A MES VERS
Bien que vous butiniez dans les campêches verts Et quoique vous soyez à plus de mille lieues Des sainfoins violets et des luzernes bleues. Faites un miel français, Abeilles, de mes vers!
D-UNE ILE TROP BELLE
D'UNE ILE TROP BELLE
Je vis dans la lumière immense de mon île Que la Mer Caraïbe entoure de flots bleus Et je regrette, au bord d'une plage tranquille, Le temps de la jeunesse et des rêves heureux.
Visage souriant et lointain de la France, C'est à vous que je songe au bruit du flot berceur, Afin que vous donniez un peu plus de douceur A ces vers pleins de rêve et de reconnaissance.
Naguère j'écrivis de doux poèmes vagues Et légers comme un chant de flûte dans les airs ; Aujourd'hui je déroule au rythme pur des mers De clairs alexandrins souples comme les vagues.
8 Xost algies Françaises.
J'aime à m'asseoir au pied d'un sonore palmiste. Parmi de belles fleurs et des oiseaux mutins Et voir, tantôt saphir et tantôt améthyste, La mer\'eilleuse mer battre les caps lointains.
A travers le feuillage ardent d'un sablier Luit le tiède indigo de la mer des Antilles, Et, sur ce beau décor de silence, tu brilles, Lune, tantôt faucille et tantôt bouclier !
\'us à travers le beau prisme des horizons Les pays que l'on pleure ont d'étranges magies ; On cherche en vain plus tard au seuil de leurs maison Le beau mirage bleu des belles nostalgies.
Ciel de France, il est doux de songer au feuillage Que berce en ton azur automnal un grand saule. Tandis qu'un lourd été brûle le paysage Où pleure, au gré du vent, un filao créole.
D'une Ile trop belle.
Quand les mâts des palmiers dressent leurs hautes stèles Et que le soir estompe au loin les caps déserts, Antilles, vous semblez de grandes caravelles En voyage sur l'eau violente des mers.
Depuis que j'ai perdu sa voix et son visage, Je suis comme en exil sous des cieux étrangers, Et cependant voici les toits de mon village Et le souffle des mers berce mes orangers.
Son image toujours me cherche et me poursuit ; Mais elle est plus suave à l'heure pure et molle, A l'heure où le croissant fait glisser sa gondole Sur la lagune de la nuit.
Je refais bien souvent ce rêve plein d'amour : Qu'il serait doux, dans l'air de ce pur paysage. De voir surgir, parmi les hauts topinambours. Comme un grand Hs son tendre et merveilleux visage.
10 Nostal^nes Françaises.
Filaos, qui chantez jour et nuit dans la brise, J'aime à m'étendre au bord de votre fane grise, Car il me semble alors que vous accompagnez Dans le ciel pur le chant que je chante à vos pieds.
Quand la réalité traine un flot trop impur, Mon rêve dit : « Il faut détourner tes prunelles. Dédaigne sa laideur et regarde mes ailes, Regarde-les parmi les oiseaux de l'azur. »
Un doux rêve qui passe est à nos yeux plus beau Qu'une réalité qui jamais ne transmue.
Nous préférons au lourd sillon d'une charrue Le sillage éphémère et frais d'un paquebot.
C'est l'heure chaude, après le pénible travail. Le hamac balancé suscite un peu de brise. La palme d'un palmier semble un grand éventail Et je regrette une eau qu'un soir d'Europe irise.
D'une Ile trop belle. il
D'étouffantes chaleurs brûlent les deux de cuivre.
Et je songe à l'hiver, saison blanche de l'Art,
Et je voudrais, Paris, te revoir sous le givre,
Et toi, Londres, marcher encor dans ton brouillard.
Dressant sur le saphir des soirs sa cime brune, L'eucalyptus penché semble un grand tournesol. Que cet arbre serait émouvant, sous la lune. S'il en sortait parfois un chant de rossignol !
La mer phosphorescente étreint le petit port. Les bateaux sont rentrés et la rade est déserte. Le croissant sur les flots semble une barque d'or. Et le feu d'un steamer semble une étoile verte.
Cyprès français, sera-ce vous qui bercerez Ma tombe en la douceur de l'éternel automne .'' Est-ce vous filao, filao monotone.
Qui pour l'éternité sur elle rêverez .''
Croix du Sud ! une haute et divine allégresse
M'envahit une fois encor, Et pourtant bien des nuits j'ai cru voir ma tristesse
Clouée à ton crucifix d'or.
Dominique, avril 1913*