VOLS DE FRÉGATES
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Stéphane Mallarmé.
Quand de tes yeux d'outre-mer Le soir trouble les agates, Nous regardons sur la mer Le vol plané des frégates.
Elles tracent dans le soir Des cercles mélancoliques.
L'angoisse nous prend à voir Leurs vols noirs et nostalgiques.
D'avoir franchi le désert Mystérieux des flots calmes, Leur vol mystique a dans l'air La tristesse d'un vol d'âmes.
KOST ALGIES FRANÇAISES
Elles font soudain songer Aux sublimes étendues Des golfes qui voient plonger Leurs grandes ailes tendues.
Elles évoquent les bleus Des crépuscules de perle Où flottent leurs noirs adieux Sur l'Océan qui déferle.
Et nous regrettons les jours De nos splendides voyages Où nous voyions des vols lourds Du haut des clairs bastingages.
Votre rêve se fait oiseau Et prend essor avec elles.
Dans la musique de l'eau.
Sur les vagues éternelles.
Bientôt les grands voyageurs Ne sont qu'un point sombre,
Dans les rougeâtres lueurs
Du couchant qui sombre.
Fols de Frégates. 35
Les grands nomades de l'air Plongent dans l'immense espace, Et dans tes yeux d'outre-mer Un peu de tristesse passe.
Nous songeons que tôt ou tard, Par un couchant d'améthyste.
Aura lieu le grand départ De notre âme en l'azur triste...
Ah ! qu'un beau vol qui décroit Sur l'eau par le couchant rougie, Est émouvant quand on le voit Dans le deuil et la nostalgie.