NACRE ARE
mence précoce, par exemple, l’atteinte porte à la fois sur l’intellectualité, l’'émotivité et l’activité. Toutefois, nous l’étudierons au chapitre des dysthymies, parce que seules les démences précoces à réactions nettement mélancoliques nous intéressent.
Formes dysphréniques
Nous n’ignorons pas que le terme de «€ dysphrénie » puisse apparaître comme particulièrement imprécis. Nous l’avons cependant adopté parce que, en raison même de son élasticité, il nous permettra de grouper toutes les psychoses dans lesquelles un élément mélancolique apparaît dominant, et qui ne relèvent ni de l’asthénie, ni d’une déviation de laffectivité. Chez ces malades. non déments, mais délirants, la tristesse n’est le plus souvent qu’épisodique, et l’on peut à peine parler ici de mélancolie. Ils étaient cependant à citer, bien que ne présentant qu’un intérêt secondaire dans la question ici traitée. Le terme mélancolique n’est pas l’essentiel, mais simplement une étiquette ajoutée à la définition de leur affection. Ainsi nous citerons des formes :
— chroniques, tels la paralysie générale mélancolique et le délire atypique chronique de persécution avec mélancolie ;
— aiguë, tel le délire aigu complexe à tendance mélancolique dont nous présenterons une observation, et la forme stuporeuse aiguë dont nous exposerons également un cas.
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FORMES DYSPHRÉNIQUES CHRONIQUES.
Dans les formes chroniques de dysphrénies, nous avons cité la paralysie générale. Ici les idées de culpabilité sont souvent confuses, absurdes, mal individualisées. Elles s’intriquent avec des idées d’énormités également assez flottantes pour former un ensemble complexe d’où se dégage une sensation de dépression assez caractéristique.
Le délire atypique chronique à forme mélancolique est présenté de la façon suivante par le Docteur BENON dans son livre « La Mélancolie » :
« Ces derniers (les délires atypiques à évolution chronique), propres aux dyscérébraux constitutionnels, si complexes qu’ils soient, ne se terminent point par la démence. Les cas observés sont compliqués, variables, presque personnels. Tantôt le délire de persécution, de forme hallucinatoire, présente une systématisation assez nette et s’accompagne de chagrin, de tristesse, d’autoaccusation accessoire (monomanie intellectuelle avec passion triste d’ESQUIROL ou lypémanie). Tantôt la psychopathie, mal systématisée, est très obscure pour l’observateur, non pas peut-être pour le sujet lui-même ; les idées délirantes de persécution, fondées sur des hallucinations, s’enchevètrent avec des idées de mélancolie, de religion, de mariage, d’hypochondrie.
Il existe en outre des alternatives d’excitation (par agitation colérique ou agitation anxieuse) et de dépression ou asthénie. Il en résulte une intrication des symptômes psychiques telle que l’on conçoit, l’opinion des auteurs qui concluent chez de tels sujets à la démence. » (P. 52.)
FORMES DYSPHRÉNIQUES AIGUËS.
Formes délirantes.
Le délire est ici le plus souvent complexe, polymorphe. Il s’agit d’une sorte d’onirisme mélancolique, entrecoupé de crises d’agitation anxieuse, l’ensemble conditionné par des hallucinations évidentes.
L'état mélancolique est le plus souvent transitoire : tel est le cas de certains délires toxiques, alcooliques par exemple. Mais il peut se maintenir pendant toute l'affection. Dans ce cas il n’est que l’extériorisation bruyante d’une tendance que le sujet, dégénéré mental, portait en lui.
Le caractère d’épisode aigu distingue parfois seul cette forme de celle isolée par TASTEVIN.
L'observation suivante est un exemple de ce type d'affection. Nous la devons à la bienveillance du Docteur FAUVEL, notre médecin-chef à lasile de Mayenne, et notre premier maître :
OBs. 2. — Marcel F..., 27 ans, instituteur, entre le 7 septembre 1939 à l’hôpital psychiatrique de Mayenne, venant du centre mobilisateur 41. Pas d’antécédents héréditaires. Il aurait été atteint de méningite vers sa douzième année; ne boirait pas. Caractère scrupuleux et soupçonneux. Comme secrétaire de mairie a eu à un certain moment l’obsession d’être inférieur à sa tâche, d’avoir commis des indélicatesses.
Dans le courant de 1939, il aurait eu, pendant quelques jours, un peu de dépression et des idées de persécution.
Le 5 septembre, sa femme l’a trouvé songeur : le soir
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il lui a dit qu’il croyait que ses camarades le prenaient pour un espion.
À son arrivée à l'asile il se montre difficile, avec impulsivité. Hallucinations auditives et même visuelles. Entend sa femme qui crie dans la cour et dans l’escalier, la voit dans sa chambre. Doit être, la première nuit, isolé et camisolé. Se dit poursuivi par des russes blancs, qu’il a déjà vus en septembre 1938.
« Je ne suis ni un espion, ni un déserteur, ni un assassin. » — « Je n’ai pas peur de mourir. »
Insomnie, faciès vultueux, conjonctives injectées de sang. Pendant la première quinzaine de son placement pleure à chaudes larmes : « J’ai l’idée fixe que je suis un espion. » On l’a pris pour un voleur quand il était secrétaire de mairie. « Je n’ai pas failli, je veux payer si j'ai failli. >» Récit interminable et puéril de sa mobilisation. On voulait lui faire sauter le pont de Mayenne. Certificat de quinzaine : « Présente un accès mélancolique avec anxiété, interprétations délirantes, idées d’autoaccusation, de persécution ; idées obsédantes, « on le prend pour un espion ». Insomnie, agitation nocturne, constipation, pleurs fréquents.
Par la suite se développent des idées d’indignité : « Je suis toujours un espion, je ne dois pas vous tendre la main », idées de négation. « On lui à tout enlevé » (Gil montre son abdomen). Demande un couteau de cuisine, réussit à s'emparer des ciseaux de l’infirmier coiffeur et se fait une petite plaie insignifiante sur le rebord costal gauche (il voulait atteindre le cœur). Il demande à être guillotiné. qu’on lui coupe les testicules. Pousse des cris, se montre très agité, pleure et fait des grimaces mélancoliques quand on lui parle. « Tuez-moi, tuezmoi, docteur, comme vous voudrez. » Puis amélioration progressive. Le 21 octobre : figure reposée, air calme,
pupilles en mydriase. Parle de lui-même et correctement pendant quelques instants ; sur la fin de l’entretien
pousse des soupirs, et se met de nouveau à pleurer.
Formes stuporeuses.
L'observation 3 se rattache à la précédente par l’évolution aiguë et par le caractère, ici évident, de développement sur un terrain prédisposé à des réactions mélancoliques.
Mais elle offre la singularité d’être, au lieu d’une forme délirante, une forme stuporeuse aiguë.
Elle est, à ce point de vue, particulièrement intéressante. La stupeur, sidération complète — en apparence tout au moins — avec état général grave, est, en effet, assez rare en tant qu’affection mentale.
OBs. 3. — F... Joseph, 70 ans, meurt à l’hôpital psychiatrique de Mayenne le 22 septembre 1939.
Son père aurait été interné, et l’une de ses sœurs était psychiquement anormale. Lui-même fait un premier séjour à l’asile à l’époque de son service militaire, séjour sur lequel les renseignements manquent.
En août 1914, lors de la mobilisation de son patron, on doit à nouveau l’hospitaliser pour « agitation extréme, propos délirants, tentative de suicide puis prostration ».
A l'asile il est halluciné, anxieux, tourmenté d'idées d’indignité, croyant que personne ne veut plus le voir. Il reste longtemps replié sur lui-même ; puis, classé comme « déprimé mélancolique », et refusant de quitter l’asile, il mène une existence calme, travaillant à la forge de l’établissement, serviable et docile, guéri en apparence.