‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 34 sur 60 · LE · texte numérisé non relu

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130 FIEVREÉES

sont point bornés à faire des histoiresarticulières de ces fiévres, et à s'élever à des descriptions générales ; ils ÿ ont encore joint l'exposition la plus détaillée de la marche des symptômes fébriles dans certains cas , et dans d’autres 1ls ont fait, après la mort, l'examen le plus scrupuleux des lésions organiques ou des altérations internes qui se $ont manifestées. L'état de la bouche , de l’œsophage , de l’estomac et des intestins, a été surtout digne de remarque par l'affection de la membrane muqueuse de ces parties. Rien n’a été plus ordinaire que de trouver des aphthes dans l’arricrebouche , c’est-à-dire un détachement, dans certains endroits, de l'espèce d’épiderme qui recouvre la membrane muqueuse. Ce même épiderme a paru se détacher en petits fragmens dans l’intérieur de l’'œsophage ou de d'estomac , et il s’est alors manifesté au-dessous des follicules muqueux souvent distendus par une mucosité grisâtre et épaisse. La membrane muqueuse du duodénum et des autres intestins a fait voir souvent | un changement analogue, quelquefois avec un enduit visqueux de mucosités , soit décolorées , avec quelques vers lombricaux, soit hétérogènes et avec une teinte jaunâtre. Les follicules de la membrane muqueuse ont offert dans leur changement plusieurs variétés : : quelques-uns étaient aplatis et comme comprimés , avec une Ouverture plus ou moins sensible ; d’autres étaient plus où moins prolongés en forme de petites excroissances où de papilles fongueuses, et ils étaient plus ou moins développés en conservant ces apparences , soit à la parte inférieure de l’œsophage , dans l'estomac ou vers le pylore , soit dans le duodénum ou l'intérieur des autres intestins. On a vu quelquefois le

"PITUITEUSES OÙ MUQUEUSFS. 194

jéjunum enduit dans tout son trajet d’une grande quantité de matière muqueuse et tenace, et dans le colon, des filamens ramifiés comme de la réglisse concassée , mêlés avec des matières stercorales et des vers trichurides. Les autres résultats des observations cadavériques ont porté sur des traces d’inflammation dans divers points de la membrane péritonéale, ou sur des altérations du tissu de quelqu'un des viscères abdominaux.

157. Les recherches anatomiques ont au moins rec üfié les fausses idées qu'on s'était formées sur ce qu'on appelle fièvres pituiteuses , et il est bien reconnu que; si dans la considération de ces maladies il faut admettre la présence active d’une humeur viciée dans les voies alimentaires, il ne peut guère s'agir que des mucosités dont l'organe sécréteur est la membrane qui revêt l’intérieur de ce conduit » et qui se trouve plus ou moins affectée dans une ou dans plusieurs de ses parties. Maintenant , est-ce le produit de cette sécrétion qui, par sa présence seule ou laltération qu'il contracte , devient un stimulus contre nature ét . donne lieu par là à une foule de symptômes fébriles ? ou bien ne faut-il point admettre une affection primitive de la membrane muqueuse qui réagit sur les autres systèmes , et produit par là la chaîne comphiquée desmouvemens fébriles plus où moins irréguliers? Ici les humoristes et les solidistes ont le champ le plus vaste pour se livrer aux conjectures , et pour s'appuyer respectivement des raisonnemens les plus spéciéux. Peut-être aussi qu'au lieu d’être exclusifs dans leurs opinions, leurs intérêts bien entendus demandéraient une réunion sincère, à la manière d’un des obser-

vateurs modernes les plus disingués. Il pourra paraître merveilleux, dit Plenciz (Act. et Observ. med.) , qu’une mucosité douce et glutineuse soit assez active pour produire, non-seulement les divers symptômes qui ont lieu dans les premiéres voies et sur leurs nerfs, mais encore sur les foncuons vitales. Cependant on cessera d’être «étonné , si on examine l’économie animale de plus près : on verra en effet que si une bumeur, d’ailleurs tres-douce, est déposée sur une partie sensible où elle est étrangere, elle peut devénir une cause süimulante très-puissante, comme l'ont prouvé une foule d'expériences et d’observauons. Un fluide d’ailleurs qui pèche en quantité ou en qualité, où qui s'éloigne d’une manière quelconque'de son état naturel, quoiqu'il ne paraisse point d’une nature äcre, peut le devenir indirectement , surtout si on fait attention aux effets qui en résultent sur les nerfs et les fibres, comme le prouvent un écoulement abondant de larmes par rapport aux yeux, et le flux diabétique par rapport aux réservoirs de l’urine. Il peut donc arriver qu'une mucosité douce qui ne pèche que par Surabondance danses premières ou deuxièmes voies, soit capable de produire la fièvre, surtout si elle s'éloigne de son état naturel, comme le démontre l'odeur désagréable qu’elle donne dans le vomissement : on peut même appeler en preuve de cette opinion un cas singulier de pratique. Un médecin fut appelé pour donner des soins à une jeune femme qui, pour une cause qu'on n'a point connue, avait pris pendant long-temps une certaine dose de gomme arabique, et qui éprouvait , non-seulement du dégoût , un sentiment de pesanteur dans l'estomac, de légères syncopes , mais encore des

PITUITEUSES OU MUQUEUSES. 133

douleurs vagues dans toute l'habitude du corps, des spasmes hystériques, puis une fièvre déclarée, jusqu’à ce quenfin elle fut délivrée par le haut et par le bas, à l’aide des évacuans répétés , d’une grande quantité de matière visqueuse et glutineuse.

158. Quelque induction qu’on re des faits paru culiers que je viens de rapporter, quelque manière de raisonner qu'on adopte sur l’action des mucosités sur abondantes ou viciées contenues dans le conduit alimentaire, On ne peut guère méconnaître une affection primiuve dirigée sur l'organe sécrétoire, c'est-à-dire , une irritation paruculiere de la membrane muqueuse qui revêt les premiéres voies, et qui, par une sorte de correspondance sympathique avec les autres systèmes de l’économie animale, produit cet Ordre de fièvres.

199. Mais que d’obscurités impénétrables quand on veut se livrer à l’explicauon des causes prochaines de ces fièvres , développer les premiers mobiles de l’ensemble et de la série des symptômes manifestés durant leurs diverses périodes , indiquer les circon- Stances qui donnent plutôt lieu à une fièvre continue qu'à une fièvre intermittente ou rémittente , etc. ! Ne devons-nous pas ;, au contraire , nous arrêter dans ces recherches subtiles, et fixer avec soin le point qui les sépare d’avec les vérités constatées par l'observation et l'expérience ?

160. La chimie peut encore répandre des lumières sur la nature de ces fièvres ; Mais On n’a Point jusqu’ici projeté d’en faire l’objet de recherches particulières. I] s'agirait d'indiquer en quoi diffère le mucus sécrété dans cette fièvre, d'avec celui que.les membranes

muqueuses sécrètent dans l’état de santé. Il faudrait voir aussi si le sang présente dans sa composition des modifications particulières. Mais pourquoi aller s’égarer dans de vaines conjectures, pendant qu'il reste tant de faits importans à connaître ?

Sr maeelidlash. diese die Et EG ERe A NLEl ORDRE QUATRIÈME.

FIÈVRES dites PUTRIDES OUADFYNAMIQUES(:).

$S °°. Considerations générales, et Histoires particulières.

161. Dorr-ox s'étonner si la dénomination de fièvre puiride à joui d’une si grande vogue en médecine, et si elle a passé de là avec tant de facilité dans le langage ordinaire ? Les apparences les plus frappantes ne sem blent-elles point déposer en sa faveur? 1°. l'odeur féude des déjections, des sueurs et de l'urine que rendent les malades; 2°. la prompte décomposition des corps de ceux qui ont succombé à cette fièvre ; 5°. la couleur verdâtre du sang tiré des veines, qui semble l’assimiler à la viande gâtée : de là la doctrine de la putridité du sang et des humeurs, consignée dans des milliers de volumes depuis Galien jusqu’à

(1) Srvonwrmie. Typhus, Hirrocnare , Sauvaces, Cuz- LEN, €lC.; Febris pestlentialis , Fnacasrorn , SYDENHAM , Gnawr , etc. ; Febris putrida., SroL, Quarix, etc.; Fièvre adynamique , Piyer,, etc. |

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. 155

nous, doctrine forüfiée par l'appareil imposant des expériences sur les antiseptiques, qu’on doit à des médecins d’un grand nom, et par les discussions subüles de Huxham sur la dissolution putride de nos fluides. Mais, en portant un coup-d’œil sévère sur ce mot, un état de décomposition peut-il s’'accorder avec les phénomènes de la vie ? et, tant que nos parties sont soumises à l'influence de cette dernière, peuventelles obéir à leurs affinités chimiques? D'ailleurs, les travaux modernes des chimistes sur le sang et les humeurs n’ont-ils point donné des résultats opposés ? Toutes les fausses apparences de cette prétendue putridité ne disparaissent-elles point à l’époque de la convalescence , ou plutôt lors d’une terminaison favorable de la maladie? Peut-on oublier enfin que les altérauons des fluides sont toujours subordonnées à l’action vitale des solides , et que les fièvres dites vulgairement putrides peuvent tenir à une foule de causes physiques æu morales ? Comment connaître d’ailleurs la nature des maladies par leurs principes internes ? et ne sommesnous point bornés aux caractères extérieurs et sensibles qui servent à les désigner ? Or, que nous manifestent aux sens les fièvres de cet Ordre, débilité, langueur, prostration des forces , pouls faible et avec peu d’accélération , stupeur, vertiges et comme état d'ivresse , diminution des fonctions des organes de la vue et de l’'ouïe , sorte d’anéantissement des fonctions de l’enttendement et rêvasserie légère , bégaiement ou difficulté d’articuler les sons , excréuons involontaires des déjecuons alvines et de l’urme, etc. : tout n’indiquet-1l point , d’une manière évidente, une atteinte profonde portée sur les forces vitales, une diminution

notable de la sensibilité organique et de la contractilité musculaire ? Dans le scorbut (1) et Les fièvres putrides, comme le remarque Milman , la stupeur et le peu de disposition à contracter les muscles , sont les premiers effets de leurs causes occasionnelles. Dans ces deux maladies , on trouve le même état de mollesse et de flaccidité dans les fibres musculaires , la même diminution de cohésion entre leurs parties constituantes ; d’où il arrive que les vaisseaux ne peuvent plus désormais retenir les fluides , qu'ils les laissent extravaser sous la peau ; de là les exanthèmes et la disposition aux hémorrhagies. Ge sont là les considérations qui me portent à adopter le terme de fièvre adynamique , comme fondé sur les caractères extérieurs les moins équivoques et les plus mulupliés de la maladie désignée dans les écrits de médecine sous le ütre de Jièvre putride.

162. Grant (2), en traitant de la fièvre putride maligne ( appelée improprement pestilentiele avec pu= tridité) , paraît avoir preisenti la nécessité d’une application de la méthode analytique. Cette fièvre ; suivant lui, est composée de deux ordres de symptômes, les ‘uns dépendant de la contagion ou de miasmes déléteres, les autres tenant uniquement à la nature de la fièvre putride proprement dite. Il fait donc séparément l'énumération des uns et des autres pour éviier toute éonfusion , et afin que le médecin , même sans expé-

(1) Recherches sur Le Scorbut et les Fièvres putrides > par Milman ; ouvrage traduit de l'anglais.

(2) Recherches sur les Fièvres , par Grant, etc. ; traduit de de l'anglais, Paris , 1776, |

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rience, lorsqu'il rencontre cette fiévre composée, soit en état de discerner le caractère des symptômes qui prédominent, et de la traiter avec succes. Mais cet auteur judicieux n’a-t-1l pas plutôt indiqué le but qu'il ne l’a attemt lui-même, puisqu'il cite pour exemple de la fièvre putride simple, une fièvre bilioso-putride que Sydenham avait observée à Londres durant le mois de juillet et les jours caniculaires ? douleur dans la région épigastrique , et très-grande sensibilité de cette partie au moindre attouchement ; céphalalgie, chaleur dans toute l'habitude du corps , éruption de pétéchies dans plusieurs cas, peu de soif, langue quelquefois couverte d’un enduit blanchâtre , très-rarement sèche et jamais noire ; sueurs spontanées et copieuses , Mais sans soulagement , et délire si on cherchait à les provoquer : en général, la phrénésie, les pétéchies ; l’érupüon miliaire et les aphthes, n'étaient pour la plupart que la suite d’un mauvais traitement.

1035. FièvRE ADYNAMIQUE coNTINUE. Hippocrate nous a transmis le tableau le plus vrai et le plus frappant d’une fièvre putride ou adynamique continue (liv, IF des Épidém. » malade 10). Clazoméne est pris d’une fièvré violente : dès: le commencement , douleur de la tête, du cou et des lombes ; peu après , surdité, point de sommeil, fièvre aiguë , région précordiale tuméfiée sans beaucoup de tension , langue aride. Le quatrième jour , délire vers la nuit. Le cinquième jour, augmentation de tous les symptômes, qui ne dimimuent un peu que vers leonzième jour ; déjectionsabondantes et liquides, depuis le début de la fièvre jusqu'au quatorzième jour ; ensuite suppression de cette évacuation. Pendant tout ce temps, urine claire, mais d’une bonne

150 FIÈEVRES couleur, avec énéorème, quelques flocons disséminés et sans sédiment. Le seizième Jour , urine épaisse avec un peu de sédiment ; et dès-lors soulagement , et moins d'égarement de la raison: Le dix-sepüème jour , urine chure de nouveau , et érupüon des parotides de l’un et de l’autre côté, pointde sommeil » délire , douleur aux jambes. Le vingtième jour, point de fièvre ; la maladie est Jugée ; point de sueur ; exercice plein et entier de la raison. Vers le vingt-septième jour , douleur de sciauque très-violente, qui disparaît aussitôt; les parotides ne diminuentnine suppurent , mais sont accompagnées de douleur. Le trente-unième jour , diarrhée, déjections abondantes , aqueuses, et pareilles à celles de la dysenierie ; urine épaisse; les parotides s’affaissent. Vers le quarantième jour , douleur à l'œil , trouble de la vue, convalescence. |

164. Quelques observations, que Forestus a pubhées sous le titre de Fièvres ardentes ( Observ. de ÆFebrib.) ne sont en réalité que des fièvres putrides simples. Bance en a publié un bien plus grand nom bre (1), et je puisajouter à celles qu'on trouve dans son recueil les observations qui me sont propres. ( Voyez la Médecine clinique.) |

165. Je ne connais point de moyen plus simple et plus direct de donner une description générale de la fièvre dite putride, que de tracer les caractères fondamentaux d’une épidémie où cette fièvre s’est montrée le plus sans complication et sans mélange. Je choisis celle qui régna avec des pétéchies en ftalie, lan‘ 1505 et

bg Me: stvt lobbt ol éresb és pit {1} Selecta Diarii Nosocom. Reg. Fridericiani Hafniensis. Hafniæ , 1780.

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2528, suivant la description qu’en donne Fracastor (de Morbis contagiosis). L'hiver précédent avait été marqué parla fréquence du vent du midi et des pluies abondantes ; ce qui avait été suivi de diverses inondations par le débordement de plusieurs rivières. Les s1gnes précurseurs de la maladie étaient peu prononcés, ou manifestaient même un caractère de bénignité qui trompait les médecins eux-mêmes; mais bientôt après paraissaient les symptômes les plus graves : chaleur peu vive, lassitudes spontanées, perte totale des forces, manière de se coucher en supination, pesanteur de tête, sens hébétés, trouble de l’entendement, ou léger délire du quatrième au septième jour, rougeur des yeux, sorte de loquacité, urine d’abord blanchätre , puis fortement colorée; matière des déjections trés-fétides; et du quatrième au septième jour, éruption de pétites taches rouges ou pourprées, semblables à des piqüres de puces et quelquefois à à de grosses lentilles ; peu ou point de soif, langue couverte d’un enduit sale ; tantôtsomnolence , tantôt veille opiniâtre , et quelquefois alternatives de l’une et de l’autre dans le même malade. Des signes d’un mauvais présage étaient des syncopes, la rétention d'urine, la diarrhée occasionnée par l'usage des médicamens les plus légers ; éruption laborieuse des pétéchies, leur délitescence ou leur couleur livide, nul soulagement après une apparence de crise. Fracastor dit avoir vu succomber des malades après une hémorrhagie du nez un peu copieuse. La maladie se terminait au quatorzième jour, ou se conti-nuait au-delà : sa solution la plus heureuse était par des sueurs abondantes. | 166. La fièvre adynamique est comme endémique

40 "7 FIÈVRES à la Salpêtriére ; un âge très-avancé, des chagrins an= térieurs, un air peu salubre, une nourriture plus que frugale , et des affections tristes et habituelles, semblent y multiplier en tout temps ; et la rendre surtout funeste pour les septuagénaires et les personnes qui ont passé cetâge. La fièvre putride les attaque souventd’une maniére si imsidieuse , surtout lorsque, pour d’autres infirmités , elles gardent constamment leur Bt, qu’on ne les fait transporter de leurs dortoirs dans les infirmeries que lorsqu'elles sont à la dernière extrémité : alors pouls trés-faible et très-déprimé , délire taciturne ou perte totale de connaissance, souvent dévoiement colliquauf ; et les malades finissent par tomber dans une aflecuon soporeuse profonde, durant laquelle le pouls se relève, la respiration devient accélérée et tres-gênée ; enfin elles succombent dans cet état, sans qu'aucun stimulant puisse agir d’une mamière efficace. |

167. L'hiver del’an4 dela république (1 4) futsurtout remarquable par une grande fréquence de fièvres putrides où adynamiques , le plus souvent simples. Que de femmes jouissant autrefois de toutes les commodités de la vie, furent amenées par la disette ou les événemens de la révolution à la misère la plus extrême, et furent enfin forcéesde chercher un asile à laSalpétriète! La plupart d’entre elles furent bientôt après attaquées de la fièvre dite putride : pouls faible et déprimé, sorte de stupeur, révasserie légère; quelquefois perte totale de connaissance, avec un air d'égarement et de consternation ; d’autres fois langueur extrême , avec dévoie= ment colliquatif, œdématie des membres inférieurs, dépérissement progressif ou chute rapide des forces,

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. TA etagonie plus ou moins prolongée. On avançait peu , même dés les premuers jours de la maladie, par l’ap-

| plication des vésicatoires ; 1ls ne faisaient aucune impression sur la peau ; d’autres fois, sil y avait écoulement, la plaie était pâle, ou bien ï se mamifestait quelques points gangreneux ; enfin, si les deux ou trois premuers jours la plaie donnait quelque espérance , elle prenait une couleur livide dès le quatrième ou cinquième jour, malgré l'usage des excitans internes, ce qui était le présage d’une mort prompte. Un des caractéres particuliers de ces fièvres a été l’éruption de paroüudessymptomatiques , dont la terminaison aété funeste , soit par l'impossibilité d’y exciter une suppuration favorable , à l’aide de moyens internes ou externes , soit par une terminaison gangreneuse. Sur quatre-vingt treize exemples de fièvres putrides durant le trimestre d'automne de l’année suivante , quatorze furent marqués par des éruptions de semblables parotides.

168. Complication de la fièvre adynamique continue avec la fièvre inflammatoire. Peut-on admettre, d'aprés une série de faits bien constatés, la complication de la fièvre inflammatoire avec la fièvre putride ? Stoll, dans ses Ephémérides, année 1778, en admet une de cette sorte. « Les fièvres qui régnaient en août , dit-il, » étaient longues et continues, et leur rémission était » obscure ; lémétique fit rendre une petite quanüté » de matières visqueuses, sans aucun changement fa- » vorable ; il ÿ avait stupeur ; le pouls et la chaleur. » étaient peu éloignés de létat naturel , sion s’en rap » portait au toucher ; mais les malades disaient éprou- » ver une chaleur brülante ; la prostration des forces » était grande , la langue aride , contractée et fuligi-

» neuse, d’une dureté comme ligneuse, et tremblante, » et les malades ne pouvaient la faire sorur au dehors ; » les dents , les gencives et les lèvres étaient couvertes » d’une mucosité brünâtre et filamenteuse ; 1l y avait » douleur et tension ou sentiment de pesanteur dans » l'abdomen ; l'urine était décolorée et avec un sédi- » ment muqueux , la peau sèche etsans transpiration. » Stoll ajoute que, vers la fin du mois, quelques parues internes furent attaquées , comme les poumons et la plèvré , ensuite les glandes sous-maxillaires , thyroïdes , etc. Il paraît que Stoll regarde cette fièvre, évidemment putride , comme ayant un caractère inflammatoire , par la continuité de sa marche sans aucune rémission de symptômes bien marquée , par le senument de chaleur brülante qu'éprouvaient les malades, par l'extrême aridité de la langue , et la disposition qu'avait cette fièvre à se compliquer, vers la fin du mois , avec quelque phlegmasie particulière. Le même auteur avait remarqué ailleurs d’autres fièvres dites putrides , surtout parmi les femmes , avec une apparence inflammatoire au début, et qui , dans le reste de leur cours, manifestaient leur caractère fondamental ÿ ce qui d’ailleurs n’est pas rare , et ce que j'ai eu quelquefois occasion d'observer dans les prisons de Bicêtre : mails ces Cas peuvent-ils être régardés comme une véritable complication de la fe" inflammatoire avec ce qu'on appelle la fièvre putride ? M. Navières croit aussi avoir observé la complication de la fièvre inflammatoire avec la fièvre adynamique dans une épidénne: Une autre source d’obseurité et de confusion répan= dues sur cet objet, tent à la notion du mot inflammatoire , qui s'applique presque toujours , parnu les

PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES. 145 auteurs, à la fièvre qui accompagne une phlegmasie quelconque : or, dans ce-sens, nul doute qu'on n'observe très-souvent la fièvre putride inflammatoire ; comme je lexposerai dans la Classe des phlegmasies. Mais si on ne veut parler que de la complication des deux fièvres primitives ou essentielles , 11 faudra convenir avec Selle ( Pyretol. method.) que ce qu'on appelle fièvre continente inflammatoire , où putride continente et sans rémission, est très-rare > etje ne crains point de provoquer de nouveau sur ce point toute l'attention des vrais observateurs.

169. Complication de la fièvre adynamique avec la fievre dite bilieuse. On peut citer des exemples sans nombre de la fièvre bihoso-putride pris de divers ouvrages. On la voit surtout se reproduire souvent avec beaucoup de variétés dans les hôpitaux et les hospices. J'en rapporte les exemples les plus mulupliés dans ma Médecine clinique ; dans quelques-uns, j'ai eu soin d'y joindre VPanalyse des Symptômes et ja double série de ceux qui conviennent à la fièvre gastriqué et à la fièvre adynamique. Le docteur Bancg , dans un recueil déjà cité d'observations faites à Co penhague, a pubhé aussi les histoires les plus variées de la même complication , et ces observations méritent d'être connues. Îl rapporte qu’en avril 1583, il eut OCCasion d'observer cNquante-qüuatre malades attaqués de la fièvre bilioso-putride. Quinze n’offrirent que des Sym ptômes légers , et ils furent guéris par quelques évacuatons ; trente furent exposés au plus grand danger par une métastase à la poitrine, suivie d’un crachement purulent , ét leur rétablissement fut très-lent : Ja maladie fut poriée au plus haut point et devint

144 FIÈVRÉS

funeste dans les neuf autres cas ; quatre d’entre eux furent portés à l'hôpital dans un état désespéré, et périrent dans peu de jours ; trois autres furent attaqués, durant le cours de la maladie, d’un crachement de sang très-abondant et mortel ; on arrêta le crachement dans un quatrième, mais 1l pres ensuite de consomption.

170. L'éruption des parotides est un des symptômes les plus à craindre dans la fièvre bilioso-putride , et c’est un de ces événemens malheureux que le même auteur a cru devoir nous transmettre. Un jeune homme de vingt-trois ans éprouvait, depuis cinq jours , les symptômes ordinaires à cette fièvre ; il avait en outre une tumeur phlegmoneuse à la clavicule gauche ; ce qui fit pratiquer une saignée , et appliquer des sangsues sur la tumeur. Le sixième jour , l’émétique eut un..eflet tres-marqué ; et, le même jour , il survint une tumeur de la parotide droite. Le septième jour, un laxaüf produisit une évacuation abondante, sans que la tumeur cessät d'augmenter ; ce qui détermina à appliquer des sangsues sur la parties Le huiuème jour , la délitescence du phlegmon de l& clavicule eut lieu , eten même temps l’érupuon de la paroude gauche; on dégorgea cette dernière par les sangsues , on fit des onctons sur l’une et l’autre paro= tide avec le liniment ammoniacal , et on appliqua un. vésicatoire entre les épaules ; à l’intérieur , on pres= crivit du eamphre et du muse. Il est à noter que l'urine , qui était trouble et épaisse les premiers jours, devint limpide durant la métastase. Le dixième jour; il y eut augmentauon notable des parotides , avec un pouls accéléré et faible, et une sueur froide ; on fit un

PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES. 145 üsage alternatif à l'intérieur d'une décoction de quin— quina avec l'alcool sulfurique et les médicamens indiqués. Le douzième jour , les parotides ne laissant plus d'espoir d’une résolution favorable > On ÿ appliqua un cataplasme émollient ; l'urine restait Hmpide ; on eniretenait la liberté du ventre par des laxatifs pris par la bouche et en celystères. Le quinzième jour , les parotides ramollies furent incisées , et donnèrent lieu à l'évacuation d’une matière purulente abondante ; le malade rendit une matière analogue par les narines et l’expectoration : dés-lors , il survint une douleur au dos, le hoquet , le crachement de sang et une urine claire; la prostration devint extrême , et la mort eut lieu le dix-neuviéme jour. Il paraît que la tumeur phlesmoneuse de la clavicule était la suite d’une gale traitée par les répercussifs.

171. Tvpaus. Fautil s'attacher constimment à chercher des notions exactes de certaines maladies dans quelques descriptions incomplètes que l'antiquité nous a laissées , lorsque nous pouvons les connaître par des exemples frappans et souvent reproduits ? Les différentes espèces de typhus décrites dans le livre des Ma ladies internes , sont si imparfaitement caractérisées , qu’on a toujours discuté sur leur véritable nature. On trouve , dans les annales de tous les peuples, le récit de ces maladies générales qui ont ravagé des villes et des armées ; mais ce n’est que vers le commencement du seizième siècle qu'on en a donné quelques descriptions exactes. Fracastor fit, en 1528 > l'histoire du typhus qui s'était développé en Italie. On vit plusieurs autres épidémies de cette näture dans le même siècle 4 la plus remarquable parcourut la Hongrie etune grande

partie de l'Europe : Sennert fut un deses historiens. Sylvius de le Boë décrivit celle de Leyde au dix-septième siècle ; mais c’est vers la fin du dix-huiième que cette maladie s’est reproduite fréquemment en diverses contrées de l'Allemagne, et surtout aussi pendant ou après chacune des dernières campagnes qui eurent lieu. Un grand nombre d’auteurs ont donc pu observer et décrire le typhus ; cependant son histoire générale laissait beaucoup à desirer avant l'excellent ouvrage qu'a publié il y a quelques années le professeur Hildenbrand (1).

172. Sans admettre la distincuon des périodes établies par cet auteur dans la marche du typhus , et qui nous paraissent trop nombreuses et peu fondées, nous indiquerons les caractères de la maladie tels qu'il les a donnés. Il disungue d’abord le typhus régulier et le typhus irrégulier, c’est-à-dire celui qui est léger, qui a une marche constante et calculable , une terminaison heureuse , ordinairement critique, et celui où les symptôme sont portés au plus haut degré en peu de temps, ou bien en passant par différens stades et en prenant divers caractères. Les symptômes précurseurs de ces deux espèces sont les suivans : changement d'humeur et de caractère , insouciance et affablissement des sens ; lassitude disproportionnée à l'exercice, sommeil non réparateur , etc. Mais quelques-uns sont plus propres à cette affection , ou du moins sont plus constans, tels que la féüdité de l’haleine , le tremblement des mains, plus souvent le vertige, une secousse douloureuse et PR. nt Pt La is VERT TURN

(1) Du Typhus contagieux , etc. ; par I. V. de Hildenbrand'; traduit de l'allemand par J. Ch. Gasc. Paris, 1811.

PUTRIDES OU,ADYNAMIQUES. 147 subite dans les membres comme une commotion électique, une douleur fort incommode des lombes , un serrement du creux de l'estomac. La durée de ces sympiôimes varie d'ailleurs beaucoup.

173. Typhus résuler. Ce qu'on peut appeler la premiere période est celle que Hildenbrand nomme epoque influinmato re. Elle débute par un frisson er = tremélé de bouffées de Chaleur , accompagné d'horripilations trés-fortes, surtout dans le dos » et auquel succède une chaleur sensible au tact et fatigante pour Je malade, avec ce sentiment particulier que toutes les régions du COrps qui se trouvent découvertes sont le. siège de frissons , et que celles qu'on recouvre so1gneusement font éprouver de l'anxiété et une chaleur inquiétante. La soif et l'appétence des boissons froides et acides accompagnent constamment cet état, auquel les symptômes suivans donnent surtout le caractère inflammatoire : pouls fréquent, plein, fort, tout au plus resserré, jamais réellement faible ; la force des mouvemens musculaires est réelle quoique modérée ; turgescence générale avec rougeur , langue blanche et humide, oppression depoitrine, peau balitueuse, urine rare, rouge, ardente; ventre paresseux : continuité des symptômes sans rémission apparente. Du reste le Caractère inflammatoire de cette période n’est Jamais celui d’une fièvre inflammatoire sim ple et légitime : il se mêle tellement avec les accidens d’affections ca tarrhales ou gastriques , que l’un ou l’autre de ces deux états le masque ordinairement, et même quelquefois assez pour enimposer. Les symptômes catarrhkaux sont la rougeur et l’inflammation légére des yeux, le larmoiement , l'engorgement des cavités nasales, rem

plies d’un liquide d’abord limpide et ensuite visqueux ; des phénomènes analogues dans la bouche , l’arrièrebouche, la gorge et même la trachée-artère ; quelquefois il s’y joint de la toux, de l’expectoration et une légère péripneumonie , plus souvent encore des hémorrhagies nasales ; des inflammauons légères et superficielles de la gorge indiquent aussi combien , dans cette période , les tissus muqueux sont affectés. Il y a abattement des organes musculaires , avec ten-— sion douloureuse au gras des jambes et aux doigts. Le caractère gastrique ne semble pas être bien marqué, suivant Hildenbrand, qui l'attribue à l'embarras muqueux des premières voies. Ses caractères sont : des nausées , des vomissemens , la blancheur et la saleté de la langue , le dégoût , le trouble des eXCrÉtIONS INn— testinales , ete. C’est dans cette période que com— mencent à paraître les signes caractéristiques de la maladie, la stupeur et le vertige. Déjà aussi oh voit se développer lés avant-coureurs du délire, l’insomnie ; et quoique quelques malades paraissent dormir , ils sont dans une agitation intérieure violente. La pesanteur de tête s’accroit au point qu’elle passe à la stupeur; bourdonnement d'oreille, et autres lésions du sens de l’ouïe ; le vertige fait des progrès remarquables , et les malades ne peuvent se soutenir debout sans tomber dé malaise ou de faiblesse.

174. La seconde période est celle que l’on nomme époque nerveuse. Les phénomenes qui manifestent un état inflammatoire ou d'irritation disparaissent , ainsi que les accidens concomitans, sans, toutefois, que l'état fébrile se termine ou s'améliore. Les nouveaux accidens qui se développent sont directement opposés

PUTRIDES OW ADYNAMIQUES. 14G . à ceux de la période précédente; la turgescence des organes internes et externes se dissipe, les forces vitales s’affaissent dansles organes moteurs ; la peau et la langue deviennent sèches, et cette derniére est quelquefois dure et racornie comme un morceau de bois. Chaleur ardente, urine plus pâle et plus claire, selles fréquentes, liquides et féudes ; douleurs d’entrailles plus ou moins légères , constantes, et qui se manifestent quand on touche le ventre des malades : elles sont dues à un état inflammatoire des intestins, tantôt léger , tantôt vif, et qui est un des caractères constans du typhus dans cette période ; car il ne manque jamais tout-à-fait, et on en trouve toujours des traces sur les cadavres : c’est à lui, plutôt qu'aux embarras des premieres voiles, qu'on doit le gonflement du bas-ventre , et le météorisme , qui est encore un des phénomènes les plus fréquens du typhus dans cette période : c’est à lui qu'il faut encore attribuer la disposition si constante à la dysenterie. On observe des lésions de la sensibilité et de lirritabilité musculaire ; tremblemens, soubresauts des tendons , convulsions, crampes, spasmes , et particuliérement du cou et de la vessie, etc. ; difficulté de la déglutition , soit à cause de la sécheresse de la gorge, soit à cause de l’inertie des muscles ; mais les organes de la déglutition n’offrent aucun changement remarquable à l'examen le plus exact, Les deux phénomenes les plus importans de cette période et qui caractérisent surtout le typhus, sont la stupeur et le déhre. 1°. Stupeur. Les sens sont émoussés et presque perdus ainsi que toutsentiment. L'/indifférence des malades pour tous les objets extérieurs est si remarquable

que, hors celui vers lequel se dirigent les impressions LA

internes involontaires , 1ls ne desirent rien, pas même Ja santé. Dans cet état, qui ressemble à l'ivresse , les facultés de l’entendement sont suspendues ; il n’y a pas | de maladies , excepté l’apoplexie et la phrénésie essenüelle, dans lesquelles les malades soient moins sensibles à la douleur et si véritablement indolens , dans | lesquelles 11 soit si facile de mourir et de se séparer de ce qu'on a de plus cher. Le malade est comme une masse , sans desir et sans volonté ; on est obligé dele forcer de prendre ce qui peut lui être utile, comme de s'abstenir de ce qui hui serait nuisible. La stupeur, | dans ses divers degrés et dans toutes les périodes de la | maladie, est donc, en général, le plus essentiel, le! plus remarquable et le plus constant des symptômes ÿ elle se manifeste à l'extérieur par une position nonchaa lante ét immobile du malade, d'après laquelle ci peut établir , au premier coup-d'œil , un diagnostié certain du typhus. 2°. Délire. Les malades exercent leur imagination sur les impressions imparfaites qu'ils recoivent du dehors; 1ls rêvent sans dormir, d’où ré= sulte la iyphomanie ; et lorsqu'ils sont à deni-endor= mis ils gesuiculent sans cesse , ils délirent avec une sin= gulière incohérence sur les objets extérieurs, au mis lieu de leurs occupations contimuelles, ou impressions | intérieures , ét én confondant les unes avec les autres: - Il est surtout remarquable combien une impression dominante et l’idée fixe et fantastique qui en résulte les tourmentent sans relâche pendant tout le temps de la fièvre , et causentsouvent des angoisses extrêmes par leur constante incommodité. C’est par là que se diss üngue principalement l’état de stupeur phrénéuique du typhus, de tout état analogue de stupeur où d'i=

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. 151

vresse : hors cette idée constante, les malades ne se rappellent que trés-rarement, après leur guérison , ce qui s'est passé chez eux pendant la maladie : ils ne délirent cependant pas toujours, mais ce qu'ils font de raisonnable passe comme un songe. Cet état peut être comparé au somnambulisme,

175. T'els sont les symptômes du die régulier décrits par le professeur de Vienne. Il n’a pas iteé avec moins de soin la marche qu'ils suivent. Dans la période inflammatoire, qui dure sept jours , il se fait au quatrième jour un mouvement remarquable d’un effort critique vers les parües extérieures ; il survient ordinairement une hémorrhagie nasale en petite quanté, mais qui est toujours accompagnée d’un soulagement momentané des accidens cérébraux. Presque en même temps il paraît une rougeur extraordinaire à la superficie du corps : c'est un exanthème qui offre plusieurs variétés. Les accidens du catarrhe disparaissent , l’oppression et les symptômes péripneumoniques diminuent et sont en rapport inverse avec cet exanthème. Pendant toute cette période, il n'y a point d’exacerbations régulières , excepté celles du soir et du matin : elles sont accidentelles et dépendent de circonstances paruculières. On n’observe point, en général, dans cette maladie, de ces attaques périodiques d’exacerbations sous le type quotidien , terce ou double-tierce, ce qui, dit Hildenbrand, disungue surtout le typhus des fièvres nerveuses sporadiques. Mais les observations de Hufeland et de plusieurs autres médecins ne conduisent pas à admettre cette différence. Vers la fin du septième jour ou de la période précédente , il se fait une exacer-

bauon extrémement remarquable, à laquelle succède un soulagement apparent qui ne dure souvent que quelques heures, et qui commence la période des accilens nerveux. Celle-ci débute souvent par un frisson préalable, puis survient une augmentation de la chaleur fébrile durant laquelle les accidens inflammaloires et exanthématiques disparaissent , excepté les pétéchies quand il s’en est déjà développé. Pendant les huitième , neuvième et dixième jours, les accidens sont les mêmes, avec des exacerbations peu remarquables le soir. À la fin du dixième jour, il y a une exacerbatuion plus forie; la chaleur, la fièvre et l'état nerveux acquuérent en quelques heures un accroisserment bien marqué. Alors paraît une sueur légère, ou des selles copieuses, ou une urine plus chargée; 11 succède une rémission remarquable qui est plus sensible le onzième jour.

170. La terminaison du typhus régulier a presque toujours lieu par la santé ; quelquefois les exacerbaüons critiques ne sont pas tres-sensibles , et on ne sait à quel phénomene attribuer le soulagement du malade. Mas le plus ordinairement la crise est manifeste et arrive le quatorzième jour : alors, vers la fin du treizième , on observe une exacerbation plus forte, la fièvre augmente beaucoup , la chaleur devient plus ardente , les artères battent plus fort, le cerveau paraît plus affecté, et il survient un état soporeux par=. üiculier. Cependant vers la fin de la douzième heure” de cejour, dit Hildenbrand (et c’est marquer avec beaucoup trop d’exactitude,, sans doute , de pareilles époques, puisqu'il ajoute, ou au quatorzième jour de la maladie), la peau se détend et se dispose à la

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. 153 transpiration ; alors la crise se fait par une sueur générale abondante, uniforme , gazeuse , sans viscosité, et qui a une odeur particuhère, Quelquefois il survient une nouvelle hémorrhagie nasale peu abondante, mais qui apporte un grand soulagement aux accidens cérébraux. Les membranes muqueuses shumectent et la langue se nettoie; quelquefois 1l-y a une expectoration forte et copieuse ; l'urine devient trouble, plus colorée, plus abondante, et offre quelquefois un dépôt blanchâtre et un nuage muqueux ; maIs parmi toutes les évacuations critiques , l'urine mérite la moindre considération. Les selles , aprés les sueurs , apportent dans la maladie les plus heureux changemens ; les malades qui, le jour d’auparavant , étaient dans un danger de mort , éprouvent aussitôt un soulagement marqué qu'ils sentent et attestent se produire par degrés » à mesure que les évacuations ont lieu. La crise dure quelques heures, et 1l lui succède ce que Hildenbrand appelle la période de rémission , et qui nest rien autre chose que le premier temps de la convalescence, dans lequel, les symptômes graves de la maladie ayant disparu , les fonctions sont encore loin d’avoir repris leur état naturel, comme cela arrive d’ailleurs dans toutes les fièvres graves; la convalescence se confirme enfin, et les malades éprouvent surtout un sentiment parüculer de bienêtre , une plénitude d'existence wrès-remarquable.

177. Tel est le typhus réculier, et l'on voit qu'il ressemble singuliérement aux fièvres os Le sporaciques simples et bénignes; mais il n’en: est pas ainsi Jorsque les épidémies sont ess ou sont arrivées à leur plus haut degré d'intensité. En outre, ul

est modifié d’après les variétés mdividuelles , les épiphénomènes , etc.; et c’est de toutes ces variétés que V'auteur dont nous citons la description a fait ce qu'il appelle le typhus irrégulier. Dans celui-ci , on observe en effet les anomalies suivantes : le caractere inflammatoire est quelquefois extraordinairement intense ; la fièvre , qui, dans la première période, se manifeste d’abord comme une inflammation catarrhale, paraît ensuite comme une synoque grave ; dans quelques cas , 1lse présente des inflammatons locales violentes, dans lesquelles vont, en quelque sorte, se confondre les phénomènes propres du iyphus. Vers Ja tête, cet état inflammatoire est souvent si intense que le délire devient phrénétique, ou que la stupeur se change en apoplexie. Il y a des cas où lPinflammation de la gorge et des parotides paraît à un haut decré. On observe aussi quelquefois, du côté dela portrine, une mflammation vive du poumon avec point de côté , crachement de sang , oppression considérable, et les symptômes les plus graves qui ont coutume de paraître dans cette affection locale. Dans le bas-ventre, linflammation du foie, celle des intestins, ne sont pas des phénomènes trés-rares , non plus qu'un état inflammatoire du péritoine, de la vessie, elc.; et, dans ces cas, le typhus a été pris. pour une fièvre inflammatoire essentielle avec phlegmasie locale. Les phénomènes de la maladie se rattachent souventà un caractère gastrique prédominant. Les vomissemens répétés, les nausées continuelles, principalement l’'amertume de la bouche, la saleté de la langue , les pesanteurs d'estomac, les embarras du ventre, les douleurs d’entrailles, la féudnié des

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. ‘155

selles, etc., donnent souvent au typhus , dans sa première période, l'apparence d’une fièvre bilieuse : et les plus habiles médecins s'y sont souvent trompés. Le caractère nerveux se développe quelquefois dès la première période ; c’est-à-dire qu'alors la fièvre a, dés son début, le caractère ataxique. Les symptômes nerveux , portés au plus haut dégré, sont les suivans : langue sèche et racornie, soif mextüingruible unie à la sécheresse de la peau et À une chaleur brûlante , une disposition à la diarrhée jointe au méiéorisme , des douleurs d’entrailles vives lorsqu'on touche le ventre, un tremblement universel, diverses convulsions de plus ou moins d'intensité et de durée : le grincement de dents, le délire avec gesticulations et carphologie , une sorte de mussitation , le hoquet, des crampes, principalement des mâchoires, du cou, de Ja vessie; des paralysies des paupières, des muscles du cou , de l'anus , etc. Quelquefois une extrême roideur du dos et des extrémités, un véritäble trismus , l’hydrophobie : M. Gasc à observé un état cataleptique. Mais un des caractères de cette maladie qui mérite surtout de fixer l'attention et que le profes seur Hildenbrand regarde comme une anomalie ,; est ce qu'il appelle l’état de putridité, qui peut survenir dans la période inflammatoire et dans la période nerveuse. Voici les symptômes qui lui sont propres : noirceur de la langue et enduit fuligimeux des dents, féudité de la bouche , des selles et de presque tout le corps, lividité de la peau. Il survient la gangrène des parties comprimées, des hémorrhagies passives de toute espèce, la corrupuon de l'urme, la mauvaise couleur de l'expectoration , le froid des membres,

des sueurs visqueuses , etc. Dans cet état , les pétéchies noires, le charbon et les grosses taches pesu= lentielles rapprochent quelquefois beaucoup cette maladie de la peste, et la mort arrive ordinairement alors avant le sepueme jour.

178. On reconnaît à ces derniers caracteres une fiévre adynamique ou putride portée au plus haut degré d’intensié ; mais Hildenbrand n’a point admis une période adynamique comme dernier degré du typhus , ansi que l'ont fan la plupart des auteurs qui ont écrit sur cette maladie. Hufeland (1) lui reconnaît en effet trois degrés : le degré léger, lorsqu'il n’y a point de délire ; le degré violent , lorsque le délire existe ; et Je plus haut degré , lorsque les signes de la putrescence se mamfestent. Or, voici les caractères auxquels il reconnaît ce dermier état : sueurs visqueuses , colliquatves ; pétéchies, plus rarement taches pourprées ; hémorrhagies nasalés ou intestinales, selles mvolonjgires , langue noire et sèche, odeur putride des sueurs et des autres évacuations. Enfin , ajoute-tl, tous les signes qui caractérisent cette mA du typhus nommée fièvre putride, et une altération des traits du visage telle que je n’en ai jamais observée de semblable, ce qui était toujours un signe de grand daner, de même que la disparition de cette altération était le signe le plus certain du rétablissement. M. Dufault (2) , dans l’épidemie qu’il a observée à Mont-de-

(1) Observations sur les Fièvres nerveuses , par €. W. Hufeland , traduites par J. #. F. Vaidy. Paris, 1807.

Ge) Description d’une Epidémie de typhus , par Pt Biblioth. méd. ,g° année, janvier 1812.

. PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES« iôw Marsan et dont 1l a bien indiqué les caractères , disüngue aussi une derniére période de la maladie , et dont les symptômes sont tout-à-fait analogues : figure pâle , terreuse , décomposée ; yeux ternes , larmoyans ; regard triste, abattu ; délire sourd , assoupissement presque comateux , enduit noirätre des lévres , des dents et de la langue , qui est quelquefois bumectée ; odeur féide de l'urine , dégluution difficile, météorisme du ventre , selles involontaires , quelquefois mêlées d'un

ang noir; rétention d'urine dans la vessie; sueurs féudes , visqueuses ; hémorrhagie nasale quelquefois très-difficile à modérer ; taches pétéchiales d’une couleur livide , état gangreneux des plaies des vésicatoires, prostration très-crande des forces, coucher en supination, pouls faible, quelquefois insensible. D’alleurs, les accidens nerveux, ainsi que toutes les autres circonstances de la maladie, observés par ces deux derniers auteurs, sont à-peu-près semblables à ceux qu'a indiqués Hildenbrand. ——

179. On voit donc que les épidémies de typhus sont constituées par de véritables fièvres adynamiques et ataxiques qui peuvent quelquefois prendre, à un

plus ou moins haut degré, le caractère bilieux ou inflammatoire , dans les premiers temps de la maladie. Je m'abstens , par conséquent , de toute considération sur le traitement ; il ne diffère en rien de celui qui convient aux fièvres de différens Ordres qui se trouvent ici simples oucompliquées suivant les variétés des épidémies ei des eas particuliers qu'on observe. Les causes de cette maladie sont aussi absolument les mêmes que pour toutes les fièvres marquées par une teudance délétère ; le caractère contagieux que le

typhus prend dans son développement n’est pas équivoque, et l’on est, en général, d’accord qu'à sa prennére origine il dépend des différentes circonstances d'insalubrité qui peuvent agir sur les hommes à de grandes distances. L'air des marais et lés vapeurs qui s'élèvent de toutes les eaux croupissantes , les exhalaisons des substances minérales et vévétales en putrélaction , d’un sang corrompu , des excrémens, du fumier; l'air chargé d'émanations humaines ê comme Pringle et autres auteurs l'ont surtout observé ; mais surtout l'air chargé d'émanations d’hommes déjà affectés de diverses maladies et principalement de fiévres ; en un mot, tous les Corps qui peuvent pro duire un miasme contagieux primitif ou en répandre l'influence dans l'atmosphère , contribuent à développer des épidémies de typhus. Les moyens désinfectans ou les fumigations de gaz acide muratique Oxygéné pourraient donc avoir un grand avantage dans des localités bornées.

180. On peut habiter souvent impunément les lieux qui paraissent les plus infects et les plus corrompus. par des émanations qui s'élèvent des cadavres déjà réduits à un état de décomposition putride , comme dans les amphithéâtres ; maïs l'expérience la plus réiiérée apprend que rien n'égale, dans certaines circonstances , les effets prompts et délétères des miasmes qui se forment dans un endroit renfermé et habité par un grand rassemblement d'hommes, comme les prisons, les vaisseaux, les hôpitaux. Huxham, Rouppe,. Pringle , etc., nous ont fait assez connaître les carac— téres généraux de cette fièvre ; mais ce n’est que par des histoires particulières de ces maladies qu'on peut

PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES. 159 en acquérir une idée distincte , et c’est surtout dans les écrits de deux médecins anglais , Letsom (x)'.et Jackson (2), qu'on peut en trouver des exemples diversifiés. Ceux qu'ils nous ont laissés portent presque tous le caractère de fièvres ataxiques. C’est dans les grandes épidémies que le typhus offre surtout le, caractère adynamique dans sa troisième période, et quelquefois dés son début, comme on peut le voir dans les descriptions des trois auteurs que nous avons cités ; et l’on doit regretter qu'ils ne nous aient point laissé d'observations particulières.

181. Un des malades dont parle Letsom était au dixième jour de la fièvre : pouls fréquent ( cent trente pulsations par minute), débilité extrême, langue et gencives couvertes d’un enduit noirâtre , impossibilité d’articuler aucun mot, surdité des plus marquées , incohérence des idées ou délire, nausées , ou même vomissement fréquent , yeux rougeätres et comme vitreux , respirauon très-laborieuse , haleine féude (Julep émétisé qui évacua deux ou trois fois par haut et par bas; ensuite , de deux en deux heures, deux onces d'une décoction de quinquina , acidulée avec l'acide sulfurique ; potion opiatique donnée le soir par cuillerées. On fit sortir le malade de son lit, on l'exposa à un courant d'air , entre la porte et la fenétre, et on lui fit boire au moins un pot de grosse biére par jour ). Le lendemain , changement favorable, nombre des battemens de l'artère réduit à cent

(1) Medicals Memoirs of the general dispensary in London, for part ofthe years , 1773 et 1774. London.

(2) An out-linc of the history and cure of fèver endemie and contagious. Edimb., 1798.

vingt part minute ( Continuation des mémes moyens ): Le onzième jour , un peu PE de calme , respiraton plus libre, et retour marqué des foncuons de l’entendement. Le douxième, la fièvre avait Pret en tièrement cessé , et les autres symptômes étaient si favorables , qu'après avoir continué la décoction de quinquina pendant trois jours , la maladie fut enuerement terminée.

182. Un infirmier , dit Jackson , fut attaqué avec la plus grande violence de la fièvre en question. Des les premiers jours , céphalalgie vive , soubresauts des tendons , chaléur brülante, pouls fréquent et irrégulier, anxiétés extrêmes, regard sombre et morne ( Emétique, application des vésicatoires , poudre sudorifique , dans la vue d'exciter la transpiration ). Trois jours après, exaspération des symptômes , oppression , désordre dans les idées, œil rouge et gonflé, peau sèche, tremblemens, mouvemens convulsifs fréquens ( Poudre sn a d'ammoniaque, d'un oxyde d'antimoine , d'opium , de valériane, à donner de deux en deux heures dans un peu de vin de Porto ; vésicatoires appliqués sur différentes parties ; fomentation des membres avec de l'eau chaude , et lotion du reste du corps avec de l’eau froide ) ; sueur générale qui dura quelques heures ; changement favorable et retour prompt à la santé.

183. Un officier qui allait souvent visiter les malades avec zèle fut pris tout-à-coup de veruges, d’obscur= cissement de la vue avec céphalalgie, frissons , et éprouva bientôt après les symptômes de cette fièvre. Durant les six premiers jours , angoisses inexprimables, douleurs irrégulières , spasmes dans différentes parues

PUTRIDES OÙ ADYNAMIQUES. 101 du corps, soupirs fréquens , sentimens de constriction dans la poitrme , irritabilité extrême du conduit ali mentaire , aspect sombre , peau séche, chaleur vive. Le sixième jour, poudre sudorifique et purgative , vésicatoires & la nuque. Le sepüème jour, sorte de paralysie passagère, quoique sans perte de connaissance. Le huitième jour, changement des plus remarquables : au leu d’anxiétés , de douleurs, de Spasmes et d’un air sombre , traits animés , regard vif, apparence d’un air joyeux , délire gai, pouls développé , moiteur de fx peau; et, vers le quatorzième jour, guérison. Quelquefois la fièvre des prisons paraît extrêmement intense , ét lés malades , réduits à une sorte de stupeur et d'insensibilité , périssent promptement dans un état comateux , et avee toutes les marques d’une congestion cérébrale , comme Jackson én rapporte des exemples.

184. La fièvre ataxiqué continue dont Letsom a publié uñe suite d'exemples parüculiers | avait été commumquée dans une maison par un détenu sorti des prisons de Newgate, et attaqué de cette fièvre ; elle se propagea avec rapidité, et quatorze personnes en furent bientôt atteintes. Le docteur Jackson donne aussi l’histoire de l’origine et des progrès de la fièvre ataxique qui se manifesta dans différentes divisions de l’armée anglaise , en 1704 et l’année suivante: et il remarque que cetie fièvre fut introduite par des recrues qui avaient été à bord des vaisseaux russes , où tous les objets de salubrité avaient été négligés à un point extrême. Ce fut dans les garnisons de Jersey qu’elle exerça les plus grands ravages. Elle se manifesta sous différentes formes , et avec une intensité plus ou moins grande. Quelquefois les puissances motrices étaient

surtout lésées, avec tremblemens , soubresauts dés tendons, et convulsions partielles. D’autres fois , c'était une vive irrltation et une sorte de commoton générale du système vasculaire , comme dans les fièvres dites inflammatoires , ou bien les apparences d’une phlegmasie dirigée sur un viscère particulier de la tête, de la poitrine ou de l'abdomen. Le désordre pouvait aussi ne point se porter sur le système sanguin ni sur le musculaire , mais le pouls devenir fréquent et peut, la chaleur ardente , Ce qui était quelquefois suivi d’une réac- . tion favorable et d’évacuations critiques. Ou bien l’énergie vitale s’éteignait promptement ; et dans vingtquatre ou trente-six heures , 1l survenait une terminaison funeste , annoncée d'avance par des symptômes du plus mauvais augure , comme la céphalalgie , des vertiges, un état de stupeur et de témulence, une douleur brülante aux yeux , une contenance agitée et sombre , une couleur luride , plombée et inanimée de fa face…

185. Il paraît évident , ajoute le docteur Jackson , que cette fièvre est une maladie pour ainsi dire arüficielle , et que la mortalité en est aggravée par des causes accidentelles : aussi devrait-on exercer la plus grandé surveillance sur les hommes qui sortent d’une prison infectée , ou d’autres lieux renfermés et devenus des foyers d’infecuon. Quel soin ne doit-on pas prendre de pourvoir à leur changement de vêtemens , de leur faire prendre quelques bains , de s'assurer s'ils ne sont pas eux-mêmes frappés de la maladie ! car 1l paraît, en général , que les émanations s'étendent à une trèspetite distance de la personne malade , et qu'elles restent, pour ainsi dire, dans un état de concentration à la surface du corps, sur les habits , ou autres sub-

PUTRIDES OU ADYNAMIQUES. 163 stances voisines , de la même maniére que les odeurs se répandent et s’attachent aux corps environnans. L'on devient plus suscepuble de l'impression délétère de ces miasmes par un état de débilité quelconque , produite au moral ou au physique ; et de là l'avantage , comme moyen préservatif, de prendre du quinquina en poudre dans du lait, ou bien une eau alcoolisée quelconque, du vin généreux ou de la bière, toutes les fois qu'on est obligé, par les circonstances , d'approcher d’une personne ou d’un lieu qu’on soupconne frappé d'infection. Une attention extrême pour tout objet de : propreté, l'usage des bains, une nourriture fortifiante, la gaité , un courage calme et imperturbable sont encore , dans des temps d'infection, les moyens les plus puissans d’ échapper à à toute atteinte funeste.

180. Complication de la fièvre adynamique avec la fièvre muqueuse. La complication de la fièvre putride avec la fièvre pituiteuse ou muqueuse est mamifeste dans la description qu'en donne Wagler ( de Morbo. mucoso ). Parmi les signes précurseurs , horripilations vagues vers le soir, avec des alternatives de SE, perte de lappétut, débilité, lassitudes spontanées , démarche vacillante , ennui, tristesse. Vers le quatrième jour , impossibilité de quitter le lit ; douleur de tête vive, soif intense, amertume de la bouche , nausées ou vomissemens de matüères Duquenses mélées d’un peu de bile , abattement plus marqué, douleur des membres : ee passa ger vers le cinquième jour » Par une Pen baaté du ñez ou par une diarrhée ; mais ensuite ce avec veruges. Vers le sixième jour, quelques: traces de délire avec des sueurs copieuses , sommeïl troublé,

apparition de pétéchies aux bras, au cou ‘et à Îæ poitrine ; continuation de la douleur gravative de tête, avec verüges, voix plaintive et faible, prostration des forces, qui augmente encore vers le neuvième jour, avec la diarrhée ; léger sentiment de froid par intervalles , dents couvertes d'un enduit sale et noirâtre : les déjections liquides augmentées ameénent un anéantissement total des forces , et quelquefois le tremblement des membres supérieurs. Vers le onzième jour , la diarrhée dimmue beaucoup ou cesse entérement ; survient alors la surdité et une sorte de stupeur ; des déjecuions muqueuses, ou bien une légère toux, avec expectoration, aménent une solution: critique , et le malade revient à lui-même. Quelquefois aussi, vers le onzième jour , 1l se mamifeste des, ulcérations des parties correspondantes au sacrum ou au trochanter ; les symptômes, quoique mitigés, se soutiennent jusqu'au vingt-umième jour , et le malade , en reprenant le hbre usage de ses sens et de sa raison reconnaît qu'il a échappé à un péril très-grave.

187. Il semble que Selle n'admet de complicauon de la fièvre muqueuse avec la fièvre adynamique , que lorsque la première est vermineuse ;. et il s'appuie de l'autorité des observations de Van-den-Bosch , auquel il renvoie pour faire connaître les caractères de. cette complicauon. On doit même convenir que cette der= nière, en faisant abstraction de la présence des vers , a été trés-peu observée, et que les recueils divers qu'offre la médecine sur l’histoire des maladies , sont. sur ce point d’une stérilité extrême : c'est ce qui m'& engagé , dans le temps , à faire des recherches. sur cet objet. J'ai inséré, dans mon ouvrage sur la Médecine:

PUTRIDESOU ADYNAMIQUES. 165 clinique , un des exemples les plus caractérisés de Ja fièvre appelée muqueuse-putride , à la vérité , avec embarras gastrique et expulsion d’un ver ascaride par la bouche , mais sans aucun autre symptôme dans là surte qui ait pu être rapporté à la présence des vers.

1868. Wagler (1) à donné aussi l’histoire détaillée ( ist. IX) d’une semblable complication de la fièvre muqueuse avec la fièvre adynamique ; cette dernière avait d’ailleurs offert , les premiers jours, des symptômes inflammatoires qui ont fait recourir deux fois à la saignée , sans doute avec un très-léger fondement, puisqu'on ne parle que d’un état pléthorique , d’un pouls plein , et d’une prétendue croûte inflammatoire qui s’est produite dans le sang tiré des veines. En sui- -vañt avec attention le reste de l’histoire de cette mala- -die , on voit distinctement deux ordres de symptômes, dontlesuns appartiennentà la fièvre muqueuse, comme V’'urine trouble avec un sédiment glutineux , la liberté du ventre, quelquefois avec des tranchées , quelques frissons un certain jour, l'irritation aphtheuse des papilles et de la membrane muqueuse de la langue , une douleur gravative de la tête , la fréquence du pouls vers le soir, etc. L'autre ordre de symptômes propres à la fièvre adynamique est , dans cette méme histoire, la chute du pouls aprés les premiers jours, la prostration des forces , l'abattement moral , des larmes involontaires, une voix plantive et faible , etc., ce ‘qui rend sans cesse nécessaire l'usage des toniques.

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