‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 35 sur 60 · Fièvre ADYNAMIQUE RÉMITTENTE. A chaque · texte numérisé non relu

Fièvre ADYNAMIQUE RÉMITTENTE. A chaque

(1) I nomme cette fièvre continue muqueuse avec malignité ; mais On sait combien on abuse en médecine de ce mot.

pas qu’on fait dans l'étude philosophique de la méde= cine , On est ramené au cercle éternel de difficultés et d’embarras où se sont trouvées toutes les parties de lhistoire naturelle, surtout la botanique et la minéralogie, avant qu'une méthode descriptive exacte eût été généralement adoptée, et que des dénonunations précises eussent servi à circonscrire et à fixer les idées. Le mot de fièvre rémittente a été appliqué en général aux fièvres - marquées par des alternatives de rémussion et d’exacerbation des symptômes, ce qui comprend presque toutes les fièvres essentielles. Quelques auteurs, plus sévéres dans leur marche, n’ont appelé fevres rémittentes que celles qui offrent , avec une continuité de l'état fébrile , des retours périodiques d’accès en froid et en chaud : ce qui donne à ce terme une signification beaucoup plus restreinte , et la seule qu’on doive conserver, si on veut s'entendre. C'est le premier sens que Selle attribue à la fièvre rémittente biliosoputride, en lui donnant, pour ainsi dire, une latitude indéterminée. C’est pour faire éviter toute obsecurité et toute équivoque, que jai rapporté ailleurs ( Méd. clinique ) des exemples de la fièvre adynamique rémittente qu'on remarque quelquefois dans les hospices, en prenant ce terme dans un sens rigoureux. Dans le premier exemple , on voit les caractères de la fièvre adynamique se développer avec une rapidité effrayvante , vers le quatrième jour , par la chute totale des forces, un pouls fréquent et irrégulier , l'altération des traits de la face, etc.; les accès varier beaucoup pour l’heure de l'invasion , et la mort survenir, autant par les suites d’une constitution détériorée , que par une péripneumonie qui avait existé antérieure=

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. 167

ment , et qui n'était point parvenue à une terminaison

favorable.

190. La maladie du deuxième exemple avait le type quotidien ; les accès allaient en avançant; elle était d'abord compliquée avec l'embarras gastrique , et s’accompagna successivement d’assoupissement , de syncope et d’un léger délire : l’'œdématie et le scorbut Sy trouvaient aussi réunis. La langue à été presque toujours sèche ; l’amélioration survenue le trenteneuvième jour a été trompeuse, car les symptômes n'ont pas tardé à empirer , et la mort a eu lieu six jours après. La durée entière de la maladie a été de | quarante-cinq jours.

191. Les différens cas de fièvre adynamique rémittente qui se sont présentés à l’infirmerie de la Salpéirière suivaient indifféremment les types quotidien, uerce et même quarte; l’heure de l'invasion des acces n’avait rien de constant ; il en était de même du degré d'intensité du frisson. Les symptômes adynamiques se conunuaient pendant tout le cours de la maladie ; mais ils augmentaient d'intensité durant les accés. La durée de la maladie a &té, en général , longue , et la terminaison souvent funeste. é

102. FIÈVRE ADYNAMIQUE INTERMITTENTE. Doit-on admetire , d’après une observation sévère, l'existence des fièvres adynamiques intermittentes ? La question est facile à résoudre , si, à l'exemple de Selle, on comprend sous le même ütre les fiévres bilioso-putrides et les fièvres intermittentes malignes ou ataxiques, et si on accumule indistinctement les autorités de divers auteurs ( Pringle, Huxham , Sénac, Torti,

Werlhoff, Aurivilh, Raymond }. Mais aussi il est

pénible de retomber sur ce point, comme sur tant d’autres, dans la confusion des idées et le vague des expressions. Et quel courage ne faut-il point avoir pour lire, méditer , comparer laborieusement des traités de maladies différentes , qui offrent quelques points de contact , mais qui, à d’autres égards , semblent, pour ainsi dire, se repousser ! Selle donne pour ca racteresdu Genre de la fièvre intermittente biliosoputride un air humide, chaud , et infecté d’émanauons putrides , l'influence de la saison, des signes de saburre biieuse, la putridité du sang , des symptômes très-dangereux, uneapyrexie de peu de durée. Que signifie d’ailleurs cette prétendue putridité du sang périOdique , quand on ne veut admettre que des expressions claires ei exactes ? Je pense qu'en se renfermant strictement dans la fièvre adynamique intermittente , elle peut se présenter quelquefois, quoiqu'elle soit tres-rare.

103. J'ai eu occasion d'observer , à la Salpêtrière , quelques cas de fièvre adynamique intermittente : l’un d'eux a eu lieu snr une ancienne infirmière, d’a= bord attaquée d'une fièvre staxique intermittente ; dont les accés étaient marqués par une perte totale de connaissance , une déhilné extrême, l’excréuion involontaire de l’urine , ete. La fièvre fut guérie aprés le quatrième accès, par le quinquina en substance, et 1l s’écoula environ deux mois d’une santé non équivoque. Mais vers l'automne 1l parut une fiévre intermittente d’un nouveau caractère : accès tous les mans vers les dix heures, frissons de trois quarts d'heure ou d’une heure de durée , suivis d’une chaleur âcre , mais modérée et sans sueur ; pouls fable,

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. 169 soit durant l'accès, soit pendant les intervalles d’apyrexie ; langue sèche et couverte d’un enduit brunätre ; anorexie LE plus complètes, même pendant l’apyrexie ; sorte de prostration de forces, et impuissance de sortir du lit pendant une vingtaine de jours qu'a duré la fièvre. Celle-ci fut guérie seulement par la vin amer, mais nullement par le quinquina en substance. Le pouls n’étaii nullement fréquent durant les intervalles des accés, et il n’y avait alors que des symptômest rès-équivoques d’un état fébrile. Suis-je fondé à admettre dans ces différens cas une intermission , ou bien seulement un état de rémittence ? Quoi qu'il en soit, le nombre des faits recueillis est encore insuffisant pour faire une descripüon générale de la fiévre adynamique intermittente , et on ne saurait trop provoquer l'attention des vrais observateurs sur cet objet de recherches.

194. Quelques observations ont été publiées sur le même objet depuis quelques années; maïs la plupart d’entre elles ne paraissent être que des exemples de fièvre adynamique rémittente : j'en excepte celle qu'a publiée M. Bayle , médecin connu par son exactitude extrême. En voici les détails :

Un fondeur âgé de soixante-trois ans, d’un tempérament sanguin , d’une forte constitution , était malade depuis six semaines lorsqu'il entra à la Charité le 22 vendémiaire an 14 (1805). IL avait une fièvre avec frisson, chaleur et sueur; les accés ne commençaient pas toujours par les mêmes endroits du corps , et l'époque de leur retour n’était pas fixée ; le type était tantôt quarte , tantôt üerce , et quelquefois | quotidien ; les accés ne se correspondaïent pot.

D'ailleurs, le pouls était peu aéré , l'appétit médiocre, la langue nette, le ventre souple , sans tumeur à l’hypochondre gauche ; les évacuations alvines étaient presque naturelles.

Les mois de vendémiaire et brumaire se passérent à-peu-près dans le même état. Les tisanes et les apozèmes amers ne produisant pas d'amélioration ,1l survint en frimaire quelques accés réglés en quarte, mais tres-violens. Durant les accès » le pouls était fréquent, la langue brunâtre et sèche ; la sueur qui les terminait était peu abondante ; les traits, qui étaient altérés pendant l'accès , conservaient un peu leur affaissement le lendemain , quoique le pouls n’offrît aucune fréquence. Enfin , le Jour qui précédait le nouvel accès était marqué par l'apyrexie complète et les apparences d’une assez bonne santé ; Ja langue était nette, l’enduit fuligmeux disparaissait complètement , le pouls était sans fréquence ; la peau n’était plus sèche , et l'appétit revenait. Le quatrième Jour étant arrivé, nouvel accès adynamique. Le quinquina en substance fut donné à SiX gros, mais sans effet. Dans les Jours suivans (au mois de nivôse), on le donna encore à plus haute dose , et on prescrivait en même temps une potion ant-Spasmodique camphrée ; cependant la marche de la fièvre ne changeait point. Âu commencement de janvier cette maladie s’aggrava de nouveau.

Etat du 4 janvier, au milieu de l'accès : coucher en supination , face décomposée , yeux presque éteints , langue sèche, âpre , brune, couverte d’une couche fuligineuse ; parole très-diffuse ; tous les sens très obius ; peau très-chaude ; avec chaleur âcre et trèsseche; respiration fréquente, courte, égale; ventre

PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES. LE < SEA gonflé , membres écartés ; pouls fréquent et assez dé veloppé, présentant un peu de mollesse.

Le 5 janvier , nulle fréquence du pouls, la langue humide, offrant à peine quelques traces de couleur fuligineuse ; fatigue très-notable , un peu d’appéut, ventre très-souple, sans tumeur sensible aux hypochondres. Le 6 janvier , langue très-nette , appéut, peu de fatigue, peau bien souple, face d'un jaune particulier aux sujets affectés de fièvres intermittentes. Le 7 janvier, nouvel accés , mais plus violent que celui du 4, offrant d’ailleurs les mêmes symptômes. Le 8, même état que le 5, mais plus d’abattement. Le 0, large nette , pots sans fréquence , un peu d’appéut. Le 10, accès trés-violent. Le 11, grand accablement par fatigue excessive , nulle fréquence du pouls; largue humide , mais recouverie d’une ligne fuligineuse vers le côté gauche. Le 12, toute la langue bien nette, un peu de fatigue universelle , nulle fréquence du pouls, mais peu d’appéut. Le 13, accès extrêmement violent. Le 14, comme le 10, mais avec plus d'affaissement; pouls irés-fable, un peu rare; abattement extrême , langue humide, mais par-tout fuhigineuse. Le 15, au matin , langue presque nette , humide, mais offrant encore à gauche une ligne fuligineuse; pouls tresfaible, très-lent, fort rare et petit; anorexie complète , flaccidité universelle, yeux éteints. 1 mourut, ou plutôt 1l s'éteignit le 16 au soir. Jusqu'à la fin on continua le quinquina à haute dose et sous diverses formes, de même que les anti-spasmodiques (1).

(x) On trouve trois autres exemples de fièvre intermittente

À l'ouverture cadavérique , tout était trés-sain dans le crâne ; 11 y avait une assez grande quantité de sérosité sous la pie-mère, et peu dans les ventricules latéraux. Les poumons étaient sains, tres-crépitans , €t ils n’adhéraient aux parties contiguës que par quelques lames cellulaires assez lâches. Le cœur était trèsflasque , presque tout-à-fait vide de sang et trés-Sain d'ailleurs. I y avait très-peu de sang dans les gros vaisseaux , et 1] n'était pas coagulé. Le foie était sain , non gorgé de sang; la vésicule biliaire était un peu flasque , aussi grosse qu’un œuf de poule, et contenant une hile jaune. La rate avait à-peu-prés son volume ordinaire; sa couleur était d’un rouge brunâtre ét notrâtre ; sa consistance était un peu plus ferme qu'à l'ordinaire ; entre sa tunique péritonéale et sa tunique propre, elle contenait, à son bord inférieur, un kyste de la grosseur d’une noisette, rempli d’une matière analogue au plâtre fin humecté d’eau, ét dont les parois étaient osseuses du côté de la rate et mem braneuses du côté opposé. L’estomac contenait une assez grande quantité de liquide jaune; du reste il était sain, ainsi que les intestins. Le mésentère et lépiploon n’offraient aucun vestige de graisse.

S IE. ZZ do generale des Fièvres adynamiques. |

199. Prédispositions et causes occasionnelles. Séjour habituel dans les eux bas et humides, dans les prisons , les hôpitaux , les camps , les villes assiégées ,

RER TT CT RE RS RP AR, eg RS

adynamique dans une thèse qui a pour titre : de la Fièvre intermitiente adynamique. Paris , 1812. |

PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES. 193 dans le voisinage des voiries, dans les salles de dissection, et en un mot dans des lieux plus ou moins étrous, dont l'air n'est pas renouvelé, ou est vicié par les émanations de matière en putréfaction, par Fentassement de beaucoup d'individus sains ou malades, et surtout lorsqu'ils sont affectés de fièvres adynamiques ou ataxiques , de gangrène, de çarie, etc. ; exposition aux effluves marécageux , surtout pendant le sonrmeil ; défaut de propreté , nourriture com-

osée d’alimens tendant à la putréfacüon, boissons Ÿ eaux corrompues, abus des aromates, des alcalins, des mercuriaux , etc. ; évacuations excessives , débauches immodérées , résorpuon du pus; fatigues extrêmes ou inaction eompléte , veilles et études prolongées , aflections morales habituellement inistes ; traitement trop débilitant des fievres dites inflammatoires, bilieuses, muqueuses, etc.

96: Les fiévres adynamiques peuvent régner d'une | manière “poradique épidémique et endémique. Elles surviennent imopinément, ou bien elles sont précédées par le dérangement des digestions , une céphalalgie obtuse, une somnolence opimiâtre , un état de stupeur, des douleurs vagues dans les membres, des lassitudes spontanées , un sentiment de pesanteur générale. Leur invasion- est accompagnée de l’Aorror ou du rigor.

197. Spraptémes! Couleur livide et affaissement général; langue recouverte d’un enduit jaune-verdâtre, brunâtre, notrâtre et même noir, d’abord humide, puis sec et même aride; état fuligineux des gencives et des dents , haleine fétide, soif variée, déglutition souvent impossible où comme paralyti-

que; parfois vomissemens de matières variées, plus ou moins foncées en couleur ; constipation ou diarrhée, déjecuons souvent involontaires, noires et féudes : dans quelques cäs, météorisme ; pouls petit, mou, lent ou fréquent, souvent dur , et en appa= rence développé les premiers jours, mais passant subitement à un état opposé; parfois, dès le début, apparence momentanée d’une congestion vers la tête ou la poitrine ; dans quelques cas, hémorrhagies passives par le nez, les bronches, l'estomac, l'intesun et les organes génitaux ; pétéchies , wibices et ecchymoses; respirauon naturelle, accélérée ou ralentie ; chaleur âcre au toucher, augmentée où diminuée ; sécheresse de la peau, ou sueur partielle froide, visqueuse, et même fétide; urine retenue, rejetée avec difficulté, ou rendue involontairement ; citrine ou de couleur foncée dans les premicres périodes , et trouble avec un sédiment grisâtre vers la fin ; yeux rougeätres ou jaunes-verdâtres, chassieux, larmoyans et contournés; regard hébêté ; affaiblissement de louie, de Ja vue, du goût et de l’odorat ; dépravation fréquente de ces deux derniers sens ; céphalalgie obtuse, état de stupeur , somnolence , vertiges , ré— vasseries ou délire taciturne, réponses lentes, tardives ; indifférence sur son propre état, prostration , affaissement des traits de la face et des saillies musculaires en général, coucher en supination ; quelquefois érupüon de parotides avec ou sans diminution subséquente des symptômes, ictère , impossibilité de rubéfier la peau et d'exciter l'organisme ; gangrène des plaies, et, en général, des parues sur lesquelles le déeubitus a heu. |

- PUTRIDÉS OU ADYNAMIQUES. 175

198. Ces fièvres peuvent exister à des degrés d’intensilé extrémement variés , ets’élévent à leur plus haut période graduellement, ou d’une manière comme foudroyante. Leur type est ordinairement continu ; quelquefois cependant il est rémittent. On le voit rarement intermittent , et, dans ce dernier cas, l’apyrexie n'est presque jamais complète, Ces deux types se remarquent plus parüculièrement chez des individus affublis où détériorés par des affections chroniques variées , ou par la lésion de quelque viscère abdominal. Les exacerbations et les accès peuvent suivre le type quoudien, double-tierce, tierce et quarte ; ils prennent quelquefois alternativement ces différens types, tandis que d’autres fois ils sont irréouliers. L’exacerbation est souvent nulle.

109. La duréees fièvres adynamiques varie selon le type. Sont-elles continues, elles se prolongent jusqu'au septième, quatorzième , dix-sepüème, vingtunieme, quarantiéme jour, et quelquefois au-delà ; les rémittentestne se terminent guére avant le quarantième jour : la durée des intermittentes est encore indéterminée.

200. Ces fièvres se terminent souvent d’une manicre funeste ; quelquefois cependant leurs symptômes diminuent graduellement d'intensité ; il survient une urine trouble avec un sédiment cendré , une sueur. générale et chaude , ou bien des déjections alvines de matires liées et homogènes ; dans quelques cas, des parotides ou des abcès , et la santé ne tarde pas à reparaître. Celles de ces fièvres qui sont continues deviennent souvent intermittentes vers leur déclin ; tandis que les rémittentes prennent ordinairement

“par le météorisme, etc. Ilen est de même lorsque lé

176 FIÈVRES alors le type conunu. Une terminaison funeste est ordinairement accompagnée de l’augmentauon gra= duée et contimuelle des symptômes.

201. La convalescence de ces maladies est lente, et leur rechute est fréquente.

Page 1