ÉVOCATION DE L'ARIÈGE
Vallons, ravins, coteaux et pics de l'Ariège
Où j'aimais à m'aventurer, Une douceur éparse en vos noms pleins de neige
Fait que j'aime à les prononcer.
• ellelongue, Audressein, Balaguères, Bethmale, Sites vibrants au bord des bois.
De vos échos troublants pour mon rêve s'exhale Un paysage d'autrefois :
C'est le soir; le château d'ardoises violettes, Coumes où chante le grillon,
Regarde au bord du pré blanchi de pâquerettes Le calvaire de Castillon.
Graves, les peupHers dorment sur les collines. Un merle siffle dans les joncs.
Sur le chemin du bourg frissonnent les clarines D'un troupeau qui va vers les monts.
Dans l'éther transparent se déroule l'or pâle
D'un crépuscule élyséen.
Un aigle vers le roc où son aire s'étale
Plane en l'azur pyrénéen.
Quelques lueurs encor frissonnent dans l'espace, Une eau pleure au fond des ravins ;
Montant de l'horizon où tout reflet s'efface La nuit enveloppe les pins.
Et le vieux Mont debout sous les astres sans nombre,
Regarde, tranquille berger, Chaque village, ainsi qu'un vaste troupeau sombre.
S'endormir sous le ciel léger.
Gros Morne, septembre 1908.