‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 30 sur 60 · Une femme d’une complexion délicate et déjà · texte numérisé non relu

Une femme d’une complexion délicate et déjà

BILIEUSES OU GASTRIQUES. 73 à sa cinquantième année , éprouve un emportement de colère , avec tremblement des membres, durant les grandes chaleurs de l'été et à l'approche des menstrues. Des pilules purgatives données imprudemment dans ces circonstances, produisent plus de cinquante selles dans vingt-quatre heures, et plus de vingt le lendemain : dès-lors, débilité extrême, langueur', perte de l'appétit, sommeil troublé et bientôt nul. Peu de jours après , anxiété extrême vers le soir , avec un léger frisson ; inquiétude et sorte de défaillance; 1l succède un pouls fréquent, une chaleur intense, la sé— cheresse de la langne et une moteur générale pendant douze heures. Cet accès conünue de revenir toutes les vingt-quatre heures , tantôt le matin , tantôt le soir ; plus ou moins violent , avec une toux sèche. L’estomac est si affecté, qu'il ne peut supporter mi alimens ni médicamens sans des anxiétés extrêmes , une sorte de resserrement@favec ardeur dans la région épigastrique , des douleurs vives de colique : telle fut la marche de la fièvre pendant un mois, sans qu'il fût possible à la malade de prendre autre chose qu'une boisson émulsionnée ou légérement camante. L'usage des toniques fit diminuer peu à peu les accès , qui finirent vers le quarantième jour.

89. Ce que je viens de dire des fièvres quotidiennes s'applique aussi aux fièvres quaries, dont une partie de celles qu'on désigne sous le nont de fausses quartes apparüent aux fièvres intermittentes de cet Or dre. Voici une observation qui le met hors de doute. Marguerite D. , âgée de quarante-huit ans, d'un tempérament bilieux, éprouve tous les symptômes d'un embarras gastrique contre lequel elle n’emploie aucun

moyen : au bout de huit jours, elle est attaquée ; vers dix heures du matin, d’un frisson qui commence vers le dos et s'étend bientôt sur tout le corps. À cet état succède une chaleur âcre et vive qui est suivie d’une sueur abondante. On combat l'embarras gastrique : néanmoins la malade conserve toujours fa céphalalgie frontale , lamertume de la bouche et la sensibilité à l'épigastre. Les accès sont séparés par ‘une apyrexie complète ; ils reviennent régulièrement et de la même manière, toutes les soixante-douze heures : leur nombre a été de quinze. On a eu re-

cours, pendant cette affection , à. l'emploi des amers imdigènes.

‘ , » » } 1 e Li $S IL Histoire générale des Fièvres gastriques. ÆEmbarras gastrique.

90. Prédispositions et é@uses occasionnelles. Etat de débilité, grande sensibilité morale ; séjour dans les hôpitaux , les prisons et sur les valsseaux ; température chaude et humide , fin de l'été ; usage d’alimens difficiles à digérer , excès de table, vie sédentaire ou exercice immodéré, affections morales tristes, emportemens de colère , études prolongées.

91. Cette affection peut être sporadique, épidémique où endémique.

92. Symptômes. Goût amer , enduit blanc ou jaunâtre de la langue, perte d’appéut, nausées, efforts de vomissemens , et vomissemens de matière jaune-

verdätre et amère ; sensibilité de l'épigastre à la pres—

sion. Cet état peut exister avec ou sans mouvement

fébrile ; 11 s'accompagne quelquefois de phénomènes

BILIEUSES OU GASTRIQUES. nb sympathiques plus ou moins alarmans , comme céphalalgie sus-orbitaire, délire , surdité, apoplexie, paralysie, douleurs variées, convulsions, etc. Îl peut durer pendant un temps plus ou moins long, sans empêcher le malade de vaquer à ses occupations ordinaires. Îl cesse par un vomissement spontané ou provoqué, et quelquefois sans évacuation sensible.

Embarras intestinal.

03. Prédispositions et causes occasionnelles. Les mêmes que celles de l'embarras gastrique , mais suriout une vie sédentaire et des travaux de cabinet.

| 04. Sympiômes. Coliques, borborygmes , flatuo-

sités, tension de l'abdomen, constipation ou diarrhée de matières liquides , jaunes-verdâtres. Cet état peut exister sans ou avec mouvement fébrile; 1l s’accompagne souvent de phénomènes secondaires variés, par exemple, d’un sentiment de lassitude dans les membres abdominaux, et surtout dans les genoux et les lombes. Il a une durée très-variée, et cesse ordinairement par une diarrhée spontanée ou provo— quée.

Cholera-morbus.

- 95. Prédispositions et causes occasionnelles. Age

adulte, tempérament bilieux ; habitation dans les chimais chauds, tels que la Grèce , les Indes orientales, l'A mérique méridionale, l'Italie, l'Espagne ; saison de l'été; excès de table, usage de certains alimens, tels que les œufs de brochet et de barbeau, de féves, d’oignons , des fruits d’ananas ; üsage de vins doux et nouveaux, de boissons froides pendant que l’on est en

sueur, de champignons vénéneux, de substances en fermentation, d'acides forts, des arséniaux, des antimontaux , etc. ; emploi de vomitifs et de purgaufs violens où à contre-temps; vers intestinaux ; suppression subite de la transpiration ; emportemens de colère ; suppression de la goutte , de la gale , des darires; dentition, etc.

96. Il peut être sporadique ou épidémique ; il est quelquefois symptomatique, par exemple dans la fièvre ataxique intermittente où rémittente gastrique. Ses phénomènes précurseurs sont trés-variés : tels sont l’amertume de la bouche, l’éructation , des nausées , le dégoüt pour les alimens, la salivation, une soif vive, une chaleur brûlante à l’épigastre , un sentiment de pesanteur et de tension dans l'estomac , des borboryogmes | des tranchées , des flatuosités, etc.

97. Symptômes. Vomissemens répétés , d’abord d’alimens à demi-digérés et de matière verte, puis d’une substance plus foncée, verdâtre, brune , et quelquefois noire; en même temps déjecuons alvines fréquentes, et semblables au vomissement ; sentiment d'une douleur vive , déchirante et brûlante dans l'es tomac et les intestins ; anxiétés, soif vive, horreur pour les alimens, flatuosités, gonflement ou resserrement de l'abdomen. Cet état est avec ou sans mou vement fébrile ; il s'accompagne fréquemment de contractions spasmodiques dans les jambes, les bras, les doigts, etc. ; s’il est très-intense » 1l survient des défaillances, des palpitations, des syncopes ; le pouls devient petit et à peiie sensible ; on est fatigué par le hoquet ; on éprouve un sentiment de froid aux extrémités , tandis que les parties internes sont brü-

BILIEUSES OU GASTRIQUES. 7 Jantes ; la sueur est excessive , souvent froie, et la © À | r prostration des forces extrême. La durée de cette affecuon varie depuis une heure jusqu'à quaire ou sept jours ; les terminaisons sont un retour prompt à la santé, ou la gangrène intestinale et la mort.

Fièvre bilieuse ou gastrique.

08. Prédispositions et causes occasionnelles. Tempérament bilieux (1), séjour des prisons , des camps, des armées ; température chaude et humide, habitation dans les climats chauds ; saison de l'été : ; usage d’alimens difficiles à digérer , it de liqueurs alcoo-

(1) Que sert de répéter sans cesse, avec les Galénistes de tous les temps ou les physiologistes anciens, quelques signes vagues du tempérament bilieux : habitude du corps maigre et gréle, chaleur äcre à la peau , couleur pâle ou jaunâtre de la face, cheveux noirs , sommeil léger , constance imperturbable, penchant à des actes d’audace, etc. ? Une simple lecture des vies d’Alexandre-le-Grand et de Jules-César par Plutarque , donne une idée bien plus précise et plus lumineuse de ee tempérament porté au gs haut degré de développement et d'énergie. Je me borne ici à quelqués traits qui caractérisent le vainqueur de PAsie. Dès l’âge tendre , dégoût pour les plaisirs frivoles, mais saillies . de vivacité et de pétulance pour des objets politiques, élans impétueux d'impatience vers la carrière de l'ambition et de la gloire, prédilection pour une vie dure et austère ; COrps agile et très-dispos, ardeur pour tout exercice propre à le faire -exceller dans l’art de la guerre, fermeté précoce et résistance inexpugnable si on employait la violence et la force, mais facilité à céder anx voies de la douceur et à des remontrances amicales ; avidité insatiable de s’instruire dans les sciences , et de posséder même exclusivement les plus élevées et les 6 abstraites, À son avénement au trône , à vingt ans, que d’orages

78 : . FIÉÈVRES liques , boissons froides abondantes pendant qu'on à trés-chaud , ou immédiatement après un emporte ment de colère; exercice forcé ou inaction; excès de veilles; affections morales tristes, colère; embarras gastrique ou intestinal qu'on a abandonné à lui-même. | :

99. Gette fièvre peut être sporadique, épidémique ou endémique. Ses phénomènes précurseurs sont quelquefois le dérangement des digestions, la céphalalgie frontale, des lassitudes, et souvent un embarras gas-

trique ou intestinal. Son invasion a lieu le matin par

un frisson plus ou moins vif, lequel commence ordi- . LA 1

le menacent! Puissance chancelante au-dedans, ennemis formidables au-dehors , nations voisines impatientes du joug, et toute la Grèce dans un état d’effervescence ou plutôt de révolte. Alexandre trouve toutes ses ressources dans la magnanimité et

Paudace : il tombe avec la rapidité de l'éclair sur les rebelles.

qui l’avoisinent, défait le roi des Triballiens en bataille rangée, et le reste de sa vie n’est plus qu’un enchaînement de triomphes ; explosion volcanique de sa vengeance contre la ville de Thèbes , ascendant irrésistible de son génie et de sa sagesse sur toutes les républiques de la Grèce, pressentiment profond de la conquête du monde , avecun sentiment d’admiration pour la pauvreté volontaire de Diogène ; passage du Granique à la

tête de son armée, et libre essor donné à la valeur la plus

bouillante et la plus impétüeuse dans une action décisive ; modération dans la victoire , égards généreux et respect pour les princesses prisonnières ; les succès non interrompus de ses armes dus autant à son courage qu'à la politique la plus profondément combinée ; enfin l'exécution très-avancée du projet le plus vaste et le plus philosophique qu’on ait janais conçu , celui de civiliser les nations les plus sauvages de l'Asie, et de transporter les arts , les sciences et les mœurs de la Grèce ; jusqu'aux dernières limites du globe.

BILIEUSES OU GASTRIQUES. 70 nairement par le dos et s'accompagne d’un tremblement général. | s'en

100. Sympiômes. Amertume de la bouche, enduit jaunâtre de la langue, qui est d’abord humide , et se sèche plus ou moins durant le cours de la maladie : soif intense , desir de boissons acidulées et froides N perte d’appétit, dégoût pour les substances animales ? sentiment de douleur que détermine la pression de l'épigastre, consüpation ou diarrhée ; pouls fort et fréquent , chaleur âcre et brûlante au toucher ; suppression de la transpiration, si ce n’est à la fin des paroxysmes et des accés , ou vers l’époque de la terminaison de la maladie; urine foncée, très-colorée, épaisse, d’abord sans sédiment, puis avec un sédiment -de couleur rose et souvent briquetée , surtout lorsque le type est intermittent ; céphalalgie frontale déchirante, quelquefois délire ; sommeil faugant ou insomnie; susceptibilité morale très-grande, sentiment de fatigue et de brisement dans les membres ; dans certains cas, ictère général ou partiel , et quelquefois alors borné au contour des lèvres et aux ailes du nez. |

101. Cette fièvre, dite bilieuse ou gastrique, peut être continue, rémittente ou intermittente, Ses exacerbations ont lieu le plus souvent le matin ; elles suivent. indifféremment les types quotidien, double-tierce , üerce, quarte, et sont quelquefois erratiques. Les types üerce et double-tierce sont néanmoins les plus fréquens. Le frisson des accès débute vers le dos , €t S’'accompagne ordinairement de tremblement général ; le pouls est alors faible et concentré. Il succède une chaleur âcre, sèche, uniforme sur toute l'habitude

du corps, avec une soif intense ; le pouls est alors fréquent et développé, la face rouge et animée ; l'accès se terminé par, üne sueur générale. L’apyrexie est complète dans celle qui est intermittente.

102. La durée de la fièvre gastrique est subordonnée à son type : est-elle continue, elle dure sept, quatorze à vingt-un jours; et Si elle est rémittente, de quatorze à quarante Jours : l'internuitente cesse après trois, cinq ou sept accés , et se prolonge souvent au-delà.

103. Ces fièvres se terminent d’une mamere heureuse par le vonussement, une diarrhée biheuse ,

une sueur générale , et une urine à sédiment rose où:

briqueté. Celle qui est continue passe quelquefois , ‘vers le cinquième ou le sepuüème jour, à l'état de fièvre putride ou adynamique ; elle prend souvent ; vers son déclin, le type intermittent , tandis que la fièvre rémittente passe ordinairement alors au tÿpe continu.

104. Ces fièvres dites Dilieuses peuvent se compliquer avec la- fièvre inflammatoire. Cette complication n'a guère été, observée jusqu'ici que dans cellé dont le type est continu. Elle peut être produite par une constitution pléthorique , le tempérament san-

guin, l'habitude de la bonne chère, des excès de

table, la suppression de la saignée ou d’une hémor= rhagie habituelle , le passage rapide d’une vie exer= cée à l'inaction, réunis aux causes occasionnelles de cet Ordre. . |

105. Le pronostic de cet Ordre de maladies est nullement ficheux ; il ne peut le devenir que par les complications, le mauvais traitement et les acci=

dens ; comme, par exemple, une diarrhée considérable, etc.

S UT. Traitement des Fièvres gastriques.

106. Traitement de l'embarras gastrique: On sai l'obscurité qu'ont répandue dans l'exercice de la médecine les notions des anciens sur leur fameuse turgescence , que les modernes ont appelée mobilité de la matière : que de vascillations en ont été la suite, relativement à l'usage des évacuans ! Les. considérations que j'ai données sur les deux variétés de l'em-. barras gastrique et les sIpnes extérieurs qui les distinguenñt, sont propres à faire disparaître ces perplexités. Si cet état des premières voies se manifeste, soit dans sa simplicité, soit dans quelqu’une de ses diverses complications, je fais usage d’un vomitif, soit dans une dose de liquide rapprochée, soit en lavage : il me suflit qu'il existe un ou deux de ces signes bien caractérisés pour me décider. Les effets de ces évacuans sont si manifestes , que je vois très-souvent des infirmes se traîner long-temps, quelquefois des mois entiers; sans pouvoir presque rieri manger , et être güéris après deux ou trois jours de séjour dans l'imfirmerie, par l'usage de quelque boisson délayante et acidulée à la suite d’un émétique. La distinction de lembarras gastrique et intestinal fait encore remonter à la source de certaines contradictions qu'on retrouve dans les auteurs , dont les uns conseillent

| l'émétique dans la fièvre gastrique ou quelqu’une des | phlepgmasies, et les autres se décident pour l’üsage | des purgatifs, qu'ils croient aussi être justifié par

Le 6

82 FIEVRES des succès. Dans le premier cas, c'était un embarras gastrique ou stomacal qu'il fallait faire cesser; dans le second, c'était un embarras intestinal qu’il fallait combattre. C’est ainsi qu’on fera disparaître peu à peu en médecine des opinions favorables ou contraires à l’usage de certains médicamens , à mesure que l’on mettra plus d’exactitude et de précision dans la détermination des signes distinctifs propres à faire connaître les maladies. L'auteur d’un traité moderne sur les fiévres , plein de vues ingénieuses et subüles, prétend qu'Hippocrate et Sydenham ont non-seulement entendu par orgasme ou turgescence l'état de saburre des premières voies, « mais encore » une affection nerveuse et spasmodique, considérée » d’une manière abstraite, générale , et comme dans » son état d’imminence , c’est-à-dire, un état dans » lequel le principe de vie menace à-la-fois tous les » organes, sans en affecter aucun en particulier. » C’est dans cette circonstance, ajoute-t-il, qu'un » purgatif est bien placé, en fixant cette incertitude » et en portant sur les intestins une fluxion immi- » nente, dont chaque organe est également me- » nacé». Je demande à tout esprit exact ce que signifie cette sorte de thérapeutique , d’après laquelle on fonde l’usage des remèdes sur des indications aussi vagues. r 107. Traitement du cholera-morbus. La violence et l'intensité extrême des symptômes qui ont lieu dans. le cholera-morbus, mdiquent assez avec quelle prompütude la nature cherche à se débarrasser d’une sensation très-incommode , ou de la présence d’une cause sumulante quelconque , qui s’est développée dans le

* conduit alimentaire , surtout dans l'estomac et le duo-

dénum. On doit conjecturer par conséquent combien

les plus légers purgaufs et les narcotiques, que Sydenham avait appris à proscriré d’après l'expérience , doivent être nuisibles, les uns en ajoutant un nouveau degré d'irritation , les autres en enrayant la série des mouvemenset des efforts nécessaires pour expulser une matére nuisible, à moins de donner ces der-

* mers dans le déclin de la maladie > Pour amener un

peu de calme. Tous les vrais observateurs conviennent de la nécessité de se borner à l'usage des boissons dé-

. Jayantes ou acidulées, comme l’eau de poulet, l’eau

de veau, les décoctions d'orge, le mucilage de gomme

arabique. Dans un cas de cette nature des plus violens, et survenu durant les chaleurs de l'été > Je me suis

borné à l'usage de l’eau de groserlle bien sucrée , et la maladie a été terminée au bout de vingt heures. Sy-

. denham faisait boire à grands. traits l’eau de poulet - seule ou édulcorée avec le sirop de violette, et il en

| faisait prendre en méme temps une grande quantité

: en clystères. Il terminait le traitement par quelque cal- . mant; et 1] fait observer qu’on doit y recourir sur-le-

champ lorsqu'on est appelé auprès d’un malade épuisé

par des évacuations antérieures.

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