud, de l'humidité , et qu'il prodigue également

lvuj MÉTHODE D'ÉTUDIER

Je titre de trés-divin à Gahen et à Hippocrate. Sa matère médicale est quelquefois tres-chargée , et elle abonde en médicamens somptueux, ce qui suppose qu'il exerçait la médecine surtout parmi les gens les plus riches etles plus: opulens...: Il à aussi payé son tribut de faiblesse à l'humanité , et participé aux er reurs de son siècle sur les enchantemens et la magie. Les ouvrages d'Alexandre de ‘Tralles | comme ceux des RATE auteurs , ne doivent être lus et médités qu'avec, les principes d une saine critique.

Dans l'horizon immense que j'embrasse, je n’arrête pour ainsi dire ma vue que sur les points les pré saillans ,; c’est-à-dire , que je cherche seulement à éaractérisér les auteurs originaux quiontenrichi la médecine d'observation et lux ont fait faire de nouveaux progrès. Je ne dois done pas faire entrer dans mon plan les écrits

d'Aetius , de Paut d Egine, d'Oribase , qui ont très- -peu observé pareux-mêmes, et qu'on ne doit guère mettre que dans la seconde classe des compilateurs , quoique leurs écrits méritent d'être consultés, et qu'ils rénferment des objets précieux sur la médecine ant que... Après Alexandre de Tralles | la: médecme d'observation ; ainsi que toutes les autres sciences naturelles, paraît comme suspendue dans sa marche par l'état dé guerre, de barbarie et d’ignorance où l'Ewrope reste plongée pendant une suïe de siècles... Lés auteurs originaux ne se ‘trouvent guére que’ dans la bibliothèque d'Alexandrie... Difficulté extrême d’en obtenir des copies... Exercice de l'art borné à un pur emplrisme et confié au clergé... A cette nuit profonde succède un léger crépuscule vers le huitième siècle... Les Arabes, après leurs incursions en Afrique

EN MÉDECINE: Lx et en Espagne, avaient fixé leur demeure à Cordoue ; là , comme à Bagdad en Perse , ils avaient bäu une belle mosquée , un grand hôpital, un collége , et la fameuse bibliothèque de lEscurial, remplie sans doute des débris de celle d'Alexandrie, saccagée vers l'an 640 de l'ère chrétienne... C’est l’école de Gordoue qui donna naissance à celle de Salerne , vers le commencement du onzième siècle , età celle de Montpellier vers la fin du dourième... Mais la restauration de la médecine grecque est due priñcipalement à Ja Faculté de médecine de Paris, qui alla aussi puiser la connaissance. des auteurs originaux dans: l’école de Cordoue, dès le douzième siècle, étqui emprunta de l'école de Salerne les principes de la diététique. On sait. que les divers auteurs arabes qui ont écrit avant cette époque sont Fali-Abbas ; Rhazes , Avicenne,, Avenzoar, Averrhoës, Albucasis. Mais quetrouve-t-on dans leurs écrits? de pures compilations des anciens’, et une sorte de débordement d'explications scolastiques prusées dans la doctrine de Galién: et d’Aristote. De tous, ces amas de volumes, 1l ne reste que quelques pages de Rhuzes sur.la petite-vérole, qui offrent des recherches nouvelles et quelques traits de la médecine d'observauon... À quoi aboutissent done tous les efforts -de l'esprit humain qüand il erre sans méthode, et qu'il est détourné de sa route naturelle. ?

. Ge ne fut que par des progrès lents et successifs, qu'à compter du douzième sièclé, la:médecme grecque fut connue dans’ l’université de Paris ; elle le fut plus généralement encore à l’aide de linvenuon admirable de limprimerie, vers la fin du. quinzième siècle... On doit rendre hommage aux lumicres gt è

Ix MÉTHODE PÉTUDIER |

au zèle infatigable qu'a montré cette célèbre école pour préparer par degrés et assurer l'empire de la médecine d'observation (1). Mais, pour juger sainement de l'esprit de ces temps, surtout au renouvellement des sciences en Europe , 1l faut rappeler ce que d’Alembert dit à ce sujet dans le discours préliminare de l'Encyclopédie : « L'étude des langues » et de l’histoire, abandonnée par nécessité durant » les siècles d’ignorance , fut la première à laquelle » on se livra. L'esprit humain se trouva, au sortir » de la barbarie , dans une espèce d'enfance avide » d'accumuler des idées , et incapable pourtant d’en » acquérir d'abord d’un certain ordre , par l’espèce » d’engourdissement où les facultés de l’ame avaient » été si long-temps. De toutes les facultés , la mé- » moire fut celle qu'on culuva d’abord , parce qu’elle » est plus facile à satisfaire ; on ne commenca donc » point par étudier la nature, ainsi que les inven- » teurs avaient dû faire. Les ouvrages des anciens » commencalent à être communs , et On croyait n'a- ». voir qu'à lire pour devenir savant. Ainsi on dé- » vora Sans distinction tout ce que les anciens nous » avaient laissé ; on les traduisit ; on les commenta , » et, par une espèce de reconnaïsgian Ce ; On se mit » à, les adorer; sans connaître à beaucoup près ce » qu'ils valaient. » Ce que d’Alembert dit des sciences en général s'applique très exactement à la médecine grecque. Dès le seizième siècle, on étudia

(1) Notice des Hommes les plus célèbres de la Faculté de Médecine en l’Université de Paris , depuis 1110 Jusqu'à 1700, ele. , par Jacques-Albert Hazon. Paris, in-4°. ?

EN MÉDECINE. Ixj avec une ardeur extrême les ouvrages des médecins grecs , dont on venait de donner des éditions correctes à Venise , à Rome , à Paris... Une foule d’éditeurs , de commentateurs, de scoliastes citaient des passages d’'Hippocrate et de Galien comme autant d’oracles, et se tourmentaient nuit et jour pour expliquer le sens obscur d’un terme grec , ou pour concilier des textes contradictoires. Les plus distingués, comme Mercurialis, Prosper Martianus, Duretus, Balonius , Hollerius, etc. , nese ont l’'obseryatlon dus maladies que pour mieux pénétrer le vrai sens des auteurs grecs, mais peu dans la vue de Îles recüufier , ou d'étendre: par de nouvelles recherches le champ de l'observation... Ce fut surtout le Galénisme qui fut funeste aux écoles, et qui donna prise aux violentes diatribes des Paracelsites, où de ce qu'on appelle la secte des faux chimistes , qui jura pour ainsi dire la perte de la médecine que , Mais qui n'eut à lui opposer que des théories insensées d’une vaine chimie. |

Paracelse , esprit fougueux et violent, doué d’une imagination déréglée , fut habile à s’entourer d’un appareil scienufique de chimie pharmaceutique, et à capter les suffrages d’une multitude bornée et amie du merveilleux. Il emploie des termes nouveaux et bizarres pour que ses disciples puissent y attacher un sens mystérieux. Il prétend renverser la pathologie interne , et divise toutes les maladies en cinq classes : 1°. ens Dei, maladies qui viennent de Dieu ; 2°. ens astrale, maladies qui viennent des astres ;. 3°. ens naturale, celles qui vienuent du vice de la nature ,-4°, ens pagoiçum , maladies d'imagination

Buÿ MÉTHODE D'ÉTUDIEÉ

ou par enchantement ; 5°. ens veneni, maladies qui viennent d’une matière vénéneuse où interne ou externe. Ceux qui voudront avoir une juste idée des opinions folles et des absurdes visions de Paracelse, peuvent consulter un ouvrage de Sennert, qui a pour ütre : de Chimicorum cum Aristotelicis et Galenicis consensu et dissensu , m=-4°, Wirtemberg , 1629. On peut donc juger avec quel peu de fondement Honlaigne a avancé que Paracelse avait changé et renversé la médecine grecque.

La lutte qui s'était établie entre les faux Chimistes et les Galénistes était également propre à dégoüûter des deux sectes , et à faire sentir la- nécessité de reprendre le fil de l'observation hippocratique , abandonné depuis un si grand nombre de siecles..… Il ne fallait qu’un homme de génie pour donner une nouvelle impulsion aux esprits. Sydenham paraît vers la fin du dix-sepuième siecle. Profondément nourri de ce que la doctrine des anciens offre de plus excellent, mais plein du sentiment de ses forces , et aimant à penser par lui-même, il se fraye une nouvelle route dans la description des maladies et de la constitution médicale des saisons. [l apprend à distinguer les ma- Jacies qui üennent à des qualités connues de l’atmosphère, comme le froid, le chaud , les vents , etc. , et celles qui dépendent de certaines altérations cachées et inexphicables du même air atmosphérique, et qui, aprés avoir réoné vers l'équinoxe d'automne , contunuent à dominer le reste de l'année, et impriment un caractère particulier aux autres maladies intercurrentes. Ses recherches furent continuées pendant quinze années de suite avec une constance et urie finesse

EN MÉDECINE. . Ixnj d'observation dignes des plus beaux jours de la médecine grecque , et on ne peut que l’admirer , quoiqu'il ait mêlé quelques opinions hypothétiques aux vues générales qu'il expose. Sa pratique est bien loin de mériter les mêmes éloges ; et comment concilier avec les principes éternels de la force médicatrice de la nature, ce qu'il dit au sujet du traitement de la pleurésie, qui, suivant lu , ne peut être guérie dans un adulte qu’en lui faisant perdre quarante onces de sang par des saignées SUCCESSIVEs ? Comment a-t-1l pu , avec un jugement aussi sain, se ranger du paru de Botal , et proposer la saignée, même contre la peste ? |

Baglivi, quoiqu'avec moims de titres que Sydenham au vrai génie et au caractère d’auteur original ; mérite cependant d’être remarqué parmi les auteurs qui, vers la fin du dernier siècle , ont secoué le joug du Galénisme , et puissamment eoncouru à rétablir la médecine d'observation sur ses fondemens antiques. « Ce n’est point un homme , c’est la nature qui parle » par la voix d'Hippocrate» , dit-1l au commencement de son premier livre. Dans un autre endroit, parlant de la médecine grecque , il dit: Æistorica et mascula Græcorum disciplina. K se déclare par-tout avec force contre les théories spéculatives , et l'esprit contentieux des auteurs arabes , des Galénistes et des parüsans de Paracelse et de Van-Helmont. Aucun auteur n’a autant insisté que lui , et n’a donné des préceptes plus judicieux sur la méthode à suivre pour se diriger dans la carriére de lobservation.

Dans l'exposition qu’il fait des obstacles’ qui ont retardé les progrès de la saine médecine , il cite en

iv MÉTHODE D'ÉTUDIER

détail , 1°. la dérision imepte ou la négligence de l'étude des anciens ; 2°. des préjugés ou des opinions fausses ; 3°. un faux genre d’analogie et des comparaisons incomplètes ; 4°. le défaut de méthode dans l'étude; 5°. une interprétation mal entendue des auteurs , et la manie éternelle des hypothèses ; 6°. l’intermission de lexposiuon des maladies en langage aphoristique. C'est à la suite de ces préceptes qu’il rapporte le résultat de ses propres observations dans les hôpitaux sur diverses maladies , avec des rapprochemens fréquens de la médecine des anciens ; mais, par un-contraste dont l'esprit humain offre si souvent des exemples, 1l s’écarte [lui-même , dans son Traité de la fibre motrice , des règles qu'il avait données, et il se livre à des opinions hypothétiques sur un prétendu mouvement systaltique de la dure-mére, dément dans la'suite par des expériences directes de Lamure, Haller et autres anatomistes. On sait aussi que des observations du docteur Serrao , médecin de Naples, ont détruit tout le merveilleux du tarentisme , c’està-dire des symptômes singuliers que Baglivi attribue à la morsure de la tarentule, et qu'il prétend être guéris par la musique et la danse. On ne doit guere regarder les écrits de Baglivi que comme les essais d'un homme doué d’un grand talent et d’un jugement exquis , mais qu'une mort prématurée a enlevé au moment Où 1l commencait à réaliser son projet de réforme de la médecine.

Stahl paraît avec cette fierté de génie qui dédaigne les routes frayées , et avec cette solidité de jugement qui maîtrise une imagination ardente : il ne veut rien devoir qu'à l'observation et à l'expérience ; il com+

ÈN MÉDECINE. Îxv merice par s'entourer de bonne heure des lumières accessoires , soit des sciences physico-mathématiques et de la chimie , soit de l’anatonue humaine et de la zootomie……. Îl s'élève ensuite aux sources pures de la médecine grecque, non pour la suivre avec une admiration timide et servile , mais pour y puiser des idées mères et originales , et les féconder par les réflexions les plus profondes et l'observation la plus atténtive des phénomènes des maladies. Ce sont surtout les maladies chroniques qui lui ont ouvert un champ fécond pour de nouvelles recherches... Les anciens avaient reconnu , à la vérité, que, dans les maladies, 1] y a des mouvemens de la nature qu'on ne doit pas du tout craindre , puisqu'ils tendent à repousser l'atteinte des puissances morbifiques. On sait qu'ilsrappellentsouvent dans leurs écrits {eurs mouvemens critiques, la succession des périodes des maladies , les tendances et les efforts salutaires de la nature , les moyens subsidiaires qui peuvent venir à son aide , une sorte de ministère et d'obéissance à ses lois. Des expressions semblables , dit Stahl, renferment de grandes vérités; mais il restait à rassembler et à bien caractériser les formes variées , les combinaisons et les successions de ces mouvemens salutaires de la nature dans les divers genres de maladies, et c’est la tâche que s’est proposé de remplir un des hommes les plus extraordinaires du commencement de ce siècle , autant en chimie qu’en médecime. La grande célébrité qu'il acquit bientôt dans l’enseignement public, et la foule de disciples qu'il attira à Jéna en Saxe pour l'entendre, l’'animérent d'un nouveau zèle... {Il indiquait à ceux qui marquaient le plus de talens et d’ardeur, des objets paru

Fr

Ixv] MÉTHODE D'ÉTUDIER

culiers à traiter , et de là est résultée une précieuse collection de thèses soutenues sous sa présidence. Pour en donner une idée, je vais joindre ici les'titres de quelques-unes de ces Dissertations : Distinctio mixti et vivi, Motus tonicus vitalis , de Motu humorum spasmodico , Autocratia nature , Synergia nature sde Morbis ætatum, de Temperamentis , de Infrequentiä morborum, de ver& Ætiologiä morborum , de Vend Porté port& malorum , de Motu sanguinis hœmorrhoidalis, de Hœmorrhoidibus internis et externis, de Podagræ novä pathologiä, de Insoditis mensium viis, de Febribus , de Morbis habituudibus , de Consuetudinis efficaciä, de Morbis contumacibus, de Anomaliis motuum , etc.

Stahl s'était hvré à l’enseignement pubhc des l’année 1084, et ce ne fut qu’en l’année 1730, c’est-à-dire aprés avoir acquis toute la maturité de l'expérience , qu'il développa ses principes de la médecine expectante (4{rs sanandi cum expectatione , etc.) , en réponse à la satire virulente de Gédéon Harvey, et au sens détourné et dérisoire que celui-ci donnait à la médecine d’expectauon. Il est facile de voir qu’à mesure quil a avancé dans sa carrière, son septicisme sur la vertu des médicamens n’a fait qu’augmenter ; mais Ce n'était qu'à mesure aussi que l'esprit d’observaton et une étude profonde de la médecine lui découvraient toute l'étendue des ressources de la nature en approfondissant l’histoire des maladies. L'exposition de ses principes généraux de pathologie parut peu après dans un ouvrage qui a pour ütre : T’heoria medica vera ;n-4°. Les grandes découvertes de Stahl en chinue, .et la gloire d’avoir été le restaurateur de cette

EN MÉDECINE. vi

science en même temps qu'il portait des vues si pro fondes sur les lois de l'économie animale , lui assurent ‘une supériorité rare , et lui méritent un nouveau degré d'adnnrauon..... Mais il faut avoir du courage pour

dévorer toute l’âpreté de son style germanique, et aller chercher quelques points lumineux de doctrine à

travers une stérile redondance de termes peu harmo-

nieux et du langage de l’école.

Dans la médecine , comme dans toutes les autres sciences naturelles , nul spectacle n'est plus instructif et plus propre à exciter l’émulation que celui de la succéssion et de la marche progressive des lumières. Souvent ce qu’un auteur célèbre à omis est trouvé par un autre, et devient un des plus beaux titres de sa gloire... Stahl, en suivant ses principes dans l’ouvrage déjà cité, fait regarder en général comme superflu l'usage du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes , et il omet de parler de cé qu’on appelle fiévres intermittentes malignes ou pernicieuses , dans lesquelles il est prouvé, par les expériences les plus précises et les plus répétées , que le quinquina seul peut sauver la vie du malade : c’est surtout à Morton et à Torti ( 1) que nous devons ces connaissances. On entend par fièvres intermittentes pernicieuses celles qui offrent en apparence un caractère de bénignité par leur intermittence , et qui sont cependant marquées pendant l'accès , par queïques symptômes des plus violens et des plus dangereux, comme des superpurgations, des cardialgies, des syncopes ,

(1) Francisci Toré > etc, Therapeutice specialis ad febres

periodicas perniciosas , ec. , in-/°.

Ixvu} MÉTHODE DÉTUDIER

une affection comateuse, etc. T'orti en distingue sept espèces, selon la prédominance de quelques-uns de ces symptômes durant l'accès , et la forme simulée d’une affection connue. Il est prouvé par des événemens malheureux souvent répétés que, dans ces fièvres, le! quatrième ou le cinquième accès est souvent mortel,

et que par conséquent on ne peut le prévenir et sauver le malade qu’en faisant prendre pendant l'intermission le quinquima en substance , à la dose d’une ou deux onces où même davantage. Les observations de Toru sont un modèle d’exacutude et de justesse.

Une juste admiration pour les anciens ne doit point. faire dissimuler qu'ils n’ont eu que très-peu de Ju-. mières sur les vices organiques ou maladies des VIS— cères , dont le diagnostic est appuyé sur la comparaisO des symptômes avec les résultats de l'ouverture de corps. Ce nouveau genre de recherches , réservé au modernes, suppose d’ailleurs un siéele où l'anatomie añi déjà été perfecionnée..…. LeS cpulchretum de Bonet, par l’inexactitude et le peu de choix des observations par ses détails superflus et le défaut d’une saine critique n'offre guère qu’une esquisse fort imparfaite...... Li gloire de cette grande et iumortelle entreprise rest toute entière à Mofgagni, quia joint aux avantages d’un érudition choisie et d’un jugement exquis les connais sances les plus profondes de lanatomie pathologique. | Egalement propre aux travaux de lamphithéätre et. une rédaction soignée et correcte des faits observés, il eu l’art de rapprocher, avec une sagacité rare, plusieu cas particuliers analogues , et d’en faire ressorur des y) rités générales. Son excellent livre de Causis et Sea bus morborum per Anatornen investigatis ; Sera Lot

EN MÉDECINE. Jxix Jours recherché et médité tant que le bon goût et la saine raison présideront à l'exercice de la médecine , quelques progrès qu'on ait faits depuis cette époque dans l'anatomie pathologique.

Le reproche mérité qu'on a fait à Boerhaave d’avoir sbusé, en pathologie, des raisonnemens pris de la mécanique , ne doit point faire oublier les services signalés qu'il a rendus à l'humanité, puisque l'impulsion qu'il a communiquée Vers le commencement du dix-huitième siècle pour la médecine d’observation dure encore, et que ses nombreux disciples l’ont transmise dans toutes les contrées de l'Europe. Son éloge par Fontenelle me dispense d’entrer ici dans les détails de sa vie et en effet, quel riche fonds pour un

et moderne , offre un chef-d'œuvre pour lart de Ra rédaction, l'étendue des connaissances et la correction du style. Mais cela suffit-il pour occuper un des premiers rangs en médecine » et être placé dans la ligne des inventeurs? Il n’est pas moins vrai que l’histoire détaillée qu'il donne de deux cas de pratique trésrares , atteste un talent pour l'observation porté au plus haut degré , et qu'il offre un modèle de méthode des- Criptive et d’une exactitude sévère dans l'ex position des faits. Quel hommage éclatant ne rend-il point à Ja doctrine des anciens, dans son discours si connu , de commendando studio Hippocratico ! Sa gloire est cn

lxx MÉTHODE D'ÉTUDIER

core plus assurée en chimie , quand on se reporte à. F époque où ses écrits sur celle science ont été pubhés, et qu'on Hit avec attention ses dissertations sur le feu, sur l'air, ses travaux sur Ja chimie végétale , son his-: toire de la fermentation : peut-être même que personne n'a manifesté plus de génie que lui pour la physique chimique et expérimentale.

Une lecture attentive d’un discours académique de Bocrhaave ( Oratio de Usu ratioctnii mecanicii in medlicind ) atteste que cet auteur avait été séduit par une application spécieuse des principes de Ja mécanique faite par Borelli (1) à la détermination des forces motrices du cœur et des artères, au mécanisme des sécréuons , ele, Plusieurs autres auteurs @tels que Bellini, Pitcairn, Keïll, Halles, Jurin, Michelot , etc., ont donné encore une plus libre carrière à leurs opinions en parlant du résultat de diverses expé= riences tentées sur les animaux. Sauvages, qui s'était

(1) On doit d'abord distinguer dans l'ouvrage de Borelli (4e Motu MT publié en 1679, la première partie, qui a pour objet les mouvemens A de flexion et d'extension des membres des animaux regardés comme autant de leviers mis en jeu par l’action contractile des muscles. Cette partie offre des exemples nombreux d’une application ingénieuse des principes de la mécanique à la théorie de la progression , de 14 station, du saut, de la natation des mammifères, du vol dés oiseaux , etc. Mais la deuxième partie, qui traite de la circulas tion du sang, de la détermination des forces motriees du cœul et des xviérés : des mouvemens, delarespiration, du mécanisme des sécrétions , de la génération des animaux , etc., n'offre qui des résultats vagues, sans aucune évaluation exacte, etne peu

que répandre de or lumières sur les lois gén des fon tjons organiques,

EN MÉDECINE. Ixx} élevé À peine au-dessus des notions élémentaires de géométrie et de mécanique, prodigue encore plus ces explications scientifiques dans sa Nosologie , ses notes à la traduction de lhémastatique de Halles, et surtout dans deux Dissertations particulières , l’une sur la théorie de l'inflammation , l’autre sur celle de la fièvre considérée d’une mamière générale. Mais quelle incohérence d'idées dans ces applicauons ! que d'assertions gratuites ! et peut-on les lire sans dégoût quand on s'est formé un goût épuré par l'étude de la géométrie ancienne et moderne et la connaissance des chefs-d'œuvre en ce genre , qui seront à jamais la gloire de l'esprit humain ? Et n'est-on point autorisé à penser que la culture des sciences exactes exerce sans doute une heureuse influence sur l'étude de la méde-

cine, en communiquant à l’entendement une plus

grande justesse et un tact plus sûr pour distinguer les résultats manifestes de l'observation de ceux qui sont encore équivoques, douteux ou tres-obscurs ? Mais je dois ajouter que leurs principes ne peuvent être nullement

appliqués à l’histoire et au traitement des maladies , et

que tous les efforts qu'ont faits dans le dernier siècle les auteurs dont je viens de parler n’ont abouti qu'à faire voir combien leurs prétentions étaient vaines , en exceptant toutefois la première partie de l'ouvrage de Borelli , et les théories physico-mathématiques de la vision et de l’ouïe. J’en appelle d ailleurs au jugement

de tous les vrais géometres pour mettre a leur place

ces sortes d'ouvrages. « On a voulu réduire en calcul » jusqu'à l’art de guérir, dit d’ Alembert, et le corps » humain, cette machine si compliquée, a été traitée » par nos médecins algébristes comme la machine la

Ixxi) MÉTHODE D'ÉTUDIER

» plus simple et la plus facile à décomposer. C'est une » chose singulière de voir ces auteurs résoudre d’un » trait de plume des problèmes d'hydraulique et de » statique capables d'arrêter toute la vie les plus grands » géometres. »

Il était curieux de suivre , durant la dermière moiüié du 18° siècle, les suites de l'impulsion qu’avaient donnée aux études médicales en Europe le, génie et la grande célébrité de Boerhaave. Le servile commentateur de ses Aphorismes avait beau les prôner dans l’université de Vienne et les charger de longues notes et d'explications mécaniques ; Dehaën, en médecin profond, se garantit du prestige , et 1l suivit sans dévier la marche sévère de l'observation dans ses lecons cliniques ( Ratio medendi, etc.) destinées à éclairer certains points de l’histoire et du traitement des maladies, exemple suivi ensuite avec gloire par Stork, Collin et Sioll, ses successeurs. Cullen , médecin célébre d'Edimbourg, reconnaît avoir puisé les premiers principes de médecme dans les écrits de Boerhaave ; mais dans la préface deson ouvrage (First Lines of the practice of the physick ) 11 en fait une critique judicieuse , et il en expose avec sagesse les imperfections etles défauts. Mais il se livre lui-même, dans le cours de son ouvragé , à d’autres subulités vaines , et il croit pouvoir dévoiler pleiement le mode de génération et la cause prochaine des fièvres, des inflammations et autres maladies, au lieu de se proposer simplement d'en décrire l’histoire. L'école de Montpellier , digne d'entrer en concurrence avec celles de Vienne et d'Édimbourg, avait éprouvé un changement de doctrinc depuis la mort de Sauvages , et les théories mé-

EN MÉDECINE. Jxxn]

caniques étaient entiérement proscrites de son enseignement. Bartheèz donnait (en 1 776 ) des lecons publiques sur la physiologie et la matière médicale, et joignait à l’éclat d'un vrai talent l'érudition la plus vaste et l’élocuuon la plus facile. Venel , chimiste habile et profond , enseignait avec éclat la matière médicale ; lexact et judicieux Lamure faisait admirer la netteté et la précision de ses idées dans des discussions académiques , et Charles Leroi, aussi partisan éclairé de la médecine hippocratique que physicien pénétrant, concourait également à la gloire de l’université de Montpellier deptus long-temps si célébre (1). Quel grave sujet de méditation pour un jeune médécin avide de s'instruire et nourri de l'étude des sciences exactes , que cet ensemble d'enseignement public comparé avec la marche qu'on suivait dans d’autres sciences, et les maximes de la médecine antique !

Il restait , pour coordonner la marche à suivre en médecine avec celle des autres parties de l’histoire naturelle , à faire une étude approfondie de leur méthode comme objet de comparaison , et à apprendre à saisir avec justesse toutes les fausses routes qu’on s'était frayées dans l’histoire et le traitement des maladies, et l’exécuuon de ce plan pouvait-il avoir lieu autre part que dans la capitale ? C'était moins dans les livres que dans les amphithéâtres qu'il fallait saisir des détails et l’ensemble de tout ce que la structure et la confor-

(1) Durant un séjour de quatre années que je fis à Montpellier, c'est-à-dire, depuis 1774 jusqu’à la fin de 1578 , je me bornai à fréquenter les cours publics de médecine , à suivre la pratique des hôpitaux, et à remonter aux vrais principes de la medecine ancienne et moderne.

Jxx1v MÉTHODE D'ÉTUDIER

mation du corps de l’homme pouvaient offrir d’admirable , en l’éclairant surtout par des recherches de zoologie, C'était en étudiant avec som la collection la plus riche et la plus profondément combinée des végétaux de l’ancien et du nouveau monde, qu'on pouvait justement apprécier le système fécond et régulier qu: les enchaîne et qui est le fruit de plus d’un siécle d'observations et de recherches. N’avais-je point encore d’autres modèles à me proposer dans la série des découvertes faites dans la physique expérimentale , comme dans l'analyse chimique des substances VÉLÉ— tales et animales ? ne m’ouvrait-elle point une double source d'instruction, soit par des exemples nombreux d'une juste application à la science médicale , soit pour apprendre à décomposer un objet compliqué dans ses élémens simples , et à parvenir dans la suite à la détermination des divers genres de maladies et aux résultats que peuvent donner leurs réumions :yarices ? Un attrait particulier pour l'étude des partics les plus élevées de la géométrie entrait dans cette sorte d'Encyclopédie des sciences naturelles , autant pour remonter aux vrais principes de chacune d'elles en les cultivant séparément, que pour éviter des notons superficielles et confuses, et surtout pour planer au-dessus de l’immensité de volumes que le faux savoir ou le charlatanisme ont sans cesse fait naître ans ja médecine , si souvent défigurée d’ailleurs par des opinions triviales et les plus populaires. On doit donc peu s'étonner que prés de’dix années ( depuis 1778 jusqu'à la révolution ) aient été consacrées à compléter cette sorte d'institution médicale , avant de passer à l'exercice de l’art le plus diMicile peut-être ei

EN MÉDECINE. Ixxv le plus redoutable, celui qui décide, souvent sans appel, de la santé et de la vie.

Ma nomination à la place de Médecin en chef des infirmeries de Bicêtre, vers l'an 1°’ de la RÉpuñiQues et, deux années après, à celle de Médecin de la Salpétrière , était pleinement conforme à mes goûts, et m'ouvrait le champ le plus vaste pour observer dans la retraite les phénomenes des maladies etleurs formes les plus variées ; mais pour pouvoir en tuirer des résultats solides , 1l fallait classer avec ordre les faits obser- VÉS et les rapprocher de ceux des autres auteurs pour en juger par voie de comparaison , et augmenter ainsi par degrés la masse des connaissances acquises. Un des premiers obstacles à surmonter vint donc de lim perfecuon et de l’inexacutude des classificauons connues des maladies souvent compliquées et coordonnées d’une mamiere arbitraire, en comprenant même dans ce nombre l'ouvrage de Cullen , célèbre médecin anglais, dont j'avais publié , en 1785 , une traduction française. Il fut donc nécessaire de porter l'exactitude la plus sévère dans la description historique des maladies considérées d'abord dans leur état de simplicité , de les rapprocher de celles des autres auteurs , suivant l’ordre de leurs affinités naturelles , c'est-à-dire les fièvres essentielles ou primitives par la conformité de leurs symptômes principaux, etles phlegmasies suivant la structure des parties. On peut voir, dans les éditions successives de ma Nosographie (1),

D os

ane

(1) -La première édition fut publiée en 1798 , la deuxième en 1804, la troisièsne en 1807, la quatrièfte en 1810, et la cinquième en 1818.

Ixxv] MÉTHODE D ÉTUDIER

les principes, les progrès et les applications multipliées de cette sorte d'analyse, qui ne pouvait être que le fruit lent du temps et de l'expérience , et qui reçut une nouvelle sanction par la publication de mes lecons cliniques. Pour mieux appliquer à la médecine la marche suivie maintenant dans les autres parues de l’histoire naturelle, je me borne , comme objet principal, à la description graphique des maladies considérées d’abord sans leurs complications réciproques (1) et avec quelques vues générales sur le traitement ; car, pour bien analyser un objet, 1l faut toujours avoir soin de le circonscrire. Je rapporte ensuite , dans mon traité de Clinique interne , plusieurs exemples de chaque maladie aiguë , soit simple , soit compliquée, pour faire remarquer les variétés dont ellessont'susceptibles, et pour mieux faire ressorur leurs caractères disuncufs. C’est ainsi que j'ai cherché , autant qu'il m'a été possible , à dégager la médecine de toute théorie vaine et superflue , à m’élever aux résultats bien constatés de l'observation parmi les anciens et les modernes, à les isoler enfin de ce qui est encore équivoque et douteux, ou même de plusieurs objets obscurs par euxmêmes et qui demandent de nouvelles recherches.

+ mt mom

(1) La thérapeutique ou traitement méthodique des maladies est une partie de la médecine qui doit éprouver une réforme générale, et on ne saurait trop inviter les vrais observateurs à en faire un objet sérieux de leurs recherchés. Je suis si pénétré de cette vérité, que chaque année, dans mes leçons publiques, je me circonseris dans une classe de maladies pour mieux diseuter et ser les principes du traitement. C’est sous ce

point de vue que j'ai considéré exclusivement chaque année un seul ordre de maladies.

EN MÉDECINE. {xxvi] L'expérience et le bon goût apprennent à faire un juste discernement dans la foule immense d’écrits qu'on a publiés sur la médeeme , et à élaguer tout ce qui est le produit du faux savoir ou du charlatanisme 5 mais dans un tableau général de toutes les maladies aiguës ou chroniques , peut-on embrasser tout ce qu» résulte d’une obsegvation sévere , et s'élever à un ordre de classification à l'abri d’une juste critique ? Quelque rang quon assigne à ma Nosographie comparée aux Nosologies connues pour la description et la distribuüon des maladies aiguës, je suis loin de me déguiser combien 1l reste encore de recherches à faire relative ment à l'exposition des maladies chroniques ; et que d'objets sous ce rapport on doit chercher encore à rectifier où à perfectionner ! Une seule de ces maladies à l’ahénation mentale, m'a demandé une longue suite d'années d'étude et d'observations pour saisir les vrais caractères de ses divers genres, éviter des écueils dangereux , et reconnaître les principes solides de son traitement méthodique. Je me suis défié moi-même de tous les raisonnemens spécieux qui pouvaient servir à m'encourager, et je n'ai été rassuré sur les résultats qu'en les soumettant plusieurs années au calcul des probabilités. N'est-ce point faire un aveu tacite de ce que je pense moi-même de plusieurs autres maladies chroniques qui sont encore loin d’avoir été soumises à une pareille épreuve que certaines semblent réclamer ? Les progrés successifs de l’histoire naturelle, et surtout de la méthode de décrire les objets et de les classer, ne pouvaient qu’exercer la plus heureuse influence sur la médecine, et faire sentir le vice fondamental des Nosologies ordinaires , fondées sur des rapproche-

Ixxvi MÉTIIODE D'ÉTUDIER

ineùs arbitraires des maladiés. Selle, médecin de Ber= lin, pénétré de cette vérité , avait publié un essai de cette sorte ( Rudimentä Pyréooèle methodicæ), et 1l avait ré pandu dés vues tr és-profondes sur la classificaton générale des maladies ; mais il restait à fure une application exacte de Îa Rte analy tique ‘au système général de la science médicale , à remonter aux maladies primitives qui, par leurs complications diverses, en forment une foule d’autres , et à les distribuer suivant l'ordre de leurs aflinités, prises du caracière particulier de leurs symptômes , ou de la structure organique des parues affectées. C’est la tâche que je me suis proposé de remplir dans l’ouvrage que je publie. Je crois avoir encere rendu plus manifeste cette application de l’analyse et ses avantages inappréciables dans mon ouvrage sur la Médecine clinique , ainsi que dans le Traité médico - philosophique sur l'Aliénation mentale. Ge n’est point à moi à porter un jugement sur cette marche inyariablement appliquée à l’enseignement et à l’exercice de la médecine, quoique l'expérience et l’observauon de chaque jour semblent la sancuonner. Mais son analogie avec celle qu'on suit maintenant dans toutes les sciences physiques , ses fondemens pris trés-souvent de la structure et des fonctions organiques des parties, la circonspecüon quelle inspire, les bases solides qu’elle fournit pour Île traitement médical, enfin l'impulsion générale qu’elle a donnée à l’anatomie pathologique (n'estce pas à elle que nous devons l’4natomie générale appliquée à la Physiologie et à la Médecine (x), par

ET EEE S EEE enr

mn

À 2084 DE cie PE et De PP RÉ à (1) Anatomie générale et Recherches physiologiques sur læ

EN MÉDECINE. Ixxix Bichat?) lui assurent désormais l'influence la plus marquée sur les progres ultérieurs dont la médecine d'observation sera long-temps suscepuble.

Le dix-huitième siècle, qui est si remarquable par l'essor immense qe ’ont pris presque toutes les sciences naturelles, à aussi fait éclore quelques nouveautés qui ont eu une influence plus ou moins marquée sur la théorie et l'exercice de Ja médecine : je ne puis ici que les indiquer et en donner une faible esquisse.

. L'inoculation. Un des écrits les plus piquans et les plus philosophiques qui aient été faits dans les premiers temps, est celui qui a pour titre: Lettre de M. de la Condamine au docteur Mathy , sur l’état présent de l'inoculation, etc. On sait combien, avant et depuis cette époque, on a publié de résultats exacts d'observauons, de mémoires et d’écrits polémiques. La prauque de l’inoculation a triomphé de tous les obstacles, et il s’agit seulement des précautions à prendre pour qu ie ne soit "pas la cause de quelque épidémie dangereuse. Camper , dans une Dissertation très-sage et très-judicieuse (de Emolumentis et optimä Methodo insitionis variolarum , année 1772), écarte avec soin toutes ces recettes frivoles , toutes ces attentions minutieuses ; dont la pratique de l’inoculation a été surchargée pour pouvoir faire mieux admirer lhabileté de l’inoculateur. La vaccine, dont les avantages sur la peute-vérole inoculée ont été si marqués, et quil était si naturel de contéster , n'a pas manqué aussi de donner lieu à une foule d’écrits ; et

vie et la mort, par Bichat; nouvelle édition, augmentée de notes par MAI. Pinel, Béclard et Laennec. (Sous-presse.)

Ixxx MÉTHODE D'ÉTUDIER.

sans doute qu'on doit savoir gré même aux adversaires de cette méthode, puisqu'ils ont donné lieu à un concours rare d'efforts, de zèle et de lumières pour consiater sa propriété non-contagieuse et préservative de la peute-vérole naturelle. On connaît les ouvrages qui ont paru sur la vaccine en Angleterre, ‘par Jenner , Pearson, Simmons , Woodwille ; en France, par MM. Husson, Mongenot, Moreau, etc. Il ne restait plus, pour lever toute sorte de doute et rendre incontestables les effets avantageux de la vaccme, que de voir publier le résultat des faits les plus nombreux et les plus authentiques : c’est ce qu'a fait le comité de vaceine (Rapport au comité central de vaccine établi à Paris par la société des souscripteurs pour l'examen de cette découverte, Paris, 1805 ). Les auteurs de cet ouvrage finissent par conclure, d’après les faits observés, la certitude acquise de pouvoir, par la vaccine , ancantir Ja petite-vérole. La société centrale que le Gouvernementsa établie pour lexuncuon de la petite-vérole en France par la propagätion de la vaccine, Continue toujours sa correspondance avec des comités semblables formés dans les déparitemens, et uent chaque année nne séance publique pour rendre compte de ses utiles travaux etdes progres de la vaccine.

2°. Les observauons de Solano de Lucques sur la prédiction des crises par le pouls , avec les remé#rques de Nihel, avaient déjà fixé l’attention des médecins zélés pour les progrès de l’art de guérir, surtout depuis la traduction francaise de cet ouvrage, qui fut publiée à Paris en 1748 par Lavirote. Getie doctrine fut ensuite cultivée par Bordeu, Menuret, Fouquet, etc. Ce fut en 1772 que Bordeu publia ses

ÉN MÉDECINE. xxx}

Recherches sur le pouls par rapport aux crises ; mais l'ambition d'enrichir par de nouvelles découvertes ce qui avait déja été fait sur le pouls ne lui a-t-eile pas faut établir des disincuons quelquefois subtiles, pour ne pas dire imaginaires ?.. Pour obtenir d’ailleurs des succès dans cette partie du pronostic , 1l faut entretenir l'organe du tact dans une délicatesse extrême, et l'exercer , par une culture assidue, à saisir les différences les plus délhiées du pouls, dans l’état de santé comme dans celui de maladie.

3°, Les mémoires de Haller sur la nature sensible et irritable des parties du corps humain, année 1756, forment une autre époque trés - remarquable dans l’histoire de la science médicale. Que d'expériences ont été faites dans la sune! que d’écrits publiés pour confirmer, combattre ou restreindre les observauons de Haller !... Ces connaissances sont trés-propres à donner des idées plus exactes et plus précises des ma- Jadies nerveuses , et des affections spasmodiques si va- -riées et si anomales ; les diverses méthodes de tratement dans l’asphyxie, qui semblaient étre le produit du hasard, n’ont-elles pas maintenant des bases fixes qu’on avait auparavant ignorées ? On connaît le grand ouvrage de Haller* (Ælementa physiologiæ corporis humani , eic., 8 vol. in-4°. ), qui forme la collecuon de fans physiologiques la plus savante et la plus précieuse pour tous ceux qui veulent faire une étude approfondie des fonctions organiques , et que le Nosographe éclairé doit sans cesse consulter pour tracer avec exactitude l’histoire des maladies, en écartant d’ailleurs tout ce qui peut porter un caractère d'hypothése. Depuis cette époque, d’autres ouvrages éle- I. f

xxx) MÉTHODE D'ÉTUDIER mentaires ontété successivement publiés sur les mêmes objets par Barthez, Deseze, Blumenbach , MM. Chaussier, Richerand, etc. Je dois citer surtout l’ouvrage de Bichat (Recherches physiologiques sur la vie. et la mort , etc. ) plein de vues ingénieuses et de faits habilement rapprochés, pour en tirer des résultats généraux, doctrine qui a reçu un nouveau développement dans un écrit postérieur de F. R. Buisson (Essai sur la division la plus naturelle des phénomenes physiologiques considérés chez l'homme, Paris, 1802), qui, comme l’auteur s'exprime lui-même, doit être considéré moins comme un Traité de physiologie dans lequel toutes les foncuons sont examinées en détail , que comme une suite de considérations physiologiques tendantes à saisir les rapports de diverses foncuons entre elles, et à les présenter dans l’ordre le plus naturel. Nysten , dans son ouvrage intitulé: Nouvelles recherches physiologiques pour servir de-suite a celles de Bichat sur la vie et la mort,.a recufié , d'après un grand nombre d'expériences , plusieurs erreurs qui avaient échappé à Bichat; et en analysant avec exactitude divers phénomènes physiologiques qui avaient élé peu examinés, il est arrivé à des résultats propres à éclairer plusieurs points de ‘pathologie , et dont on peut faire des applications utiles à l’exercice de la médecine.

4°. {n’y a peut-être pas de découverte plus propre à donner des connaissances justes et précises sur Îles principes de la contagion , et sur la nature d’un grand nombre de maladies, que l'anatomie des vaisseaux absorbans où lymphatiques qu’on doit aux travaux successifs de Mouro, Hewsson, Sheldon, Cruikshank ,

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