‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 31 sur 60 · Zraitement de la Fièvre gastrique continue · texte numérisé non relu

Zraitement de la Fièvre gastrique continue

On ne saurait trop retracer, pour imümider l’homme

. superficiel et présomptueux , l’asservissement aveugle

certaines opinions, et l'esprit de prévention, qui ont

égaré si souvent des médecins d’un mérite trés-distin-

-gué, ou bien qui, en leur faisant éviter un excès , les ont jetés dans un excès contraire. Toutes les fièvres > à Vienne en Autriche, étaient regardées comme sabur-

84 FIEVRES n :

rales par les médecins allemands, et comme l'effet … d'une surcharge gastrique. Dehaën, célèbre disciple x de Boecrhaave, arrive dans la capitale de l'Empire, … plein du sentiment de sa supériorité et des grandes idées de la réforme qu'il veut opérer en médecine. I ne voit dans aucun malade ce qu’on appelle fièvre bilieuse où, gastrique ; € celles qui passent pour telles ne sont à ses yeux que des fièvres inflammatoires où puirides ; et dès-lors ses principes de traitement se trouvent en opposition avec Ceux de la foule des médecins, sur les-, quels il a d’ailleurs un avantage marqué par une érudition solide et un esprit plein de sagacité. Mais en lisant avec attention son ouvrage, On voit facilement. qu'il est tombé dans un excès opposé à celui qu'il ren proche aux médecins de Vienne : c’est ainsi, par. exemple, que dans des cas manifestes ( caput T, TL XIV) de fievre bilieuse, il n’a eu recours qu'à desk saignées ou x des boissons huileuses, et que ni la mort des malades ni l'ouverture des corps n'ont pu parvenir à le désabuser. Stoll, qui ensuite s'est acquis à Vienne une réputation si brillante, n’a pu qu'être vives ment frappé des écarts du médecin hollandais; etil faut convenir qu'il n’a pas été peu ardent à rendre à la saburre bilieuse, sinon des droits exagérés , du moins sa puissante influence : car quel rôle actif në fait-l point jouer à son humeur ou matière biliformel 109. Certains objets en médecine ont été si bien dis cutés , analysés avec tant de soin , et ils sont si CON formes à une expérience constante , qu'il né reste plus qu’à les adopter et à marchér sur les traces de ceux qui nous les ont transmis. On peut mettre de ce nombre

Le traitement de la fièvre bilieuse qui fut épidémique

LU

à Lausanne en 1755, et dont la description honore bien plus la mémoire de Tissot que la foule des compilations qui ont tant fait préconiser son nom. Moyens médicamenteux et diététiques simples , non-seulement aclaptés au caractère de la maladie, mais encore à ses diverses périodes ; éloignement pour ce qu'on appelle médecine de sy mpiômes, qui doit être le partage unique des hommes sans principes solides ; remarques judicieuses sur les diverses terminaisons de cette maladie, ses rechutes, ses métastases , les affections chroniques qu'elle peut laisser après elle ; appréciation exacte de certains remèdes qu’on prodigue souvent par une rouune aveugle , tels que la saignée, les absorbans , les sudorifiques, les cordiaux, les parcotiques ; habileté enfin à livrer, dans le plus grand nombre de cas, la maladie aux soins de la nature, après l'usage de l’émétique , à seconder seulement ses efforts par une boisson muctlagmeuse et légèrement acidulée : mais conduite active pour combattre quelque symptôme prédominant qui peut devenir funeste : ce sont les traits généraux de la méthode de traitement adoptée par le médecin suisse pour la fièvre bilieuse, et c’est celle dont une expérience constante me démontre les avantages dans desinfirmeries où ces maladies sont tres-fréquentes. Sydenham lui avait sans doute offert un beau modèle à suivre , par la description de la constitution bilieuse de l’an 1685 ( de novæ Febris ingressu ); mais il a été loin d’imiter Grant, le servile commentateur de l’'Hippocrate anglais, dans l’usage de la saignée , des narcotiques, etautres remèdes.

110. Avec quelque succés qu’une imagination brillante puisse s'exercer sur la nature cachée et les prin-

cipes primiufs de la fièvre gastrique, doit-on jamais, fonder le traitement sur ces idées plus où moins pro ? bables? ne faut-il point, au contraire, prendre pour base les résultats des faits les plus constatés et ceux d’une expérience éclairée ? D'un autre côté, les nouons les plus vulgaires, et qui sont même à portée des garde malades , ont fait attribuer tous les symptômes de cette fièvre à une surcharge des premmères voies , qu'ilne sa | git que d’expulser en alternant de deux jours l’un lu sage des purgatifs pendant tout le cours de la maladie ; et cependant l'expérience apprend que lorsque le malade ne succombe point alors, 1l succède les convales cences les plus longues , ou les maladies chroniques les | plus graves. Les vrais observateurs sont à l'abri de cet écueil, et Stoll , Tissot et Finke prétendent que Si URL émétique ou un éméto-cathartique peut être prescrit

| avec avantage au commencement , l'usage des pur-

gatufs , surtout répété, ne peut qu'être nuisible, et que | dès qu’on a débarrassé les premières voies, on doit, en

général , se borner à la médecine expectante, en réglant seulement le régime du malade et ses rapports avec les objets extérieurs. Je ne dois pas craindre de joindre à ces résultats constans de l'expérience, ce que m'a ap# pris un long exercice de la médecine successivement

pratiquée dans les hospices de Bicétre et de la Salpé=

arière, où Ja fièvre gastrique est comme endémique ;

et où je l'ai vue régner sous toutes les formes. Je me borne, en général, à prescrire d'abord une eau émétisée, et je passe ensuite à l'usage des boissons délayantes où légèrement acidulées. Ces boissons peuvent être variées, comme l’hydromel acidulé , une limonace, le peutjait , l’eau d'orge avec le sirop de vinaigre, le suc ex

primé des fruits rouges avec l’eau et le sucre. Elles doivent être données froides ; car, outre que les malades répugnent aux boissons chaudes, Finke a souvent remarqué qu’elles augmentent les accidens. Dans le progres et le plus haut degré de la maladie, on peut s'abstenir de donner au malade des bouillons de viande, et commencer à cette époque, en ÿ faisant entrer la chair de jeunes animaux, avec l’oseille ; la chicorée, la laitue. On rend aussi alors les boissons plus nourrissantes avec les crêmes d’orge, de riz ou d’avoine édulcorées. On ne doit pas craindre non plus de permettre aux malades l'usage des fruits d'été, tels que lés cerises , les groseilles, les framboises , les müres , le :raïsin, etc., pour humecter labouche et fournir une nourriture légère. On suit ainsi avec attention la marche de la maladie , afin d’être prêt à prévenir où à com battre toute complication ou tout symptôme étranger et dangereux qui pourrait survenir ; et l’on voit par celte sage conduite la fièvre gastrique parcourir réguliérement ses périodes, et se terminer, en général, au premier, second ou troisième septénaire , le plus souvent par des évacuations alvines , qu’on favorise par l'usage de quelque laxauf : des hémorrhagies du nez ou la sueur , et quelquefois les deux ensemble, sont nuses au nombre des évacuations critiques. Il est superflu de rappeler ici les préceptes généraux relatifs à la convalescence.

111. {raitement de la ficvre gastrique rémittente. L’intensité des symptômes gastriques qui ont lieu dans la première période des fièvres gastriques rémittentes, les nausées, la soif, la sécheresse de la langue , la céphalalgie, etc., ne permettent guère, aprés ladmi-

ref, FIEVRES

nistration du tartrate antimonié de potasse , que Pusage des boissons délayantes et acidulées. Il en est de même dans une parte de la deuxième période, quand les accès en froid et en chaud sont régularisés. Mais comme la maladie est souvent longue, et qu'elle peut se prolonger jusqu'au quarantième ou quarantedeuxième jour, il importe, au déclin de la seconde ‘période, de soutenir les forces du malade par des boissons plus propres à forüfier et à nourrir, telles que l'eau vineuse, les crêmes d’orge et de riz, les fruits cuits, la bière coupée avec moitié d’eau, etc. ; de

suivre, en un mot , la marche tracée par Hippocrate, . qui, à mesure que les maladies arrivaient à leur dé

clin, donnait des boissons de plus en plus nourrissantes. C’est assez dire que, vers la fin de la troisième période , au déclin de la fièvre , 1l faut recourir à des toniques , au vin d’absinthe , à l'extrait de geniévre , à une nourriture plus succulente , si on veut-prévenir une convalescence longue et quelquefois intermi-

nable. Je ne parle pont des modifications qu’on doit apporter au traitement de cette fièvre par la considération de certaines variétés individuelles , comme du

sexe, d’un âge plus ou moins avancé, d’un état d'épuisement par des causes quelconques, physiques ou

morales , etc. : ce sont des préceptes communs au tra

tement de toutes les maladies.

112. Traitement de la fièvre gastrique intermittente. 1] y a quelque chose de décourageant pour les

hommes qui culiivent la médecine avec des connais sances étendues et une certaine élévation de caractere : c’est qu’en même temps qu'elle est susceptible d’une marche régulière, et qu’elle offre une foule de points

de contact avec les autres sciences , elle semble se rapprocher et se cofondre, sous certains points de vue, avec tout ce que la crédulité, le hasard , la superstiüon ou un aveugle empirisme ont pu controuver de plus fabuleux ou de plus ridicule. Ces idées sont naturellement suggérées par ce qui a été dit, même par les plus graves auteurs, sur les fièvres intermittentes en général : ce sont tantôt des guérisons subiies , opérées par la boisson d’une liqueur alcoolisée dans laquelle on a fait infuser de la fiente de chien de mer, ou bien celle de vache, de poule, de brebis, de chat; tantôt par des épithèmes simples, ou plus ou moins composés, appliqués sur certaines parties, desamulettes . suspendus au cou, la vertu magique de certains mots ou certaines formules, certaines cérémonies auxquelles on attribue la puissance de faire passer la fièvre du corps de l’homme dans d’autres substances inanimées. Pline le naturaliste ne craint point d'avancer qu’une plante quelconque , cueillie le long desruisseaux et des rivières , avant le lever du soleil, sans être vu de personne, peut, si on lattache au bras gauche du malade , guérir une fièvre tierce, pourvu qu'il ignore la pature de l’objet. Quel ; jugement porter sur des cures semblables, attestées par de graves auteurs ? C’est que la plupart des fais , ou controuvés ou transmis par des traditions obscures, ont été rapportés et crus sur parole, et que ceux dont on ne peut nier lexistence tiennent à l'influence puissante de quelque affecuon vive de l'âme que certaines pratiques extérieures ont fait naître, comme la confiance, une ferme conviction, une sorte de courage tranquille qui est le fruit de l'espérance,

113. Comme l'expérience apprend que les fièvres gastriques intermittentes disparaissent d’elles-mêmes , et que les remèdes les plus vantés, appliqués à contretemps et sans des indications précises, ne font que les rendre plus rebelles, j'ai cherché (Méd. cliniqg. ) moimême, par la voie de l'observation, de combien d’accés étaient susceptibles les fièvres tierces lorsqu'on se bornaitau traitement le plus simple, c’est-à-dire qu'aprés avoir fait précéder une boisson émétisée , l'usage des délayans pendant les cinq Ou six premiers accés, on faisait prendre pendant quelques jours une infusion amére. Les résultats de ces essais ont été variés: mais la terminaison de la plupart de ces fièvres, vers le hui-

ème ou dixième accès, ne s’en rapproche pas moins

de la doctrine hippocratique, et indique assez avec quelle sage réserve il faut se diriger dans le traitement de ces maladies. Ù

114. L'idée du quinquina, donné comme spécifique des fièvres intermitientes, et par conséquent prescrit ainsi d’une manière générale, ne peut que produire des erreurs graves et des applications faites à contretemps. Mais il n’en est pas de même de ce reméde ‘ considéré comme tonique et propre à combattre certaines fievres gastriques intermittentes qui ont résisté

aux autres moyens généraux, lorsqu'on choisit avec.

sagacité l’époque de la fièvre, la vraie manière de l'administrer avec toutes les attentions particulicres que demandent l’âge, le sexe, la constitution et d’auires circonstances accessoires. Lors de sa découverte (Bartholin, cent. F. hist. L.), on en donnait deux gros ( huit grammes) en poudre dans un verre de vin blanc généreux , et on faisait prendre le tout au malade

BILIEUSES OU GASTRIQUES. Or

au premier indice de l'invasion du froid ; mais l’observation apprit bientôt qu'en l’administrant à cette époque, souvent 1l était rejeté aussitôt +. par le vomissement, et que dans certains cas même on ne poivait point garantir des événemens funestes, ce qui fit qu'on ne ladministra guère que dans le temps de l’intermission ou de l'apyrexie. Ïl est utile aussi de lassocier quelquefois : à l’opium lorsque le malade est doué d’une constitution très-irritable, qu'il éprouve des nausées ou la diarrhée. On le joint aussi au nitrate de potasse ouau tartrate acidule de potasse dans des constitutions robustes et vigoureuses, ou, au contraire, on l’umit au muriate ammoniacal ar il existe un état atonique. Veut-on évacuer les premières voies, lorsque les accès même ont cessé, on fait usage d’un purgatif avec la décoction ou l'infusion du quinquina. D'autres

circonstances particulières doivent faire renoncer à son

usage, comme, par exemple, quand 1l produit des

douleurs de colique ou des anxiétés extrêmes, en COm-

muniquant au visage une sorte de couleur luride. IlLen

est.de même si un gonflement douloureux de la rate

ou du foie existe avec un état d'irritation dans ces

viscéres.

$ IV. Considérations sur la nature des Fievres gasiriques.

115. Il faut toujours disunguer le résultat non contesté de l’observation la plus multipliée, d’avec tout ce qui peut appartenir au domaine de l'opinion et de la conjecture. Des exemples rapportés ou cités et des descriptions générales ont déjà fait connaître l’histoire

de l'embarras gastrique, de la fièvre continue , rémitiente et intermittente du même nom. Mais peut-on rendre raison de leurs phénomènes, et en retrouver le mécanisme dans la structure et la disposition des principales parties qui paraissent en être le siége, ou dans la nature des fonctions organiques de ces parties dans l’état de santé ? combien peu de données nous avons pour la solution de ces problêmes ! Que de raiïsonnemens frivoles (1) et de disputes interminables, sion ne met un frein à la manie de tout expliquer , d’après l'exemple que donnent maintenant tous les naturahstes! Tout semble indiquer que le siége principal des maladies de cet Ordre est dans le conduit alimentaire, surtout l'estomac et le duodénum, non moins que dans les organes sécréteurs de la bile et du sue pancréatique : cela est manifeste dans les embarras gastriques, le cholera morbus, non moins que dans la fièvre gastrique continue où rémittente , si souvent

(1) Il paraît que les médecins anglais du meilleur goût se rebutent d'une théorie humorale et des termes fastidieux de bile , que répètent même les personnes les plus étrangères à l'étude de la médecine. On a souvent supposé, dit Fordice (A Dissertation on simple fever , etc. London , 1794), que la redondance de la bile constitue une partie essentielle de l'invasion de la fièvre , pendant que ce n’est qu'un accident. Si le suc pancréatique avait une couleur particulière et que la bile fût moins colorée , insipide , inodore , alors ce qu’on attribue à cette dernière ne serait-il point rapporté à cet autre ? La bile rejetée à la suite d’une nausée fébrile, l’est de la même manière que par le vomissement provoqué par l'agitation lorsqu'on est en mer. La perte de Pappétit augmente, et la nausée et le vomissement ont lieu si rapidement à l'invasion de la fièvre , qu’on ne peut guère les regarder que comme une affection de l'estomac lui-méme..

BILIEUSES OU GASTRIQUES,. 03 compliquée avec l'embarras gastrique ou intestinal , et qui même, lorsqu'elle existe indépendamment de ces affections, est marquée par une sensibilité vive dans l’épigastre, l’ardeur de l'abdomen, une soif intense, une constipation ôpiniâtre où la diarrhée. Mais quelle connexion ont les causes occasionnelles, physiques ou morales, avec cette augmentation d'irritabrlité fébrile dans l'estomac ou le duodénum, ou dans les conduits ou réservoirs biliaires ou pancréatiques ? Les humeurs sécrétées jouent-elles dans ces maladies un rôle primitif ou secondaire ? À quoi üennent ces exacerbations du matin ou du soir , ou ces accès complets en froid eten chaud dans les ficvres rémittentes ? Quel est le moteur primitif de l'accélération du pouls, de la céphalalgie poussée quelquefois jusqu'au délire, de la durée générale de ces fièvres, qui, lorsqu'elles sont traitées avec sagesse, ne se prolongent point au delà du premier, deuxième ou troisième septénaire , de leur terminaison , qui a lieu quelquefois par une hémorrhagie du nez où la sueur, etc. ? Quelle est cette singularité des fièvres gastriques intermittentes , qui laissent voir une alternative de sentiment de froid et de chaud , ou plutôt de concentration des forces vitales à l’intérieur, et de retour de ces mêmes forces à Ja périphérie ? A quoi uennent la facilité de quelquesunes à se terminer d’elles-mêmes ou à céder à l'usage de quelque remède simple , et le caractere rebelle de quelques autres , malgré le traitement le plus méthodique ? Ge sont là des faits manifestes aux sens, mais, dont la cause nous est et nous sera sans doute long- &æmps inconnue. |

© * 16. Les recherches chimiques faites sur l'ictére par

M. Clarion , démontrent que la bile peut exister dans le sang, l'urine et les différens tissus des individus affectés de cette maladie. On n’a pas encore déterminé jusqu'ici s’il en est de même dans Les fièvres gastriques. M. Nysten pense que, dans ces maladies, les urines sont réellement bilieuses , c’est-à-dire , qu’elles contiennent au moins la partie résineuse et colorante de la bile , lorsque , d’une part, elles donnent une teinte safranée aux Corps qu'on y plonge , et que, de l’autre, la peau des malades est plus ou moins ictérique (1).

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