ÉVOCATION DU LANGUEDOC
Vous ai-je à tout jamais perdus, beaux paysages Qui parfumez le ciel doré du Languedoc, Routes aux blonds maïs, coteaux aux verts feuillages Où donnent des castels dressés sur de vieux rocs ?
Se peut-il que mes yeux qui mirèrent vos lignes Ne revoient jamais plus à la belle saison, Lorsque les loriots s'appellent dans les vignes, Les cimes de vos bois rougir à l'horizon ?
Mes veux vous ont chéris aux jours de ma jeunesse Quand le cœur à vingt ans est ainsi qu'un oiseau, Qui, sentant de l'amour la première caresse, Se pose pour chanter sur un jeune roseau.
Toulouse, la cité qu'aiment les crépuscules, Reste le clair jardin de mes meilleurs beaux jours ; Et par les nuits d'Avril où l'oiseau grave ulule Les vols de mes espoirs reviennent vers ses tours.
Évocation du Languedoc. 71
Et c'est pourquoi, sous le ciel rouge des tropiques, Par ce soir où la mer Caraïbe est en feu, Mon grand désir, devant le couchant d'Amérique, Mon grand désir, devant la mer et devant Dieu,
Est d'écouter encor, quand l'autan monotone Souffle sur le vieux pont qui mène à ses faubourgs, Dans la voix d'or d'un beau pêcheur de la Garonne Flotter le souvenir grave des troubadours !