SAN 17 |A
R. — Des impuretés, souvent, dans mon enfance, et d’autres fautes dont je ne me rappelle plus, mais que le bon Dieu connaît bien. La nuit je ne dors pas. Je suis damnée, damnée pour l'éternité.
Q. — Vos malheurs sont-ils en rapport avec vos fautes ?
R. — Oui, c’est la suite. La vie s’enchaîne. Je crois
que tout le monde m’aime bien, mais les gens ne voient pas l’intérieur.
Cette malade, sur la famille de laquelle pèse une lourde tendance morbide, a subi, à une époque critique, deux chocs émotionnels profonds.
Elle a tout d’abord réagi normalement.
Puis, sous l'effet d’hallucinations psycho-sensorielles :
— la translation de la charge émotive s’est faite insensiblement du fait réel au fond mental ;
— je chagrin simpie est devenu chagrin pathologique, accompagné de réactions organiques.
— Ja ressouvenance a fait place à l’introspection délirante.
C’est une mélancolique légitime, psychogénétique, typique.
Trois éléments se dégagent de l’étude de cette observation : £
1) — la teinte affective du fond mental, imprimant son cachet à toutes les manifestations de laffectivité ;
2) — le travail intellectuel, dirigé vers l’entretien
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et l'enrichissement de ce fond de tristesse par l’élaboration, à partir d’hallucinations psycho-sensorielles, d’un délire à base d'idées d’auto-accusation. Cette activité délirante s’oppose à la passivité de certaines autres formés, où la mélancolie n’est qu'un facteur d’un tableau plus complexe ;
3) — la présence d’un trauma émotif, ayant déterminé le chagrin origine de l’affection.
De ces trois symptômes, le dernier est seul pathognomonique.
Lorsqu'il s'accompagne des deux précédents, il permet de porter le diagnostic de MÉLANCOLIE LÉGI- TIME, affection que nous définirons comme étant : « la psychose née du souvenir obsédant d’un mal passé, évoluant, par l'intermédiaire d’hallucinations psycho-sensorielles, vers un délire essentiel et actif d’auto-accusation, entretenant chez le sujet une tristesse persistante pouvant aboutir au suicide ».