Depuis le mois de juillet, on ne recut dans P J
l’hospice ni nourrices n1 enfans ; Mais, en attendant , le docteur Mertens proposa au conseil de l’hospice de consacrer à cet usage une ferme peu éloignée de 5 P 5 . . ’ , e .
la ville , ce qui fut exécuté au mois d'octobre. À cette
époque, 1l mourait x Moscow environ mille personnes
par jour ; 1l fut prescrit alors de dépouiller de leurs vétemens les enfans qu’on portait à lhospice , de brûler ces vêtemens , d’en fournir de nouveaux à ces mêmes enfans, qu'on lavait d’abord avec un mélange d’eau et de vinaigre ; on les enfermait ensuite pen— dant quinze jours dans trois chambres isolées ; à cette époque , sil ne se manifestait aucun signe de peste, ‘on les transportait avec d’autres qui avaient été soumis
NA A V4 ss S r A ’ à la même épreuve. Après avoir changé leurs vêtemens,
ils passaient encore quinze jours dans cet endroit avant d’être reçus dans la partie intérieure de l’hospice. Ces enfans , ainsi que les femmes accouchées, étaient visités chaque jour. On en apporta un avec un bubon pestilentiel , et deux en furent atteints durant le temps d’'épreuve. Ils furent retenus isolés dans une chambre particulière avec les femmes qui les élevaient ; et c'est
PESTE. 507 ainsi que les progrès de la contagion furent arrêtés, et que tout fut rétabli dans le premier état au PATES de l’année suivante. |
361. La peste de l'Egypte de l'an 7 (1798) prenait le plus ordinairement une des trois formes que M. Desgenettes indique dans les ordres qu'il donnait aux autres médecins du camp devant Acre, en leur traçant l’esquisse suivante de l'épidémie désignée sous le nom de fiévre contagieuse. — Premier degré: fièvre légère, sans délire, bubons : presque tous les malades guérissaient promptement et facilement. Deuxième degré : : fièvre , délire et des bubons ; le délire s 'apaisait vers le cinquième jour, et se terminait, ainsi que la fièvre, vers le septième : plusieurs guérissaient. Troi- . Sième degré: fièvre, délire considérable , bubons j charbons ou pétéchies, séparément ou réunis, rémission ou mort du troisième au cinquième jour : très— peu de guérisons. Ces trois degrés de la maladie, exposés avec tant de précision par M. Desgenettes, indiquent assez que la peste d'Egypte prenait quelquefois un caractère de bénignité , et qu elle se bornait à l'érupüon de quelque bubon , qui finissait par une suppuration de bonne qualité , sans que les malades fussent , pour ainsi dire , obligés de s’aliter ; d’autres fois, la vigueur et l'intensité des symptômes donnaient à la peste une apparence inflammatoire , comme l'indique ce que M. Pesgenertés appelle le dote degré. Enfin, dans le troisième degré se trouvaient les divers symptômes spasmodiques où nerveux qui caractérisent les fiévres ataxiques.
382. En général , en comparant éntre elles les descripuons des différentes pestes ; on y trouve les plus
rands traits de ressemblance , à cela près que le principe contagieux à porté plus ou moins directement son impression Sur les viscères de la tête, de la poitrine, du bas-ventre ; ou bien que ses effets se sont combinés avec l'influence des causes locales. La même épidémie pestilentielle ne produit-elle point d’ailleurs une foule de variétés qu'on ne peut attribuer qu’à la disposiuion de l'individu qui en: reçoit l'atteinte ? Dans la descripuon d’une peste quelconque ,ne6 remarque-t-0n point, tanwôt des bubons ou des pustules charbonneuses , tantôt aucune éruption sensible? Que de différences pour le cours et la durée de la maladie ! C’est tantôt un état de stupeur et d'insensibilité profonde , tamôt l’agitation la plus vive ou la phrénésie. Certains pestiférés vaquent \ leurs affaires avec des bubons en pleine suppuration, et sans être affectés d'aucun autre symptôme ; d’autres fois, ces bubons sont accompagnés d’affections internes les plus graves. C’est d'apres ces différences que Selle établit la distinction d'une espèce de peste trés-alguê sans aucune éruption externe ; et d’une autre espèce dont le cours est plus prolongé , avec érupüon de bu-
bons ou de charbons.
& IL. Histoire générale de la Peste.
383. Causes occasionnelles: Ce sont des émanations subtiles qui se dégagent du corps des pestiférés, n£ s'étendent qu à une peute distance dans l'atmosphère , à moins que beaucoup de pestiférés ne soient réunis dans un pet espace , et peuvent étre propagées dans certaines direcuons par le vent ainsi que par la fumée provenant de la combustion d'objets inf ectés. Ces éma-
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natons ont une attraction particulière pour les poils, les plumes, le lin, le chanvre , la laine , le coton , la soie, les peaux , etc. ; elles n’adhérent point aux COrps lisses , tels que les métaux. Elles sont décomposées par un froid intense, par la combustion, par Texposition prolongée à l'air libre et par les acides. Elles peuvent se conserver pendant très-long-temps , surtout lorsque les objets qui en sont imprégnés sont enfouis -et à l'abri de l'air et de l'humidité.
384. La peste affecte , dans certaines épidémies, tel sexe et tel Âge plus particulièrement que tel autre : les porieurs d’eau et. d’huile en sont ordinairement exempis. Elle se manifeste surtout en Afrique et en. Asie, et ce n’est que secondairement qu’elle a paru dans les différentes contrées de l’Europe. La chaleur humide ; la malpropreté, l’intempérance, des évacuations immodérées , des fatigues excessives , la peur , le découragement et la terreur disposent surtout à la contracter
385. Elle regne tetes sporadiquement. Elle est endémique en Egypie ; elle est souvent épidémique. Tout démontre qu’elle est évidemment contagieuse.
386. Symptômes. La peste débute d'une manière variée , selon l’état individuel et la saison ; elle prend quelquefois la forme d’une autre maladie. Ses phénomènes caractéristiques sont des bubons, des anthrax et des pétéchies.
387. Les bubons varient en nombre ; dÉ paraissent au-dessus où au-dessous des ganglions lymphatiques , et surtout aux aînes, aux aisselles, et plus rarement à l'angledes mächoires.. Ils sont précédés ou non par un
état fébrile. On éprouve d’abord une douleur profonde dans le lieu affecté ; suit une peute élévation à peine percepüble et sans rougeur. L'inflammation augmente graduellement ; sa marche est aiguë ou chronique , et sa terminaison a lieu par résolution. Le bubon passe quelquefois à l’état de suppuration on de gangrène ; le pus est assez fréquemment homogene et la cicatrisation prompte. La délitescence et la métastase sont aussi quelquefois ses modes de terminaison.
388. Les anthrax sont plus ou moins multipliés ; ils ont leur siége dans les parties charnues non recouvertes de poils , telles que les joues , le cou , la poitrine , le dos etles membres. Ils sont aplatis, d’une étendse variée , circulaires , non élevés au-dessus de la peau , mais plus ou mois profonds. Ils font d’abord éprouver une douleur locale très-vive , à laquelle succède une pustule de la grosseur d’une tête d’épingle, remplie d’une sérosité jaunâtre. Cette vésicule s'étend en tous sens jusqu'à ce qu'elle ait la largeur de longle ; elle. se rompt alors , donne issue à la sérosité , et laisse à découvert un fond noir , très-étendu en largeur et en profondeur. Les parties voisines s’enflamment, l’escarre se détache , et 1 succède une suppuration plus ou moins louable. |
389. Les pétéchies paraissent au cou, à la poitrine, aux membres abdominaux , etc. ; ce sont des taches d’abord rouges , puis noires , non élevées au-dessus de la peau , de grandeur variée , et plus ou moins rap-
rochées les unes des autres. Elles passent quelquefois
l’état d’anthrax , surtout au milieu de l'épidémie.
300. Ces trois symptômes peuvent exister simultanément'ou 1solément ; ils surviennent à des époques
PESTE. Bit variées de la maladie. L'état fébrile peut être inflammatoire, gastrique, adynamique où ataxique. Les autres symptômes sont extrêmement variables. Ils sont, en général, subordonnés à ceux de la fièvre qui se manifeste. | *
591. La marche de la peste est très-aiguë ou trèslente ; sa durée varie depuis quelques heures Jusqu'à deux septénaires. Son type est ordinairement contunu ; il n’est pas encore bien démontré s'il peut être rémittent ou intermittent. ‘ou
392. On sait combien la peste est meurtrière. La mort peut survenir dans l’espace de six heures où de sept jours ; la délitescence des bubons et des anthrax, et la présence des symptômes adynamiques et ataxiques la précédent ordinairement. Cette maladie peut cependant aussi se terminer par la santé; celte terminaison ‘a lieu ordinairement lorsque la maladie se prolonge au-delà du septième Jour ; lorsqu'il existe des bubons , que ceux-ci suppurent, et que l’état fébrile * a le caractère inflammatoire ou gastrique. La convalescence est lente , et la rechute. se remarque quelquefois. et 593. Le pronostic est, en général, alarmant ; il l’est plus au milieu de l'épidémie que vers son début ou son déclin. Les enfans, les femmes enceintes, lesindividus robustes, etc., ont plus à craindre que les autres. L’appariuon des bubons est moins redoutable que celle des anthrax et des pétéchies. Le vomissement , la diarrhée, Jintermittence du pouls, les Hémotrhagies passives , les sueurs excessives, le délire, les convulsions, la
rostration des forces, et l'odeur cadavérique que ré— ‘pand le corps des malades , sont autant de phénomènes
à redouter. Le pronostic est moins défavorable lorsque la marche de la maladie est lente, et que celle-ci s'est prolongée au-delà du sepuème jour. La métastase, la déhitescence et la gangrène des bubons sont à craindre.
| S IL. Traitement de la Peste (1).
504. Traitement préservatif, On imagine sans pee qu'il faudrait un volume enter si je voulais entrer dans tous leg détails de la police médicale relaufs aux EE de pos de la peste une ville ou une contrée, où d'arrêter ses progrès ; s’il fallait retracer toutes les précautions à prendre sur les frontières d’un pays qu’elle ravage, ou dans l'enceinte d’une ville pesuférée, l'organisation d’un bureau de santé, les préceptes d’isolement pour chaque particulier , les règles à établir dans
ne PR nt LPS aber "ec nent ds Sa ee PMR (x) Les notions précises qu'a données M. Keraudren, médecin en chef de la marine, sur l'hygiène navale ( voy. l'art. Æydro-
graphie dans le Dict. des Sc. méd.), selientnaturellement à ce”
sujet. Pour metire plus de clarté dans sa narration, l’auteur envisage l'hygiène sous trois rapports diflérens. Son le premier point de vue, il considère, 1°. les moyens propres à maintenir la salubrité sur les vaisseaux ; 2°. l’état physique et moral de l’homme à la mer ; 3°. la santé des marins dans leur navigation près des côtes et dans les relâches.
Après avoir passé en revue les diflérens moyens employés pour purifier l'air des gaz délétères don&il est chargé dans l'intérieur des vaisseaux, M. Keraudren est convaincu que nul n'est plus efficace et negdonne de plus heureux résultats, que les fumigations de gaz acide nitrique ou de gaz acide muriatique. Je renvoie, pour de plus grands détails, à l’article Hydrographie , que l'auteur a traité avec les lumières étendues et tout le talent qu’on lui connait. |
PESTE. 313 les hôpitaux ou les infirmeries des pestiférés, dans les maisons des convalescens ou des suspects, les moyens à prendre pour désinfecter les objets, etc. Tous cesedé— tails, étrangers à un ouvrage élémentaire, ne peuvent être exposésque dans des écrits particuliers où sont consignées les histoires de différentes pestes : tels. sont l'ouvrage du cardinal Gastaldi (4e avertendä Peste) ;. celui de Diemerbroek ( Tractatus, etc. de Peste), celui de Mertens ( Observat. medicæ de F ebribus putridis, de Peste) , celui de Bertrand ( Relation historique de la peste de Marseille), le Rapport adressé au conseil de santé des armées, par M. Desgenettes , médecin en chefde l’armée d'Egypte , en attendant ses | recherches ultérieures dont le résultat doit être inséré dans le Dictionnaire des Sciences médicales, etc:
395. Je ne crois pas cependantdevoir omettre, pour l'instruction publique, les attentions du régime SUIVI par Diemerbroek durant la peste de Nimégue, et l'exemple d’un couragecalme ei tranquille qu'il a donné au milieu des horreurs de ce fléau dévastateur. On s'étonnait de ce qu'il vivait exempt de la contagion en . fréquentant sans cesse des pestuiférés ; et plusieurs personnes prenaient même sa manière de vivre pour modèle. Il évitait d'abord, autant qu'ilétait possible, les émotions de l'âme, etil ne craignait ni les dangers ni © Ja mort. Il lui était indifférent d'entrer dans une maison infectée ou non infectée , et il visitait mdisuinctement les pestiférés comme ses autres malades , et toujours gratis les gens peu fortunés. Bien convaincu de linfluence nuisible des passions, Diemerbroek se rendait inaccessible à la terreur, au chagrin, à la colére ; et s'il se sentait quelquefois abattu et afligé, il prenait trois
314 FIÈEVRES.
où quatre verres d'un vin généreux pour s'égayer et chasser toute idée triste et mélancolique. Quoiqu'il eût soin d’averur les autres des dangers d’un sommeil trop prolongé, cependant, excédé quelquefois de faugue , il se permettait une heure de repos laprès-dînée ; il usait d’une nourriture succulente et facile à digérer , évitant avec soin la chair de porc, le poisson salé , ete. Sa boisson ordinaire était de la bière, etilse permettait par intervalles l'usage d’un vin blanc léger , dont la dose était portée non jusqu à l'ivresse , Mais jusqu'au point d’exciter une humeur joviale. Il avait soin d'entretenir
la hberté du ventre, sans provoquer la diarrhée. Une
ou deux fois par semaine, 1l prenait, à l'heure du coucher, une pilule tonique. Le maun, à quatre ou cinq heures, 1l commençait ses visites sans pouvoir prendre ni aliment , nimédicament, ni boisson ; etil se bornait, jusqu'a six heures, à mâcher quelque substance aromatique ; il prenait alors quelque électuaire tonique, comme le diascordium, ou bien de l'écorce d’orangeou de la racine d’'hélénium confiie. À sept ou huit heures, il mangeait un morceau de pain avec du beurre ou du fromage, et il buvait par-dessus un verre de bière. Entre huit et neuf heures, 1l prenaitle plus souvent un verre de vin d’absinthe ; à dix heures , si ses occupations le lui permettaient, 1l fumait une pipe de tabac, et quelquefois deux ou trois après le diner. Se sentait-1l quelquefois frappé par l'odeur féuide des pestiférés on des maisons infectées, il se rendait aussitôt chez lui pour humer cette même fumée comme une sorte de spécifique.