ÉVOCATION DU LIMOUSIN
Au peintre Paul Madeline.
Collines de Corrèze et pentes de la Creuse,
Que mon rêve aime à revenir Vers vos sites perdus en la lumière heureuse
Des mirages du souvenir !
Qu'ils sont purs vos matins où l'on voit à cinq lieues, Aux mois où sifflent les verdiers,
Onduler sous le ciel en sombres vagues bleues L'océan des lourds châtaigniers !
Quand la longue cigogne au vol mélancoHque
Voyage en l'azur de vos soirs Et que sur vos étangs la bruyère celtique
Allume de roses miroirs.
Dans les eaux de Gimel pleines de transparences. Aux parcs de Peybert et de Theil,
Que de reflets sanglants, que de fauves nuances Traîne l'automne au blond soleil !
62 Nostalgies Frafiç aises.
C'est parmi vos ajoncs que, près d'une eau tranquille,
Passa le rêve de Sandeau, Qui surprit le castel ancien de Sommerville
Endormi sous un vert rideau.
On voit encor puiser la petite Fadette
A vos sources au rire frais, Et Rollinat hanter sous la morne planète
L'ombre de vos hautes forêts.
J'adore vos chansons et la belle légende
De sorciers et de loups-garous Que dit, en sa cabane où sèche la lavande,
Un vieux bouvier aux cheveux roux,
Et voudrais sur le fond lumineux d'une toile
Fixer vos horizons flottants A l'heure où vers le feu tremblotant d'une étoile
Monte le cri des chats-huants.
Car c'est en vain que mon cœur tente en ce poème
De saisir vos lointains halos.
En évoquant du fond d'un crépuscule blême
Vos ciels où tremblent les bouleaux.