‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 4 sur 60 · XVI} INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI} INTRODUCTION

rien n’est plus fréquent que la complication. réciproque des phlegmasies avec ces dernières, et que cette réciprocité, d’abord établie dans mon 7'raité de Médecine clinique , est maintenant confirmée par l'expérience la plus répétée.

Peut-on méconnaître aussi les affinités de la Classe des hémorrhagies avec les phlegmasies ? Conformités générales des unes et des autres pour le siére le plus ordinaire, les tissus muqueux, séreux, cutané, cellulaire. — Pour les causes occasionnelles , la puberté, la jeunesse, le tempérament sanguin ou nervoso-sanguin , l'abus des excitans, les violens exercices, les passions vives. — Pour les préludes, les frissons, la pâleur, les lassitudes générales, — Pour le développement sradué, la rougeur , la tuméfaction , la chaleur et quelquefois la douleur , etc. Les inflammations ainsi que les hémorrhagies ne sont-elles pas distinguées en actives eten passives ? Mais aussi que de différences remarquables let combien la Classe des hémorrhagies est éloignée d’être aussi régulière et aussi complète que

séreuses ou fibreuses , en examinant ces objets sous le rapport anatomique, mais il a donné encore les plus grands développemens à ce Traité dans son Ænatomie générale.

(4 vol. in-8. , Paris , chez J. À. Brosson et Gabon. )

INTRODUCTION: it celle des phlegmasies ! combien chacun de ces Genres d’écoulemens sanguins peut différer suivantqu'il tient à la constitutionindividuelle, qu’il en remplace un autre, qu'il est accidentel, crilique ou purement asthénique et passif!

que de maux variés peut produire leur suppr ession imprudente !

* Certains Genres de maladies ont des points de conformité si nombreux, qu'ilest curieux de les rapprocher et d’en former des Ordres naturels à la manière des Naturalistes : tels sont , par exemple, les divers Genres de phlegmasies des membranes muqueuses, ete. Mais est-il moins instructif de mesurer de l'œil toute la distance qui sépare certaines maladies dites 7erveuses ; Qu'on devrait supposer avoir tant de points de contact ? Quelle sorte de convenance peut- on remarquer entire les sensations de la vue, de l’ouie ou du toucher, quoique la puissance nerveuse semble devoir être la même dans ces divers cas ? et par conséquent comment leurs lésions différentes peuvent-elles être rapprochées ? ? On remarque des diffé- rences analogues entre les lésions du sentiment et du mouvement ; .et.quel rapprochement faire entre le tétanos, l'asphyxie, la palais. Ja fureur utérine, la boulimie ? Plusieurs même de ces Pre nerveuses ne peuyent-elles

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point devenir secondaires, et se manifester, comme autant de symptômes, dans deux ou ‘ trois Classes différentes des maladies aiguës ? Une méthode naturelle de les classer ne peut donc leur être appliquée dans l’état actuel de nos connaissances, et alors il faut se borner à une classification artificielle : je la fonde sur la base la moins sujette à des variations, les descriptions les plus exactes qui puissent servir à les caractériser , et Les lésions du sentiment et du mouvement. | L

La plupart des névroses peuvent éprouver les changemens les plus remarquables dans leur histoire, dans la gravité , l’ensemble ou la succession des symptômes , suivant que le régime physique et moral est bien ou mal dirigé , et qu’il tend à diminuer , à fomenter ou même à aggraver la maladie. Je puis en citer pour exemple l’aliénation mentale, qui forme : un objet spécial de mes études et de mes recherches depuis plus de trente années dans un des hospices les plus nombreux qui existent en Europe. Ce n’était d’abord qu’un entassement confus de personnes plus ou moins agitées , délirantes ou furieuses par leurs communications réciproques, leur désœuvrement, les duretés exercées par les gens de service, et des sources sans nombre d’exaspération et

IN TRODU CTION. XX} d’emportement. Un des objets fondamentaux pour établir un ordre permanent dans la marche et le cours régulier des symptômes, a été de perfectionner successivement le régime physique et moral ; le local a été distribué en plusieurs départemens , l’un pour les aliénées les plus agitées et les plus délirantes, l’autre pour les sombres mélancoliques ; des dortoirs vastes et bien aérés, avec des promenoirs plantés d'arbres, ont été destinés aux convales-

centes et aux aliénées tranquilles, ainsi que des ateliers isolés pour la couture ; la surveillance la plus active a été exercée sur la salubrité des alimens , etc. (1). :

Les méthodes de l’enseignement , en Médecine comme dans toutes les autres sciences, sontgle fruit lent du temps et de l’expérience ; elles ont leur naissance et leurs accroissemens successifs ; et souvent ce qui peut être admis à une certaine époque ,ne peut l'être dans une autre, à cause du progrès des lumières et des connaissances successivement acquises, soit dans la pathologie ou l’anatomie, soit dans d’autres sciences accessoires. Sauvages a pu, dans sa distribution Nosologique, former la

(x) Voyez mon Zraité sur l Aliénation mentale ou la Manie, 1 vol.in-8°, 2° édition. Paris.

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dixième classe sous le titre vague et indétermine de cachexies, admettre encore des sousdivisions plus vagues et plus défectueuses sous les noms de maisreur , d'intumescence , de protubérances, d'affections impétigineuses ; renfermer même sous ces divers Ordres les Genres les plus disparates ; sous celui d’irzumnescerice, par exemple, comprendre l'embonpoint, l'anasarque,l'ædématie, la grossesse. Pôourrait-on maintenant établir des divisions sur des fondemens aussi frivoles, et réunir des objets aussi dissemblables, à une époque où les méthodes de distribution en botanique, en chimie, et dans certaines parties de la zoologie, ont été si perfectionnées , et donnent un si bel exemple à suivre à la Médecine ? Les découvertes faites d’ailleufs sur la structure et les fonctions du système ]ymphatique depuis une trentaine d'années, ne lèvent-elles point des obstacles qui ont rrôté Sauvages, ainsi que d’autres Nosologistes ?

C’est dans cette vue que E renferme dans une Classe, au lieu de ce qu’on appelait vaguement cachexies , les maladies ou lésions du système des vaisseaux .absorbans ; et que je! fonde les sous-divisions en Ordres sur les alté: | rations qu'ils peuvent éprouver à la surface du corps, dans le tissu des glandes , ou à leur ori=:

INTRODUCTION. XXI] gine dans d’autres parties. Je nedissimule point les recherches sans nombre qu'il reste à faire sur les maladies de ces divers Ordres , et l’état d’imperfection où doit être encore cette partie de la Nosographie; mais n'est-ce point un moyen d'en hâter les progrès , que de donner un essai de cette distribution à une époque déterminée de la science ? |

Les lésions organiques générales offrent tant de disparaie, qu’on peut à peine espérer de les soumettre à un ordre régulier de distribution : quels rapports, par exemple, peuvent avoir entre eux le scorbut , la gangrène, les scrophules, etc. ? Mais comme ces maladies primitives sont en petit nombre, qu’elles attaquent, quoique d’une manière différente, les principaux systèmes de l’organisation, qu’elles sont assez souvent compliquées les unes avec les autres , et qu'il importe d’en avoir une idée trés-nette et très-distincte dans leur état de simplicité primitive et dans leurs degrés divers de développement, j'ai cru devoir les rapprocher , pour mieux apprendre à saisir leurs différences génériques. En prenant, autant qu’il est possible, l’anatomie pathologique pour fondement des distributions méthodiques des maladies , les lésions des fonctions organiques particulières, considérées séparément, ont

XxXIV INTRODUCTION. ; encore des aflinités plus marquées, quelques diflérences d’ailleurs qui puissent les distinguer entre elles : telles sont les lésions du système lymphatique, de la respiration ou de la circulation, etc. Mais ici les Nosographies medicale et chirurgicale ont des points nombreux de contact, et on trouve souvent dans l’une ce qui paraît une omission dans l’autre. L’Anatomie pathologique ne pourra faire d’ailleurs de progrès solides qu'en mettant en parallèle les apparences de l’état intérieur des organes après la mort, avec l’histoire la plus exacte et la nuieux caractérisée de la marche et de la terminaison de la maladie qui a pu les produire.

La simplification des pr incipes de la science médicale, et l’art de pouvoir en former un ensemble régulier, ont été l’objet constant des vœux des vrais observateurs, et le but qu'ont cru atteindre quelques hommes doués d’une imagination ardente, en s’élevant, dans le silence du cabinet, à un point de vue exclusif, ou plutôt à des suppositions arbitraires. Loin de suivre la nature pour guide, ils ont eu l'ambition insensée de vouloir l’asservir à leur empire. La marche ferme etima posante qu'ont prise les autres parties des sciences physiques en suivant une route op-

__ INTRODUCTION. XXV posée ; aurait sufh seule pour me garantir de cette sorte de contagion , lors même que la méthode analytique , l'étude réfléchie des meilleurs auteurs , et l'expérience la plus répétée, n'auraient . invariablement déterminé mes principes. Que de fondemens solides n'ai-je point cherché à leur donner !

Attention constante à ne m'élever à des vues générales que par des abstractionssuccessives, et en partant de faits soumis à une diseussion sévère ; étude particulière des affinités naturelles des divers Genres de maladies, pour les coordonner entre eux et en former une série régulière ; passage sagement gradué d’un Ordre à un autre, ou d'fne Classe à celle qui doit Na édiuiement la suivre; distribution des uns et des autres fondée , non‘sur des rapprochemens arbitraires , mais sur la base 1mmuable de la structure organique ou des fonctions des parties ; usage continuel de l’analyse pour décomposer les objets compliqués , ‘considérer leurs élémens d’une mamiëre isolée, et bien déterminer leur caractère, pour pouvoir repasser ensuite à des notions justes et précises des objets composés ; dégagement scrupuleux de toute prévention, de tout esprit de parti, de toute opinion dominante des Ecoles ; éloignement pour une vaine ostenta-

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tion d’érudition, qu'il est bien plus facile de prodiguer en médecine que de distribuer avec discernement et avec mesure : c’est la le caractère que je pense avoir imprimé à mon ouvrage, et répondre ainsi à l’annonce du titre. |

On dirait, à lire les Traités de Médecine populaire ou ‘domestique qui sont si multipliés de nos jours, qu'on peut mettre les vrais principes de cette science à la portée de tout le monde, et que rien n’est plus simple ni plus facile que de saisir le caractère d’une maladie et d'en diriger le traitement. Etudes préliminaires , institution médicale , fréquentation des hôpitaux , fout paraît inutile; savoir lire, pouvoir débiter quelques termes vagues, ettranscrire des formules, ce sont là les seules difficultés qu'on croit avoir à surmonter , et on prononce sans balancer et avec confiance sur des objets propres à arrêter un homme doué de l'expérience la plus éclairée et la plus réfléchie,

On sait que, depuis la dernière édition de la Nososraphie , on a cherché à donner .de la vogue à une nouvelle théorie médicale : je suis bien loin de vouloir la discuter; je remarquera seulement que c’est un état pénible pour certains auteurs effervescens de se con-

INTRODUCTION. 1 0 SR] tenir dans de justes bornes : ils aperçoivent d’abord avec finesse des objets particuliers ; leur imagination s'excite peu à peu, et ils finissent par être fascinés au point de croire qu'ils sont.en état de renverser le système général des Connaissances médicales, Des esprits superficiels, ou même entièrement étrangers à la marche sage et mesurée des sciences , sont facilement séduits , et c’est ainsi que les fièvres primitives ont été changées en phlegmasies,

qu'au moyen de ce prestige, on a cru pouvoir bannir ce qu’on appelle adyzamie et ataxie. Peut-on interpréter autrement un ouvrage qui a pour titre : Examen de {a Doctrine médicale généralement adoptée?

Loin de m’arrêter à ces théories sans cesse démenties par l'expérience, je sers sans doute bien mieux les intérêts de l'humanité, en montrant dans tout leur jour les obstacles qu'il faut vaincre durant les premières années de l’exercice ‘de la Médecine, létude constante et l’application qu’il faut s'imposer pour éviter des tâtonnemens dangereux, les lumières et la sagesse dont il faut s’environner pour ne point commettre d'erreurs : c’est-àdire pour ne point faire de victimes. Dans les notions élémentaires que je donne, loin de croire avoir épuisé les objets, je montre

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sans cesse combien l’horizon de la science médicale s'agrandit quand on ose le contempler ; et j'indique , dans presque tous. les genres , les sources pures et élevées qui appellent l'attention de l’homme avide d’une instruction solide. Une méthode dans l’art d’étudier et d'observer en Médecine , a dû nécessairement entrer dans un plan bien concerté de Nosographie ; et c’est dans l’exposition de ces préceptes que , suivant la marche dé l'esprit d'observation depuis la plus haute antiquité jusqu’à nous , Je trace une esquisse de son origine , de ses progrès , de ses entraves, de ses interruptions. Je jette un coup d'œil rapide sur les révolutions que la Médecine a éprouvées suivant l'influence des siècles, des climats, de l'esprit d’intrigue, des opinions des Ecoles; et je montre que, pour en Cconnaître le vrai caractère , il ne faut pas moins d’ardeur , de courage, de talens et une étude sagement dirigée, que dans toute autre partie des sciences physiques.

Je ne dois point omettre de faire ici mention d’un ouvrage très-remarquable,autant par le luxe typographique qui le distingue d’une manière particulière , que par l'élégance du style, la nouveauté de sa nomenclature et les gravures des maladies dont l’auteur a fait

INTRODUCTION. XXIX tracer les dessins (1) « Je me sers, dit l’auteur dans son Avertissement, de la méthode des botanistes , déjà proposée par Sydenham dans la préface de son immortelouvrage.» Les diverses familles admises dans ce premier volume sont: au nombre de dix, et sont désignées par les dénominations de gastroses, entéroses , chloroses, uroses, preumonoses, angioses, leucoses , adénoses , hetmophécoses, blenroses. Je me bornerai ici à l’énumération des Genres de la première famille , celle des gastroses, qui comprend treize Genres , subdivisés ensuite en Espèces. Ces Genres sont désigués par les nomsde po/yorexie, hétérorexie, dysorexie, polydipsie, adipsie, lienterie , antémésie , sastéralie, gastrite , squirrogastrie, gastrobrosie, gastrocélie. Le premier de ces Genres, la polyorexie, est, suivant l’auteur, un état de l'estomac qui fait que l’on mange avec excès, sans pouvoir jamais être rassasié : les espèces comprises dans ce premier Genre sont désignées par les noms latins polyorexia bovina, caninai lupina , par ana-

(1) Nosologie naturelle, ou les maladies du corps humain distribuées par familles, par J.'L. Albert, chevalier de plusieurs ordres, médecin consultant de Sa Majesté, médecin de l'hôpital Saint-Louis, etc, eic., tom. I. Paris, 1817.

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