‹ Nosologie de la mélancolie légitime: Essai sur la méthode psychopathologiqueChapitre 12 sur 31 · LIU · texte numérisé non relu

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morbide, est intégrée successivement dans les divers systèmes.

Elle s’isolera indirectement par élimination des affections voisines.

— Ce travail préparatoire sera couronné, dans une troisième période, par le travail de M. TASTEVIN, qui, en spécifiant son origine, situera l'affection à sa place exacte dans le cadre des mélancolies.

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La définition d'HIPPOCRATE est purement symptomatique : « Quand la crainte et la tristesse persistent longtemps, dit-il, c’est un état mélancolique .».

Il ne s’embarrasse pas de relever une quelconque origine afflictive. Par contre il cherche un fondement organique à l’ensemble des psychoses constituant la mélancolie, dans l’une de ses quatre humeurs, l’atrabile, humeur noire.

Cette notion étiologique entraîne, comme conséquence thérapeutique, des saignées et purgations tendant à rétablir l’équilibre par élimination de l’humeur incriminée.

Cette conception d’'HIPPOCRATE retentira sur toute la question ; la mélancolie restera, jusqu’à la période moderne, marquée par cette notion organique confuse, que la constatation de troubles d’ordre surtout digestif, à peu près constants mais parfois secondaires, entretiendra. Nous verrons GALLIEN la reprendre et l’adapter à son système par une ébauche anatomo-clinique.

Entre temps, AuLus CoRNELIUS CELSE oppose au

« délire général >» — la manie, pour lui — les « délires partiels dont la mélancolie est une forme, et conseille de traiter celle-ci en distrayant le malade.

ARÉTÉE DE CAPPADOCE précise l’aspect physique et moral du mélancolique, insiste sur les troubles digestifs, sur la multiplicité des formes délirantes, sur la vésanie terminale fréquente, et relève l’alternance possible de la manie et de la mélancolie ; il signale les causes physiques occasionnelles, mais reconnaît l'absence fréquente de toute cause émotive. Voici quelques extraits de son texte :

« La mélancolie est une affection sans fièvre dans laquelle l’esprit reste toujours fixé sur la même idée, et s’y attache opiniâtrement... Elle ne trouble pas à tous coups les facultée intellectuelles. Les malades sont tristes, consternés ; ils ont des flatuosités, des éructations fétides, exhalant une odeur de poisson. Parfois de sombres accès de fureur succèdent à leur chagrin Les maniaques au contraire sont communément adonnés à la tristesse et au chagrin. Les mélancoliques ont plusieurs formes de délire : ils craignent qu’on ne veuille leur donner du poison ; ou bien, pris de la haine des hommes, ils fuient dans la solitude ou s’adonnent superstitieusement aux pratiques religieuses, ou prennent la lumière et la vie en horreur... Ils deviennent soupçonneux et d’une habileté extrême à voir partout des dispositions nuisibles. La mélancolie commence souvent sans aucune cause connue...

Toutes ces modifications ne se rencontrent pas chez le même homme, mais se présentent, dans une grande généralité avec des manies particulières... Il n’est pas

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rare de voir leur sensibilité et leur intelligence tomber dans un tel état de dégradation que, plongés dans une ignorance absolue, s’oubliant eux-mêmes, ils passent le reste de leur existence comme des bêtes brutes. Dans cette sorte de maladie, la tête peut-être affectée primitivement ou par consensus. L'âge, le genre d’existence peuvent déterminer une grande disposition à cette affec-. tion. »

La partie la plus curieuse de l’œuvre de GALLIEN touchant à la mélancolie, est sans conteste son essai d'explication des rapports entre les systèmes digestif et nerveux qu’il développe de la façon suivante :

« … L’estomac transmet ses affections à la tête, et celle-ci transmet les siennes à l’estomac, à cause de la grandeur des nerfs qui, de l’encéphale, aboutissent à l’orifice de l’estomac, et qui donnent à cette partie une sensibilité supérieure à celles de toutes les autres parties du corps, d’où il résulte que toutes les fractures de la tête qui pénètrent jusqu’aux méninges, sont accompagnées de vomissements bilieux, et que les douleurs de la tête, de quelque façon qu’elles surviennent, causent un trouble, et parfois une modification de l’estomac. Les affections, dites hypochondriaques et flatulentes, se distinguent par des abattements mélancoliques.… »

Il semble avoir séparé, à partir de cette augmentation, l’hypochondrie de la mélancolie, en donnant, dans la première de ces affections, la prévalence aux signes digestifs.

Quant aux observations qu’il donne de « délires tristes », elles sont assez caractéristiques de la çon-

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ception que l’on se faisait alors de la mélancolie, syndrome aux frontières imprécises. Il expose 4 cas :

Le premier malade « s’imaginait être fait de coquilles et, en conséquence, il évitait tous les passants de peur d’être broyé ». Il s’agit sans doute là d’un syndrome de COTARD.

Le second qui, « voyant chanter des coqs qui battaient des ailes avant de chanter, imitait la voix de ces animaux et se frappait les côtés avec les bras », et le troisième qui « redoutait qu’Atlas, fatigué du poids du monde qu’il supporte, ne vint à secouer son fardeau, et de cette façon ne s’écrasât lui-même en même temps qu’il nous ferait tous périr », sont des délires complexes.

Quant au dernier, qui par suite de la douleur que lui causait la perte de sa femme s’abstint des rapprochements sexuels. avait perdu l'esprit et ne digérait même pas le peu qu’il prenait, « qui s’attristait non seulement pour ces raisons, mais aussi sans cause apparente évidente, comme le font les mélancoliques », il fut guéri du jour où « il eut repris ses anciennes habitudes ». Celui-là est très probablement un mélancolique psycho-génétique et la reprise d’une vie normale fut sans doute, non la cause, maïs la conséquence de sa guérison.

Cette conception restera stationnaire jusqu’au xfx° siècle.

Dans son sens le plus vaste, la mélancolie n’est qu’à peine connue, et elle englobe indifféremment toutes les formes cliniques, quelles qu’en soient les modalités.

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C’est le délire partiel de CELSE et de CUTTENS (1710- 1790). Le fou type est le maniaque. Les mélancoliques sont les moins brillants. Leurs délires sont communs à l’ensemble du syndrome ; directement accessibles, ils attirent l’attention des médecins qu’ils détournent de la recherche des symptômes plus spécialement caractéristiques de certaines formes de mélancolie, en particulier de l’étiologie.

Ils ont été, ces délires, un élément de stabilité dudit syndrome, dont ils ont retardé la dissociation.

Dans la deuxième période de cet historique, ils vont perdre cette place de premier plan, les auteurs cherchant à reconnaître sous leur façade la nature des lésions qui les engendrèrent.

Un siècle sera nécessaire pour isoler celles-ci, pour séparer, en particulier, les deux variétés essentielles, asthéniques et émotionnelles vraies.

Ce travail de classification débute avec EsquiRoL, et se poursuivra jusqu’à TASTEVIN, tandis que la mélancolie syndrome achève de s’isoler des syndromes voisins, hypochondrie, confusion mentale, etc.

EsquiRoL n’innove pas seulement. Il tente, en reprenant les notions alors en cours sur la mélancolie, de les cimenter par un lien commun qui cette fois n'a rien d’organique, et de délimiter par là le syndrome. Il crée le terme de « lypémanie », qu’il définit comme un « délire partiel chronique sans température, entretenu par une passion triste, délirante

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