‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 54 sur 60 · M. Desgenettes ne fut pas moins attentif à · texte numérisé non relu

M. Desgenettes ne fut pas moins attentif à

donner l'éveil lorsque la même maladie se manifesta au camp devant Jaffa. « Comme les accidens se multi

plaint, dit-1}, devant cette place; et enlevaient les malades du cinquième au sixième jour, ë souvent plus rapidement, je ne pus méconnaître le danger

de notre position. Cependant, comme j espérais

| beaucoup du progrès de la belle saison, de la diver=

sion des marches, de meilleurs campemens , de l’a bondanceet de la qualité des vivres , et que je n'étais pas convaincu de la communicauon très-facile de la maladie , sur laquelle on se livrait à toutes les exa-

gérauons de la frayeur, je pris un parti. Sachant

combien le prestige des dénominationsinflue souvent

vicieusement sur les têtes humaines, | je me refusai à jamais de prononcer le mot de peste ; je crus devoir, dans cette circonstance, traiter l’armée entiérecomme un malade, qu'ilest presque toujours inutile, et souvent fort dangereux, d'éclairer-sur sa maladie quand elle est critique. Je communiquai cette déterminaüon au chef de l’é état-major général, qui, indépendamment de l’attachement parüculier dont il m'honorait, me sembla devoir étre, par sa oh le de-

PESTE. 517 » pasiauedes motifs politiques qui dirigaient ma con- » duite ».

399. La postérrié la plus reculée n'oubliera point ‘un autre exemple d'élévauon de caractere et d’un cou rage calme et tranquille que donna M. Desgenettes lorsqu'il s’imocula lui-même la peste. « Ce fut, dit-1, » pour rassurer les imaginations et le courage ébranlé » de l’armée, qu'au milieu de Fhôpital je trempai une » lancette dans le pus d’un bubon appartenant à un » convalescent de la maladie au premier degré , etque » je me fis une légere piqûre dans l’'aîne et au voisinage » de laisselle, sans prendre d’autres précautions que » celle de mé laver avec de l’eau et du savon qui me » furent offerts. J’eus pendant plus de trois semaines » deux petits points d'inflammation correspondant aux » deux piqüres, et ils étaient encore trés-sensibles » lorsqu’au retour d’Acre je me baignaien présence de » l’armée dans la baie de Césarée ».

400. On peut sans doute se livrer à des conjectures sans nombre sur le principe halitueux qui se transmet d’un pestiféré à un homme sain, qui infecte les vêtemens et l'atmosphère à une petite distance , qui s’attache de préférénce à la laine , à la toile, aux poils; qui se détruit promptement par une immersion de l’objet infecté dans l’eau et le vinaigre, par l’action des funugations, ou par une exposiuon prolongée à Fair libre ; qui semble ne contracter aucune adhérence avec Ceres tains corps, comme les métaux, les fruits non recouverts de duvet, etc. Mais comme ces émanauons subtiles échappent à nos sens, et qu'elles ne peuvent être rendues visibles par aucune sorte d'instrumens, 1l est

prudent dé: s’en tenir à la connaissance des lois qu'elles

suivent dans leur production, leurtransmission , le dé: veloppement de leur activité, leur destruction , plutôt que de se livrer à des opinions hypothétiques sur leur nature ; et c’est là véritablement le fondement des régles | suivies dans les lazarets, les hôpitaux des pesuférés , les maisons ou les quartiers des villes qui veulent se préserver de la contagion en s’isolant. |

4071. Les miasmes qui émanent des corps des pesti= | férés pénètrent-ils par les extrémités des vaisseaux ab- | sorbans qui s'ouvrent à la surface du corps ? et les : frictions huileuses sont-elles uules en prévenant cette transmission ?

402. Quelle que soit la manière d'agir des fricuons huileuses, leur efficacité est constatée par une suite de faits recueillis par un philanthrope célèbre de l’AIlemagne, et dont M. Desgenettes a donné un extrait dans son Journal d'Observations. II résulte des essais faits sur ces fricuons une suite de préceptes sur la manière de les administrer, et sur le régime qu'il convient d'observer pendant'ce temps: ce qui fait voir qu'elles ont été mises en usage autant comme moyen curatif que comme préservatif. [] ne suffit point d’oindre le corps entier avec de l'huile, il faut encore le frot- | ter fortement. La friction doit se faire avec une éponge | propre, et assez vite pour ne pas durer plus de trois minutes ; elle doit étre faite une fois seulement le jour où la maladie se déclare. Si les sueurs ne sont pas abondantes , il faut recommencer la friction jusqu'à ce qu'elles le deviennent ; et alors on ne doit changer de chemise et de lit que lorsque la transpiration à cessé. Cette opération doit se faire dans une chambre bien fermée , en avant soin d'y entretenir un brasier de feu

PESTE. 5 19 sur lequel on jette de temps en temps du sucre ou des baies de genièvre. On ne peut déterminer le temps qui doit s’'écouler d’une frictionà lautre, parce qu’on ne peut recommencer la seconde que lorsque les sueurs ont entièrement cessé , et cette circonstance üent à la consütution particulière du malade ; 1l faut essuyer , avec un morceau d’étoffe chaude, la sueur qui couvre son corps, avant de répéter la friction ; elle peut être recommencée plusieurs jours de suite, jusqu'à ce que l’on apercoive un changement favorable, et alors on frotte plus légerement. |

405. Il est diilicile de fixer précisément la quantité d'huile nécessaire pour chaque friction ; mais une livre (5 hectogrammes ) par chaque fois suflit certamement. L'huile la plus fraîche et la plus pure est préférable ; il faut qu’elle soit plus üede que chaude. La poitrine et les parties sexuelles doivent être légèrement frottées, et les parties qui ne le sont pas doivent être soigneusement couvertes-pour éviter le froid. S'il y a des tu- . meurs ou des bubons , 1l faut les oindre avec légèreté jusqu'à ce qu'ils soient disposés à recevoir les cataplasmes émolliens qui doivent en procurer la suppuration. Celui qui fera les fricüons doit auparavant s’oindre le corps d'huile , et 1l est d’ailleurs prudent qu'il prenne les précautions d'usage ; qu'il porte des vêtemens de toile cirée, des chaussures de bois, etc. ; qu'il évite le souffle des malades, et surtout qu'il conserve beaucoup de sang-froid ei de courage.

404. Les faus les plus authentiques confirment l'efficacité de cette pratique. En 1775, vingt-deux matelots véniuens habitèrent pendant vingt - cinq jours entiers une chambre hunude avec trois pestitérés

qui moururent : l'oncuon avec l'huile sauva les autres. Dans la même année , trois familles d’Arméniens, l’une de treize personnes, l’autre de onze , la troisième de neuf, se servirent dumême moyen, traitèrent leurs parens pestiférés, et ne contractérent point la contagiOn , quoiqu'ils couchassent sur les mêmes lits, et qu'iis unssent, pour ainsi dire, conunuellement ces

malheureux entre leurs bras. Enfin, c’est aujourd'huz.

un usage approuvé et généralement suivi à Smyrne. On ajoute que l'hôpital de cette viile a recu pendant cinq ans deux cent cinquante pesuférés , et l’on peut assurer que tous ceux qui ont été dociles au traitement ou qui l’ont reçu à temps, ont été guéris. Le nombre de éeux qui ont été préservés de la peste par les oncüons, quand ils n’ont pas fait “ee , est immense.

405. L'intérêt ere n'a jamais été excité par aucun objet plus important que celui qui à fait la mauère de plusieurs a ou rapports historiques , sur les précautions à prendre aux frontières quand la peste rayage un pays VOISIN ; Sur Padminisitrauon à établir dans une ville pour en arrêter les progrès ; enfin sur toutes les mesures à prendre et lameïlleure police sanitaire à établir dans les ports. Je ne puis donc que ren-

voyer, pour les détails, aux divers ouvrages qui leur

ont été consacrés (1).

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