‹ Nostalgies françaises,Chapitre 10 sur 79 · DEVANT UN COUCHER DE SOLEIL · texte numérisé non relu

DEVANT UN COUCHER DE SOLEIL

Le ciel est pourpre et la montagne est violette. Un vol d'oiseau de mer frôle le récif bleu. C'est l'heure où passe au loin à l'horizon en feu Sous les fauves rayons la blanche goélette.

Sur un rocher couleur de cinabre et de sang

Un cocotier dessine une molle arabesque.

Un nuage écarlate illumine la fresque

D'un soir aux sept couleurs pur et resplendissant.

Sur l'océan, grand lac muet où rien ne bouge,

Passe le frôlement d'un immense éventail ;

Dans des poussières d'or, d'agate et de corail

La boule du soleil semble une lune rouge.

Soleil, soleil, bientôt la France te verra : L'Alpe et la Pyrénée attendent ta venue. Tu baigneras le val profond, la lande nue ; Sous ta fauve clarté l'automne rougira.

La Croix du Sud sera toujours illuminée

En l'azur tropical troué de mille feux,

Lorsque ton orbe rose, au front des coteaux bleus,

Verra des toits français fumer la cheminée.

Le grand pays muet soudain s'éveillera Vibrant de chants de coqs et de cris d'alouettes. Et d'un castel gothique aux deux tours violettes Mon jeune amour aux yeux divins te sourira.

Hélas ! l'ombre est ici quand brille sa demeure ; Quand elle est dans la nuit, je suis dans la clarté; Nous qui goûtions jadis tes heures de beauté. Nous ne te voyons plus, soleil, à la même heure.

Et chaque jour plus seul sous les astres de Dieu, Je pleure, par les soirs admirables des iles. Le temps où nous voyions, sous les chênes tranquilles, Ton crépuscule au bord du même coteau bleu !

sous LA NUIT DIAPHANE

A Madame Geneviève Henry-Bérenger.

Une vapeur d'or tiède a noyé les hauteurs, Les gorges, les ravins aux ombres violettes ; De grandes fleurs de nuit ouvrent leurs cassolettes Et l'île Caraïbe est pleine de senteurs.

Dans le doux clair-obscur des lointains enchanteurs Se devinent des monts aux pures silhouettes. C'est l'heure où sous les feux magiques des planètes Se déroulent de beaux sites évocateurs.

La mer phosphorescente, au pied de la savane,

Reflète la douceur de la nuit diaphane ;

Sur elle un astre vert traine un reflet changeant.

Les vagues une à une expirent dans une anse. Et, sur de noirs rochers qu'elles ourlent d'argent, Un cocotier doré de lune se balance.

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